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Le memecoin TRUMP, symbole de la dérive

En janvier 2025, quelques jours avant sa prise de fonction pour son second mandat, Donald Trump a lancé son propre memecoin, baptisé simplement TRUMP. Un memecoin, pour ceux qui l’ignorent, est une cryptomonnaie sans utilité réelle, créée essentiellement pour surfer sur une tendance, un mème internet, une personnalité célèbre. Sa valeur repose uniquement sur la spéculation et l’engouement des acheteurs. Le memecoin TRUMP a connu un succès foudroyant, atteignant en novembre 2025 une capitalisation boursière dépassant le milliard de dollars. Les gains personnels de Trump sur ce projet sont estimés à 385 millions de dollars. Mais là où l’affaire devient encore plus troublante, c’est lorsque l’on découvre que les plus gros détenteurs de ce memecoin ont été invités à une soirée privée avec le président à Mar-a-Lago, sa résidence de Floride. Autrement dit, si vous investissez suffisamment dans la cryptomonnaie personnelle du président des États-Unis, vous obtenez un accès direct au chef de l’État. C’est du pay-to-play à l’état pur, une logique mafieuse où la proximité avec le pouvoir s’achète contre espèces sonnantes et trébuchantes. Les critiques ont fusé, y compris de la part de certains démocrates qui ont dénoncé une «corruption institutionnalisée». Mais Trump, fidèle à lui-même, n’a rien changé. Au contraire, il a continué à promouvoir son memecoin sur Truth Social, son réseau social personnel, créant une boucle de rétroaction où chaque tweet présidentiel fait grimper la valeur de ses propres actifs.

Les NFT et la marchandisation de la présidence

Avant même de se lancer pleinement dans les cryptomonnaies, Trump avait testé les eaux avec des NFT, ces jetons numériques représentant des œuvres d’art ou des objets de collection virtuels. En décembre 2022, il avait lancé une première collection de 45 000 NFT à son effigie, le représentant en super-héros, en cowboy, en astronaute, dans des poses aussi ridicules qu’irréelles. Chaque NFT se vendait 99 dollars. La collection s’était écoulée en quelques heures, rapportant environ 4,5 millions de dollars. Il avait récidivé en 2023 avec une deuxième collection, puis une troisième en 2024. Au total, ces opérations ont généré 14,4 millions de dollars de revenus pour Trump. Mais au-delà de l’aspect purement financier, ces NFT symbolisent quelque chose de plus profond : la marchandisation totale de la fonction présidentielle. Trump ne vend pas seulement des images numériques, il vend son statut, son aura, son pouvoir. Et des dizaines de milliers d’Américains achètent ces tokens, non pas pour leur valeur artistique (inexistante), mais pour leur proximité symbolique avec le président. Posséder un NFT Trump, c’est s’approprier un fragment de son univers, de sa mythologie personnelle. C’est devenir, d’une certaine manière, partie prenante de son empire. Et Trump l’a parfaitement compris.

Trump Media et la trésorerie Bitcoin

Trump Media & Technology Group, la société mère de Truth Social, le réseau social concurrent de Twitter lancé par Trump après son bannissement de la plateforme d’Elon Musk, est devenue un autre vecteur d’enrichissement crypto. En 2025, Trump Media a massivement investi dans le Bitcoin, constituant une trésorerie en cryptomonnaie évaluée à 1,3 milliard de dollars. Cette décision a été prise alors même que Trump, en tant que président, signait des décrets favorables au Bitcoin et promettait de créer une réserve stratégique nationale de cette cryptomonnaie. Autrement dit, Trump utilise son pouvoir présidentiel pour faire monter la valeur du Bitcoin, ce qui bénéficie directement à son entreprise personnelle dont la trésorerie est investie dans cette même cryptomonnaie. C’est un conflit d’intérêts tellement flagrant qu’il en devient presque caricatural. Pourtant, la Maison-Blanche maintient qu’il n’y a aucun problème éthique, que Trump a le droit de gérer ses affaires comme bon lui semble. Et techniquement, c’est vrai : il n’existe aucune loi interdisant explicitement au président de posséder des actifs financiers pendant son mandat. Mais tous ses prédécesseurs avaient choisi volontairement de se retirer de leurs investissements pour éviter toute apparence de corruption. Trump, lui, a choisi la voie inverse : maximiser ses profits pendant qu’il en a le pouvoir.

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