Une frappe chirurgicale aux allures de film d’action
L’opération était, selon Trump, « extrêmement complexe » — si complexe qu’il a admis l’avoir regardée se dérouler « comme si c’était une émission de télévision ». Les forces spéciales — probablement la Delta Force et les Navy SEALs, bien que le Pentagone n’ait pas confirmé — ont frappé plusieurs cibles simultanément : la base aérienne de La Carlota, Fort Tiuna (le plus grand complexe militaire du pays), le bâtiment de l’Assemblée législative, et des installations côtières dans d’autres États. L’objectif principal : neutraliser les défenses, semer la confusion, et extraire Maduro de sa résidence avant que quiconque ne puisse réagir. L’attaque n’a duré que trente minutes. Trente minutes pour renverser un régime en place depuis vingt-cinq ans. La vice-présidente Delcy Rodríguez a confirmé des morts civils et militaires, sans donner de chiffre précis. Trump a affirmé que des soldats américains avaient été blessés mais qu’aucun n’avait perdu la vie.
Des vidéos vérifiées par l’Associated Press montrent des voitures circulant sur une autoroute tandis que des explosions illuminent les collines en arrière-plan. D’autres images captent des hélicoptères survolant la ville, des panaches de fumée obscurcissant le paysage nocturne. Dans certains quartiers de Caracas, l’électricité a été coupée pendant des heures. « Comment je me sens? Effrayé, comme tout le monde », a confié un résident, Noris Prada, assis sur une avenue déserte. « Les Vénézuéliens se sont réveillés terrifiés. Beaucoup de familles n’ont pas pu dormir. » Pendant ce temps, à Doral, en Floride — où vit la plus grande communauté vénézuélienne des États-Unis — des exilés enveloppés dans des drapeaux vénézuéliens célébraient au son de la musique, mangeant des empanadas et applaudissant devant les écrans de télévision.
En fin de journée, un avion transportant Maduro a atterri à la base aérienne Stewart, dans l’État de New York, sous haute sécurité. Une silhouette — celle de Maduro, selon les autorités — a été aperçue descendant prudemment l’escalier de l’appareil avant d’être escortée par des agents fédéraux filmant la scène avec leurs téléphones. Le département de la Justice a rapidement dévoilé un nouvel acte d’accusation : conspiration narcoterroriste, importation de cocaïne, possession d’armes automatiques et conspiration de possession d’armes. Le département d’État estimait en 2020 que 200 à 250 tonnes de cocaïne transitaient annuellement par le Venezuela. Si reconnu coupable de l’ensemble des charges, Maduro risque la prison à vie — une fin de parcours dramatique pour celui qui se présentait comme l’héritier de la révolution bolivarienne de Hugo Chávez.
Les charges contre le couple Maduro
L’acte d’accusation original datait de mars 2020, sous le premier mandat de Trump. Le nouvel acte va plus loin : il inclut l’épouse Cilia Flores, le fils de Maduro surnommé « Nicolasito », et le chef présumé du gang Tren de Aragua. Selon le document, depuis plus de vingt-cinq ans, les dirigeants vénézuéliens ont « abusé de leurs positions de confiance publique pour corrompre les institutions légitimes ». L’acte d’accusation détaille des collaborations présumées avec le cartel de Sinaloa, les Zetas, les FARC, l’ELN et le gang Tren de Aragua pour inonder les États-Unis de cocaïne. Il allègue aussi que Maduro, lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères entre 2006 et 2008, a fourni des passeports diplomatiques à des trafiquants connus et facilité des vols sous couverture diplomatique pour rapatrier des fonds blanchis depuis le Mexique.
Une ironie saute aux yeux : le mois dernier, Trump a gracié l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, qui avait été condamné aux États-Unis pour avoir aidé à faire passer plus de 400 tonnes de cocaïne vers l’Amérique. Un trafiquant libéré d’un côté, un autre capturé par une invasion militaire de l’autre. La procureure générale Pam Bondi a annoncé sur X que le couple Maduro ferait face à « toute la fureur de la justice américaine sur le sol américain, dans les tribunaux américains ».
Un trafiquant libéré d’un côté, un autre capturé par une invasion de l’autre. Quelle logique? La réponse tient en un mot : pétrole. Maduro n’avait pas les bonnes connexions. Il n’a pas joué le bon jeu. Et maintenant, il paie.
Section 3 : la question constitutionnelle
Le Congrès contourné, la Constitution bafouée?
Au cœur de la tempête politique qui a suivi l’annonce de l’opération, une question revient sans cesse : Trump avait-il le droit constitutionnel d’ordonner cette frappe sans l’autorisation du Congrès? La réponse, selon de nombreux experts juridiques, est clairement non. La Constitution américaine accorde au Congrès — et non au président — le pouvoir de déclarer la guerre. La War Powers Resolution de 1973, adoptée après le traumatisme du Vietnam, limite encore davantage la capacité du président à engager des troupes dans un conflit armé sans l’approbation des élus. Les seules exceptions concernent les situations où les forces américaines ou les citoyens américains font face à une menace imminente. Or, selon la plupart des analystes, rien de tel n’existait au Venezuela. Michael Schmitt, ancien avocat de l’Air Force et professeur émérite au U.S. Naval War College, est catégorique : l’opération constitue « une violation claire du droit international » et équivaut à « un état de guerre entre les États-Unis et le Venezuela ».
Le secrétaire d’État Marco Rubio, lors de la conférence de presse de samedi, a justifié l’absence de notification au Congrès en affirmant que cela aurait pu « compromettre » la mission. Cette position revient à traiter la Constitution et les lois fédérales comme optionnelles — ce qu’elles ne devraient jamais être. Le vice-président J.D. Vance a tenté une autre ligne de défense, affirmant sur X que Trump n’avait pas besoin d’autorisation parce que Maduro faisait l’objet d’inculpations aux États-Unis pour narcoterrorisme : « Vous ne pouvez pas échapper à la justice pour trafic de drogue simplement parce que vous vivez dans un palais à Caracas. » Mais cet argument, comme le souligne le magazine Reason, « détruit le concept de séparation des pouvoirs ». Si l’exécutif peut utiliser ses propres inculpations pour justifier des frappes militaires à l’étranger, alors le Congrès n’a plus aucun rôle à jouer dans les décisions de guerre.
Les réactions divisées des élus américains
Sans surprise, les réactions au Congrès ont reflété les fractures partisanes habituelles — avec quelques exceptions notables. Du côté républicain, la majorité des élus ont salué l’opération. Le sénateur Tom Cotton a qualifié Maduro de « dictateur illégitime » dirigeant une « vaste opération de trafic de drogue ». Le speaker de la Chambre Mike Johnson a parlé d’un « pas significatif dans la lutte contre le trafic de drogue ». Le leader de la majorité au Sénat John Thune s’est dit « reconnaissant » envers les forces armées. Toutefois, quelques voix discordantes se sont élevées dans les rangs républicains. Le sénateur Mike Lee, souvent critique des aventures militaires présidentielles, a d’abord demandé des explications constitutionnelles — avant de changer de ton après un appel de Rubio. La représentante Marjorie Taylor Greene, en rupture avec Trump, a posé une question embarrassante : « Pourquoi est-ce acceptable pour l’Amérique d’envahir militairement, bombarder et arrêter un dirigeant étranger, alors que la Russie est considérée comme maléfique pour avoir envahi l’Ukraine? »
Du côté démocrate, la condamnation a été quasi unanime. Le leader de la minorité à la Chambre Hakeem Jeffries a exigé un briefing « immédiat » et des « preuves convaincantes » justifiant « cet usage non autorisé de la force militaire ». Le sénateur Tim Kaine, dans une interview à NPR, a été catégorique : « Ces frappes sont clairement illégales. Elles n’ont pas été autorisées par le Congrès. Et la Constitution est claire : les États-Unis ne s’engagent pas dans une action militaire ou une guerre sans un vote du Congrès, sauf en cas de légitime défense imminente. » Le sénateur Bernie Sanders a parlé du « mépris » de Trump pour « la Constitution et l’État de droit », affirmant que « le président des États-Unis n’a PAS le droit de mener unilatéralement ce pays à la guerre, même contre un dictateur corrompu et brutal comme Maduro ».
Ce qui me frappe, c’est l’hypocrisie. Des républicains qui ont accusé Obama de « faiblesse » applaudissent maintenant une action qui aurait fait hurler au scandale s’il l’avait ordonnée. Cette question dépasse les clivages partisans. Il s’agit de savoir si un président peut décider seul de renverser un gouvernement. Si oui, la démocratie américaine a un sérieux problème.
Section 4 : le droit international en miettes
Une violation de la Charte de l’ONU
Le droit international est clair : l’action américaine viole la Charte des Nations Unies. L’article 2(4) interdit de recourir à la force contre l’intégrité territoriale d’un autre État. Les seules exceptions : la légitime défense ou une autorisation du Conseil de sécurité. Aucune n’était remplie. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est dit « profondément alarmé », avertissant que « ces développements constituent un précédent dangereux ».
Les défenseurs invoquent l’invasion du Panama en 1989 contre Noriega. Coïncidence : Noriega s’était rendu le 3 janvier 1990, 36 ans jour pour jour avant Maduro. Mais au Panama, les États-Unis avaient des intérêts directs : le canal et des milliers de militaires sur place. L’organisation WOLA a affirmé que « le retour à la diplomatie de la canonnière nuit à la crédibilité mondiale des États-Unis ».
Panama, Grenade, Irak… Les États-Unis ont une longue histoire d’interventions hors du cadre légal. Chaque fois, les justifications varient — communisme, terrorisme, drogue — mais le schéma reste le même. Et chaque fois, le monde proteste… puis passe à autre chose. Mais cette fois, si l’on accepte qu’un pays puisse capturer le chef d’un autre simplement parce qu’il l’a inculpé, alors les règles depuis 1945 n’ont plus aucun sens.
Section 5 : les réactions internationales
L’Amérique latine vent debout
Les réactions latino-américaines ont été quasi unanimement hostiles. Le président colombien Gustavo Petro a qualifié l’attaque d’« agression contre l’Amérique latine ». Le président brésilien Lula da Silva — qui avait pourtant refusé de reconnaître Maduro en 2024 — a condamné des frappes ayant « franchi une ligne inacceptable ». Cuba, le Mexique et le Chili ont suivi. Le président cubain Díaz-Canel a parlé de « terrorisme d’État ». La Russie a condamné un « acte d’agression armée ».
Les alliés occidentaux sont embarrassés. Le premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré vouloir « établir les faits », rappelant que « nous devrions tous respecter le droit international ». Cette situation illustre le double standard : quand la Russie envahit l’Ukraine, les sanctions pleuvent; quand les États-Unis envahissent le Venezuela, c’est « complexe ».
Je repense à ces cours où l’on m’expliquait le système westphalien : chaque État est maître chez lui. Aujourd’hui, Trump n’a même pas fait semblant. Il a décidé que Maduro devait partir, et l’a fait partir. C’est la loi du plus fort.
Section 6 : « nous allons gérer le Venezuela »
Une déclaration qui défie l’entendement
Si la capture de Maduro a stupéfié le monde, c’est la déclaration qui a suivi qui a véritablement fait basculer la situation dans l’inconnu. « We’re going to run the country », a dit Trump lors de sa conférence de presse. « Nous allons gérer le pays jusqu’à ce qu’une transition sûre, appropriée et judicieuse puisse avoir lieu. » Gérer un pays souverain de 28 millions d’habitants. Décider qui le dirigera. Exploiter ses ressources. Trump a ajouté qu’il ne voulait pas d’un nouveau dirigeant qui reproduirait « la même situation que nous avons eue pendant toutes ces années ». En d’autres termes, Washington déciderait non seulement de qui ne peut pas gouverner le Venezuela, mais aussi de qui le peut. Interrogé sur qui exactement « gérerait » le pays, Trump a mentionné une « équipe » incluant le secrétaire d’État Marco Rubio et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth. Aucun détail concret n’a été fourni sur la façon dont cette « gestion » fonctionnerait en pratique.
La vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodríguez, qui selon la Constitution devrait assurer l’intérim en cas d’absence du président, a adopté une posture de défi. Dans une allocution diffusée depuis Caracas, elle a affirmé que Maduro reste « le seul président du Venezuela » et que les Vénézuéliens « ne doivent plus redevenir des esclaves ». Trump a répondu que Rubio avait eu une conversation avec Rodríguez et qu’elle était « essentiellement disposée à faire ce que nous pensons nécessaire pour rendre le Venezuela grand à nouveau ». Il a ajouté qu’elle était « gracieuse » mais qu’elle n’avait « pas le choix ». La Cour suprême du Venezuela a officiellement transféré le pouvoir à Rodríguez, invoquant l’« impossibilité matérielle et temporaire » pour Maduro d’exercer ses fonctions en raison de l’« agression militaire étrangère ». Mais la question demeure : qui gouverne réellement le Venezuela en ce moment?
Le pétrole : le véritable enjeu?
Derrière les discours sur le narcoterrorisme et la démocratie, un mot revient sans cesse : pétrole. Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde — plus que l’Arabie saoudite. Mais des années de mauvaise gestion, de corruption et de sanctions ont fait chuter la production de 3 millions de barils par jour à environ 800 000 actuellement. Trump n’a pas caché ses intentions : « Nous allons faire venir nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus grandes au monde, pour investir des milliards de dollars, réparer les infrastructures pétrolières en ruine, et commencer à faire de l’argent pour le pays. » Il a affirmé que « l’argent qui sort du sol est très substantiel » et que « gérer » le Venezuela ne coûterait rien aux États-Unis.
Le sénateur démocrate Mark Kelly a réagi avec consternation : « Le président des États-Unis vient de renverser un dirigeant étranger et a expliqué au peuple américain que c’est pour prendre le contrôle des réserves pétrolières d’une nation étrangère. » Les analystes pétroliers de CNBC restent sceptiques quant aux perspectives à court terme. Selon eux, les compagnies pétrolières américaines n’ont pas oublié les expropriations des années 2000. Investir des milliards dans un pays sans gouvernement stable ni cadre juridique clair représente un pari risqué. Mais l’accès aux plus grandes réserves mondiales serait « extrêmement tentant », surtout dans un contexte où les politiques climatiques s’affaiblissent et la demande de pétrole pourrait repartir à la hausse. La question centrale demeure : le monde a-t-il besoin de tout ce pétrole? Et à quel prix politique et humain?
Quand j’entends Trump parler de « faire de l’argent », je pense à ces vieilles caricatures — Uncle Sam avec un cigare et un baril de pétrole. On nous disait que c’était du passé. Et pourtant. Un président qui annonce qu’il va « gérer » un pays étranger et exploiter ses richesses. C’est de l’impérialisme assumé.
Section 7 : la situation au Venezuela
Un pays plongé dans l’incertitude
Le Venezuela se retrouve dans une suspension politique sans précédent. L’état d’urgence a été déclaré. Dans certains quartiers chavistes, des miliciens ont pris position. Dans d’autres, le calme règne — un calme étrange. La télévision d’État continue sa propagande pro-Maduro. Pour des millions de Vénézuéliens ayant souffert — l’hyperinflation, les pénuries, la répression —, la capture a été accueillie avec soulagement. Pour d’autres, l’opération représente une humiliation nationale. La Cour suprême a officiellement transféré le pouvoir à Delcy Rodríguez, invoquant l’« impossibilité matérielle » pour Maduro d’exercer ses fonctions.
Une question cruciale : les centaines de prisonniers politiques. Parmi eux, des militants arrêtés après les élections truquées de juillet 2024. María Corina Machado, leader de l’opposition, reste une figure clé. Mais interrogé sur son rôle, Trump a répondu qu’elle « n’a pas le soutien ». Qui dirigera le pays? La Mission d’établissement des faits de l’ONU a exprimé sa préoccupation face aux « risques de nouvelles violations » dans ce contexte de « volatilité accrue ».
Je pense aux prisonniers politiques — ces hommes et femmes jetés en prison pour avoir osé contester le régime. Ils ont attendu des années. Et maintenant que Maduro est tombé, leur sort reste incertain. Parce que la chute d’un tyran ne garantit pas la justice. L’histoire regorge de révolutions trahies.
Section 8 : les précédents historiques
Les leçons non apprises
L’histoire des changements de régime américains n’incite pas à l’optimisme. L’Irak en 2003 a plongé dans des décennies de chaos. L’Afghanistan est retombé aux mains des talibans. La Libye reste un État failli. Chaque fois : une opération « réussie » suivie d’un effondrement politique. Le Venezuela présente des défis spécifiques : 28 millions d’habitants, une armée partiellement loyale au chavisme, plus de 7 millions de réfugiés déjà partis. Comment « gérer » un tel pays depuis Washington?
Certains voient le retour de la doctrine Monroe — cette politique du XIXe siècle considérant l’hémisphère occidental comme zone d’influence américaine. Trump a évoqué la « Don-roe Doctrine ». Le secrétaire d’État Rubio a averti : « Si j’étais à La Havane, je serais inquiet. » Une menace à peine voilée. Le représentant Don Bacon, pourtant favorable à l’opération, a craint que « la Russie utilise cela pour justifier ses actions en Ukraine, ou la Chine pour Taïwan ».
La doctrine Monroe. J’en avais entendu parler comme d’une relique — les « républiques bananières », les coups d’État de la CIA. On nous disait que c’était fini. Et voilà que Trump ressort cette vieille recette. C’est comme si un siècle de progrès diplomatique venait d’être balayé en une nuit.
Section 9 : les manifestations
La rue se mobilise
La capture de Maduro a déclenché une vague de manifestations antiguerres. Des rassemblements dans plus de 100 villes américaines. À Times Square, des milliers de manifestants dénonçant l’« impérialisme » et la « guerre pour le pétrole ». Des scènes similaires à Los Angeles, Chicago, Washington. Le représentant McGovern : « Il dit que nous n’avons pas assez pour les soins de santé — mais nous avons des fonds illimités pour la guerre?? »
À l’international, des manifestations devant les ambassades américaines à Mexico, Buenos Aires, São Paulo. La diaspora vénézuélienne est divisée. Pour beaucoup d’exilés, c’est une victoire longuement attendue. Mais d’autres craignent que l’intervention n’aggrave l’instabilité. Entre l’euphorie et l’angoisse, la communauté vénézuélienne mondiale traverse un moment d’intense émotion — l’espoir et la peur mêlés de façon inextricable.
J’ai vu les manifestants à Times Square avec leurs pancartes « No War ». Et j’ai vu les Vénézuéliens de Floride dansant de joie. Ces deux réalités coexistent. Elles sont toutes deux légitimes. Les Américains craignant une nouvelle guerre ont raison. Les Vénézuéliens ayant souffert ont raison de se réjouir. La vérité est complexe.
Section 10 : les enjeux pour l'avenir
Le Venezuela sans Maduro : chaos ou renouveau?
La grande inconnue désormais est de savoir ce que deviendra le Venezuela dans les semaines et les mois à venir. Le pays fait face à une crise humanitaire d’une ampleur catastrophique : hyperinflation, pénuries de nourriture et de médicaments, effondrement du système de santé, délabrement des infrastructures. Plus de 7 millions de personnes ont fui le pays au cours de la dernière décennie — l’un des plus grands exodes de l’histoire récente. Les institutions sont corrompues ou inexistantes. L’armée, infiltrée par le trafic de drogue et le chavisme, est divisée. Les services publics fonctionnent à peine. Rebâtir un État fonctionnel dans ces conditions relève du défi herculéen — avec ou sans présence américaine. Les scénarios possibles vont du meilleur au pire. Dans le meilleur des cas, une transition négociée permet l’émergence d’un gouvernement d’unité nationale, des élections libres sont organisées, l’aide internationale afflue, et le Venezuela entame une lente reconstruction.
Dans le pire des cas, le vide laissé par Maduro est comblé par des luttes de pouvoir violentes entre factions chavistes, criminelles et opportunistes, plongeant le pays dans une guerre civile larvée ou un chaos généralisé. Entre ces deux extrêmes, d’innombrables variations sont possibles. Ce qui est certain, c’est que la présence américaine — sous quelle forme exactement, personne ne le sait — sera un facteur déterminant. La façon dont Washington gérera les prochaines semaines façonnera l’avenir du Venezuela pour des générations. Comme le note le think tank Chatham House : « Tout ce que nous avons appris des transitions gouvernementales en Irak, en Afghanistan et ailleurs, c’est que les transitions sont difficiles. » Et le Venezuela, avec ses divisions profondes, sa géographie complexe et ses ressources convoitées, promet d’être particulièrement difficile.
Les implications mondiales
Au-delà du Venezuela, l’opération américaine a des implications géopolitiques considérables. Elle établit un précédent — celui qu’un État peut envahir un autre, capturer son dirigeant et annoncer qu’il va « gérer » le pays, sans autorisation internationale ni même nationale. Si les États-Unis peuvent le faire au Venezuela, qu’est-ce qui empêche la Chine de le faire à Taïwan en invoquant des « menaces à la sécurité nationale »? Qu’est-ce qui empêche la Russie de justifier ses actions en Ukraine en pointant du doigt l’exemple américain? Le représentant républicain Don Bacon, pourtant favorable à l’opération, a lui-même exprimé cette crainte : « La Russie va utiliser cela pour justifier ses actions militaires illégales et barbares contre l’Ukraine, ou la Chine pour justifier une invasion de Taïwan. »
L’ordre international fondé sur des règles, déjà fragilisé par des années de tensions, sort encore plus affaibli de cette crise. Les pays du Sud global — Afrique, Asie, Amérique latine — qui se sentaient déjà marginalisés par un système perçu comme dominé par l’Occident, trouveront dans l’action américaine une confirmation de leurs soupçons : les règles ne s’appliquent qu’aux faibles. Les grandes puissances font ce qu’elles veulent. Cette perception, vraie ou fausse, a des conséquences. Elle pousse des pays à chercher des alliances alternatives — avec la Chine, avec la Russie — et à se méfier des institutions internationales dominées par les États-Unis. L’opération contre le Venezuela pourrait, paradoxalement, accélérer le déclin de l’influence américaine qu’elle prétendait renforcer.
Nous sommes entrés dans une nouvelle ère — une ère où les règles peuvent être balayées d’un revers de main. Une ère où un tweet présidentiel peut annoncer le renversement d’un gouvernement. Personne ne sait comment cette histoire se terminera. Mais nous vivrons avec les conséquences pendant des décennies.
Section 11 : le procès de Maduro
Les perspectives judiciaires
Maduro fait face à la justice américaine. Quatre chefs d’inculpation : conspiration narcoterroriste, importation de cocaïne, possession d’armes automatiques. Selon l’acte d’accusation, Maduro a utilisé ses fonctions pour faciliter le trafic vers les États-Unis, fournissant des passeports diplomatiques à des trafiquants. Le procès s’annonce comme l’un des plus médiatisés de l’histoire — comparable à celui de Noriega. Mais contrairement à Noriega, Maduro a été extrait de force. Les avocats pourraient contester la légalité de sa capture.
De nombreuses questions restent en suspens. D’autres figures du régime, comme Diosdado Cabello, sont inculpées mais toujours au Venezuela. Le représentant Thomas Massie a soulevé un point troublant : l’acte d’accusation ne mentionne pas le fentanyl — alors que Trump a justifié l’opération par cette drogue. La Cour pénale internationale enquête depuis des années sur le Venezuela. Cette enquête sera-t-elle abandonnée au profit de la justice américaine?
Je regarde cette photo de Maduro, menotté et les yeux bandés, et je ressens un mélange contradictoire. Cet homme a fait souffrir des millions de personnes. Il mérite de répondre de ses actes. Mais la façon dont cette « justice » est rendue me met mal à l’aise. Ce n’est pas un tribunal international qui l’a condamné. C’est une superpuissance étrangère qui a décidé de l’arracher à son palais. Est-ce vraiment de la justice? Ou la loi du plus fort déguisée en légalité?
Conclusion : le monde d'après
Un tournant historique
Ce 3 janvier 2026 restera dans les livres d’histoire comme un tournant. En quelques heures, les États-Unis ont renversé un gouvernement souverain, capturé son chef d’État, annoncé qu’ils allaient « gérer » le pays — le tout sans déclaration de guerre, sans autorisation du Congrès, sans mandat international. Trump n’a pas cherché à justifier son action par des arguments élaborés. Il a simplement agi. Les comparaisons avec Panama ou l’Irak sont inévitables, mais cette opération les dépasse par son audace et son mépris assumé des normes.
Les questions soulevées ne disparaîtront pas. La légalité sera débattue dans les tribunaux, au Congrès, dans les instances internationales. La légitimité de la présence américaine sera contestée sur le terrain. L’avenir du Venezuela se jouera dans les mois à venir. Et l’équilibre mondial devra absorber les ondes de choc. Pour le Venezuela, pour l’Amérique latine, pour le monde entier — rien ne sera plus jamais tout à fait pareil.
En refermant ce dossier, je me retrouve avec plus de questions que de réponses. Maduro était-il un tyran? Oui. Méritait-il d’être jugé? Absolument. Mais cette opération était-elle légale? Presque certainement pas. Était-elle sage? L’histoire le dira. Si un président américain peut, d’un simple tweet matinal, annoncer le renversement d’un gouvernement étranger et la prise de contrôle de ses ressources… alors qui est en sécurité? Pas le Cuba de Díaz-Canel, visé par les avertissements de Rubio. Pas le Nicaragua. Peut-être personne. Nous vivons désormais dans le monde de la « Don-roe Doctrine » — un monde où l’Amérique fait ce qu’elle veut, quand elle veut, à qui elle veut. Et c’est terriblement, profondément, effrayant.
Sources
Sources primaires
PBS News – Maduro’s capture and Trump’s claim that U.S. will run Venezuela raise new legal questions, 3 janvier 2026. UN News – US actions in Venezuela ‘constitute a dangerous precedent’: Guterres, 3 janvier 2026. NPR – Regional tensions rise after U.S. military action and removal of Maduro, 3 janvier 2026. CNN – Trump’s legal authority in Venezuela, explained, 3 janvier 2026. NBC News – Maduro arrives in New York after capture in Venezuela, 3 janvier 2026.
Sources secondaires
WOLA – Unilateral U.S. military intervention violates international law, 3 janvier 2026. Al Jazeera – US lawmakers react to attack on Venezuela, 3 janvier 2026. CNBC – Trump’s removal of Maduro prompts questions from Congress, 3 janvier 2026. Reason – Trump should have gotten congressional authorization, 3 janvier 2026. The Hill – Pam Bondi says Maduro indicted on narco-terrorism charges, 3 janvier 2026. ABC News – Republicans largely back Trump on Venezuela, Democrats decry it, 3 janvier 2026.
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