Compte tenu de la concurrence acharnée qui règne dans ce milieu, les albums de retour existent depuis aussi longtemps que l’industrie musicale elle-même ; ils sont indispensables aux artistes vieillissants pour se hisser à nouveau au sommet. Cependant, tous les albums de retour n’ont pas la même signification. Parfois, il s’agit d’un véritable deuxième acte, où un artiste que l’on croyait fini sort soudainement un album percutant, assuré et impossible à ignorer. D’autres fois, un disque est présenté comme un grand retour, mais ne répond pas aux attentes, que ce soit parce que les chansons n’étaient pas à la hauteur, que le timing semblait mal choisi ou que la magie n’a tout simplement pas opéré. Voici 10 albums qui ont marqué des retours triomphants, et 10 qui ont fait un flop.
1. Bob Dylan - Time Out of Mind (1997)
À la sortie de *Time Out of Mind*, beaucoup avaient déjà commencé à considérer Bob Dylan comme une légende du passé plutôt que comme un artiste encore capable de marquer profondément son époque. C’est alors qu’il a fait son retour avec un album à la sonorité patinée, hantée et pourtant pleinement vivante, qui a définitivement mis fin à toute rumeur de déclin créatif. Les chansons semblaient profondément imprégnées de vie, et l’atmosphère restait cohérente du début à la fin.
2. Tina Turner - Private Dancer (1984)
L’histoire de Tina Turner était déjà remarquable avant la sortie de *Private Dancer*, mais c’est cet album qui a définitivement scellé son retour. Elle n’a pas simplement retrouvé sa place sur le devant de la scène ; elle est devenue une star incontournable, selon ses propres termes, grâce à des chansons au son raffiné, pleines d’assurance et faites pour durer. Si « What’s Love Got to Do with It » retient sans doute le plus l’attention, c’est l’album tout entier qui mérite le respect.
3. Johnny Cash - American Recordings (1994)
Johnny Cash n’a jamais cessé d’être respecté, mais au début des années 1990, il n’était plus vraiment l’artiste le plus branché et le plus en vogue. American Recordings a rapidement changé la donne en épurant tout et en laissant sa voix porter le poids de l’œuvre. Le résultat était austère, direct, et plus puissant et viscéral que presque tout ce qu’il avait produit auparavant.
4. Aerosmith - Permanent Vacation (1987)
Au milieu des années 1980, Aerosmith avait traversé tant de turbulences qu’un véritable retour semblait loin d’être assuré. C’est alors que *Permanent Vacation* est sorti, leur offrant un nouveau départ tant sur le plan commercial que créatif qui leur a redonné l’impression d’être au sommet. L’album misait sur des refrains accrocheurs et une production adaptée à la radio, tout en conservant suffisamment de mordant pour éviter que le groupe ne passe pour un simple groupe de nostalgie. Pour un groupe qui semblait sur le point de devenir un exemple à ne pas suivre, ce fut un véritable rebond.
5. Roy Orbison - Mystery Girl (1989)
Roy Orbison n’avait jamais perdu son talent, même si, à la fin des années 1980, il semblait davantage vénéré qu’actuel. *Mystery Girl* a rappelé aux auditeurs qu’il était toujours capable de chanter avec élégance, émotion et un style qui lui était propre, sans chercher à suivre les modes. Il se dégage de cet album une telle grâce qu’il donne moins l’impression d’un retour désespéré que d’un renouveau naturel.
6. Al Green - The Belle Album (1977)
L’album *The Belle* d’Al Green a marqué son retour à la musique populaire après une période de tourmente personnelle et un virage vers le gospel religieux. Il est revenu avec un disque à la fois intime, contemplatif et d’une grande rigueur artistique. Sans chercher à attirer l’attention, cet album rappelait discrètement à quel point il était exceptionnel. Parfois, le retour le plus fort est celui où l’on sent qu’un artiste a retrouvé sa propre voix.
7. Neil Young - Freedom (1989)
Neil Young a passé une grande partie des années 1980 à enregistrer des albums qui laissaient perplexes les critiques, les fans, voire les uns et les autres, si bien que *Freedom* a été perçu comme un véritable revirement. Cet album possédait cette authenticité, cette puissance émotionnelle et cette énergie débordante que le public espérait retrouver chez lui. Plus important encore, on n’avait pas l’impression qu’il cherchait à recréer le passé, mais plutôt qu’il avait trouvé le moyen de renouer avec ses points forts sans perdre de son mordant.
8. Cher - Believe (1998)
Cher s’était déjà réinventée plus d’une fois, mais Believe lui a permis de connaître l’un des retours les plus spectaculaires de l’histoire de la pop en fin de carrière. Cet album ne s’est pas contenté de la ramener dans les classements ; il l’a propulsée au cœur de l’actualité d’une manière que les artistes plus jeunes auraient enviée. La chanson titre a connu un succès phénoménal, et l’album dans son ensemble a prouvé qu’elle avait encore beaucoup à offrir.
9. Paul Simon - Graceland (1986)
Paul Simon n’était pas vraiment tombé dans l’oubli avant *Graceland*, mais il avait atteint un stade où il avait besoin d’un véritable renouveau artistique. Cet album lui a apporté cela, et bien plus encore, en élargissant son univers musical d’une manière qui semblait à la fois novatrice, audacieuse et en parfaite adéquation avec la musique qui l’entourait. On avait l’impression d’écouter l’œuvre d’un artiste qui avait retrouvé sa curiosité au moment idéal.
10. Elvis Presley - Elvis Is Back! (1960)
Après son service militaire, on se demandait vraiment si Elvis Presley allait revenir en tant que figure de premier plan, et non comme un simple phénomène éphémère. Malgré son titre un peu kitsch, *Elvis Is Back!* a répondu à cette question avec brio, le montrant plus mûr, plus détendu et maîtrisant parfaitement sa voix. Cet album a prouvé qu’il ne se contentait pas de survivre à cette transition ; il était en train de devenir une force avec laquelle il fallait compter.
Maintenant que nous avons parlé des albums de retour qui ont fonctionné, parlons de ceux qui n’ont pas tout à fait fait l’affaire.
1. The Beach Boys - 15 Big Ones (1976)
Sur le papier, « 15 Big Ones » semblait promettre un retour marquant, d’autant plus que Brian Wilson s’impliquait à nouveau de manière plus visible. En réalité, l’album paraissait trop inégal et trop ancré dans des clins d’œil rétro pour vraiment convaincre le public que le groupe s’était pleinement redécouvert. On y trouve certes des moments agréables, mais le disque ne parvient jamais tout à fait à être le grand retour créatif que les fans espéraient.
2. The Rolling Stones - Dirty Work (1986)
L’idée d’un retour en force des Rolling Stones au milieu des années 1980 semble enthousiasmante, jusqu’à ce qu’on écoute réellement *Dirty Work*. Les tensions au sein du groupe étaient palpables, et l’album donnait souvent l’impression d’être plus forcé qu’inspiré. Ce n’était pas un désastre total, mais on n’avait pas l’impression d’assister à ce genre de déclaration unifiée qui marque un véritable retour.
3. The Who - It’s Hard (1982)
Après la disparition de Keith Moon et l’accueil mitigé réservé à *Face Dances*, *It’s Hard* s’annonçait comme un album de retour plein de détermination. Le problème, c’est qu’il donnait rarement l’impression d’un groupe ayant retrouvé toute son énergie, même lorsque les interprétations laissaient entrevoir des éclairs de puissance. Certains morceaux méritent d’être défendus, mais l’album dans son ensemble n’a jamais réussi à prendre suffisamment d’élan pour donner le sentiment d’une renaissance.
4. Diana Ross - Eaten Alive (1985)
Diana Ross avait tout le charisme d’une star, et *Eaten Alive* s’est assurément vu entourer de suffisamment de grands noms pour laisser présager un retour en force. Malgré tout, l’album n’est jamais devenu l’œuvre phare qu’il semblait destiné à être. Quelques titres ont du charme, mais l’ensemble donne davantage l’impression d’une timide remise au goût du jour que d’un véritable renouveau.
5. Billy Joel - The Bridge (1986)
Billy Joel était loin d’être sur le déclin à la sortie de *The Bridge*, mais on avait le sentiment que cet album pourrait lui donner un nouvel élan artistique après *An Innocent Man*. Au lieu de cela, il en a résulté un album respectable mais étrangement discret, qui n’a pas vraiment relancé le débat autour de lui. Aucun morceau n’était gênant, mais l’ensemble ne dépassait pas le stade du « correct ».
6. The Kinks - Think Visual (1986)
Les Kinks avaient déjà réussi un retour commercial à la fin des années 1970 ; Think Visual semblait donc être une nouvelle occasion pour eux de s’imposer à nouveau à l’ère de MTV. Le résultat n’était pas catastrophique, mais les chansons manquaient du mordant et de l’urgence nécessaires pour donner l’impression d’un retour marquant. C’est le genre d’album dont on se souvient souvent comme d’un produit de son époque plutôt que comme d’un événement marquant.
7. Smokey Robinson - One Heartbeat (1987)
Smokey Robinson a certes connu le succès avec *One Heartbeat*, mais en tant qu’album marquant son grand retour, il ne donne jamais vraiment l’impression d’être aussi important que ses singles pourraient le laisser croire. La production est très typique de son époque, et si cela a contribué à son succès commercial, cela a aussi donné à l’album un côté un peu trop calculé. C’est un album agréable, mais on n’a pas l’impression d’assister à un grand retour artistique.
8. The Byrds - Byrds (1973)
Un album de retrouvailles de la formation classique des Byrds semble être un succès assuré, jusqu’à ce qu’on se rende compte à quel point leur musique peut paraître étrangement terne. Les personnalités et les talents étaient tous au rendez-vous, mais l’étincelle que le public attendait n’a tout simplement pas jailli en studio. Loin d’être une révélation, l’album donne souvent l’impression d’être une occasion manquée qui n’arrive jamais à se décider sur la nature du retour qu’il souhaite opérer. C’est généralement le chemin le plus rapide vers un retour qui s’essouffle.
9. Sly and the Family Stone - Back on the Right Track (1979)
Le titre lui-même semblait presque supplier les auditeurs de croire que Sly Stone avait pris un nouveau départ. Malheureusement, *Back on the Right Track* n’avait ni la cohérence ni la force nécessaires pour rendre cette promesse crédible très longtemps. On y trouve certes des moments où l’on entrevoit ce qui faisait son génie, mais ils ne suffisent pas à faire de cet album un retour convaincant.
10. Jefferson Starship - Nuclear Furniture (1984)
À la sortie de *Nuclear Furniture*, Jefferson Starship semblait prêt à entamer un nouveau chapitre prometteur, d’autant plus que son style musical correspondait bien à l’esprit de la décennie. Pourtant, l’album n’a jamais été le grand retour qu’on aurait pu lui attribuer, et les tensions internes n’ont pas arrangé les choses. Il est soigné, professionnel et comporte quelques morceaux de qualité, mais on a du mal à y voir un véritable renouveau.