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Quand un personnage pour enfants devient une arme de propagande

Si les rires du cabinet Trump ont choqué, ce qui a suivi a achevé de sidérer l’opinion publique. Le 1er décembre 2025, soit quelques heures avant la réunion du cabinet, Pete Hegseth a publié sur ses réseaux sociaux un mème détournant Franklin la tortue, personnage emblématique de la littérature jeunesse canadienne. Sur l’image, on voit Franklin, vêtu d’un équipement tactique, debout sur un hélicoptère, pointant un lance-roquettes vers des bateaux dans l’eau. Le titre parodique ? « Franklin cible les narco-terroristes ». Et la légende ? « Pour votre liste de Noël… ». Un message qui se voulait sans doute humoristique, provocateur, dans la lignée de la communication agressive et décomplexée de l’administration Trump. Mais qui a provoqué une vague d’indignation sans précédent. Car utiliser un personnage destiné aux enfants — un personnage qui incarne la gentillesse, l’empathie, l’inclusion — pour glorifier la violence militaire, c’est franchir une ligne rouge. C’est instrumentaliser l’innocence pour légitimer la brutalité. C’est pervertir les symboles de l’enfance pour servir une propagande guerrière.

La réaction de l’éditeur de Franklin, Kids Can Press, ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué publié le 2 décembre, la maison d’édition torontoise a fermement condamné cette utilisation « dégradante, violente et non autorisée » du personnage. « Franklin est une icône canadienne bien-aimée qui a inspiré des générations d’enfants et qui représente la gentillesse, l’empathie et l’inclusion », peut-on lire dans le communiqué. « Nous condamnons fermement toute utilisation dégradante, violente ou non autorisée du nom ou de l’image de Franklin, qui contredit directement ces valeurs. » Un message clair, sans ambiguïté, qui rappelle que certains symboles ne peuvent pas être détournés impunément. Mais pour Hegseth et ses soutiens, cette indignation n’est qu’une preuve supplémentaire de la « bien-pensance » et du « politiquement correct » qui gangrèneraient la société. Le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, a même répondu avec cynisme : « Nous doutons que Franklin la tortue veuille être inclusif envers les cartels de la drogue… ou louer la gentillesse et l’empathie des narco-terroristes. » Une réponse qui illustre parfaitement la rhétorique binaire de cette administration : soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les criminels. Pas de nuance, pas de questionnement, pas de place pour le doute.

Ce mème, je l’ai regardé longtemps. Trop longtemps, peut-être. Et à chaque fois, je ressens la même nausée. Parce que ce n’est pas drôle. Ce n’est pas provocateur. C’est juste… triste. Triste de voir à quel point on peut banaliser la violence. Triste de voir à quel point on peut instrumentaliser l’enfance. Triste de voir à quel point on peut perdre tout sens de la mesure, de la décence, de l’humanité. Et ce qui me terrifie, c’est que ça marche. Que des milliers de personnes ont partagé ce mème en riant, en applaudissant, en trouvant ça « génial ». Comme si tuer des êtres humains était devenu un jeu vidéo, une blague, un divertissement. Nous sommes en train de perdre notre âme. Et personne ne semble s’en rendre compte.

Les réactions politiques : entre indignation et complaisance

Sur le plan politique, les réactions ont été aussi polarisées que prévisibles. Du côté démocrate, l’indignation a été unanime. Le sénateur Mark Kelly de l’Arizona, ancien astronaute et critique virulent de Hegseth, a déclaré aux journalistes que le mème n’était qu’une raison supplémentaire pour laquelle le secrétaire à la Défense devrait être limogé. « Ce n’est pas une personne sérieuse », a-t-il affirmé. « Il fait partie de l’autorité de commandement national pour les armes nucléaires et il publie… des tortues avec des lance-roquettes. » Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a été encore plus virulent, qualifiant Hegseth d' »embarras national » et décrivant le mème de Franklin comme une « parodie malsaine ». « Tweeter des mèmes au milieu d’un conflit armé potentiel est quelque chose qu’aucun leader militaire sérieux ne penserait même à faire », a-t-il déclaré lors d’une intervention au Sénat. « La seule chose que ce tweet accomplit, c’est de rappeler au monde entier que Pete Hegseth n’est pas à la hauteur de la tâche. »

Mais du côté républicain, les réactions ont été beaucoup plus mesurées, voire complaisantes. Certes, certains élus ont exprimé des réserves sur la légalité des frappes, notamment le représentant Mike Turner de l’Ohio et le représentant Don Bacon du Nebraska, tous deux membres de la commission des forces armées. « Si cela s’est produit, ce serait très grave, et je suis d’accord que ce serait un acte illégal », a déclaré Turner. Mais ces critiques sont restées prudentes, conditionnelles, comme si personne n’osait vraiment défier l’administration Trump. Car la loyauté, dans ce gouvernement, est la valeur suprême. Plus importante que la loi, plus importante que la morale, plus importante que la vérité. Et ceux qui osent la remettre en question sont immédiatement marginalisés, attaqués, diabolisés. C’est ce qui est arrivé aux six législateurs démocrates qui avaient publié une vidéo rappelant aux militaires leur obligation de désobéir aux ordres illégaux. Trump a appelé à leur arrestation et à leur procès pour « comportement séditieux, punissable de MORT ». Une menace qui, même si elle n’a pas été suivie d’effet, en dit long sur le climat de peur et d’intimidation qui règne dans ce pays.

Je regarde ces réactions politiques et je me sens… impuissant. Parce que je sais que rien ne changera. Que Hegseth ne sera pas limogé. Que Trump ne sera pas inquiété. Que les responsables de ces frappes ne seront jamais jugés. Parce que dans ce système, la loyauté prime sur tout. Et que ceux qui osent dire la vérité sont immédiatement réduits au silence. Mais moi, je refuse de me taire. Je refuse d’accepter cette normalisation de la violence. Je refuse de croire que nous sommes condamnés à cette dérive. Parce que si nous acceptons ça, alors nous acceptons tout. Et là, nous sommes vraiment perdus.

Sources

Sources primaires

Raw Story, « Trump’s Cabinet laughs as Hegseth cracks boat bombing jokes », 2 décembre 2025. The Independent, « ‘Taking the gloves off’: Trump just held the Cabinet meeting from Hell », 2 décembre 2025. Politico, « Lawmakers warn Hegseth may have committed war crimes following second-strike report », 30 novembre 2025. CBS News, « Trump and Hegseth provide new details on controversial strikes on alleged drug boat », 2 décembre 2025. NPR, « ‘Franklin’ publisher slams Hegseth for his post of the turtle firing on drug boats », 2 décembre 2025. The Washington Post, rapport sur les ordres de Hegseth concernant la seconde frappe, 28 novembre 2025.

Sources secondaires

Al Jazeera, « Hegseth or Admiral Bradley: Who approved the second Venezuela boat strike », 2 décembre 2025. BBC News, « Hegseth says he did not see survivors before second drug boat strike », décembre 2025. The New York Times, « Hegseth Invoked the ‘Fog of War’ in a Boat Strike. What Does That Mean? », 3 décembre 2025. The Guardian, « Pete Hegseth denies he gave orders to ‘kill everybody’ on boat », 29 novembre 2025. Axios, « Hegseth says U.S. has ‘only just begun’ sinking alleged drug vessels », 2 décembre 2025. The Hill, « Hegseth jokes about boat strikes as Congress ramps up scrutiny », décembre 2025.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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