Le 12 juin, un président soudainement compatissant
Le 12 juin 2025 restera dans les annales comme un moment surréaliste dans la présidence de Donald Trump. Ce jour-là, l’homme qui avait bâti sa carrière politique sur la diabolisation des immigrés, qui avait promis de construire un mur à la frontière mexicaine et de procéder aux plus grandes expulsions de masse de l’histoire américaine, a soudainement découvert de la compassion pour certains travailleurs sans papiers. Dans un message posté sur Truth Social, sa plateforme de médias sociaux, Trump a reconnu que ses raids « très agressifs » de l’ICE causaient des dommages aux secteurs de l’agriculture et de l’hôtellerie. « Nos fermiers sont gravement touchés », a-t-il écrit, ajoutant que ces travailleurs, bien que n’étant pas citoyens, s’étaient révélés être « excellents » et travaillaient parfois pour les mêmes employeurs depuis vingt ans. Cette déclaration a pris de court observateurs et analystes politiques. Était-ce un véritable changement de cap? Une reconnaissance tardive des réalités économiques? Ou simplement une manœuvre tactique face aux pressions croissantes de certains secteurs de l’économie américaine? La réponse est venue plus vite que prévu.
Derrière cette annonce se cachait l’influence de Brooke Rollins, la secrétaire à l’Agriculture de Trump, qui avait fait remonter au président les inquiétudes pressantes du secteur agricole. Les exploitants agricoles, traditionnellement des soutiens solides du Parti républicain, tiraient la sonnette d’alarme : sans leurs travailleurs immigrés, les récoltes pourrissaient dans les champs, les coûts de production explosaient, et la viabilité même de nombreuses exploitations était menacée. Rollins avait réussi à convaincre Trump que la politique d’expulsion massive risquait de se retourner contre lui, créant une crise économique dans des régions rurales qui constituaient son cœur électoral. Le président, toujours sensible aux arguments économiques et aux préoccupations de sa base, avait semblé se laisser convaincre. Dans ses remarques publiques ce jour-là, il avait même adopté un ton inhabituellement conciliant, reconnaissant la contribution de ces travailleurs à l’économie américaine. Pour quelques heures, il a semblé possible qu’une approche plus nuancée de l’immigration puisse émerger, une politique qui tiendrait compte des réalités économiques tout en maintenant un contrôle des frontières. Cette illusion n’allait pas durer longtemps.
Les secteurs épargnés : agriculture, hôtellerie, restauration
L’annonce de Trump du 12 juin ciblait spécifiquement trois secteurs économiques cruciaux : l’agriculture, l’hôtellerie et la restauration. Ce choix n’était pas anodin — ces trois industries représentent des pans entiers de l’économie américaine et dépendent massivement d’une main-d’œuvre immigrée, souvent sans papiers. Dans l’agriculture, la situation est particulièrement critique. Les États-Unis font face depuis des années à une pénurie chronique de travailleurs agricoles américains prêts à effectuer ces tâches physiquement exigeantes, souvent mal payées et saisonnières. Les immigrés, principalement originaires du Mexique et d’Amérique centrale, comblent ce vide. Ils récoltent les fruits et légumes, s’occupent du bétail, travaillent dans les vignobles et les vergers. Sans eux, des pans entiers de la production agricole américaine s’effondreraient. Les chiffres du Département de l’Agriculture sont sans appel : 42% des travailleurs agricoles entre 2020 et 2022 n’avaient pas de statut légal. Dans certaines régions, notamment en Californie, en Floride et au Texas, cette proportion grimpe encore plus haut. Les exploitants agricoles le savent bien — beaucoup emploient les mêmes travailleurs depuis des décennies, ont développé avec eux des relations de confiance, et dépendent entièrement de leur expertise et de leur dévouement.
Dans l’hôtellerie et la restauration, la dépendance envers les travailleurs immigrés est tout aussi marquée. Des grandes chaînes hôtelières aux petits restaurants familiaux, ces secteurs reposent sur une main-d’œuvre diverse, souvent multilingue, prête à travailler selon des horaires flexibles et exigeants. Les cuisiniers, les serveurs, le personnel d’entretien, les réceptionnistes — dans de nombreux établissements, une proportion significative de ces employés sont des immigrés, dont certains sans papiers. La pandémie de COVID-19 avait déjà mis en lumière la fragilité de ces secteurs et leur dépendance envers cette main-d’œuvre. Les fermetures et les restrictions avaient provoqué un exode de travailleurs, et la reprise post-pandémique s’était heurtée à des difficultés majeures de recrutement. Les raids de l’ICE ne faisaient qu’aggraver cette situation, créant un climat de peur qui poussait les travailleurs à fuir ces emplois ou à se cacher. Les associations professionnelles de ces secteurs avaient multiplié les appels au gouvernement, demandant une approche plus pragmatique qui tiendrait compte des réalités du marché du travail. L’annonce du 12 juin semblait répondre à ces préoccupations — mais cette réponse allait s’avérer éphémère, balayée par les vents contraires de l’idéologie anti-immigration qui souffle avec force à la Maison-Blanche.
Ce qui me frappe dans cette histoire, c’est l’hypocrisie monumentale qu’elle révèle. Pendant des années, l’Amérique a profité du travail de ces immigrés sans papiers. Elle a fermé les yeux, elle a regardé ailleurs, elle a accepté tacitement leur présence parce qu’elle en avait besoin. Les fermiers les employaient, les restaurants les embauchaient, les hôtels comptaient sur eux. Tout le monde savait. Tout le monde en bénéficiait. Et maintenant, on fait semblant de découvrir qu’ils sont là, on les traite comme des criminels, on les traque comme du gibier. Mais quand l’économie commence à souffrir, quand les récoltes risquent de pourrir, là, soudainement, on se souvient qu’ils sont « excellents », qu’ils travaillent depuis vingt ans. Cette schizophrénie morale me donne la nausée.
L'email qui semait l'espoir
L’ICE suspend les opérations
Le 13 juin 2025, au lendemain de l’annonce présidentielle, un email interne a circulé au sein de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), l’agence fédérale chargée de l’application des lois sur l’immigration. Ce message, dont le contenu a été révélé par le Washington Post, ordonnait aux agents de « suspendre toutes les enquêtes et opérations d’application de la loi sur les lieux de travail dans l’agriculture (y compris l’aquaculture et les usines de conditionnement de viande), les restaurants et les hôtels en activité. » Pour les agents de terrain, habitués à recevoir des directives contradictoires dans le climat chaotique de l’administration Trump, cet email représentait néanmoins un changement de cap significatif. Depuis des mois, ils avaient été poussés à intensifier leurs opérations, à augmenter le nombre d’arrestations, à cibler des secteurs jusqu’alors relativement épargnés. Cette nouvelle directive semblait marquer une pause, un moment de répit dans une campagne d’application de la loi qui s’était considérablement durcie. Certains agents, selon des sources internes, ont accueilli cette pause avec soulagement — beaucoup d’entre eux étaient mal à l’aise avec les ordres de procéder à des arrestations massives sans distinction, ciblant des personnes qui n’avaient commis aucun crime violent et qui contribuaient positivement à leurs communautés.
Dans les communautés immigrées, la nouvelle de cet email s’est répandue rapidement, portée par les réseaux d’avocats spécialisés en immigration, les organisations de défense des droits et le bouche-à-oreille. Pour la première fois depuis des mois, certains travailleurs ont osé espérer qu’ils pourraient continuer à vivre et travailler sans la peur constante d’être arrêtés et expulsés. Des fermiers ont commencé à rassurer leurs employés, leur disant qu’ils étaient en sécurité, au moins temporairement. Des restaurants ont vu leurs cuisiniers revenir après des semaines d’absence. Des hôtels ont pu à nouveau compter sur leur personnel d’entretien. Cet espoir était fragile, teinté de scepticisme — trop de promesses avaient été brisées par le passé pour qu’on puisse y croire pleinement. Mais c’était un espoir quand même, une lueur dans l’obscurité. Les organisations de défense des immigrés, tout en accueillant positivement cette évolution, restaient prudentes. Elles connaissaient la volatilité de Trump, sa tendance à changer d’avis sous l’influence de ses conseillers les plus radicaux. Elles savaient que Stephen Miller, l’architecte de la politique anti-immigration de l’administration, n’allait pas accepter ce qu’il percevrait comme un recul sans réagir. Leurs craintes allaient se révéler fondées bien plus vite qu’elles ne l’imaginaient.
Une pause qui ne durera que quatre jours
La pause annoncée le 13 juin n’allait durer que quatre jours — un laps de temps si court qu’il semble presque dérisoire rétrospectivement. Pendant ce bref intervalle, les forces en présence au sein de l’administration Trump se sont affrontées dans l’ombre. D’un côté, Brooke Rollins et les représentants des secteurs économiques concernés plaidaient pour le maintien de cette exemption, arguant des nécessités économiques et des risques de perturbations majeures. De l’autre, Stephen Miller et les faucons de l’immigration voyaient dans cette pause une capitulation inacceptable, une trahison des promesses de campagne de Trump et un affaiblissement de la crédibilité de la politique d’expulsion massive. Pour Miller, toute exception créait un précédent dangereux et envoyait le mauvais message : que certains immigrés sans papiers pouvaient être tolérés si leur présence servait des intérêts économiques. C’était exactement le type de pragmatisme qu’il combattait depuis des années, lui qui avait toujours prôné une approche idéologique pure, sans compromis. Le week-end du 15 et 16 juin a été le théâtre de discussions intenses à la Maison-Blanche. Trump, tiraillé entre des considérations contradictoires, a finalement penché du côté de Miller — comme il le fait presque toujours quand il s’agit d’immigration.
Le dimanche 16 juin, les premiers signes du revirement sont apparus. Des responsables de l’ICE et de la division Homeland Security Investigations ont commencé à recevoir des informations indiquant que la nouvelle politique allait être inversée. Un appel téléphonique le 16 juin aux dirigeants de l’ICE a confirmé ce que beaucoup redoutaient : ils devaient reprendre les raids dans l’agriculture, l’hôtellerie et la restauration. L’email du 13 juin était annulé. Les opérations devaient reprendre immédiatement. Pour les agents sur le terrain, ce nouveau revirement était source de confusion et de frustration. Comment étaient-ils censés planifier leurs opérations quand les directives changeaient tous les quelques jours? Comment pouvaient-ils maintenir une quelconque crédibilité auprès des communautés qu’ils étaient censés surveiller? Mais les ordres étaient les ordres, et dans le climat actuel de l’administration Trump, questionner ces directives pouvait avoir des conséquences professionnelles graves. Le 17 juin, Trump a officialisé le revirement dans un nouveau message sur Truth Social, cette fois beaucoup plus agressif que celui du 12 juin. Il a appelé l’ICE à « faire tout ce qui est en leur pouvoir pour atteindre l’objectif très important de réaliser le plus grand programme d’expulsion de masse de l’histoire. » Il a spécifiquement demandé une intensification des efforts dans les grandes villes dirigées par les démocrates, citant Los Angeles, Chicago et New York. La pause était terminée. La chasse reprenait.
Quatre jours. Quatre jours pendant lesquels des gens ont osé croire qu’ils pourraient peut-être vivre normalement, sans cette peur au ventre qui les réveille chaque matin. Quatre jours pendant lesquels des familles ont commencé à respirer un peu plus librement. Et puis, paf. Tout s’effondre. Parce qu’un conseiller a murmuré les bons mots à l’oreille du président. Parce qu’une idéologie l’a emporté sur le pragmatisme. Parce que dans cette administration, la cohérence n’existe pas, seul compte le rapport de force du moment. Je pense à ces travailleurs qui ont dû vivre ces montagnes russes émotionnelles. L’espoir, puis la déception. La joie, puis la terreur. Comment peut-on infliger ça à des êtres humains et prétendre gouverner avec dignité?
Stephen Miller, l'homme de l'ombre
Le véritable architecte de la politique migratoire
Stephen Miller n’est pas un nom que le grand public connaît aussi bien que celui de Trump, mais dans les couloirs de la Maison-Blanche, son influence est omniprésente. À 39 ans, ce conseiller adjoint au chef de cabinet est devenu le véritable architecte de la politique migratoire américaine, l’homme qui traduit les instincts xénophobes de Trump en directives concrètes, en décrets exécutifs, en opérations sur le terrain. Son parcours est celui d’un idéologue pur et dur, forgé dans les milieux de l’extrême droite américaine, qui a trouvé en Trump le véhicule parfait pour mettre en œuvre sa vision d’une Amérique plus blanche, plus homogène, débarrassée de ceux qu’il considère comme des intrus. Miller a grandi à Santa Monica, en Californie, dans une famille juive aisée. Dès l’adolescence, il s’est distingué par ses positions provocatrices et son mépris affiché pour la diversité. Au lycée, il s’est fait connaître pour des déclarations incendiaires contre les étudiants hispaniques et les travailleurs immigrés. Une vidéo qui a refait surface montre un jeune Miller barbu déclarant avec arrogance : « Suis-je le seul à en avoir assez qu’on me dise de ramasser mes déchets alors que nous avons plein de concierges qui sont payés pour le faire? » Cette phrase, apparemment anodine, révèle déjà une vision du monde hiérarchisée, où certains sont destinés à servir et d’autres à commander.
À l’université Duke, en Caroline du Nord, Miller a approfondi ses connexions avec les milieux nationalistes blancs. Il a travaillé avec le David Horowitz Freedom Center, classé comme groupe haineux anti-musulman par le Southern Poverty Law Center, et a fréquenté Richard Spencer, figure de proue du mouvement « alt-right » qui prône ouvertement la suprématie blanche. Ces années de formation ont cristallisé sa vision du monde et l’ont préparé à son rôle futur. Après ses études, Miller est monté à Washington pour travailler au Congrès, d’abord comme attaché de presse pour la représentante républicaine Michele Bachmann, puis pour le sénateur Jeff Sessions de l’Alabama. C’est dans ce dernier rôle qu’il a vraiment fait ses preuves comme stratège anti-immigration, utilisant le site Breitbart News pour torpiller en 2013 un projet de loi bipartisan qui aurait ouvert une voie vers la citoyenneté pour des millions d’immigrés sans papiers. Cette victoire a établi sa réputation dans les cercles conservateurs et a attiré l’attention de Steve Bannon, alors directeur de Breitbart, qui allait plus tard le recommander à Trump. Depuis, Miller et Trump sont devenus inséparables, unis par une vision commune de l’immigration comme menace existentielle pour l’Amérique blanche. Miller a rédigé le discours d' »American carnage » de Trump lors de son investiture en 2017, a conçu l’interdiction de voyager visant les pays musulmans, et a orchestré la politique de séparation des familles à la frontière qui a choqué le monde entier.
Un idéologue qui ne recule devant rien
Ce qui distingue Stephen Miller de nombreux autres conseillers présidentiels, c’est son absolutisme idéologique. Là où d’autres pourraient chercher des compromis, tenir compte des réalités économiques ou des considérations humanitaires, Miller ne voit que l’objectif final : réduire drastiquement l’immigration, légale et illégale, et remodeler la démographie américaine. Pour lui, chaque exception, chaque concession est une défaite. C’est cette intransigeance qui explique sa réaction virulente à l’annonce du 12 juin. Quand Brooke Rollins a réussi à convaincre Trump d’épargner certains secteurs économiques, Miller y a vu une capitulation inacceptable. Il a immédiatement mobilisé ses alliés au sein de l’administration, argumentant que cette pause envoyait un signal de faiblesse et sapait l’ensemble de la politique d’expulsion massive. Selon le Washington Post, Miller a personnellement fait pression sur Trump pendant le week-end du 15-16 juin, lui rappelant ses promesses de campagne et l’avertissant que tout recul serait perçu comme une trahison par sa base électorale. Cette intervention a été décisive. Trump, toujours sensible aux accusations de faiblesse et obsédé par sa réputation auprès de ses supporters les plus fervents, a cédé aux arguments de Miller.
L’influence de Miller s’étend bien au-delà de la politique migratoire. Il est devenu, selon les mots d’un ancien conseiller de Trump cité par NBC, « l’id du président » — la personnification de ses instincts les plus sombres, l’homme qui l’encourage à suivre ses pires impulsions plutôt que de les tempérer. Dans les réunions à la Maison-Blanche, Miller est souvent celui qui pousse pour les options les plus radicales, qui rejette les conseils de modération, qui insiste pour aller toujours plus loin. Son pouvoir est tel que même le vice-président JD Vance a été publiquement rabroué par lui lors d’une discussion sur des frappes militaires au Yémen, révélée par The Atlantic dans l’affaire « Signalgate ». Quand Vance a questionné la cohérence de ces frappes avec le message de Trump sur l’Europe, Miller a tranché : « Tel que je l’ai entendu, le président était clair : feu vert. » Cette anecdote illustre parfaitement la position de Miller — il se présente comme l’interprète ultime de la volonté présidentielle, celui qui sait ce que Trump veut vraiment, même quand le président lui-même semble hésiter. Trump a d’ailleurs confirmé cette position privilégiée en déclarant à la présentatrice de Meet the Press, Kristen Welker, que Miller était « beaucoup plus haut dans la hiérarchie » que le poste de conseiller à la sécurité nationale. Dans l’administration Trump, Miller n’est pas simplement un conseiller parmi d’autres — il est le gardien de l’orthodoxie idéologique, l’homme qui s’assure que le président ne dévie jamais trop longtemps de la ligne dure sur l’immigration.
Il y a quelque chose de profondément troublant dans l’ascension de Stephen Miller. Ce n’est pas juste qu’il soit raciste — ça, on le sait depuis longtemps. Ce n’est pas juste qu’il soit cruel — ses politiques parlent d’elles-mêmes. Non, ce qui me glace vraiment, c’est son efficacité. Miller n’est pas un idéologue brouillon qui hurle dans le vide. C’est un stratège méticuleux qui sait exactement comment transformer ses obsessions en politiques concrètes, comment naviguer dans les méandres du pouvoir, comment manipuler un président impulsif pour obtenir ce qu’il veut. Et ce qu’il veut, c’est une Amérique qui ressemble à ses fantasmes d’adolescent à Santa Monica — une Amérique où les « autres » savent rester à leur place, où la hiérarchie raciale est clairement établie, où les concierges ramassent les déchets et se taisent. Le fait qu’un tel homme ait autant de pouvoir devrait tous nous terrifier.
Le conflit au sommet de l'État
Brooke Rollins contre Stephen Miller
Le bras de fer entre Brooke Rollins et Stephen Miller incarne deux visions radicalement différentes de la gouvernance et de l’immigration. D’un côté, Rollins, secrétaire à l’Agriculture, représente une approche pragmatique, ancrée dans les réalités économiques et les besoins concrets des secteurs productifs américains. De l’autre, Miller incarne l’idéologie pure, l’intransigeance doctrinaire qui refuse tout compromis au nom de principes qu’il considère comme non négociables. Ce conflit n’est pas nouveau — il traverse toute l’administration Trump, opposant ceux qui cherchent à gouverner efficacement et ceux qui privilégient la pureté idéologique. Mais rarement il s’est manifesté de manière aussi spectaculaire et avec des conséquences aussi immédiates. Rollins, avocate de formation et ancienne directrice du Domestic Policy Council lors du premier mandat de Trump, connaît bien les rouages de l’administration. Elle a des relations solides avec le monde agricole, comprend les défis auxquels font face les exploitants, et sait que la rhétorique anti-immigration se heurte à une réalité incontournable : l’agriculture américaine ne peut pas fonctionner sans travailleurs immigrés. Quand les fermiers ont commencé à tirer la sonnette d’alarme face aux raids de l’ICE, c’est vers elle qu’ils se sont tournés.
Rollins a réussi, brièvement, à faire entendre raison à Trump. Elle lui a présenté les chiffres : les pertes économiques potentielles, les récoltes qui risquaient de pourrir, les exploitations qui pourraient faire faillite. Elle a fait valoir que ces travailleurs n’étaient pas des criminels, qu’ils contribuaient positivement à l’économie, qu’ils payaient des impôts, qu’ils étaient intégrés dans leurs communautés. Elle a rappelé à Trump que les régions rurales, cœur de son électorat, seraient les premières touchées par une politique d’expulsion aveugle. Ces arguments ont porté — d’où l’annonce du 12 juin. Mais Rollins avait sous-estimé la détermination de Miller et son emprise sur le président. Pour Miller, les arguments économiques de Rollins étaient exactement le type de raisonnement qu’il fallait rejeter. Accepter que certains immigrés sans papiers soient « utiles » et donc tolérables, c’était admettre que la présence d’immigrés pouvait être bénéfique — une concession idéologique qu’il refusait catégoriquement. Miller a contre-attaqué en mobilisant ses propres arguments : la nécessité de tenir les promesses de campagne, le risque de paraître faible, l’importance de ne pas créer de précédent. Il a aussi joué sur les peurs de Trump, suggérant que toute exception serait exploitée par les démocrates et les médias pour le ridiculiser. Cette stratégie a fonctionné. En quelques jours, Miller a réussi à faire basculer Trump de son côté, annulant le travail de Rollins et réaffirmant sa domination sur la politique migratoire.
Quand l’agriculture affronte l’idéologie
Le conflit entre les impératifs de l’agriculture américaine et l’idéologie anti-immigration de l’administration Trump révèle une contradiction fondamentale au cœur du projet politique de Trump. Comment peut-on simultanément promettre de « rendre sa grandeur à l’Amérique » et détruire l’un des piliers de son économie? Comment peut-on prétendre défendre les intérêts des Américains ruraux tout en sabotant les fondations mêmes de leur subsistance? Ces questions ne sont pas rhétoriques — elles pointent vers une incohérence profonde que l’administration refuse d’affronter. Les chiffres sont implacables : selon le Département de l’Agriculture des États-Unis, 42% des travailleurs agricoles entre 2020 et 2022 n’avaient pas de statut légal. Dans certains États comme la Californie, la Floride ou le Texas, cette proportion est encore plus élevée. Ces travailleurs ne sont pas facilement remplaçables. Malgré des décennies de tentatives pour recruter des Américains pour ces emplois, les exploitants agricoles peinent à trouver des candidats prêts à effectuer un travail physiquement exigeant, souvent saisonnier, et relativement mal payé. Les programmes de travailleurs temporaires comme le H-2A existent, mais ils sont bureaucratiques, coûteux, et ne répondent qu’à une fraction des besoins.
Les organisations agricoles ont multiplié les avertissements. L’American Farm Bureau Federation, la National Council of Agricultural Employers, et d’innombrables associations locales ont toutes fait pression sur l’administration pour qu’elle adopte une approche plus nuancée. Elles ont proposé des solutions : des programmes de régularisation pour les travailleurs agricoles de longue date, une expansion des visas de travail temporaire, des garanties contre les raids dans les exploitations. Mais ces propositions se heurtent au mur idéologique érigé par Miller et ses alliés. Pour eux, toute forme de régularisation est une « amnistie » inacceptable, tout programme de visa est une porte ouverte à plus d’immigration. Ils préfèrent risquer l’effondrement de secteurs entiers de l’économie plutôt que de compromettre leur vision d’une Amérique fermée. Cette intransigeance a des conséquences concrètes. Des exploitations agricoles ont déjà commencé à réduire leur production, incapables de trouver suffisamment de main-d’œuvre. D’autres envisagent de délocaliser leurs opérations au Mexique ou au Canada, où ils peuvent accéder plus facilement à des travailleurs. Les prix des produits agricoles augmentent, répercutant les coûts accrus de production. Et dans les communautés rurales, la peur s’installe — peur de perdre ses travailleurs, peur de voir son exploitation péricliter, peur d’un avenir incertain. L’ironie est cruelle : les régions qui ont le plus voté pour Trump sont celles qui souffrent le plus de ses politiques.
Il y a quelque chose de tragiquement absurde dans ce conflit entre Rollins et Miller. D’un côté, une femme qui essaie de faire fonctionner le gouvernement, de résoudre des problèmes concrets, de protéger des secteurs économiques vitaux. De l’autre, un homme qui se fiche éperdument des conséquences réelles de ses politiques, tant qu’elles servent son agenda idéologique. Et au milieu, un président qui oscille entre les deux, incapable de maintenir une ligne cohérente pendant plus de quelques jours. Ce n’est pas de la gouvernance, c’est du chaos organisé. Et pendant ce temps, des vies sont détruites, des économies locales s’effondrent, des communautés sont déchirées. Mais peu importe, n’est-ce pas? Tant que Miller peut se regarder dans le miroir et se dire qu’il a tenu bon sur ses principes.
Le revirement du 17 juin
Trump cède aux faucons de l’immigration
Le 17 juin 2025, Donald Trump a officiellement enterré sa promesse du 12 juin. Dans un nouveau message sur Truth Social, le président a adopté un ton radicalement différent de celui qui avait prévalu cinq jours plus tôt. Fini la compassion pour les « excellents » travailleurs agricoles. Fini la reconnaissance de leur contribution à l’économie américaine. À la place, un appel martial à l’ICE pour qu’elle « fasse tout ce qui est en son pouvoir pour atteindre l’objectif très important de réaliser le plus grand programme d’expulsion de masse de l’histoire. » Trump a spécifiquement demandé une intensification des efforts dans les grandes villes dirigées par les démocrates, citant Los Angeles, Chicago et New York. Ce message marquait une escalade significative, transformant la politique d’immigration en une arme politique explicitement dirigée contre les bastions démocrates. Le revirement était complet, brutal, et ne laissait aucune place à l’ambiguïté. Les travailleurs qui avaient osé espérer pendant quatre jours se retrouvaient à nouveau dans le collimateur. Les employeurs qui avaient commencé à rassurer leurs équipes devaient maintenant leur annoncer que la menace était de retour, plus forte que jamais.
Derrière ce revirement se cachait la victoire de Stephen Miller et des faucons de l’immigration au sein de l’administration. Pendant le week-end du 15-16 juin, Miller avait mené une campagne intensive pour convaincre Trump de revenir sur sa décision. Il avait mobilisé ses alliés, préparé des arguments, et surtout, joué sur les cordes sensibles du président : sa fierté, sa peur de paraître faible, son obsession pour sa base électorale. Miller avait martelé que la pause annoncée le 12 juin était perçue comme un signe de faiblesse, que les démocrates et les médias s’en servaient pour ridiculiser Trump, que sa base se sentait trahie. Ces arguments ont trouvé un écho chez un président toujours préoccupé par son image et par l’opinion de ses supporters les plus fervents. Trump a également été influencé par les manifestations massives qui avaient éclaté à Los Angeles et dans d’autres villes au cours de la semaine précédente. Ces protestations, organisées sous la bannière « No Kings » pour dénoncer les pouvoirs quasi-monarchiques que Trump s’arrogeait, avaient rassemblé des millions de personnes à travers le pays. Pour Trump et Miller, ces manifestations n’étaient pas un signal qu’il fallait modérer la politique, mais au contraire qu’il fallait la durcir encore plus. Miller a qualifié ces protestations d' »insurrection », un terme chargé qui évoquait délibérément l’attaque du Capitole du 6 janvier 2021, et a poussé pour une réponse ferme.
La reprise des raids dans tous les secteurs
Avec l’annonce du 17 juin, les raids de l’ICE ont repris dans tous les secteurs, y compris ceux qui avaient été temporairement épargnés. L’agriculture, l’hôtellerie, la restauration — tous redevenaient des cibles. Mais la directive allait plus loin : elle appelait à une intensification générale des opérations, avec un objectif explicite de 3000 arrestations par jour, un chiffre que Stephen Miller avait fixé lors d’une réunion au siège de l’ICE à Washington en mai. Ce quota représentait une augmentation massive par rapport au rythme actuel d’environ 2000 arrestations quotidiennes, lui-même déjà le double de la moyenne de la dernière décennie. Pour atteindre ces chiffres, Miller avait ordonné aux agents de l’ICE d’abandonner leur pratique habituelle de cibler des individus spécifiques sur la base de listes établies. À la place, ils devaient procéder à des opérations de ratissage dans des lieux où les immigrés sans papiers étaient susceptibles de se rassembler : les parkings de Home Depot où les journaliers attendent d’être embauchés, les magasins 7-Eleven, les arrêts de bus dans les quartiers à forte population immigrée. Cette approche, rapportée par le Wall Street Journal, marquait un changement radical de stratégie — au lieu de cibler prioritairement les personnes ayant commis des crimes violents, l’ICE était désormais encouragée à arrêter quiconque se trouvait en situation irrégulière, indépendamment de son casier judiciaire ou de sa contribution à la société.
Les conséquences de cette nouvelle directive se sont fait sentir immédiatement. Dans les jours suivant l’annonce du 17 juin, les rapports d’arrestations massives ont commencé à affluer de tout le pays. À Los Angeles, des agents de l’ICE ont effectué des raids dans des usines de conditionnement de viande, arrêtant des dizaines de travailleurs. En Floride, des opérations similaires ont visé des exploitations agricoles et des hôtels. Au Texas, des restaurants ont vu leur personnel décimé par des descentes surprise. Ces opérations ont créé un climat de terreur dans les communautés immigrées. Les écoles ont signalé une augmentation de l’absentéisme, les parents ayant peur d’envoyer leurs enfants en classe de crainte d’être arrêtés sur le chemin. Les hôpitaux ont rapporté une baisse des consultations, des personnes préférant souffrir plutôt que de risquer une rencontre avec les autorités. Les églises, traditionnellement considérées comme des lieux de refuge, n’offraient plus de protection — Trump avait levé les restrictions qui empêchaient l’ICE d’effectuer des arrestations dans les lieux de culte. Le Department of Homeland Security a défendu cette politique en affirmant qu’il n’y aurait « pas d’espaces sûrs pour les industries qui abritent des criminels violents ou qui tentent délibérément de saper les efforts de l’ICE. » Mais cette rhétorique ne correspondait pas à la réalité sur le terrain — la grande majorité des personnes arrêtées n’avaient commis aucun crime violent. Elles étaient simplement en situation irrégulière, travaillant pour subvenir aux besoins de leurs familles.
Ce qui me révolte dans ce revirement, ce n’est même pas tant la cruauté — on sait que Trump et Miller en sont capables. C’est la lâcheté. Trump n’a même pas eu le courage de maintenir sa position pendant une semaine. Il a suffi que Miller lui murmure à l’oreille que sa base pourrait être mécontente, que les démocrates pourraient se moquer de lui, pour qu’il abandonne immédiatement. Pas de réflexion, pas de pesée des conséquences, juste une capitulation instantanée devant son conseiller le plus radical. Et pendant ce temps, des milliers de personnes qui avaient osé croire qu’elles pourraient peut-être vivre en paix se retrouvent à nouveau traquées. C’est ça, le leadership selon Trump : suivre le dernier qui lui a parlé, pourvu qu’il flatte son ego et caresse ses pires instincts.
Les conséquences économiques
42% des travailleurs agricoles sans papiers
Le chiffre est vertigineux et révèle l’ampleur de la dépendance de l’agriculture américaine envers les travailleurs immigrés sans papiers : 42%. Selon les données du Département de l’Agriculture des États-Unis, près de la moitié des travailleurs agricoles entre 2020 et 2022 n’avaient pas de statut légal. Ce n’est pas une anomalie statistique ou une situation temporaire — c’est la réalité structurelle de l’agriculture américaine depuis des décennies. Ces travailleurs, principalement originaires du Mexique et d’Amérique centrale, constituent l’épine dorsale d’une industrie qui génère des centaines de milliards de dollars chaque année. Ils récoltent les fruits et légumes qui se retrouvent sur les tables américaines, s’occupent des vignobles qui produisent les vins californiens, travaillent dans les fermes laitières, les élevages de volailles, les vergers. Sans eux, des pans entiers de la production agricole s’effondreraient. Cette dépendance n’est pas le résultat d’un choix délibéré des exploitants agricoles — c’est la conséquence de décennies d’échec à créer un système d’immigration fonctionnel qui répondrait aux besoins du marché du travail. Les tentatives pour recruter des travailleurs américains pour ces emplois ont systématiquement échoué. Malgré des campagnes de recrutement, des augmentations de salaires, et des améliorations des conditions de travail, les exploitants peinent à trouver des Américains prêts à effectuer ce travail physiquement exigeant, souvent saisonnier, et qui nécessite de longues heures sous le soleil.
Les programmes de visas temporaires comme le H-2A, censés combler ce vide, sont largement insuffisants. Le processus pour obtenir ces visas est bureaucratique, coûteux, et chronophage. Les employeurs doivent prouver qu’ils n’ont pas pu trouver de travailleurs américains, offrir des salaires et des conditions de travail spécifiques, et assumer les coûts de transport et de logement des travailleurs étrangers. Même quand toutes ces conditions sont remplies, le nombre de visas disponibles ne couvre qu’une fraction des besoins réels. Résultat : les exploitants se tournent vers des travailleurs sans papiers, souvent les mêmes qui reviennent année après année, qui connaissent le travail, qui sont fiables et expérimentés. Cette situation crée une zone grise où tout le monde ferme les yeux — les employeurs, les autorités locales, même les consommateurs qui bénéficient de prix alimentaires relativement bas. Mais cette zone grise est précaire, et les raids de l’ICE la font voler en éclats. Quand des agents fédéraux débarquent dans une exploitation et arrêtent une partie significative de la main-d’œuvre, les conséquences sont immédiates et dévastatrices. Les récoltes qui devaient être effectuées dans les jours suivants sont retardées ou abandonnées. Les fruits et légumes pourrissent dans les champs. Les animaux ne sont plus soignés correctement. Les coûts de production explosent. Et l’exploitant se retrouve face à un choix impossible : fermer son exploitation ou violer la loi en embauchant de nouveaux travailleurs sans papiers.
Une main-d’œuvre indispensable menacée
Au-delà des chiffres bruts, il faut comprendre ce que représente concrètement cette main-d’œuvre immigrée pour l’agriculture américaine. Ce ne sont pas des travailleurs interchangeables qu’on peut remplacer du jour au lendemain. Beaucoup travaillent pour les mêmes employeurs depuis des années, voire des décennies. Ils ont développé une expertise spécifique — savoir quand exactement une fraise est mûre pour être cueillie, comment tailler une vigne pour maximiser la production, comment manipuler des animaux sans les stresser. Cette expertise ne s’acquiert pas en quelques jours de formation. Elle est le fruit d’années d’expérience, transmise parfois de génération en génération. Quand l’ICE arrête ces travailleurs et les expulse, ce n’est pas seulement une perte de main-d’œuvre — c’est une perte de savoir-faire, de mémoire institutionnelle, de capital humain. Les exploitants agricoles le savent bien. Beaucoup ont développé des relations de confiance avec leurs travailleurs immigrés, les considèrent comme faisant partie de leur famille élargie. Ils connaissent leurs histoires, leurs familles restées au pays, leurs rêves pour leurs enfants. C’est pourquoi l’annonce du 12 juin avait été accueillie avec tant de soulagement — enfin, semblait-il, l’administration reconnaissait cette réalité humaine et économique. Le revirement du 17 juin a été d’autant plus dévastateur.
Les conséquences économiques de la politique d’expulsion massive s’étendent bien au-delà de l’agriculture. L’American Immigration Council a publié plusieurs études détaillant l’impact potentiel d’une expulsion de masse sur l’économie américaine. Selon leurs estimations, l’expulsion de millions de travailleurs sans papiers pourrait coûter des centaines de milliards de dollars en perte de production, en augmentation des prix, et en perturbations des chaînes d’approvisionnement. Les secteurs de la construction, de l’hôtellerie, de la restauration, et des services seraient tous gravement affectés. Les prix des aliments augmenteraient significativement, touchant particulièrement les ménages à faible revenu. Certaines exploitations agricoles fermeraient, incapables de trouver une main-d’œuvre de remplacement. D’autres délocaliseraient leurs opérations vers des pays où l’accès à la main-d’œuvre est plus facile. L’ironie est que cette politique, présentée comme protégeant les travailleurs américains, finirait par leur nuire également. Les emplois dans les industries connexes — transport, transformation alimentaire, vente au détail — seraient menacés. Les communautés rurales, déjà fragilisées économiquement, verraient leur situation se détériorer encore plus. Mais pour Stephen Miller et ses alliés, ces considérations économiques sont secondaires. Leur objectif n’est pas la prospérité économique — c’est la transformation démographique de l’Amérique, quels qu’en soient les coûts.
Quand je lis ces chiffres — 42% de travailleurs sans papiers dans l’agriculture — je ne peux m’empêcher de penser à l’hypocrisie monumentale de tout ce système. Pendant des décennies, l’Amérique a construit son agriculture sur le dos de ces travailleurs. Elle a profité de leur labeur, de leur expertise, de leur dévouement. Elle a fermé les yeux sur leur statut parce que c’était pratique, parce que ça arrangeait tout le monde. Les exploitants avaient leur main-d’œuvre, les consommateurs avaient leurs fruits et légumes à bas prix, et les politiciens pouvaient faire semblant de ne rien voir. Et maintenant, on fait comme si c’était une découverte scandaleuse, comme si ces gens étaient des criminels qu’il faut traquer et expulser. Mais qui sont les vrais criminels dans cette histoire? Ceux qui travaillent dur pour nourrir leurs familles, ou ceux qui ont créé et maintenu un système qui les exploite puis les jette?
La réaction des communautés
La peur s’installe dans les fermes et les hôtels
Dans les fermes de Californie, les hôtels de Floride et les restaurants de New York, la peur est devenue une compagne quotidienne. Depuis le revirement du 17 juin, les communautés immigrées vivent dans un état d’alerte permanent, guettant les signes d’une descente de l’ICE, échangeant des informations sur les réseaux sociaux, élaborant des plans d’urgence. Les téléphones portables vibrent constamment avec des alertes : « ICE à tel endroit », « Évitez telle rue », « Ils ont arrêté trois personnes au Home Depot ». Ces messages circulent à une vitesse vertigineuse, créant parfois des paniques inutiles, mais reflétant surtout une anxiété bien réelle et justifiée. Les travailleurs ont modifié leurs habitudes de vie de manière drastique. Beaucoup évitent désormais les lieux publics, ne sortent que pour aller travailler, et même là, avec une appréhension constante. Les trajets quotidiens sont planifiés pour éviter les points de contrôle connus. Les enfants sont instruits sur ce qu’il faut faire si leurs parents sont arrêtés — qui appeler, où aller, comment réagir. Des familles préparent des « plans d’urgence » détaillant la garde des enfants, l’accès aux comptes bancaires, les contacts d’avocats. Cette vie dans la peur a des conséquences psychologiques profondes, particulièrement sur les enfants qui grandissent dans cette atmosphère d’insécurité permanente.
Dans les exploitations agricoles, l’impact est immédiat et tangible. Des travailleurs qui venaient fidèlement depuis des années ont soudainement disparu, soit parce qu’ils ont été arrêtés, soit parce qu’ils ont décidé de se cacher ou de quitter la région. Les exploitants se retrouvent avec des équipes décimées au moment même où les récoltes doivent être effectuées. Certains ont essayé de recruter des travailleurs américains, offrant des salaires plus élevés et de meilleures conditions, mais avec un succès limité. Le travail agricole reste physiquement exigeant, les horaires sont longs et irréguliers, et beaucoup d’Américains ne sont tout simplement pas intéressés. Résultat : des récoltes sont perdues, des investissements de toute une saison partent en fumée. Dans l’hôtellerie et la restauration, la situation n’est guère meilleure. Des hôtels ont dû réduire leurs services, fermant des étages entiers faute de personnel d’entretien. Des restaurants ont raccourci leurs heures d’ouverture ou limité leurs menus, incapables de maintenir leurs opérations normales avec des équipes réduites. Les clients se plaignent de la baisse de qualité du service, sans réaliser que cette dégradation est la conséquence directe d’une politique gouvernementale qui détruit la base même de ces industries. Les propriétaires d’entreprises, même ceux qui avaient voté pour Trump, commencent à exprimer leur frustration et leur incompréhension face à une politique qui semble conçue pour saboter leur activité.
Les syndicats dénoncent la duplicité
Les organisations syndicales et les groupes de défense des droits des travailleurs ont réagi avec colère et indignation au revirement de Trump. Le United Farm Workers (UFW), syndicat historique fondé par César Chávez et qui représente de nombreux travailleurs agricoles immigrés, a été particulièrement virulent dans sa critique. Dans un message publié sur Instagram le 14 juin, alors que la pause était censée être en vigueur, l’UFW avait déjà exprimé son scepticisme : « Tant que la Border Patrol et l’ICE sont autorisés à balayer les communautés de travailleurs agricoles en procédant à des arrestations chaotiques comme ils l’ont fait AUJOURD’HUI, ils traquent toujours les travailleurs agricoles. Si le président Trump est vraiment aux commandes, il doit le prouver. » Cette déclaration s’est révélée prémonitoire — Trump n’était manifestement pas aux commandes, ou du moins pas de manière cohérente. Le revirement du 17 juin a confirmé les pires craintes de l’UFW. Dans une déclaration ultérieure, le syndicat a dénoncé la « duplicité » de l’administration, accusant Trump de jouer avec les vies de travailleurs essentiels pour des raisons purement politiques. « Ces travailleurs nourrissent l’Amérique », a déclaré un porte-parole de l’UFW. « Ils méritent mieux que d’être utilisés comme des pions dans un jeu politique cynique. »
D’autres organisations ont rejoint ce chœur de critiques. L’American Immigration Council, organisation non partisane qui étudie les questions d’immigration, a publié plusieurs rapports détaillant les conséquences humaines et économiques de la politique d’expulsion massive. Ils ont documenté des cas de familles séparées, d’enfants américains se retrouvant sans parents, de communautés entières déstabilisées. L’American Civil Liberties Union (ACLU) a lancé plusieurs actions en justice, contestant la légalité de certaines pratiques de l’ICE, notamment les arrestations sans mandat et les détentions prolongées sans procès. Des églises et des organisations religieuses, traditionnellement réticentes à s’engager dans des controverses politiques, ont également pris position. Des évêques catholiques, des rabbins, des pasteurs protestants ont publié des déclarations condamnant la politique d’expulsion comme contraire aux valeurs chrétiennes de compassion et d’accueil de l’étranger. Certaines églises ont même offert le sanctuaire à des familles menacées d’expulsion, défiant ouvertement les autorités fédérales. Cette mobilisation religieuse a créé un dilemme pour Trump, qui compte sur le soutien des évangéliques blancs mais se retrouve critiqué par de larges segments de la communauté religieuse. Les gouverneurs démocrates des États les plus touchés ont également réagi vigoureusement. Gavin Newsom, gouverneur de Californie, a publié un message cinglant sur X après l’annonce du revirement : « On dirait que Stephen Miller est le patron, après tout. Trump s’est fait doubler par son propre personnel. Pathétique. »
Ce qui me frappe dans ces réactions, c’est qu’elles viennent de partout — des syndicats, des églises, des gouverneurs, des organisations de défense des droits. Ce n’est pas juste « la gauche » qui proteste, c’est un large spectre de la société américaine qui dit : « Stop, ça suffit. » Mais Trump et Miller s’en fichent. Ils ont leur agenda, leur vision d’une Amérique purifiée, et peu importe qui proteste, peu importe les conséquences. C’est ça qui est terrifiant — cette imperméabilité totale à la critique, cette conviction absolue qu’ils ont raison et que tous les autres ont tort. L’UFW a raison de parler de duplicité. Mais c’est pire que ça. C’est de la cruauté délibérée, calculée, assumée. Et ça continue, jour après jour, raid après raid, arrestation après arrestation.
L'objectif impossible : 3000 arrestations par jour
Les quotas de Miller
En mai 2025, lors d’une réunion au siège de l’ICE à Washington, Stephen Miller a fixé un objectif qui a laissé même les agents les plus endurcis perplexes : 3000 arrestations par jour. Ce chiffre n’était pas le résultat d’une analyse opérationnelle ou d’une évaluation des capacités de l’agence — c’était un objectif politique, conçu pour impressionner Trump et démontrer que l’administration tenait ses promesses de déportation massive. Pour mettre ce chiffre en perspective, il faut comprendre qu’au cours de la dernière décennie, l’ICE effectuait en moyenne environ 1000 arrestations par jour. Sous l’administration Trump, ce chiffre avait déjà doublé pour atteindre environ 2000 arrestations quotidiennes. Miller demandait maintenant une nouvelle augmentation de 50%, sans fournir de ressources supplémentaires significatives, sans augmenter les effectifs de manière substantielle, et sans tenir compte des contraintes logistiques, juridiques et humaines. Comment l’ICE était-elle censée atteindre cet objectif? La réponse de Miller était simple et brutale : en abandonnant les pratiques ciblées et en procédant à des opérations de ratissage massives. Au lieu de compiler des listes de personnes spécifiques recherchées pour des crimes graves, les agents devaient se rendre dans des lieux où les immigrés sans papiers étaient susceptibles de se rassembler et arrêter quiconque ne pouvait pas prouver son statut légal.
Cette approche représentait un changement radical de doctrine. Traditionnellement, même sous les administrations les plus dures sur l’immigration, l’ICE avait maintenu une hiérarchie de priorités : les personnes ayant commis des crimes violents étaient ciblées en premier, suivies de celles ayant des antécédents criminels moins graves, et enfin, en dernier recours, les personnes sans casier judiciaire mais en situation irrégulière. Cette hiérarchie permettait de concentrer les ressources limitées de l’agence sur les cas les plus problématiques et de maintenir une certaine légitimité aux yeux du public. Miller a balayé cette approche. Pour lui, tout immigré sans papiers était par définition un criminel — le fait d’être entré illégalement ou de rester après l’expiration d’un visa constituait en soi un crime suffisant pour justifier l’arrestation et l’expulsion. Cette vision ne faisait aucune distinction entre un travailleur agricole qui vivait aux États-Unis depuis vingt ans, payait ses impôts, et contribuait à sa communauté, et un criminel violent récemment arrivé. Tous étaient des cibles également valables. Cette approche indifférenciée a créé un malaise profond au sein même de l’ICE. Beaucoup d’agents, selon des sources internes rapportées par Politico, étaient mal à l’aise avec l’idée d’arrêter des personnes qui n’avaient commis aucun crime au-delà de leur statut d’immigration. Certains ont exprimé des préoccupations éthiques, d’autres ont souligné que cette approche risquait de détériorer les relations avec les communautés locales et de rendre leur travail plus difficile à long terme.
Une machine à expulser qui s’emballe
Pour atteindre l’objectif de 3000 arrestations quotidiennes, l’ICE a dû transformer ses opérations en une véritable machine à expulser, fonctionnant à plein régime et avec une efficacité impitoyable. Les agents ont reçu l’ordre de maximiser le nombre d’arrestations lors de chaque opération, ce qui a conduit à des tactiques de plus en plus agressives. Les raids dans les lieux de travail, qui étaient auparavant relativement rares et ciblés, sont devenus monnaie courante. Des équipes d’agents débarquaient sans prévenir dans des usines, des fermes, des restaurants, bloquant les sorties et vérifiant les documents de tous les employés présents. Ceux qui ne pouvaient pas prouver leur statut légal étaient immédiatement arrêtés et emmenés dans des centres de détention. Ces opérations créaient des scènes chaotiques et traumatisantes — des familles séparées sur le champ, des enfants laissés sans parents, des communautés entières plongées dans la panique. Les images de ces raids, diffusées sur les réseaux sociaux et parfois reprises par les médias traditionnels, ont choqué beaucoup d’Américains et alimenté les protestations massives qui ont éclaté à travers le pays. Mais pour Miller et ses alliés, ces images étaient exactement ce qu’ils voulaient — une démonstration de force, un message clair que l’administration ne plaisantait pas avec l’immigration illégale.
La pression pour atteindre les quotas a également conduit à des erreurs et des abus. Des citoyens américains et des résidents légaux ont été arrêtés par erreur, détenus pendant des heures ou des jours avant que leur statut ne soit vérifié. Des personnes ayant des demandes d’asile en cours, théoriquement protégées pendant l’examen de leur dossier, ont été arrêtées et expulsées avant que leurs cas ne soient entendus. L’ACLU et d’autres organisations de défense des droits ont documenté de nombreux cas d’arrestations sans mandat valide, de détentions prolongées sans accès à un avocat, et de conditions de détention inhumaines dans des centres surpeuplés. Un document budgétaire de l’administration Trump publié en juin 2025 et rapporté par Reuters révélait que l’objectif était d’expulser 1 million de personnes par an — un chiffre sans précédent dans l’histoire américaine moderne. Pour atteindre cet objectif, l’administration prévoyait d’augmenter massivement le budget de l’ICE, de construire de nouveaux centres de détention, et même d’utiliser des installations militaires pour héberger les personnes en attente d’expulsion. Cette militarisation de la politique d’immigration a suscité des comparaisons inquiétantes avec des régimes autoritaires et a alimenté les accusations selon lesquelles Trump transformait les États-Unis en un État policier. Mais ces critiques n’ont eu aucun effet sur Miller, qui voyait dans cette escalade la réalisation de son projet de longue date : transformer radicalement la démographie américaine en expulsant massivement les immigrés et en fermant les portes à de nouveaux arrivants.
3000 arrestations par jour. Laissez ce chiffre vous pénétrer. 3000 vies bouleversées chaque jour. 3000 familles déchirées. 3000 personnes arrachées à leurs communautés, à leurs emplois, à leurs enfants. Et pour quoi? Pour satisfaire l’ego d’un président et les fantasmes idéologiques d’un conseiller obsédé par la pureté raciale. Ce n’est pas de la politique d’immigration, c’est de la persécution de masse. C’est une machine conçue pour broyer des êtres humains, pour transformer des personnes en statistiques, pour déshumaniser à une échelle industrielle. Et le plus terrifiant, c’est que ça fonctionne. Les chiffres augmentent, les quotas sont atteints, et Miller peut se féliciter de son efficacité. Mais à quel prix? À quel prix humain, moral, civilisationnel?
Les manifestations et la résistance
Los Angeles en première ligne
Los Angeles, ville natale de Stephen Miller et foyer de la plus grande population d’immigrés sans papiers des États-Unis, est devenue l’épicentre de la résistance à la politique d’expulsion de Trump. Au cours de la semaine du 8 au 15 juin 2025, la ville a été le théâtre de manifestations massives qui ont rassemblé des centaines de milliers de personnes. Ces protestations, organisées sous la bannière « No Kings » pour dénoncer les pouvoirs quasi-monarchiques que Trump s’arrogeait, ont paralysé des quartiers entiers de la ville. Les manifestants ont bloqué des autoroutes, occupé des bâtiments publics, et organisé des sit-ins devant les bureaux de l’ICE. Les images de ces manifestations — des foules immenses, des pancartes dénonçant Trump et Miller, des familles immigrées racontant leurs histoires — ont fait le tour du monde et ont mis l’administration sous pression. Mais loin de modérer sa politique, Trump a réagi en déployant des forces fédérales massives à Los Angeles. Le 13 juin, il a envoyé 4000 membres de la Garde nationale et 700 Marines dans la ville, une démonstration de force militaire sans précédent pour gérer des manifestations civiles. Cette militarisation de la réponse aux protestations a suscité des comparaisons avec les régimes autoritaires et a alimenté les accusations selon lesquelles Trump transformait les États-Unis en un État policier.
Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont été tendus mais sont restés largement non violents du côté des protestataires. Les organisateurs avaient insisté sur le caractère pacifique des manifestations, conscients que toute violence serait exploitée par l’administration pour justifier une répression encore plus dure. Mais la présence massive de troupes fédérales a créé une atmosphère de confrontation. Des hélicoptères militaires survolaient la ville en permanence, des véhicules blindés patrouillaient dans les rues, et des soldats en tenue de combat se tenaient aux coins des rues. Pour beaucoup d’habitants de Los Angeles, cette scène évoquait une occupation militaire plutôt qu’une opération de maintien de l’ordre dans une démocratie. Stephen Miller a qualifié ces manifestations d' »insurrection », un terme délibérément choisi pour évoquer l’attaque du Capitole du 6 janvier 2021 et justifier une réponse musclée. Cette rhétorique a été largement rejetée par les observateurs indépendants, qui ont souligné que les manifestations étaient pacifiques et constituaient un exercice légitime du droit constitutionnel à la liberté d’expression et de rassemblement. Mais pour Miller, ces nuances importaient peu — il voyait dans ces protestations une menace à l’autorité de l’administration et une opportunité de démontrer sa détermination à ne pas reculer face à l’opposition.
Le mouvement « No Kings » prend de l’ampleur
Les manifestations de Los Angeles n’étaient que la partie la plus visible d’un mouvement de protestation beaucoup plus large qui a balayé les États-Unis en juin 2025. Le mouvement « No Kings », dont le nom faisait référence à une décision récente de la Cour suprême limitant les pouvoirs présidentiels, a organisé des manifestations simultanées dans des dizaines de villes à travers le pays. À New York, Chicago, San Francisco, Seattle, Miami, et dans d’innombrables villes plus petites, des millions d’Américains sont descendus dans la rue pour protester contre la politique d’immigration de Trump et, plus largement, contre ce qu’ils percevaient comme une dérive autoritaire de son administration. Ces manifestations ont rassemblé une coalition diverse — des immigrés et leurs familles, bien sûr, mais aussi des syndicats, des organisations religieuses, des groupes de défense des droits civiques, des étudiants, et de nombreux Américains qui, sans être directement touchés par la politique d’immigration, étaient profondément troublés par la direction que prenait le pays. Les slogans scandés lors de ces manifestations reflétaient cette diversité : « Aucun être humain n’est illégal », « Les familles appartiennent ensemble », « L’Amérique est une nation d’immigrés », mais aussi « Défendez la démocratie », « Non à l’autoritarisme », « Nous sommes tous Américains ». Cette convergence entre la lutte pour les droits des immigrés et la défense plus large de la démocratie a donné au mouvement une force et une légitimité particulières.
L’ampleur de ces manifestations a pris l’administration Trump par surprise. Malgré les tentatives de minimiser leur importance — Trump les a qualifiées de « petits groupes d’agitateurs » — les chiffres étaient indéniables. Selon les estimations des organisateurs et des observateurs indépendants, entre 5 et 10 millions de personnes ont participé aux manifestations « No Kings » à travers le pays pendant la semaine du 8 au 15 juin. C’était l’une des plus grandes vagues de protestations de l’histoire américaine, comparable aux manifestations contre la guerre du Vietnam dans les années 1960 ou aux marches pour les droits civiques. Cette mobilisation massive a eu un impact politique significatif. Les sondages ont montré une baisse de la popularité de Trump, particulièrement parmi les électeurs indépendants et les républicains modérés. Plusieurs sénateurs républicains, sentant le vent tourner, ont commencé à exprimer publiquement des réserves sur certains aspects de la politique d’immigration, bien que la plupart aient évité de critiquer Trump directement. Les démocrates, galvanisés par cette mobilisation populaire, ont intensifié leurs attaques contre l’administration, organisant des audiences au Congrès et lançant des enquêtes sur les pratiques de l’ICE. Mais malgré cette pression croissante, Trump et Miller n’ont montré aucun signe de recul. Au contraire, ils ont doublé la mise, interprétant les manifestations non comme un signal qu’ils devaient modérer leur politique, mais comme une preuve qu’ils devaient la durcir encore plus.
Il y a quelque chose de profondément émouvant dans ces images de millions de personnes descendant dans la rue, risquant parfois leur propre sécurité, pour défendre des gens qu’elles ne connaissent même pas. C’est ça, l’Amérique que j’aime — celle qui se lève face à l’injustice, qui refuse de rester silencieuse, qui dit « non » quand le pouvoir devient tyrannique. Mais il y a aussi quelque chose de profondément troublant dans la réponse de Trump et Miller. Ils voient ces millions de personnes et ils ne voient pas des citoyens exerçant leurs droits constitutionnels. Ils voient une « insurrection » qu’il faut réprimer. Ils envoient des troupes, des Marines, des véhicules blindés. Comme si l’Amérique était un territoire ennemi à conquérir. Et ça, ça devrait tous nous terrifier.
Le rôle trouble de l'ICE
Des agents pris entre deux feux
Au cœur de cette crise se trouve l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), l’agence fédérale chargée de mettre en œuvre la politique d’immigration de l’administration Trump. Créée en 2003 dans le sillage des attentats du 11 septembre, l’ICE a toujours été une agence controversée, critiquée par les défenseurs des droits des immigrés pour ses méthodes agressives et défendue par les partisans d’une application stricte des lois sur l’immigration. Mais sous l’administration Trump, et particulièrement depuis le retour du président en 2025, l’ICE a été transformée en un instrument de politique idéologique d’une manière sans précédent. Les agents de l’ICE se retrouvent pris entre deux feux — d’un côté, les ordres de plus en plus radicaux venant de Washington, de l’autre, les réalités sur le terrain et leurs propres scrupules moraux. Selon des sources internes rapportées par Politico et d’autres médias, le moral au sein de l’agence est au plus bas. Beaucoup d’agents ont rejoint l’ICE avec l’idée qu’ils allaient protéger la sécurité nationale en ciblant les criminels dangereux et les menaces terroristes. Ils se retrouvent maintenant à arrêter des travailleurs agricoles, des mères de famille, des personnes qui n’ont commis aucun crime violent et qui contribuent positivement à leurs communautés. Cette dissonance entre leur mission originelle et les ordres qu’ils reçoivent crée un malaise profond.
Les directives changeantes de l’administration n’arrangent rien. L’épisode du 12-17 juin, où les agents ont reçu l’ordre de suspendre les opérations dans certains secteurs puis, quatre jours plus tard, de les reprendre, a été particulièrement démoralisant. Comment peuvent-ils planifier leurs opérations, maintenir des relations avec les autorités locales, et faire leur travail efficacement quand les règles changent constamment? Cette instabilité opérationnelle s’ajoute à la pression intense pour atteindre les quotas d’arrestation fixés par Stephen Miller. Les agents qui n’atteignent pas ces quotas font face à des réprimandes, des évaluations négatives, et parfois même des menaces de licenciement. Cette culture de la performance basée sur les chiffres d’arrestations crée des incitations perverses — les agents sont poussés à privilégier la quantité sur la qualité, à arrêter des cibles faciles plutôt que de se concentrer sur les cas les plus problématiques. Certains agents, selon des témoignages anonymes, ont exprimé des préoccupations éthiques sur ces pratiques, mais dans le climat actuel de l’administration Trump, questionner les ordres peut avoir des conséquences professionnelles graves. Des agents qui ont exprimé publiquement des réserves sur la politique ont été mutés, rétrogradés, ou poussés vers la sortie. Cette atmosphère de peur et de conformité forcée au sein de l’ICE elle-même reflète la dynamique plus large de l’administration Trump, où la loyauté personnelle au président et à son agenda idéologique prime sur toute autre considération.
L’expansion des pouvoirs de l’agence
Sous l’administration Trump, l’ICE a vu ses pouvoirs considérablement élargis, souvent de manière qui soulève de sérieuses questions constitutionnelles et juridiques. L’une des expansions les plus controversées concerne les lieux où l’ICE peut effectuer des arrestations. Traditionnellement, certains endroits étaient considérés comme des « zones sensibles » où les arrestations d’immigration étaient évitées sauf en cas de circonstances exceptionnelles : les écoles, les hôpitaux, les églises, les tribunaux. Cette politique reconnaissait que la présence de l’ICE dans ces lieux pouvait avoir des effets dévastateurs — des enfants terrifiés de venir à l’école, des malades évitant les soins médicaux, des victimes de crimes refusant de témoigner par peur d’être arrêtées. Le 21 janvier 2025, dès son premier jour de retour à la Maison-Blanche, Trump a signé un décret exécutif levant ces restrictions. Désormais, l’ICE pouvait arrêter des personnes n’importe où, y compris dans les écoles où elles venaient chercher leurs enfants, dans les hôpitaux où elles recevaient des soins, dans les églises où elles cherchaient refuge spirituel, et même dans les tribunaux où elles venaient témoigner ou assister à des audiences. Cette expansion a eu des conséquences immédiates et dramatiques. Les écoles ont signalé une augmentation massive de l’absentéisme dans les quartiers à forte population immigrée. Les hôpitaux ont vu une baisse des consultations, même pour des problèmes de santé graves. Les églises ont dû mettre en place des protocoles de sécurité pour protéger leurs paroissiens.
L’ICE a également élargi ses méthodes opérationnelles de manière controversée. L’agence a commencé à utiliser des technologies de surveillance avancées — reconnaissance faciale, suivi des plaques d’immatriculation, analyse des données de téléphones portables — pour localiser et traquer les personnes ciblées. Ces technologies, souvent acquises auprès d’entreprises privées avec peu de supervision ou de transparence, soulèvent de sérieuses questions sur la vie privée et les libertés civiles. L’ACLU et d’autres organisations ont intenté plusieurs procès contestant la légalité de ces pratiques, arguant qu’elles violent le Quatrième Amendement de la Constitution qui protège contre les perquisitions et saisies abusives. L’ICE a également intensifié sa coopération avec les forces de l’ordre locales à travers le programme 287(g), qui permet aux policiers locaux d’agir comme agents d’immigration. Ce programme, qui avait été réduit sous l’administration Obama en raison de préoccupations sur le profilage racial et l’érosion de la confiance entre les communautés immigrées et la police, a été massivement étendu sous Trump. Selon CBS News, les partenariats entre l’ICE et les forces de l’ordre locales ont triplé depuis le retour de Trump au pouvoir. Cette expansion a créé un climat de peur dans les communautés immigrées, où même un simple contrôle routier peut se transformer en arrestation et expulsion. Elle a également compliqué le travail des policiers locaux, qui se retrouvent pris entre leur mission de maintien de l’ordre et leur rôle d’agents d’immigration, souvent contre leur gré.
L’ICE est devenue une agence que je ne reconnais plus. Ou peut-être que je la reconnais trop bien — peut-être qu’elle révèle simplement ce qu’elle a toujours été sous le vernis de la légalité et de la procédure. Une force de police politique, un instrument de contrôle social, une machine à terroriser des communautés entières. Les agents individuels ne sont peut-être pas tous des monstres — beaucoup sont probablement des gens ordinaires qui font leur travail. Mais quand votre travail consiste à arracher des mères à leurs enfants, à traquer des gens dans les églises et les hôpitaux, à transformer des écoles en zones de guerre psychologique, à quel moment vous arrêtez-vous et vous demandez : « Qu’est-ce que je fais? Est-ce vraiment ça que je veux être? » Mais peut-être que c’est trop demander. Peut-être que dans un système qui récompense la cruauté et punit la compassion, la seule option est de suivre les ordres et d’espérer que l’histoire sera indulgente.
Les implications politiques
Un président qui perd le contrôle
L’épisode du 12-17 juin 2025 révèle quelque chose de profondément troublant sur la présidence de Donald Trump : il ne semble plus vraiment contrôler sa propre administration. Un président qui change radicalement de position en quatre jours, qui promet une chose et fait exactement l’inverse quelques heures plus tard, qui est manifestement tiraillé entre des conseillers aux agendas contradictoires — ce n’est pas un leader fort, c’est un homme dépassé par les événements. Cette instabilité n’est pas nouvelle dans l’administration Trump, mais elle atteint des sommets inquiétants. Le revirement sur les raids de l’ICE n’est que le dernier exemple d’une série de volte-faces qui ont caractérisé le second mandat de Trump. Sur les tarifs douaniers, sur les coupes budgétaires, sur la politique étrangère — dans presque tous les domaines, Trump a oscillé entre des positions contradictoires, souvent sous l’influence du dernier conseiller qui lui a parlé. Cette imprévisibilité crée un chaos qui rend la gouvernance presque impossible. Comment les agences fédérales peuvent-elles planifier leurs opérations quand les directives changent constamment? Comment les alliés étrangers peuvent-ils faire confiance aux engagements américains quand le président peut les annuler sur un coup de tête? Comment les citoyens peuvent-ils avoir confiance en leur gouvernement quand il semble naviguer à vue, sans cap ni cohérence?
Le conflit entre Brooke Rollins et Stephen Miller illustre également une lutte de pouvoir plus large au sein de l’administration. D’un côté, ceux qui essaient de gouverner de manière pragmatique, en tenant compte des réalités économiques et des contraintes politiques. De l’autre, les idéologues purs et durs qui privilégient la pureté doctrinale sur l’efficacité gouvernementale. Pour l’instant, les idéologues semblent avoir le dessus — Miller a gagné cette manche, et son influence ne cesse de croître. Mais cette victoire a un coût. Chaque fois que Trump cède aux faucons de son administration, il aliène un peu plus les républicains modérés, les électeurs indépendants, et même certains de ses propres supporters qui commencent à réaliser que ses politiques ont des conséquences concrètes et négatives sur leur vie. Les sondages montrent une érosion constante de la popularité de Trump, particulièrement sur la question de l’immigration. Même parmi ceux qui soutiennent une application plus stricte des lois sur l’immigration, beaucoup sont mal à l’aise avec les méthodes employées — les raids dans les écoles et les hôpitaux, la séparation des familles, les arrestations massives de personnes qui n’ont commis aucun crime violent. Cette érosion du soutien public pourrait avoir des conséquences électorales significatives, particulièrement dans les États clés où les marges sont étroites.
Les démocrates dénoncent le chaos
Les démocrates ont saisi l’opportunité offerte par le revirement de Trump pour intensifier leurs attaques contre l’administration. Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a été particulièrement virulent, qualifiant Trump de « pathétique » et suggérant que c’était Stephen Miller, et non le président, qui dirigeait vraiment la politique d’immigration. D’autres élus démocrates ont repris ce thème, dépeignant Trump comme un président faible, manipulé par ses conseillers les plus radicaux, incapable de maintenir une ligne cohérente. Cette narrative est politiquement puissante car elle attaque Trump là où il est le plus vulnérable : son ego et son image de leader fort. Trump a construit toute sa carrière politique sur l’idée qu’il était un décideur décisif, un homme d’affaires qui savait prendre des décisions difficiles et s’y tenir. Le revirement du 12-17 juin contredit complètement cette image. Il montre un président hésitant, influençable, qui change d’avis sous la pression. Les démocrates ont également utilisé cet épisode pour souligner les conséquences humaines et économiques de la politique d’immigration de Trump. Ils ont organisé des audiences au Congrès où des familles séparées ont témoigné, où des exploitants agricoles ont expliqué comment les raids de l’ICE détruisaient leurs entreprises, où des économistes ont détaillé les coûts potentiels d’une expulsion de masse. Ces audiences ont généré une couverture médiatique significative et ont contribué à changer la narrative publique sur l’immigration.
Au Congrès, les démocrates ont lancé plusieurs initiatives législatives visant à limiter les pouvoirs de l’ICE et à protéger certaines catégories d’immigrés. Bien que ces initiatives aient peu de chances de passer dans un Congrès divisé, elles servent à maintenir la pression sur l’administration et à mobiliser la base démocrate. Les démocrates ont également intensifié leurs efforts de mobilisation en vue des prochaines élections, utilisant la politique d’immigration de Trump comme un outil de ralliement. Dans les États clés avec de larges populations hispaniques — Arizona, Nevada, Nouveau-Mexique, Texas — les organisations démocrates ont lancé des campagnes massives d’inscription des électeurs et de mobilisation. L’objectif est de transformer l’indignation suscitée par la politique de Trump en votes lors des prochaines élections. Cette stratégie comporte des risques — l’immigration reste un sujet polarisant, et certains démocrates craignent qu’une focalisation excessive sur ce thème puisse aliéner les électeurs blancs de la classe ouvrière dans les États du Midwest. Mais pour l’instant, la direction du parti semble convaincue que la cruauté et le chaos de la politique de Trump offrent une opportunité politique qu’il serait imprudent de ne pas saisir. Les manifestations massives de juin 2025 ont démontré qu’il existe une énergie et une passion considérables autour de ce sujet, et les démocrates espèrent canaliser cette énergie vers les urnes.
Il y a quelque chose de profondément déprimant dans cette politisation de la souffrance humaine. Les démocrates ont raison de dénoncer les politiques de Trump — elles sont cruelles, chaotiques, et destructrices. Mais quand je les vois utiliser les témoignages de familles déchirées comme des outils de campagne, quand je les entends parler de « mobilisation électorale » pendant que des gens sont expulsés, je ne peux m’empêcher de me demander : où est l’humanité dans tout ça? Où est la compassion qui ne serait pas calculée en termes de votes potentiels? Je ne dis pas que les démocrates sont aussi mauvais que Trump et Miller — ils ne le sont clairement pas. Mais cette réduction de la tragédie humaine à des opportunités politiques me laisse un goût amer. Peut-être que c’est inévitable dans notre système politique. Peut-être que c’est le seul moyen de changer les choses. Mais ça ne rend pas ça moins déprimant.
Conclusion : l'Amérique face à ses démons
Un pays divisé par l’immigration
L’épisode du 12-17 juin 2025 n’est pas qu’une simple anecdote politique — c’est un symptôme d’une fracture profonde qui traverse la société américaine. L’immigration est devenue le sujet qui cristallise toutes les anxiétés, toutes les peurs, toutes les contradictions de l’Amérique contemporaine. D’un côté, une vision de l’Amérique comme nation d’immigrés, terre d’opportunités ouverte à tous ceux qui cherchent une vie meilleure, pays construit sur la diversité et enrichi par les contributions de personnes venues du monde entier. De l’autre, une vision de l’Amérique comme forteresse assiégée, nation dont l’identité et les valeurs sont menacées par des vagues d’étrangers, pays qui doit protéger ses frontières et préserver son caractère pour les « vrais » Américains. Ces deux visions sont irréconciliables, et le conflit entre elles ne fait que s’intensifier. Les sondages montrent une polarisation extrême sur la question de l’immigration, avec des écarts massifs entre républicains et démocrates, entre zones urbaines et rurales, entre générations. Cette polarisation rend presque impossible tout compromis politique. Chaque tentative de réforme de l’immigration au cours des dernières décennies s’est heurtée à cette division fondamentale, et l’administration Trump, loin de chercher à la combler, l’exploite et l’exacerbe délibérément.
Mais au-delà des divisions politiques, il y a une réalité économique et démographique que personne ne peut ignorer indéfiniment. Les États-Unis ont besoin d’immigration — pour maintenir leur croissance économique, pour combler les pénuries de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs, pour soutenir un système de sécurité sociale qui dépend d’un ratio favorable entre travailleurs actifs et retraités. Le vieillissement de la population américaine, combiné à un taux de natalité en baisse, signifie que sans immigration, le pays ferait face à des défis démographiques et économiques majeurs. Les économistes, même ceux de tendance conservatrice, le reconnaissent largement. Mais cette réalité économique se heurte à des résistances culturelles et identitaires profondes. Pour beaucoup d’Américains, particulièrement dans les communautés blanches qui voient leur proportion démographique diminuer, l’immigration n’est pas qu’une question économique — c’est une question existentielle. Ils voient dans les changements démographiques une menace pour leur mode de vie, leurs valeurs, leur place dans la société. Stephen Miller et ses alliés exploitent ces peurs avec une efficacité redoutable, transformant l’anxiété culturelle en politique concrète. Le résultat est une impasse : un pays qui a besoin d’immigration mais qui la rejette, qui dépend de travailleurs immigrés mais qui les traite comme des criminels, qui se proclame terre d’opportunités mais qui ferme ses portes.
L’avenir incertain des millions de sans-papiers
Pour les quelque 11 millions de personnes vivant aux États-Unis sans statut légal, l’avenir n’a jamais semblé aussi incertain et menaçant. L’épisode du 12-17 juin leur a rappelé, si besoin était, qu’ils ne peuvent compter sur aucune protection, aucune promesse, aucune stabilité. Leur sort dépend des caprices d’un président imprévisible et des calculs d’un conseiller idéologue. Ils vivent dans un état de précarité permanente, ne sachant jamais si demain sera le jour où ils seront arrêtés et séparés de leurs familles. Cette incertitude a des conséquences dévastatrices — psychologiques, économiques, sociales. Comment peut-on construire une vie, élever des enfants, contribuer à sa communauté, quand tout peut s’effondrer à tout moment? Beaucoup de ces personnes sont aux États-Unis depuis des décennies. Elles ont des enfants nés sur le sol américain, qui sont citoyens américains. Elles ont des emplois, paient des impôts, sont intégrées dans leurs communautés. Elles sont américaines dans tous les sens du terme, sauf sur le papier. Mais pour l’administration Trump, ces considérations ne comptent pas. Seul compte le statut légal, et l’absence de ce statut justifie l’expulsion, quelles qu’en soient les conséquences humaines.
L’objectif déclaré de l’administration Trump d’expulser 1 million de personnes par an, s’il était atteint, transformerait radicalement le paysage américain. Des communautés entières seraient décimées. Des secteurs économiques s’effondreraient. Des millions d’enfants américains se retrouveraient sans parents ou seraient forcés de quitter le seul pays qu’ils aient jamais connu pour suivre leurs parents expulsés. Les coûts humains seraient incalculables. Mais même d’un point de vue purement pratique, cet objectif semble irréaliste. Malgré l’intensification des opérations de l’ICE, le rythme actuel d’environ 2000 arrestations par jour est loin des 3000 visés par Miller, et encore plus loin des chiffres qui seraient nécessaires pour atteindre 1 million d’expulsions annuelles. Les contraintes logistiques, juridiques et budgétaires sont immenses. Les centres de détention sont déjà surpeuplés. Les tribunaux d’immigration sont submergés, avec des arriérés de cas qui se comptent en années. Les pays d’origine ne coopèrent pas toujours pour accepter le retour de leurs ressortissants. Et malgré toute la rhétorique, il reste des limites légales et constitutionnelles à ce que l’administration peut faire. Les tribunaux ont déjà bloqué certaines des mesures les plus extrêmes de Trump, et d’autres contestations juridiques sont en cours. Mais même si l’objectif d’1 million d’expulsions n’est jamais atteint, les dégâts causés par la tentative seront considérables. Des vies détruites, des familles brisées, des communautés terrorisées — tout cela au nom d’une vision idéologique d’une Amérique plus blanche et plus homogène.
Je termine l’écriture de cet article avec un sentiment de profonde tristesse et de colère. Tristesse pour toutes ces vies brisées, pour ces familles déchirées, pour ces enfants qui grandissent dans la peur. Colère contre un système politique qui permet à des hommes comme Trump et Miller d’infliger tant de souffrance au nom d’une idéologie toxique. Mais aussi, je dois l’avouer, un sentiment d’impuissance. Parce que malgré les manifestations, malgré les protestations, malgré les articles comme celui-ci, rien ne semble changer. La machine continue de tourner, les raids continuent, les arrestations continuent, les expulsions continuent. Et je me demande : à quoi bon? À quoi bon écrire, témoigner, dénoncer, si rien ne change? Mais peut-être que c’est précisément pour ça qu’il faut continuer. Parce que le silence serait une complicité. Parce que l’indifférence serait une trahison. Parce que même si on ne peut pas arrêter la machine, on peut au moins refuser d’en détourner le regard. On peut au moins dire : « Je vois ce qui se passe. Je témoigne. Et je n’oublierai jamais. » C’est peu, peut-être. Mais c’est tout ce que j’ai.
Sources
Sources primaires
USA TODAY, « Trump reverses course and resumes ICE raids at farms, hotels and restaurants », Joey Garrison, 17 juin 2025. The Guardian, « Trump orders Ice raids on farms and hotels after pausing them days earlier », Joseph Gedeon, 17 juin 2025. The Washington Post, « Trump reverses course on ICE raids at farms, hotels and restaurants », 16 juin 2025. Truth Social, messages de Donald Trump des 12 et 17 juin 2025. Department of Homeland Security, déclarations officielles de Tricia McLaughlin, juin 2025.
Sources secondaires
The Guardian, « The rise of Stephen Miller, the architect of Trump’s hardline immigration policy », Robert Tait, 15 juin 2025. The Wall Street Journal, rapports sur les directives de Stephen Miller à l’ICE, mai-juin 2025. Reuters, « Trump set to expand immigration crackdown in 2026 despite brewing backlash », 21 décembre 2025. U.S. Department of Agriculture, statistiques sur les travailleurs agricoles 2020-2022. American Immigration Council, rapports sur l’impact économique des expulsions de masse, 2025. United Farm Workers, déclarations sur Instagram, juin 2025. NBC News, rapports sur l’influence de Stephen Miller à la Maison-Blanche, 2025. Politico, « Why Is ICE So Aggressive Now? A Former ICE Chief Explains », 14 octobre 2025. CBS News, rapports sur les partenariats ICE avec les forces de l’ordre locales, 2025. The Atlantic, « Signalgate » – transcriptions des communications gouvernementales, mars 2025.
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