Donald Trump est revenu au pouvoir en janvier 2025, porté par une vague électorale aux États-Unis qui s’est nourrie de colère, de rancunes, de lassitude. Sitôt installé à la Maison-Blanche, il a multiplié les déclarations fracassantes. Et parmi elles, une phrase étonnante, presque délirante : il serait le « pacificateur en chef » de la planète, l’homme capable d’éteindre les guerres qui ravagent l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Provocation pure ou ambition réelle ? Trump s’installe déjà en coulisses comme un acteur géopolitique qui veut imposer son tempo à une planète fatiguée par l’instabilité. Mais derrière l’éclat du slogan, est-ce vraiment la paix qu’il amène, ou une nouvelle ère de confusion et de rapports de force brutaux ?
Les capitales s’agitent. Bruxelles doute. Moscou observe. Pékin calcule. Jérusalem jubile. Téhéran grince des dents. Chaque déclaration de Trump résonne comme un tremblement de terre. Le magnat joue cartes sur table : il humilie les diplomates traditionnels, dynamite les formats multilatéraux, et proclame que seule son autorité personnelle pourra équilibrer le monde. Ce ne sera plus l’ONU, ni les couloirs ternes des chancelleries : pour lui, c’est la négociation d’homme à homme, la poignée de main qui suffoque, le bluff constant. Une approche quasi mafieuse des relations internationales ? Peut-être. Mais dangereusement efficace ?
Trump face à l’Europe : allié ou prédateur ?

L’Otan sous pression
L’Europe tremble devant l’incertitude. Dès février 2025, Trump provoque un séisme en déclarant que s’il revenait à payer pour défendre le continent alors que ses membres refusaient de renforcer leurs budgets militaires, il les laisserait « seuls » face à Moscou. Ce chantage frontal transforme l’OTAN en champ de bataille politique. Les Européens, habitués depuis 1949 à l’ombre protectrice américaine, découvrent brutalement que cette protection n’est plus acquise. Le message est violent : soit vous sortez le portefeuille, soit vous assumez la guerre vous-mêmes. Derrière cette violence rhétorique, un ordre implicite : soumettez-vous à ma logique, ou disparaissez dans le chaos.
Paris et Berlin serrent les dents, parlaient unité, mais en secret doutent. Les pays de l’Est, tétanisés par l’ombre russe, redoublent d’appels à Washington. Trump, lui, se délecte. Il sait que sa brutalité oblige chacun à se dévoiler : qui peut payer, qui est faible, qui se cache derrière des discours creux. Il met l’Europe à nu. Et si ce processus humiliant était, finalement, son instrument de recomposition totale du Vieux Continent ?
Ukraine : fin de partie ?
Dans le dossier ukrainien, Trump ne masque pas ses intentions. Il veut « forcer » un accord avec Moscou. Que cela signifie-t-il concrètement ? Geler les lignes de front, imposer une reconnaissance partielle des gains de Vladimir Poutine, couper l’aide militaire massive promise par Biden. En d’autres termes : sacrifier une partie de l’Ukraine au nom d’une paix fragile, imposée de l’extérieur. Ses adversaires hurlent à la trahison, ses soutiens applaudissent sa volonté d’en finir avec une guerre qui saigne les finances de Washington. Ce n’est plus l’avenir de l’Europe de l’Est qui est en jeu, c’est la crédibilité entière des démocraties face à l’autoritarisme.
L’Ukraine a résisté deux ans avec rage, mais pourrait-elle encaisser une telle claque stratégique ? Trump, en se plaçant comme arbitre, joue à la roulette. Soit il gagne et impose la fin des armes, soit il provoque une implosion européenne. Mais peut-être est-ce justement ce qu’il recherche : tester la faiblesse du système, briser les certitudes, redistribuer les cartes à sa façon.
Méditerranée : fracture ouverte
Trump ne se contente pas de l’Est. En Méditerranée, ses coups d’éclat redéfinissent déjà les équilibres. Dès le printemps, il propose un pacte énergétique exclusif avec l’Italie, court-circuitant Bruxelles, alimentant les tensions internes de l’Union. Il relance aussi des discussions directes avec la Turquie, jouant Erdogan contre l’Europe. Cette stratégie directe fracture l’UE et fragilise encore plus l’idée de cohésion continentale. À chaque fois, il choisit les alliés non pas sur une logique de solidarité, mais sur leur utilité immédiate. Le calcul est froid, implacable : un empire des deals, pas une alliance de valeurs.
Avec ce jeu méditerranéen, le dirigeant américain prouve qu’il n’est pas intéressé par le discours européen sur les « droits fondamentaux ». Il l’écrase d’un revers de langage. Pour Trump, seuls comptent le pétrole, le gaz, les ports et la loyauté personnelle envers sa Maison-Blanche. Et chacun se retrouve piégé : suivre Trump, ou risquer l’isolement.
Le Moyen-Orient : entre promesses et menaces

Israël, le grand bénéficiaire
Dès son retour, Trump a affiché une proximité renouvelée avec le gouvernement israélien. Dans un contexte de tensions renouvelées en Cisjordanie et d’incertitudes autour de Gaza, il promet un soutien militaire encore plus massif que dans son premier mandat. Mais là où Biden parlait « processus de paix », Trump balaie l’illusion : il annonce un « accord de victoire », une paix dictée selon les termes d’Israël, sans compromis majeur offert aux Palestiniens. Ce choix fracture davantage la région mais galvanise ses bases électorales aux États-Unis et réjouit les faucons israéliens.
Les conséquences sont explosives : Téhéran grogne, le Hezbollah hausse le ton, les monarchies du Golfe se trouvent face à un dilemme insupportable. Suivre le rouleau compresseur américain, ou tenter une alternative risquée. Trump, lui, s’amuse du chaos. Chaque tension semble servir son récit d’homme fort : lui seul, dans ce désordre, serait capable de maintenir l’équilibre par la force.
Iran : le retour des menaces
Trump n’a jamais caché son obsession iranienne. Et son retour scelle une escalade encore plus dure. Il déchire publiquement les frameworks presque morts négociés par l’administration précédente. Il promet de rétablir les sanctions les plus brutales et d’« asphyxier » l’économie iranienne jusqu’à soumission. La menace militaire est même réintroduite dans le langage officiel. Ce n’est plus la retenue, c’est la pression maximale, assumée et revendiquée. Et si nécessaire, Trump laisse entendre qu’un « coup direct » pourrait définitivement empêcher Téhéran d’obtenir l’arme nucléaire.
Entre Israël qui pousse, l’Iran qui résiste et les États arabes qui tremblent, la poudrière s’embrase. Mais dans cette ambivalence, Trump cultive une image : celle d’un cow-boy qui se dresse seul face aux mollahs, décidant du sort de la région à coup de tweets ou de menaces à peine voilées.
Arabie saoudite et les deals de pouvoir
Avec Riyad, c’est une autre musique. Trump joue une partition d’argent et de symboles. Il relance de gigantesques projets d’armement, promet des flux financiers colossaux aux industries américaines, et ferme les yeux sur les dérives internes du Royaume. Le jeune prince Mohammed ben Salmane jubile : il retrouve dans Trump un partenaire qui ne discute pas de réformes démocratiques ou de droits humains. Ici, c’est cash, brut, sans hypocrisie. La géopolitique comme un marché, où la sécurité s’achète au prix fort. L’image d’un « pacificateur » se fissure : n’est-ce pas plutôt celle d’un négociant sans scrupules ?
Cependant, Trump vend son approche comme une solution durable : pas de palabres interminables, seulement des accords clairs, reposant sur l’argent et l’intimidation. Une paix de fer, froide, glaciale. Mais dans ce désert politique, certains voient la stabilité que d’autres régimes n’ont jamais su garantir. Et voilà pourquoi, paradoxalement, Trump fascine même certains adversaires.
L’Afrique, terrain de jeux impitoyable

Le Sahel pris au piège
L’Afrique n’échappe pas aux ambitions du nouveau Trump. Le Sahel, rongé par les putschs successifs et la montée de la menace djihadiste, devient brutalement une arène où l’Amérique veut revenir. Mais pas avec des ONG, pas avec des missions humanitaires ennuyeuses ou des coopérations trop bureaucratiques. Non. Trump envoie le message : il choisira ses partenaires parmi les régimes prêts à écraser l’islamisme sans état d’âme. Le Mali, le Niger, le Burkina Faso deviennent des zones d’intérêt… si elles acceptent le prix américain : ports, bases militaires, contrats miniers sous contrôle US. Derrière cette façade sécuritaire, ce n’est pas la paix qu’il vend : c’est une nouvelle colonisation masquée par l’étiquette de lutte contre le terrorisme.
La France, humiliée par ses revers militaires, regarde d’un air amer la mainmise américaine renaissante. Les autres puissances, Chine et Russie, déjà implantées dans ces zones, comprennent que le jeu change. Trump ne partage pas. Il exige tout. Ce Sahel ensanglanté devient une table de poker où il abat ses cartes sans trembler, quitte à effacer dix années de stratégies occidentales. La paix version Trump en Afrique ? C’est un bulldozer qui offre la sécurité comme un service payant.
Afrique du Nord : dictatures caressées
Au Maghreb, Trump signe un pacte tacite avec les régimes autoritaires. L’Algérie, pivot gazier, le Maroc, allié historique, la Tunisie fragile… Tous sont abordés avec la même méthode : oubliez vos illusions démocratiques, alignez-vous dans le deal, et vous aurez ma protection. En retour, silence absolu sur vos dérives internes. Ici encore, Trump joue sur un paradoxe violent : il clame être celui qui éteint les conflits mais entretient des gouvernances dures qui fabriquent en permanence des braises de révolte sociale. Pour lui, qu’importe. La stabilité à court terme vaut mille fois plus que les tourbillons de liberté qui effraient les marchés.
La rue arabe s’inquiète, les opposants hurlent, mais les régimes en place préfèrent cette brutalité américaine au désordre endémique. Et l’image de Trump « pacificateur » prend des airs de simulacre : un homme qui épouse les dictatures pour maquiller derrière elles une pseudo-paix de surface. Une trêve amère, une chape qui étouffe les peuples, mais qui garantit un silence… provisoire.
Afrique subsaharienne : rivalité ouverte avec Pékin
Dans le bassin du Congo, en Afrique australe, dans le golfe de Guinée, Trump cible une obsession : bousculer la Chine. Pékin a investi des dizaines de milliards depuis deux décennies, achetant infrastructures, dettes, loyautés politiques. Trump le sait. Alors il arrive comme un parieur déchaîné, promettant de détourner cette dépendance vers lui, vers son Amérique. Les contrats miniers stratégiques, coltan, cobalt, lithium… tout est scruté et convoité. En coulisses, les diplomates chinois grincent des dents : l’ogre américain revient là où ils pensaient avoir installé une domination silencieuse.
Les dirigeants africains, eux, jubilent. Ils voient naître une compétition démesurée, une surenchère qui ne peut que leur profiter. Mais l’équilibre est fragile. Parce qu’au fond, Trump ne cherche pas une vraie coopération : il cherche à écraser. La Chine dans le dos, l’Afrique comme terrain, son égocentrisme en étendard. La paix africaine sous Trump ? Un champ de bataille camouflé sous les atours de l’investissement étranger. Une guerre froide deuxième génération, mais sans gants.
Russie : l’ennemi qu’il veut apprivoiser

Un flirt toxique avec Poutine
Trump et Vladimir Poutine. Une relation de fascination étrange, brumeuse, toxique. Depuis 2016, les deux hommes se jaugent, se respectent, se nourrissent mutuellement. En 2025, Trump revient en brandissant l’idée qu’il pourra « dompter » le maître du Kremlin. Pour certains, c’est de la naïveté. Pour d’autres, de la duplicité. Pour lui, c’est une stratégie de domination : montrer au monde que seul lui peut s’asseoir face à Moscou et imposer un accord. Mais cet accord, en vérité, ressemble plus à une reddition européenne qu’à une neutralisation russe.
Trump ose ce que personne n’ose. Il théâtralise sa proximité, joue des sourires, annonce qu’il « comprend » les inquiétudes russes. Dans le même temps, il menace de sanctions-bis si Moscou trahit ses promesses. Ce double jeu trouble les chancelleries, mais façonne l’image qu’il veut : celle d’un joueur hors norme. La paix n’est pas la paix, c’est une pièce jouée sur scène, où il occupe le premier rôle et écrase les autres acteurs.
Ukraine prise en otage
Le plus grand perdant de ce flirt reste l’Ukraine. Car derrière toute négociation avec Poutine se cache un prix. Et ce prix, c’est Kyiv. Trump laisse filtrer l’idée qu’un accord pourrait signifier un abandon partiel. Comme si les frontières pouvaient être négociées sur un plateau télévisé. Les Ukrainiens crient à la trahison. Les Européens savent qu’un tel deal sonnerait comme une capitulation. Mais Trump s’en moque. Son objectif n’est pas la justice, c’est la victoire narrative. Peu importe les dégâts, tant qu’il peut proclamer : « j’ai arrêté la guerre ». La vérité, c’est que cette paix serait une victoire volée pour Moscou, et un poignard dans le dos pour le peuple ukrainien.
Les généraux américains eux-mêmes s’inquiètent. Parce que derrière ce théâtre, la Russie gagne du temps, resserre ses positions, prépare l’avenir. Mais Trump n’entend pas ces avertissements. Dans sa logique, tout choc frontal peut être converti en victoire personnelle. Ce cynisme est glaçant — et terriblement efficace.
Moscou jubile
Le Kremlin savoure. Trump n’est pas un président américain comme les autres. Il divise ses alliés, il affaiblit l’OTAN, et il accorde au discours russe une légitimité que ses prédécesseurs refusaient. Même sans concessions, Moscou gagne. Trump sert involontairement (ou volontairement ?) cette stratégie russe de diviser pour mieux régner. L’ombre qui plane est lourde : et si sous couvert de pacification, c’était la déstabilisation américaine qui était organisée, comme un cadeau sur-mesure à Poutine ? Dans les hautes sphères du Kremlin, on n’ose même plus y croire. Et pourtant si : Trump est peut-être le plus grand atout de Moscou, malgré ses rodomontades de patriote américain.
Chine : la confrontation totale

Taiwan, le point d’étincelle
Avec Pékin, Trump abandonne toute diplomatie feutrée. Pas de sourires, pas de poignées de main faussement chaleureuses. Il claque : « Taiwan restera libre, et si vous bougez, vous paierez le prix ». Le langage est brutal, l’avertissement clair. Pékin grince, menace, rétorque, mais Trump pousse toujours plus fort. Contrairement à Biden ou Obama, il assume l’idée d’une confrontation directe. Une méthode risquée, terriblement instable, qui place l’Asie pacifique dans un état de crispation permanente. La paix régionale devient un fil électrique sous tension, prêt à exploser au moindre geste mal calculé.
Les alliés asiatiques oscillent entre soulagement et horreur. Tokyo respire en voyant Washington réaffirmer sa protection ; Séoul tremble en imaginant l’escalade. Les diplomates, eux, savent que Trump joue un pari monstrueux : effrayer la Chine assez pour la calmer… ou, au contraire, l’humilier au point de déclencher une réaction fatale.
Économie : l’arsenal des sanctions
Au-delà du militaire, Trump dégaine l’économie comme une arme nucléaire. Tarifs douaniers gigantesques, sanctions massives, exclusions de technologies de pointe : il relance la guerre commerciale, mais à une échelle encore jamais vue. Chaque mois, un nouveau décret. Résultat ? Les marchés tremblent, les flux mondiaux se réorganisent. L’Amérique devient une forteresse saturée de barrières, l’Europe est entraînée malgré elle, et la Chine se retrouve face à une tempête économique d’une violence inédite.
Les entreprises multinationales sont piégées. Soit elles se plient à Washington, soit elles perdent les marchés américains. Et derrière cette brutalité, Trump affiche une idée fixe : forcer Pékin à plier. Est-ce réaliste ? Peut-être pas. Mais le chaos qu’il provoque est déjà un avantage stratégique. Parce que dans un monde déboussolé, lui se place comme unique maître du désordre.
L’Afrique et l’Asie comme terrains d’affrontement indirect
Chine et Amérique se livrent une guerre froide contemporaine en dehors de leurs frontières. Afrique, Asie du Sud-Est, Pacifique insulaire. Partout, Trump impose ses pions pour affronter Pékin. Les prêts chinois sont dénoncés comme des pièges, les bases américaines se multiplient. C’est une compétition pour l’âme des continents émergents. La paix promise par Trump prend ici un air de farce. C’est une guerre sans nom, menée sans balles ni missiles dans certains cas, mais avec des armes économiques, diplomatiques, symboliques.
Dans ce chassé-croisé infernal, les pays concernés profitent parfois, mais au risque de se transformer en champs de bataille de demain. La paix version Trump, contre la Chine, c’est une paix qui se nourrit de menaces permanentes… et d’une peur globale qui paralyse l’avenir.
Conclusion : pacificateur ou illusionniste ?

Alors, Donald Trump, pacificateur ou incendiaire ? Depuis son retour, il se proclame l’homme capable de calmer la planète, de museler Moscou, d’écraser Pékin, d’assagir le Moyen-Orient, de stabiliser l’Afrique. Mais derrière l’affiche, la réalité est brutale : cette « paix » n’est pas la paix. C’est une domination brutale, un théâtre de menaces, une politique qui avance comme un tank. L’Europe se fissure. Le Moyen-Orient s’embrase. L’Afrique devient terrain de conquêtes. La Chine et la Russie se retrouvent à la fois contenues et renforcées par son jeu cynique. Le monde n’est pas plus calme sous Trump. Il est seulement plus figé, glacé par la peur et par le bruit de ses coups de massue.
Le chaos, Trump le transforme en spectacle dont il est l’unique metteur en scène. Il sourit, il annonce « la paix », mais ce sourire cache un gouffre. Et si finalement, ce qu’il offre au monde n’est pas la paix, mais l’illusion hypnotique d’un faux sauveur ? Pacificateur autoproclamé, oui. Maître du désordre, surtout. Et pour nous, spectateurs impuissants, il ne reste qu’une question brûlante : combien de temps encore le monde pourra-t-il supporter cette mascarade ?