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Une attaque personnelle sans précédent

L’attaque contre le président colombien Gustavo Petro revêt un caractère particulièrement virulent et personnel. Trump n’a pas hésité à qualifier le dirigeant colombien de « malade », affirmant qu’il dirigeait un pays « très malade » et l’accusant explicitement de « fabriquer de la cocaïne et de la vendre aux États-Unis ». Ces accusations graves, proférées sans la moindre preuve tangible ni procédure judiciaire, constituent une violation flagrante du protocole diplomatique et des normes qui régissent les relations entre États souverains. Jamais un président américain en exercice n’avait tenu de propos aussi directs et diffamatoires à l’encontre d’un chef d’État élu démocratiquement dans l’hémisphère occidental. Le ton employé, mêlant mépris personnel et insultes, dépasse largement le cadre de la critique politique pour s’approcher dangereusement de l’incitation à l’intervention militaire.

Ces accusations prennent une dimension encore plus inquiétante lorsqu’on les replace dans le contexte de la trajectoire politique de Gustavo Petro. Ancien guérillero du M-19 devenu président de la Colombie lors de l’élection historique de 2022, Petro représente une première dans l’histoire colombienne : un ancien combattant de gauche accédant à la plus haute fonction du pays. Son parcours, marqué par la transition de la lutte armée à la politique institutionnelle, symbolise les espoirs de paix et de réconciliation qui ont émergé après des décennies de conflit interne. En attaquant Petro de manière aussi personnelle, Trump ne cible pas seulement un individu : il s’attaque à un projet politique, à une aspiration collective du peuple colombien à surmonter son histoire violente et à construire un avenir différent. La gravité de ces propos réside dans cette volonté de délégitimer non seulement le président, mais l’ensemble du processus démocratique qui l’a porté au pouvoir.

Ce qui me révolte profondément dans cette attaque contre Petro, c’est le mépris absolu pour la démocratie colombienne. Le peuple colombien a voté massivement pour Petro, dans un processus reconnu par tous les observateurs internationaux comme libre et transparent. Et voilà que Trump se permet de qualifier le président élu de « malade » et de trafiquant de drogue, comme si la volonté démocratique de plus de 50 millions de Colombiens ne comptait pas. C’est cette arrogance impériale qui me laisse sans voix, cette conviction que Washington a le droit de décider qui est légitime et qui ne l’est pas, quelles que soient les urnes. Quand on voit le parcours de Petro, qui a passé des années dans la guérilla avant de choisir la voie des urnes et de la paix, on mesure à quel point ces propos sont non seulement insultants, mais aussi historiquement ignorants et politiquement irresponsables.

La menace d’opération militaire explicite

L’élément le plus alarmant de ces déclarations réside dans la réponse de Trump lorsqu’il a été interrogé sur la possibilité d’une opération militaire américaine en Colombie. Sa réponse, brève et délibérément ambiguë, « Cela me semble une bonne idée », constitue une menace directe et sans équivoque. Dans le contexte de l’opération venant d’être menée au Venezuela, ces propos prennent une signification terrifiante : Trump suggère ouvertement que la Colombie pourrait être la prochaine cible d’une intervention armée américaine. Cette déclaration n’est pas une simple boutade ou une exagération rhétorique : elle vient d’un président qui a déjà démontré sa volonté de recourir à la force militaire pour atteindre ses objectifs politiques, comme vient de le prouver l’audacieuse opération contre Maduro à Caracas.

L’implication de ces propos est considérable. Une intervention militaire américaine en Colombie, troisième pays le plus peuplé d’Amérique latine et allié historique des États-Unis dans la région, représenterait un précédent catastrophique pour les relations interaméricaines et pour le système international plus largement. Contrairement au Venezuela, la Colombie est un membre actif de l’Organisation des États américains, un partenaire commercial majeur des États-Unis et un bénéficiaire important de l’aide militaire américaine. Une telle intervention signifierait que même les alliés les plus proches ne sont pas à l’abri de la colère de Washington s’ils s’écartent de la ligne politique dictée par l’administration Trump. Cette menace crée un climat d’insécurité totale dans la région, où aucun gouvernement ne peut se sentir en sécurité quelle que soit sa relation traditionnelle avec les États-Unis.

Quand j’entends Trump dire qu’une opération militaire en Colombie « semble être une bonne idée », je frémis. On parle de la Colombie, pas de quelque État voyou isolé. Un pays de 52 millions d’habitants, un allié de longue date, une démocratie qui lutte contre ses démons. Et cette réponse lapidaire, presque anecdotique, comme s’il s’agissait de commander un café ou de choisir un film pour la soirée. Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans cette légèreté avec laquelle Trump envisage de déverser la puissance militaire américaine sur un peuple souverain. C’est la banalisation de la guerre, la transformation de l’intervention militaire en option politique parmi d’autres, sans considération pour les vies humaines qui seraient détruites, pour les communautés qui seraient ravagées, pour le chaos qui s’ensuivrait. C’est une vision de la puissance qui ignore complètement les coûts humains et politiques de la guerre.

Sources

Sources primaires

Déclarations de Donald Trump à bord d’Air Force One, 4 janvier 2026. Communiqué conjoint des gouvernements du Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Uruguay et Espagne, 5 janvier 2026. Messages de Gustavo Petro sur X (anciennement Twitter), 5 janvier 2026. Déclaration du ministère cubain des Affaires étrangères concernant les victimes cubaines de l’opération au Venezuela, 5 janvier 2026.

Sources secondaires

Article d’Al Jazeera, « Trump threatens Colombia’s Petro, says Cuba looks ‘ready to fall’ », 5 janvier 2026. Article d’ABC News, « Trump implies he may target Colombia’s president, says Cuba appears ‘ready to fall’ », 5 janvier 2026. Article de Politico, « Trump on return trip to Washington predicts demise of Cuba, warns Colombia, threatens Greenland », 4 janvier 2026. Article d’Al Jazeera, « Cuba says 32 Cuban fighters killed in US raids on Venezuela », 5 janvier 2026. Entretien avec David Smith, professeur associé au centre d’études américaines de l’Université de Sydney, cité dans Al Jazeera, 5 janvier 2026.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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