Les dernières paroles ont le don de captiver les gens, car elles semblent promettre un dernier aperçu de la personne qui se cache derrière la légende. Parfois, elles semblent courageuses, parfois étrangement banales, et parfois elles sont si percutantes ou poétiques qu’elles finissent par survivre à tout ce qui est associé à ce nom. Ces dernières paroles sont devenues célèbres non seulement parce qu’elles ont été prononcées à des moments dramatiques, mais aussi parce qu’elles semblaient correspondre de manière inoubliable à ceux qui les ont prononcées. Qu’elles soient solennelles, ironiques ou étrangement parfaites, ce sont ces phrases que l’histoire n’a cessé de répéter.
1. Jules César — « Et toi aussi, Brutus ? »
C’est peut-être la dernière phrase la plus célèbre de l’histoire occidentale, même si elle relève davantage de la littérature que de la réalité. La plupart des gens la connaissent grâce à la pièce « Jules César » de Shakespeare, dans laquelle César aperçoit Brutus parmi les assassins et prononce cette phrase immortelle. Elle reste emblématique car, en quelques mots seulement, elle a fait du meurtre l’image ultime de la trahison.
2. Nathan Hale — « Je regrette seulement de n’avoir qu’une seule vie à donner pour mon pays. »
Les dernières paroles attribuées à Nathan Hale sont célèbres car elles semblent incarner l’essence même du sacrifice patriotique. La Bibliothèque du Congrès a conservé cette phrase sur une plaque commémorative érigée sur le site de son exécution, et cette phrase est restée dans les mémoires comme celle que la plupart des gens associent à Hale. Même si vous ne savez pratiquement rien d’autre à son sujet, vous connaissez sans doute cette phrase.
3. Marie-Antoinette — « Excusez-moi, monsieur, je ne l'ai pas fait exprès. »
La dernière phrase la plus célèbre de Marie-Antoinette n’est pas restée dans les mémoires pour son caractère grandiose ou politique, mais pour son étonnante courtoisie. Les récits de son exécution racontent qu’elle marcha sur le pied de son bourreau et s’excusa en prononçant cette phrase désormais célèbre. Ce bref élan de courtoisie à la guillotine a conféré à cette histoire une élégance étrange et durable.
4. John Adams — « Thomas Jefferson est toujours là. »
John Adams a connu l’une des fins les plus poignantes de l’histoire, qui s’est avérée erronée à quelques heures près. Ses dernières paroles ont été quelque chose comme « Thomas Jefferson est encore en vie », sans qu’il sache que Jefferson était déjà décédé plus tôt dans la journée. Cette phrase est devenue célèbre car elle a réuni une dernière fois les deux vieux rivaux à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance américaine.
5. Thomas Jefferson — « C'est le 4 juillet ? »
Les célèbres dernières paroles de Jefferson sont mémorables car elles montrent qu’il pensait à l’histoire alors même qu’il rendait son dernier souffle. Selon Britannica, ses derniers mots prononcés en pleine conscience la veille au soir furent : « Est-ce le 4 ? » Il est en effet décédé le jour même du 50e anniversaire de la signature de la Déclaration d’indépendance. On ne pourrait guère imaginer une fin plus « jeffersonienne » que celle-là.
6. Nostradamus — « Vous ne me trouverez pas vivant au lever du soleil. »
Après avoir passé sa vie à faire des prophéties, il était tout à fait normal que Nostradamus prédise sa propre mort. Selon les récits de son décès, il aurait déclaré à son secrétaire, Jean de Chavigny, qu’on ne le trouverait plus vivant au lever du soleil ; et c’est effectivement ainsi qu’on l’a retrouvé le lendemain matin.
7. John Wilkes Booth — « Inutile, inutile. »
On se souvient des dernières paroles les plus célèbres de Booth avec une sorte d’ironie amère. Après avoir été acculé et abattu au cours de la chasse à l’homme, il est mort sous le porche d’une ferme, et de nombreux récits traditionnels rapportent que ses derniers mots auraient été « Inutile, inutile », alors qu’il regardait ses mains. Cette phrase est restée dans les mémoires car elle semble traduire une prise de conscience soudaine de son propre effondrement.
8. Lord Nelson — « Dieu merci, j'ai fait mon devoir. »
Les dernières paroles de l’amiral Nelson sont restées dans les mémoires presque autant que sa victoire à Trafalgar. « Dieu merci, j’ai fait mon devoir » aurait été sa dernière pensée cohérente. Cette formule est devenue célèbre car elle correspondait parfaitement à l’image publique de Nelson. Si un héros national devait mourir au combat, c’est exactement ainsi que le peuple voulait l’entendre s’exprimer.
9. Ludwig van Beethoven — « Mes amis, applaudissez, la comédie est finie. »
La phrase que l’on attribue à Beethoven a traversé les siècles parce qu’elle a ce côté théâtral qui correspond exactement à l’image que l’on se fait des génies. À l’approche de sa mort, plusieurs anecdotes dramatiques ont vu le jour, et la version latine traditionnelle, « Plaudite, amici, comoedia finita est », reste la plus célèbre de celles qui lui sont associées. Qu’il l’ait réellement prononcée ou non, cette phrase a contribué à faire de sa mort une légende.
10. Voltaire — « Ce n’est pas le moment de se faire de nouveaux ennemis. »
Cette phrase a traversé les âges parce qu’elle incarne exactement le genre d’esprit pince-sans-rire et incisif que l’on attend de Voltaire à l’heure de sa mort. On la cite souvent comme la réponse qu’il aurait donnée lorsqu’un prêtre l’a exhorté à renoncer à Satan. Elle est philosophique, pleine d’esprit, et s’inscrit parfaitement dans son plaidoyer en faveur de la laïcité et dans la critique qu’il a adressée toute sa vie à l’Église catholique.
11. Emily Dickinson — « Je dois rentrer, le brouillard se lève. »
Les dernières paroles attribuées à Emily Dickinson restent très appréciées, car elles donnent l’impression qu’un de ses poèmes s’est échappé dans la pièce au tout dernier moment. La Poetry Foundation a conservé ce vers dans son analyse des dernières paroles des poètes, et il a traversé les âges parce qu’il respire étrangement l’esprit de Dickinson. Qu’on le lise au sens propre ou au sens figuré, il reste gravé dans les mémoires.
12. Thomas Hobbes — « Je m’apprête à entreprendre mon dernier voyage, un grand saut dans l’inconnu. »
Hobbes signe l’une des dernières phrases les plus marquantes de l’histoire de la philosophie. Cette expression évoquant un « grand saut dans l’obscurité » est celle que l’on associe le plus souvent à sa mort, et elle a traversé les âges parce qu’elle sonne si dramatique. Il n’est pas nécessaire d’adhérer à ses opinions politiques pour reconnaître qu’il savait laisser une phrase mémorable derrière lui.
13. Johann Wolfgang von Goethe — « Plus de lumière ! »
La phrase « Mehr Licht ! » de Goethe est devenue célèbre en partie parce que personne ne peut s’empêcher de débattre de sa signification. La Poetry Foundation la présente sans plus comme la dernière phrase qu’il aurait prononcée sur son lit de mort, et cette expression lui est depuis longtemps associée dans la culture littéraire. Certains y voient un symbolisme spirituel, tandis que d’autres pensent qu’il voulait peut-être simplement qu’on ouvre les volets. Quoi qu’il en soit, elle est devenue trop célèbre pour être dissociée de son nom.
14. Anton Tchekhov — « Ça fait longtemps que je n'ai pas bu de champagne. »
La dernière phrase de Tchekhov est mémorable car elle dégage à la fois un sentiment de sérénité, d’élégance et une profonde tristesse. L’Encyclopédie Britannica rapporte qu’après qu’un médecin eut commandé du champagne pour l’écrivain mourant, Tchekhov eut déclaré : « Cela fait longtemps que je n’ai pas bu de champagne », qu’il l’eut bu, puis qu’il fut emporté peu après.
15. Nero — « Quel artiste meurt en moi ! »
La phrase prononcée par Néron sur son lit de mort est peut-être l’une des plus prétentieuses dont on se souvienne, et c’est précisément pour cette raison qu’elle est restée dans les mémoires. La célèbre phrase « Qualis artifex pereo ! » est tirée du récit de Suétone sur les dernières heures de Néron. Elle a traversé les siècles parce qu’elle rend parfaitement compte de l’image théâtrale que l’empereur avait de lui-même.
16. François Rabelais — « Je vais à la recherche d’un grand peut-être. »
Rabelais a laissé une phrase bien plus évocatrice que ce à quoi la plupart des gens s’attendent. « Je vais chercher un grand peut-être » figure parmi les citations qui lui sont attribuées, prononcées dans ses derniers jours, et elle a traversé les âges parce qu’elle sonne à la fois réfléchie, étrange et étrangement sereine. Les spécialistes interprètent cette phrase comme signifiant qu’il prenait un risque face à l’inconnu : l’au-delà.
17. Steve Jobs — « Oh wow. Oh wow. Oh wow. »
Les derniers mots de Steve Jobs sont devenus célèbres presque instantanément, tant ils étaient brefs et étrangement ouverts à l’interprétation. Les magazines TIME et CBS ont tous deux rapporté le récit tiré de l’éloge funèbre de Mona Simpson, dans lequel elle a raconté que Jobs avait regardé au-delà de sa famille et répété « Oh wow » à trois reprises. Cette phrase se prête à d’innombrables interprétations, ce qui explique sans doute pourquoi elle s’est autant répandue.
18. John Sedgwick — « Ils ne pourraient pas toucher un éléphant à cette distance. »
La célèbre dernière phrase de Sedgwick est restée dans les mémoires car elle constitue l’un des exemples les plus brutaux d’ironie immédiate de l’histoire. L’anecdote raconte que le général de l’Union se moqua du danger que représentaient les tireurs d’élite confédérés et fut tué presque aussitôt. Cette phrase perdure parce qu’elle est mémorable, sinistre et impossible à améliorer lorsqu’on la raconte.
19. Pancho Villa — « Ne laisse pas ça se terminer comme ça. Dis-leur que j’ai dit quelque chose. »
Les prétendues dernières paroles de Pancho Villa sont célèbres en partie parce qu’elles ont un côté très cinématographique. Cette phrase est probablement apocryphe, car tout porte à croire que Villa est mort presque sur le coup lors de l’attaque. Cela n’a toutefois pas empêché cette citation de se répandre depuis des années. D’une certaine manière, le fait qu’elle ait perduré en dit presque autant sur la légende de Villa qu’une citation vérifiée aurait pu le faire.
20. James Monroe — « Je regrette de devoir quitter ce monde sans l’avoir revu. »
Cette phrase, souvent répétée, fait référence au fait qu’il ne reverrait plus jamais James Madison, l’ami proche et prédécesseur de Monroe. Bien qu’elle circule largement depuis des années dans les anecdotes présidentielles, elle ne s’appuie sur aucune source fiable, ce qui en fait un parfait exemple de la manière dont les dernières paroles s’ancrent dans la mémoire collective, que les preuves soient solides ou non. Il est plus probable que cette phrase corresponde à ce que les passionnés d’histoire américaine auraient souhaité qu’il dise.