Dix jours pour capituler — le calendrier de l’humiliation
Reprenons la chronologie. Le 26 mars, Trump annonce lors d’une réunion de cabinet qu’il donne dix jours à l’Iran pour rouvrir le détroit. Pas dix jours pour négocier. Pas dix jours pour trouver un accord. Dix jours pour obtempérer. La nuance est capitale. Un ultimatum n’est pas une invitation au dialogue — c’est une mise en demeure de soumission.
Le 1er avril, l’Iran demande un cessez-le-feu. Trump répond qu’il « considérera » la proposition quand le détroit sera ouvert. Traduction : capitule d’abord, on parlera ensuite. C’est la logique du plus fort réduite à sa forme la plus crue — une logique que tout négociateur professionnel vous dira être la pire possible quand votre adversaire n’a plus rien à perdre.
Le piège de l’escalade symétrique
Le général iranien Ali Abdollah Aliabadi a répondu à Trump en retournant sa propre métaphore : « Les portes de l’enfer s’ouvriront pour vous. » Cette symétrie rhétorique n’est pas anodine. Elle signale que Téhéran refuse le cadre de la capitulation. L’Iran ne négocie pas sous ultimatum — il ne l’a jamais fait, pas sous le Shah, pas sous Khomeini, pas sous Khamenei.
Quand deux dirigeants promettent simultanément l’enfer à l’autre, ce n’est plus de la diplomatie. C’est un jeu de poulets sur une autoroute à six voies — et les passagers, ce sont les populations civiles des deux côtés.
Aliabadi a qualifié le post de Trump d’« action désespérée, nerveuse, déséquilibrée et stupide ». En temps normal, ce type de rhétorique militaire resterait confiné aux briefings internes. Qu’elle soit prononcée publiquement signifie une chose : l’Iran prépare son opinion publique à l’escalade, pas au compromis.
La guerre est déjà là — et personne ne l'appelle par son nom
Février 2026 : le mois où tout a basculé
Il faut le dire clairement, parce que la couverture médiatique semble l’oublier toutes les 72 heures : les États-Unis et Israël sont en guerre contre l’Iran depuis février 2026. Ce n’est pas une « opération ». Ce n’est pas une « frappe ciblée ». C’est une guerre. Avec des bombardements, des morts, un aviateur américain porté disparu quelque part à la frontière irako-iranienne, et un pays de 90 millions de personnes sous le feu.
L’ultimatum de Trump ne survient donc pas dans un vide. Il survient dans le contexte d’une agression militaire en cours — une agression que l’Iran subit et à laquelle il tente de résister avec les moyens dont il dispose. Fermer Ormuz, c’est la seule carte de l’Iran. La seule. Lui demander de la rendre avant toute négociation revient à demander à un boxeur acculé dans les cordes de baisser sa garde avant qu’on accepte d’arrêter de frapper.
Le pilote disparu que personne ne mentionne
Pendant que Trump tweete des ultimatums en lettres capitales, un aviateur américain est porté disparu en territoire hostile. Les recherches entrent dans leur deuxième jour à la frontière irako-iranienne. Un être humain — avec un nom, une famille, une adresse quelque part en Amérique — est peut-être blessé, capturé, ou mort dans un conflit que son commandant en chef gère par publications sur les réseaux sociaux.
Et pourtant, dans le post de Trump, pas un mot sur ce pilote. Pas une pensée. Juste « Glory be to GOD! » et une faute d’orthographe sur « reign » au lieu de « rain ». L’enfer qui « règnera » au lieu de « pleuvra » — même la grammaire de la destruction est approximative.
Lindsey Graham et la mécanique de l'escalade institutionnelle
Le sénateur qui légitime la guerre préventive
Quelques heures après le post de Trump, le sénateur Lindsey Graham — républicain de Caroline du Sud, faucon parmi les faucons — a déclaré après un entretien avec le président qu’il était « convaincu que Trump utilisera une force militaire écrasante contre le régime s’il continue d’entraver le détroit d’Ormuz et refuse une solution diplomatique ». Force militaire écrasante. Le mot n’est pas anodin. Il évoque la doctrine « shock and awe » — celle-là même qui a transformé Bagdad en champ de ruines en 2003.
Graham ne parle pas en son nom. Il parle après avoir parlé à Trump. C’est un canal de communication délibéré — le président utilise un sénateur comme porte-voix pour amplifier la menace sans engager directement sa parole présidentielle dans un cadre formel. C’est de la diplomatie de la terreur par procuration.
L’absence totale du Congrès
Et pourtant, la question que personne ne pose : où est le vote du Congrès ? La Constitution américaine est limpide — le pouvoir de déclarer la guerre appartient au Congrès, pas au président. Or, depuis février, les États-Unis mènent une guerre ouverte contre l’Iran sans déclaration formelle, sans résolution du Congrès, sans débat public digne de ce nom. Un homme publie un ultimatum sur un réseau social, un sénateur le valide devant une caméra, et 90 millions d’Iraniens attendent de savoir si leurs infrastructures énergétiques survivront au week-end.
La démocratie américaine a été conçue pour empêcher exactement ce scénario. Deux cent cinquante ans de garde-fous constitutionnels, réduits à néant par un post Truth Social à 7 heures du matin.
Ce que l'Iran demande — et pourquoi personne n'écoute
Pas un cessez-le-feu temporaire — la fin de la guerre
Dans les négociations indirectes en cours, la position iranienne est remarquablement claire : Téhéran refuse un cessez-le-feu temporaire. Ce que l’Iran exige, c’est la fin de la guerre et des garanties que les États-Unis et Israël ne lanceront pas de futures attaques. En d’autres termes, l’Iran demande ce que n’importe quel pays demande quand il est bombardé : arrêtez de nous bombarder, et promettez de ne pas recommencer.
Cette position est systématiquement présentée dans les médias occidentaux comme un obstacle à la paix. Retournons le miroir : si le Canada bombardait le Texas depuis deux mois et que Washington demandait l’arrêt des frappes plus des garanties de non-agression, qui oserait qualifier cette demande d’« irrationnelle » ?
La diplomatie du perdant désigné
Le cadre posé par Trump est un piège logique parfait. Ouvrir le détroit signifie pour l’Iran abandonner son seul levier sans rien obtenir en retour. Refuser signifie subir les bombardements promis. C’est la définition même d’un ultimatum non négociable — un instrument conçu non pas pour obtenir la paix, mais pour justifier la guerre en faisant porter la responsabilité du refus à la partie la plus faible.
Et pourtant, Trump a lui-même dit qu’il « considérerait » le cessez-le-feu. Ce conditionnel est révélateur. Il ne s’engage pas. Il conditionne un éventuel « examen » à une capitulation préalable complète. C’est exactement la stratégie qui a échoué avec Saddam Hussein en 2003 — une guerre déguisée en refus de l’autre de « coopérer ».
Le premier navire occidental : un symbole creux dans un océan de blocus
Un navire français, une exception qui confirme la règle
Le 3 avril, un navire français est devenu le premier vaisseau occidental à transiter par le détroit d’Ormuz depuis le début de la guerre. L’information a été présentée comme un signe d’ouverture. C’est exactement le contraire. Un seul navire en deux mois, c’est la preuve que le détroit est fonctionnellement fermé. C’est comme célébrer qu’une personne ait traversé une autoroute à pied sans se faire écraser — ça ne signifie pas que l’autoroute est sûre.
Le passage de ce navire a probablement été négocié bilatéralement entre Paris et Téhéran, en dehors du cadre américain. Ce qui soulève une question que Washington préférerait ignorer : la France négocie-t-elle dans le dos des États-Unis ? Et si oui, combien d’autres pays font la même chose ?
Le commerce mondial retient son souffle
Pendant ce temps, les prix alimentaires mondiaux grimpent. L’OPEP vient d’annoncer une modeste hausse de production pour compenser la pression sur les marchés — un pansement sur une hémorragie. Le pétrole n’est pas qu’une commodité. C’est le sang de l’économie mondiale. Chaque jour de blocus d’Ormuz coûte des milliards. Pas à l’Iran. Pas aux États-Unis. Au Bangladesh. Au Sénégal. À l’Égypte. Aux pays qui n’ont bombardé personne et qui paieront le prix de cette guerre en famine et inflation.
Vingt pour cent du pétrole mondial passe par un détroit de 33 kilomètres. Deux hommes — l’un à Washington, l’autre à Téhéran — décident si ce pétrole coule ou non. Et 8 milliards de personnes subissent.
La grammaire de la destruction — anatomie d'un post Truth Social
« Reign » au lieu de « rain » — quand l’orthographe trahit l’homme
Arrêtons-nous sur le texte exact du post : « Time is running out — 48 hours before all Hell will reign down on them. Glory be to GOD! » Trump a écrit « reign » — régner — au lieu de « rain » — pleuvoir. L’enfer qui règne au lieu de l’enfer qui pleut. La faute a été signalée par UPI entre crochets, comme on signale une coquille dans une lettre d’écolier. Sauf que cette « lettre » engage la première puissance nucléaire mondiale dans un ultimatum de guerre.
Ce n’est pas du pinaillage. C’est un symptôme. Le document le plus conséquent de la semaine en matière de politique étrangère américaine — un ultimatum de guerre qui pourrait déclencher un conflit régional majeur — a été rédigé sur un téléphone, publié sur un réseau social, sans relecture, sans vérification, sans processus interagences, sans le moindre briefing juridique du conseiller à la sécurité nationale.
Quand la guerre se déclare sur les réseaux sociaux
En 1962, pendant la crise des missiles de Cuba, Kennedy a passé treize jours à délibérer avec le Comité exécutif du Conseil de sécurité nationale. Chaque option a été pesée. Chaque conséquence anticipée. Des lettres ont été échangées avec Khrouchtchev par canaux diplomatiques sécurisés. Le monde a frôlé l’anéantissement nucléaire, mais les adultes dans la pièce ont tenu bon.
En 2026, un ultimatum de guerre tient en 280 caractères, se termine par « Glory be to GOD! » et contient une faute d’orthographe. La distance entre ces deux moments mesure exactement le déclin institutionnel américain.
Les explosifs près du gazoduc serbo-hongrois — le signal que personne ne relie
Quand la guerre en Iran contamine l’Europe de l’Est
Le 5 avril — pendant que le monde fixe Ormuz — des explosifs ont été découverts près d’un gazoduc approvisionnant la Serbie et la Hongrie en gaz russe, à la frontière entre les deux pays. L’information est passée presque inaperçue. Elle ne devrait pas. Parce que ce gazoduc et le détroit d’Ormuz font partie du même système nerveux énergétique global.
Quand Ormuz se ferme, les pays dépendants du pétrole du Golfe se tournent vers d’autres sources. La pression sur le gaz russe augmente. Les enjeux autour des pipelines européens se multiplient. Les explosifs près du gazoduc serbo-hongrois ne sont peut-être pas liés à la guerre en Iran. Mais ils existent dans un monde que cette guerre a rendu infiniment plus inflammable.
L’effet domino que personne ne modélise
L’OPEP augmente modestement sa production. La Corée du Sud redémarre un réacteur nucléaire arrêté depuis trois ans. Le Pape supplie les nations belligérantes de déposer les armes dans son adresse de Pâques. Chacun de ces événements est une réaction en chaîne déclenchée par un conflit que Washington présente comme « ciblé » et « limité ». Rien n’est limité quand vous touchez à 20 % de l’approvisionnement énergétique mondial.
Et pourtant, dans les chaînes d’information américaines, la couverture oscille entre le dernier sondage sur la cote de popularité de Trump et le classement de la NCAA. La guerre en Iran n’est déjà plus en première page — elle y revient uniquement quand Trump publie un post menaçant. La guerre existe dans l’espace médiatique américain seulement quand le président en parle. Le reste du temps, elle est invisible. Les morts iraniens sont invisibles.
Le précédent irakien — la mémoire que l'Amérique refuse
2003 : même rhétorique, même piège, même trajectoire
« Shock and awe ». « Vous êtes avec nous ou contre nous. » « Saddam a 48 heures pour quitter l’Irak. » L’histoire ne se répète pas — elle bégaie. Les mots changent légèrement. Le réseau social remplace la conférence de presse. Mais la structure est identique : un ultimatum impossible, un refus prévisible, et une guerre présentée comme la « faute » de celui qui a refusé de capituler.
L’Irak post-2003 a produit : des centaines de milliers de morts civils, la naissance de Daech, la déstabilisation de toute la région, et un coût de plus de 2 000 milliards de dollars pour le contribuable américain. Vingt-trois ans plus tard, l’Irak n’est toujours pas stable. Et les mêmes voix — Graham en tête — qui ont poussé à cette guerre poussent aujourd’hui à la suivante.
L’Iran n’est pas l’Irak — et c’est pire
L’Iran a trois fois la population de l’Irak de 2003. Son territoire est quatre fois plus grand. Ses forces armées n’ont pas été décimées par une décennie d’embargo. Ses milices alliées contrôlent des territoires au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen. Son programme balistique est le plus avancé du Moyen-Orient. Et surtout — surtout — l’Iran n’est pas isolé. La Chine achète son pétrole. La Russie vend ses armes. L’Inde maintient des relations commerciales.
Si l’Irak était un terrain vague que l’Amérique a transformé en brasier, l’Iran est une forêt dense bordée de réservoirs d’essence. Et Trump vient d’allumer une allumette.
« Glory be to GOD ! » — le messianisme nucléaire
Quand la théologie remplace la stratégie
Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette invocation divine à la fin d’un ultimatum de guerre. « Glory be to GOD! » n’est pas une expression diplomatique. C’est un cri de croisade. C’est le vocabulaire des guerres de religion — exactement le cadre que les stratèges américains ont passé vingt ans à essayer de déconstruire après le 11 septembre.
Trump ne s’adresse pas à l’Iran avec cette phrase. Il s’adresse à sa base évangélique américaine. L’Iran est un accessoire théâtral dans un spectacle destiné à un public domestique. Les 90 millions d’Iraniens qui vivent sous la menace de bombardements ne sont pas les destinataires du message — ils sont le décor.
La réponse iranienne en miroir
Le général Aliabadi a répondu en retournant exactement la même métaphore : « Les portes de l’enfer s’ouvriront pour vous. » L’Iran joue le même jeu — rhétorique apocalyptique, invocation de la puissance divine, refus total de la soumission. Quand les deux parties d’un conflit parlent le langage de l’absolu, l’espace pour le compromis disparaît. Il ne reste que l’escalade. Et l’escalade, dans un théâtre d’opérations nucléarisé, a un nom : la catastrophe.
Les 48 heures qui restent — scénarios du pire et du moins pire
Scénario 1 : L’Iran cède — improbable
Pour que l’Iran ouvre le détroit sans contrepartie, il faudrait que le régime accepte de perdre la face devant sa propre population, ses alliés régionaux, et l’histoire. Aucun dirigeant iranien — qu’il soit réformateur, conservateur ou militaire — ne survivrait politiquement à une telle capitulation. La fierté nationale iranienne n’est pas un concept abstrait. C’est un fait géopolitique forgé par des siècles d’invasions et d’humiliations. L’Iran n’a pas cédé sous Saddam Hussein avec un million de morts. Il ne cédera pas sous un post Truth Social.
Scénario 2 : Trump frappe — probable
Si l’Iran ne cède pas d’ici le 6 avril, Trump se retrouve face à son propre ultimatum. Ne pas frapper après avoir promis l’enfer serait un aveu de bluff — inacceptable pour un président qui a fait de la « force » son identité politique. Les frappes viseraient probablement les infrastructures énergétiques iraniennes — raffineries, terminaux pétroliers, peut-être le site nucléaire de Bouchehr. Graham a dit « overwhelming military force ». Ce n’est pas un euphémisme.
Scénario 3 : L’ambiguïté stratégique — le plus dangereux
Le scénario le plus probable est aussi le plus dangereux : ni capitulation claire, ni frappe massive immédiate. L’Iran laisse passer un navire ici, bloque une flottille là. Trump déclare victoire sans que rien n’ait changé. Et la guerre continue dans cette zone grise où personne ne sait exactement quelles sont les règles — parce qu’il n’y en a plus.
Quarante-huit heures. C’est le temps qu’il reste avant que nous sachions si le XXIe siècle a trouvé son Sarajevo.
L'Europe : spectatrice, complice, ou absente
Le silence assourdissant des capitales européennes
Où est l’Europe ? Où est Berlin ? Où est Paris — au-delà de ce navire solitaire qui a traversé Ormuz ? Où est Bruxelles ? Le silence européen sur cet ultimatum est une déclaration politique en soi. Ne rien dire face à un ultimatum de guerre illégal au regard du droit international, c’est valider cet ultimatum. L’Europe est devenue la spectatrice muette d’un incendie dont elle sera la première victime collatérale — par les prix de l’énergie, par les flux migratoires, par l’instabilité géopolitique.
La dépendance énergétique comme servitude volontaire
L’Europe n’a pas de politique énergétique indépendante. Elle est passée de la dépendance au gaz russe à la dépendance au pétrole du Golfe sans jamais construire l’autonomie stratégique dont elle parle depuis vingt ans. Le résultat : quand Trump menace de bombarder l’Iran et de faire exploser les prix du brut, l’Europe n’a pas voix au chapitre. Elle subit. Elle encaisse. Elle paie.
Et pourtant, personne à Bruxelles ne fait le lien entre l’ultimatum de Trump, les explosifs près du gazoduc serbo-hongrois, la hausse des prix alimentaires et le redémarrage précipité d’un réacteur nucléaire en Corée du Sud. Tout est connecté. Ormuz n’est pas un problème américano-iranien. C’est un problème planétaire que deux hommes traitent comme un bras de fer personnel.
Le Pape, l'OPEP et les signaux faibles
Quand les institutions supplient
Le pape Léon — successeur de François — a consacré son adresse de Pâques à supplier les nations belligérantes de déposer les armes. L’OPEP annonce une hausse de production « modeste » — le mot même trahit l’impuissance. La Corée du Sud annonce que « les conditions de passage varient selon le navire et le pays » — traduction : chacun négocie seul sa survie énergétique, le multilatéralisme est mort.
Ces signaux faibles dessinent une image terrifiante : un ordre mondial en décomposition. Le système construit après 1945 — Nations unies, droit international, résolution pacifique des conflits — n’est plus qu’une coquille vide. Un président décide par post de réseau social. Un sénateur légitime par interview télévisée. Et le Pape supplie dans le vide.
Le vrai gagnant : celui qui ne parle pas
Dans tout ce chaos, notez qui ne dit rien. La Chine observe. La Russie observe. Chaque jour de conflit entre les États-Unis et l’Iran est un jour où l’attention de Washington se détourne de Taïwan, de l’Ukraine, de l’Arctique. Chaque baril de pétrole iranien qui ne passe plus par Ormuz est un baril que la Chine négocie directement avec Téhéran, en yuan, hors du système SWIFT.
La guerre contre l’Iran n’affaiblit pas seulement l’Iran. Elle affaiblit l’Amérique. Et les puissances qui patient sur les lignes de côté le savent parfaitement.
Qu'est-ce qu'on ne nous dit pas
Les questions interdites
Pourquoi maintenant ? Les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran en février. Pourquoi pas en 2024 ? Pourquoi pas en 2025 ? Quel événement — quel seuil nucléaire, quel calcul électoral, quelle convergence d’intérêts — a déclenché cette guerre précisément maintenant ? La réponse à cette question est probablement la clé de tout le conflit, et personne ne la pose publiquement.
Qui a voté ? Le peuple américain a-t-il été consulté avant que son pays entre en guerre contre l’Iran ? Non. Le Congrès a-t-il voté une déclaration de guerre ou une autorisation d’usage de la force ? Les informations disponibles ne l’indiquent pas. Une guerre menée sans mandat démocratique est, par définition, une guerre illégitime — peu importe la cible.
Où sont les plans d’après-guerre ? Admettons que Trump bombarde les infrastructures énergétiques iraniennes. Admettons que le régime s’effondre. Qui gouverne un pays de 90 millions de personnes ? Qui empêche la guerre civile ? Qui contient l’arsenal balistique ? Qui gère les millions de réfugiés ? L’Irak a prouvé que détruire un État est facile. Le reconstruire est impossible.
Le compte à rebours comme spectacle
La mise en scène permanente de l’apocalypse
Trump excelle dans une chose : transformer la géopolitique en télé-réalité. Le compte à rebours de 48 heures n’est pas un instrument diplomatique — c’est un cliffhanger. « Rendez-vous dimanche pour voir si l’enfer se déchaîne ! » Le suspense est calibré. Le vocabulaire est choisi pour maximiser l’engagement sur les réseaux. « Hell ». « GOD ». « Reign down ». Chaque mot est un punch émotionnel conçu pour être partagé, cité, commenté.
Le problème, c’est que ce n’est pas une série télévisée. Les bombes sont réelles. Les morts sont réels. Le pilote américain disparu est réel. Et la transformation de la guerre en divertissement est peut-être le symptôme le plus grave de la maladie qui ronge la démocratie américaine.
Quand l’algorithme décide de la guerre
Le post de Trump a généré des millions d’interactions. L’algorithme de Truth Social l’a poussé. Les médias l’ont repris. Le cycle de l’information s’est emballé. Et dans cette spirale, une question disparaît : est-ce que cette guerre sert les intérêts du peuple américain ? Ou sert-elle uniquement les intérêts d’un homme qui a besoin d’un ennemi extérieur pour maintenir sa base mobilisée ?
Et pourtant, quand le cycle médiatique aura tourné, quand le prochain post remplacera celui-ci, la guerre continuera. Les bombes continueront de tomber. Le détroit restera fermé ou ouvert. Le pilote sera retrouvé ou non. Et 90 millions d’Iraniens continueront de vivre — ou de mourir — dans l’ombre d’un ultimatum publié entre deux bouchées de petit-déjeuner à Mar-a-Lago.
Ce que nous devrions retenir avant que l'histoire nous juge
La responsabilité de savoir
Nous savons. Nous savons tous. Nous savons qu’un ultimatum de guerre a été publié sur un réseau social. Nous savons que 20 % du pétrole mondial est en jeu. Nous savons qu’un pays est bombardé depuis deux mois. Nous savons que les garde-fous constitutionnels ne fonctionnent plus. Nous savons que le Congrès n’a pas voté. Nous savons que l’Europe se tait.
Ce que nous ne savons pas, c’est si nous aurons le courage de le dire. De le nommer. D’appeler un ultimatum de guerre un ultimatum de guerre. D’appeler une guerre d’agression une guerre d’agression. De refuser la normalisation de la destruction comme outil de politique étrangère.
Dans 48 heures, nous saurons si Donald Trump a déclenché l’enfer. Mais nous savons déjà qu’il a déclenché quelque chose de pire : l’indifférence collective face à l’impensable. Et cette indifférence, aucune bombe ne pourra la réparer.
Signé Jacques PJ Provost
Encadré de transparence
Ce que cet article est — et ce qu’il n’est pas
Cet article est une chronique d’opinion, pas un reportage factuel. Il exprime un point de vue éditorial basé sur des faits vérifiables et des sources identifiées. L’auteur n’est pas journaliste — il est chroniqueur et analyste indépendant.
Sources et méthodologie
Les faits cités proviennent de sources d’information majeures (UPI, Axios, CBS News) et de déclarations officielles vérifiables. Les analyses, interprétations et opinions sont celles de l’auteur et n’engagent que lui.
Limites de l’analyse
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
UPI — Trump gives Iran 48 hours to open Strait of Hormuz or face ‘hell’ — 4 avril 2026
UPI — Trump gives Iran 10-day deadline during cabinet meeting — 26 mars 2026
UPI — Iran requests ceasefire in war launched by U.S. and Israel — 1er avril 2026
UPI — Trump delivers prime-time address on Iran war — 1er avril 2026
Sources secondaires
Axios — Graham says Trump will use ‘overwhelming military force’ against Iran — 4 avril 2026
CBS News — Iranian general calls Trump’s threat ‘stupid,’ returns hellfire warning — 4 avril 2026
UPI — Search for downed U.S. airman enters second day in Iran — 4 avril 2026
UPI — First Western shipping vessel transits Strait of Hormuz since start of war — 3 avril 2026
UPI — U.N.: Iran war drives 2.4% increase in world food prices — 3 avril 2026
UPI — OPEC agrees on another oil production boost as Strait remains blocked — 5 avril 2026
UPI — Explosives found near pipeline supplying gas to Serbia, Hungary — 5 avril 2026
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