Le coup de téléphone à Brad Raffensperger
Le 2 janvier 2021, quatre jours avant l’assaut du Capitole, Donald Trump décroche son téléphone et appelle Brad Raffensperger, secrétaire d’État de Géorgie. La conversation dure plus d’une heure. Elle est enregistrée. Et une phrase y figure qui hantera les manuels d’histoire américaine : Trump demande au responsable républicain de trouver les voix nécessaires pour renverser le résultat de l’élection dans son État.
Pas d’ambiguïté. Pas de métaphore. Un président en exercice demande à un officiel d’État de modifier le résultat d’une élection démocratique. La procureure du comté de Fulton, Fani Willis, lancera son enquête quelques semaines plus tard. Elle aboutira, en août 2023, à une inculpation sous la loi RICO — la même loi antiracket utilisée contre la mafia.
Dix-neuf accusés, un seul nom que tout le monde connaît
L’acte d’accusation de Géorgie ne vise pas Trump seul. Dix-huit co-accusés sont nommés, dessinant l’architecture complète d’une conspiration alléguée pour renverser la volonté populaire en Géorgie. Parmi eux, des avocats, des responsables politiques, un ancien commissaire de police de New York. L’un d’entre eux, Scott Hall, a déjà plaidé coupable pour cinq chefs d’accusation. Le premier domino est tombé.
Les procureurs de Fulton County ont signalé qu’ils pourraient proposer des accords de plaider-coupable à d’autres co-accusés. Chaque accord est une pression supplémentaire. Chaque témoignage obtenu resserre l’étau autour du principal accusé. Le procès de deux co-accusés devait commencer en octobre 2023, pour une durée estimée de trois à cinq mois. Aucune date de procès n’a encore été fixée pour Trump, qui a plaidé non coupable.
Le procureur spécial entre en scène
Jack Smith, l’homme qui ne parle jamais pour ne rien dire
En novembre 2022, le procureur général Merrick Garland nomme Jack Smith procureur spécial. Sa mission : enquêter sur deux fronts distincts liés à Donald Trump. Le premier concerne les événements du 6 janvier 2021 et les tentatives de renversement du résultat de l’élection présidentielle. Le second porte sur la gestion de documents classifiés après le départ de la Maison-Blanche.
Smith ne fait pas de déclarations publiques inutiles. Il ne tweete pas. Il ne commente pas les attaques de Trump contre lui. Il inculpe. En août 2023, un grand jury fédéral à Washington inculpe Trump pour son rôle dans les événements entourant le 6 janvier. L’acte d’accusation détaille un système de faux grands électeurs dans plusieurs États remportés par Joe Biden — une tentative documentée de substituer la volonté du peuple par une fiction juridique.
Mars 2024, Super Tuesday moins un jour
La juge Tanya Chutkan a fixé le début du procès fédéral au 4 mars 2024. La veille du Super Tuesday, le jour où le plus grand nombre d’États votent simultanément lors des primaires présidentielles. Ce n’est pas un hasard du calendrier — c’est la collision frontale entre le processus judiciaire et le processus électoral, deux piliers de la démocratie américaine qui n’avaient jamais été forcés de coexister dans le même corps.
Trump a demandé la récusation de la juge Chutkan, arguant qu’elle avait un préjugé contre lui. Demande rejetée. Nommée par Barack Obama, Chutkan a présidé des affaires civiles et criminelles liées à l’insurrection du 6 janvier et a systématiquement dépassé les peines demandées par les procureurs pour les émeutiers condamnés. Si cela inquiète l’équipe juridique de Trump, cela se comprend.
Les boîtes de Mar-a-Lago
Quinze cartons, des secrets d’État et un enregistrement audio
Quand Donald Trump quitte la Maison-Blanche en janvier 2021, il emporte avec lui des boîtes. Beaucoup de boîtes. Les Archives nationales, chargées par la loi de collecter et de trier le matériel présidentiel, découvrent qu’au moins quinze cartons de documents officiels ont été transférés à Mar-a-Lago, sa résidence en Floride. Certains de ces documents portent les classifications les plus élevées du gouvernement américain.
Trente-sept chefs d’accusation fédéraux initiaux, auxquels Jack Smith ajoute trois charges supplémentaires dans un acte d’accusation complémentaire. Au total, quarante chefs d’accusation liés à la gestion des documents classifiés. Et puis il y a l’enregistrement audio. En 2021, lors d’une réunion à Bedminster, dans le New Jersey, Trump est capté en train de discuter d’un document qu’il semble reconnaître comme classifié. Sa propre voix devient une pièce à conviction.
La différence entre négligence et obstruction
Ce qui transforme cette affaire en bombe juridique, ce n’est pas seulement la possession de documents classifiés. Des présidents précédents — Biden lui-même, Mike Pence — ont été trouvés en possession de documents qu’ils n’auraient pas dû avoir. La différence fondamentale tient dans ce que Trump a fait quand on lui a demandé de les rendre.
Selon l’acte d’accusation, Trump et ses associés auraient tenté de dissimuler les documents aux enquêteurs, de déplacer des boîtes pour les soustraire aux recherches, et de mentir aux avocats chargés de certifier que tout avait été restitué. Si la possession accidentelle de documents classifiés est un embarras administratif, l’obstruction à une enquête fédérale est un crime. Cette distinction est le cœur nucléaire du dossier.
Le procès civil qui pourrait lui coûter sa tour
250 millions de dollars et la perte de ses licences commerciales
Parallèlement aux quatre procédures criminelles, Trump fait face à un procès civil de 250 millions de dollars intenté par la procureure générale de New York, Letitia James. L’accusation : Trump et ses co-accusés — dont ses fils adultes — auraient systématiquement gonflé la valeur de leurs actifs sur leurs états financiers pour obtenir des conditions plus avantageuses sur leurs prêts immobiliers commerciaux et leurs polices d’assurance.
Le juge Arthur Engoron a déjà tranché la question centrale avant même le début du procès. En septembre 2023, il a statué que Trump et ses fils étaient responsables de fraude pour avoir gonflé la valeur de leurs parcours de golf, hôtels et résidences. Ce n’est plus une allégation — c’est un fait juridiquement établi. Le procès en cours à Manhattan ne porte plus que sur le montant des dommages et les conséquences de la décision du juge de retirer à Trump ses licences commerciales dans l’État de New York.
Trump Tower, le trophée menacé
Ce procès civil ne comporte aucun risque de prison. Aucune peine criminelle. Mais il pourrait frapper Trump là où il se définit : dans son identité de promoteur immobilier new-yorkais. La perte de ses licences commerciales à New York signifie potentiellement l’impossibilité d’opérer ses entreprises dans l’État qui l’a vu naître et prospérer. Et pourtant, Trump a choisi d’assister au premier jour du procès, en octobre 2023, créant une nouvelle image de lui dans un tribunal — cette fois devant les photographes autorisés par le juge.
Il y a quelque chose de vertigineux dans ce spectacle. Un homme qui a bâti son image publique sur la richesse, la puissance et les gratte-ciel dorés, assis dans un tribunal civil où un juge a déjà déterminé que cette richesse reposait en partie sur des mensonges comptables. La question n’est plus : a-t-il menti sur la valeur de ses biens ? La réponse est oui, juridiquement parlant. La question est : combien cela va-t-il lui coûter ?
E. Jean Carroll et la vérité qu'un jury a déjà établie
Un verdict de mai 2023 que Trump ne peut plus effacer
En mai 2023, un jury fédéral à Manhattan a conclu que Donald Trump avait sexuellement agressé l’ancienne chroniqueuse E. Jean Carroll dans les années 1990, dans la cabine d’essayage d’un grand magasin de luxe. Le jury lui a accordé environ cinq millions de dollars de dommages et intérêts. Ce n’est pas une allégation médiatique. C’est un verdict rendu par douze citoyens américains après examen des preuves.
Une deuxième procédure civile pour diffamation est prévue pour le 15 janvier 2024. Cette fois, la seule question sera le montant des dommages supplémentaires. Le 15 janvier 2024 — le même jour que les caucus républicains de l’Iowa, le tout premier rendez-vous du calendrier des primaires présidentielles. Un homme se bat simultanément pour devenir le candidat républicain à la présidence et pour savoir combien il devra payer à une femme qu’un jury a déterminé qu’il avait agressée.
La collision des calendriers comme métaphore
Ce chevauchement n’est pas accidentel dans sa signification, même s’il l’est dans sa mécanique. Il dit quelque chose sur l’état de la démocratie américaine en 2024. Quand le calendrier judiciaire et le calendrier électoral se superposent à ce point, quand un candidat doit choisir entre préparer un meeting dans l’Iowa et préparer sa défense dans un tribunal de Manhattan, ce n’est plus un fait divers politique — c’est un stress-test constitutionnel.
Et pourtant, rien dans la Constitution américaine n’interdit à un individu sous le coup de multiples inculpations de se présenter à la présidence. Rien. Les Pères fondateurs n’avaient tout simplement pas imaginé ce scénario.
91 chefs d'accusation, zéro précédent historique
L’arithmétique de l’inédit
Mettons les chiffres bout à bout. Trente-quatre chefs d’accusation à Manhattan pour falsification de documents. Quarante chefs d’accusation fédéraux en Floride pour les documents classifiés. Quatre chefs d’accusation fédéraux à Washington pour la tentative de renversement de l’élection. Treize chefs d’accusation en Géorgie sous la loi RICO. Total : quatre-vingt-onze chefs d’accusation criminels dans quatre juridictions différentes.
Pour mettre ce chiffre en perspective : avant Trump, aucun ancien président américain n’avait jamais été inculpé pénalement. Pas un seul, en 234 ans de République. Richard Nixon a démissionné avant d’être inculpé et a été gracié par Gerald Ford. Bill Clinton a été mis en accusation par le Congrès mais n’a jamais fait face à des charges criminelles. Trump a explosé un record que personne ne pensait possible.
La stratégie du tribunal comme tribune
Face à cette marée judiciaire, Trump a adopté une stratégie que personne n’avait tentée parce que personne n’avait eu à la tenter : transformer chaque comparution en événement de campagne. Chaque entrée dans un tribunal devient une image diffusée en boucle. Chaque déclaration devant les caméras à la sortie d’une audience devient un discours de campagne. Chaque acte d’accusation devient la preuve alléguée d’une persécution politique.
La stratégie repose sur un paradoxe fascinant : plus il est poursuivi, plus sa base se mobilise. Les donations affluent après chaque inculpation. Les sondages dans les primaires républicaines montrent un écart grandissant avec ses rivaux. La machine judiciaire, censée être le mécanisme de responsabilité dans une démocratie, devient le carburant d’une campagne fondée sur le victimisme.
La question que personne ne veut poser
Que se passe-t-il si un président élu est aussi un condamné ?
Voici la question qui plane au-dessus de tout le reste, celle que les constitutionnalistes évitent et que les commentateurs politiques contournent : que se passe-t-il concrètement si Donald Trump est élu président en novembre 2024 tout en étant condamné dans une ou plusieurs de ces affaires ?
La Constitution ne prévoit aucun mécanisme pour cette situation. Un président en exercice ne peut pas, selon le consensus juridique actuel, être poursuivi au niveau fédéral — ce qui rendrait théoriquement caduques les deux affaires de Jack Smith. Mais les poursuites au niveau des États — New York et Géorgie — ne sont pas soumises à cette doctrine. Un président des États-Unis pourrait-il être contraint de comparaître devant un tribunal d’État tout en exerçant ses fonctions ? Personne ne le sait, parce que personne n’a jamais eu à répondre à cette question.
Le précédent qui n’existe pas
Les juristes s’affrontent. Certains argumentent que la présidence confère une immunité temporaire qui s’étend à tous les niveaux de juridiction. D’autres soutiennent que les procureurs d’État ont une souveraineté que même le président ne peut suspendre. La réalité est qu’aucun tribunal suprême n’a jamais tranché cette question parce qu’aucun précédent n’existe.
Et c’est peut-être la chose la plus troublante dans toute cette saga juridique. Non pas que Trump soit inculpé — les preuves existent, les grands jurys ont voté, les actes d’accusation sont publics. Mais que le système constitutionnel américain, vieux de plus de deux siècles, n’ait tout simplement aucune réponse prête pour le scénario qui se déroule sous nos yeux.
Quatre procureurs, quatre philosophies, un même accusé
Alvin Bragg, Fani Willis, Jack Smith, Letitia James
Il serait facile de regrouper ces quatre poursuites dans une seule narration. Trump le fait constamment, les qualifiant collectivement de chasse aux sorcières politiquement motivée. Mais chaque procureur opère indépendamment, avec des juridictions distinctes, des bases légales différentes et des motivations professionnelles qui leur sont propres.
Alvin Bragg, procureur de Manhattan, poursuit une affaire de falsification comptable liée à un paiement pré-électoral. Fani Willis, procureure du comté de Fulton, utilise la loi RICO pour démontrer une conspiration coordonnée visant à renverser un résultat électoral. Jack Smith, procureur spécial fédéral, mène deux enquêtes distinctes — l’une sur le 6 janvier, l’autre sur les documents classifiés. Letitia James, procureure générale de New York, poursuit une fraude financière systématique dans le cadre civil.
L’argument de la chasse aux sorcières et ses limites
Trump qualifie chaque poursuite de motivation politique. L’argument a une surface de résonance : trois des quatre procureurs sont démocrates, et les poursuites coïncident avec sa campagne présidentielle. Mais l’argument a aussi des limites factuelles considérables. Les grands jurys qui ont voté les inculpations sont composés de citoyens ordinaires. Les juges qui président les affaires ont été nommés par des présidents des deux partis. Les preuves — enregistrements audio, documents, témoignages sous serment — existent indépendamment de l’affiliation politique de ceux qui les présentent.
Et puis il y a un fait que la rhétorique de la persécution ne peut pas absorber : un co-accusé a déjà plaidé coupable en Géorgie. Scott Hall n’a pas plaidé coupable parce qu’il est victime d’une chasse aux sorcières. Il a plaidé coupable parce que, face aux preuves et à la perspective d’un procès, il a calculé que reconnaître les faits était sa meilleure option. Si d’autres co-accusés suivent le même chemin, chaque accord de plaider-coupable érode un peu plus la narration de la persécution généralisée.
Le mur du temps
Trop de procès, pas assez de jours dans le calendrier
Il y a une dimension purement logistique à cette situation qui mérite qu’on s’y arrête. Un être humain ne peut pas physiquement se présenter devant quatre tribunaux simultanément tout en menant une campagne présidentielle nationale. Les audiences exigent la présence de l’accusé. Les préparations exigent des réunions avec les avocats. Chaque affaire a ses propres délais, ses propres motions, ses propres urgences.
L’équipe juridique de Trump est devenue une petite armée. Des dizaines d’avocats répartis sur quatre fronts, chacun avec sa propre stratégie, ses propres échéances, ses propres enjeux. Le coût financier est colossal. Les frais juridiques se comptent en dizaines de millions de dollars, financés en partie par les dons de ses partisans via son comité d’action politique. Les Américains qui envoient 25 dollars pour soutenir leur candidat préféré financent en réalité sa défense pénale.
Retarder, retarder, retarder
La stratégie juridique la plus cohérente à travers les quatre affaires n’est pas l’innocence — c’est le report. Chaque motion de récusation, chaque demande de transfert de juridiction, chaque contestation procédurale a le même objectif tacite : repousser les procès au-delà de novembre 2024. Si Trump est élu président avant d’être jugé, la question de l’immunité présidentielle pourrait rendre certaines poursuites théoriquement impossibles pendant quatre ans.
C’est une course contre la montre inversée. Habituellement, un accusé veut un procès rapide pour être disculpé. Ici, l’accusé veut que le temps joue en sa faveur, que les dates de procès soient repoussées, que les procédures s’éternisent. Et chaque jour gagné est un jour plus proche de l’élection — et potentiellement de l’immunité.
Ce que les tribunaux disent de l'Amérique
Un système qui fonctionne ou un système qui craque ?
On peut lire cette situation de deux manières diamétralement opposées, et les deux ont une part de vérité. Première lecture : le système judiciaire américain fonctionne. Aucun homme, même un ancien président, n’est au-dessus des lois. Les grands jurys examinent les preuves. Les procureurs poursuivent. Les juges organisent les procès. La machine tourne.
Deuxième lecture : le système craque sous une pression qu’il n’a jamais été conçu pour supporter. Un candidat à la présidence utilise les poursuites comme levier politique. Les audiences deviennent des événements médiatiques. Les partisans de l’accusé voient dans chaque inculpation la preuve d’un complot. La confiance dans les institutions judiciaires se polarise selon les lignes partisanes. La justice ne rend plus la justice — elle rend des partisans.
La polarisation comme produit dérivé
Et pourtant, il y a une troisième lecture que ni les partisans ni les opposants de Trump n’aiment entendre. Les deux premières lectures ne s’excluent pas mutuellement. Le système peut fonctionner ET craquer en même temps. Les poursuites peuvent être juridiquement fondées ET politiquement instrumentalisées par l’accusé. Un homme peut être authentiquement poursuivi pour des actes documentés ET utiliser cette poursuite pour renforcer son pouvoir politique.
C’est précisément cette dualité qui rend la situation si dangereuse pour la démocratie américaine. Pas parce que Trump est poursuivi — mais parce que la poursuite elle-même est devenue un objet politique, un test de Rorschach national où chaque Américain voit ce que ses convictions préexistantes lui dictent de voir.
La démocratie à l'examen
Un test que personne n’a voulu
Les Pères fondateurs ont conçu un système de freins et contrepoids remarquable pour le XVIIIe siècle. Ils n’ont pas conçu un système capable de gérer un ancien président inculpé 91 fois qui se présente à sa propre succession. Ce n’est pas un reproche — c’est un constat. Aucun architecte constitutionnel au monde n’aurait anticipé ce scénario, parce que le scénario suppose un enchaînement de circonstances que l’histoire n’avait jamais produit.
Mais le voici. Et la manière dont l’Amérique le traversera définira non seulement l’avenir de Donald Trump, mais l’avenir de la présidence elle-même. Si un président peut être poursuivi et jugé pendant qu’il fait campagne, cela crée un précédent. Si un président peut échapper aux poursuites en se faisant élire, cela crée un autre précédent. Aucun des deux précédents n’est confortable. Aucun des deux n’est sans conséquences.
2024, l’année de tous les verdicts
L’année 2024 ne sera pas une année électorale ordinaire. Ce sera une année où les Américains voteront tout en sachant que le candidat du Parti républicain est attendu dans au moins deux procès criminels avant le jour de l’élection. Une année où le mot verdict aura deux sens simultanés — celui du jury dans un tribunal et celui du peuple dans un isoloir.
Et c’est peut-être la leçon la plus troublante de toute cette affaire. La démocratie américaine n’est pas menacée par un ennemi extérieur. Elle n’est pas menacée par un effondrement économique. Elle est menacée par une question qu’elle n’a jamais eu à se poser : que fait-on quand le processus démocratique et le processus judiciaire entrent en collision frontale — et que la même personne est au centre des deux ?
Le silence des républicains
Un parti qui regarde ailleurs
Il y a un silence dans cette affaire qui est aussi révélateur que les 91 chefs d’accusation eux-mêmes : celui du Parti républicain. À de rares exceptions près — Chris Christie, Asa Hutchinson — les candidats républicains aux primaires évitent de commenter le fond des affaires. Ils dénoncent la politisation de la justice. Ils défendent le droit de Trump à se présenter. Mais ils ne disent presque jamais si les actes documentés dans les actes d’accusation sont acceptables ou non.
Ce silence n’est pas de la prudence. C’est un calcul. Soixante-dix pour cent des électeurs républicains considèrent les poursuites comme politiquement motivées, selon les sondages. Critiquer Trump sur le fond juridique revient à se couper de la base électorale. Le silence est donc une capitulation stratégique déguisée en neutralité. Et cette capitulation a une conséquence : elle normalise l’idée qu’un candidat peut être sous le coup de 91 charges criminelles sans que cela constitue un problème pour son parti.
Le précédent que tout le monde préfère ignorer
Si Trump est le candidat républicain en 2024 — ce que les sondages suggèrent fortement — le Parti républicain aura officiellement choisi comme porte-drapeau un homme inculpé dans quatre juridictions pour des actes allant de la falsification comptable à la tentative de renversement d’une élection. Ce n’est pas un fait partisan. C’est un fait historique. Et c’est un précédent que les deux partis devront vivre avec, longtemps après que Trump aura quitté la scène politique.
Car voici ce que les partisans de Trump ne calculent pas : les précédents ne choisissent pas leur camp. Si un président peut défier impunément les procédures judiciaires, le prochain à le faire ne sera pas nécessairement républicain. Si un candidat peut instrumentaliser ses propres poursuites pour gagner en popularité, le prochain à utiliser cette stratégie ne sera pas nécessairement conservateur. Le poison de l’impunité n’a pas d’affiliation partisane.
Ce qui reste quand les caméras s'éteignent
Au-delà du spectacle, les vies brisées
Dans le fracas médiatique des inculpations et des audiences, il est facile d’oublier les personnes concrètes que ces affaires impliquent. Les agents électoraux de Géorgie qui ont été harcelés. Les fonctionnaires qui ont reçu des menaces de mort pour avoir fait leur travail. Ruby Freeman et Shaye Moss, mère et fille, employées électorales à Fulton County, dont les vies ont été dévastées par les accusations mensongères de fraude. Leur témoignage devant la commission du 6 janvier reste l’un des moments les plus poignants de l’enquête parlementaire.
E. Jean Carroll, qui a porté seule pendant des décennies le poids d’une agression que personne ne voulait croire. Les archivistes nationaux qui ont sonné l’alarme sur les documents manquants. Les avocats du département de Justice qui ont refusé de signer des documents qu’ils savaient mensongers. Derrière chaque chef d’accusation, il y a des personnes réelles qui ont payé un prix réel pour la vérité.
La mémoire contre l’amnésie
Le risque, dans une démocratie saturée d’informations, est l’amnésie. Le risque est que quatre-vingt-onze devienne un chiffre abstrait, un élément de décor dans le paysage politique, quelque chose qu’on mentionne en passant avant de parler des sondages et des stratégies de campagne.
Mais quatre-vingt-onze chefs d’accusation criminels ne sont pas un décor. Ce sont quatre-vingt-onze allégations formelles, votées par des grands jurys composés de citoyens ordinaires, affirmant qu’il existe suffisamment de preuves pour penser qu’un ancien président des États-Unis a commis des crimes. Pas des infractions administratives. Pas des maladresses politiques. Des crimes. La moindre des choses que la démocratie doit à elle-même, c’est de ne pas l’oublier.
Signé Jacques PJ Provost
Encadré de transparence
Ce que cet article est — et ce qu’il n’est pas
Cet article est une analyse et non un reportage factuel neutre. Il repose sur des faits documentés et vérifiables — actes d’accusation publics, décisions judiciaires rendues, témoignages sous serment — mais leur interprétation, leur mise en contexte et les conclusions qui en sont tirées reflètent le point de vue éditorial de l’auteur.
Sources et méthodologie
Les informations factuelles proviennent de documents judiciaires publics, de la couverture en direct des audiences par CNN et d’autres médias accrédités, ainsi que des déclarations officielles des parties impliquées. Les chiffres des chefs d’accusation correspondent aux actes d’accusation publics disponibles au moment de la rédaction.
Limites et avertissement
Donald Trump a plaidé non coupable dans toutes les affaires criminelles et nie toute faute dans les affaires civiles. Il qualifie l’ensemble des poursuites de chasse aux sorcières politiquement motivée. Plusieurs de ces affaires n’ont pas encore été jugées au moment de la publication. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques politiques et constitutionnelles américaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires politiques et juridiques américaines. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
CNN — Takeaways from Day 1 of Trump’s $250M civil fraud trial — 2 octobre 2023
CNN — Judge rules Trump committed fraud in New York civil case — 26 septembre 2023
CNN — Jury finds Trump liable for sexual abuse and defamation in E. Jean Carroll case — 9 mai 2023
CNN — Trump and 18 allies indicted in Georgia over efforts to overturn 2020 election — 17 août 2023
CNN — Trump-Raffensperger phone call transcript — 3 janvier 2021
CNN — Trump caught on tape discussing classified document — 26 juin 2023
Sources secondaires
CNN — Jack Smith named special counsel in Trump investigations — 18 novembre 2022
CNN — Judge sets March 4, 2024 trial date for Trump’s federal election case — 28 août 2023
CNN — Trial for two Trump co-defendants in Georgia expected this month — 29 septembre 2023
CNN — Letitia James files $250 million lawsuit against Trump — 21 septembre 2022
CNN — Trump pleads not guilty at Manhattan arraignment — 4 avril 2023
CNN — Trump faces additional charges in classified documents case — 27 juillet 2023
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