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Le 12 juin, un président soudainement compatissant

Le 12 juin 2025 restera dans les annales comme un moment surréaliste dans la présidence de Donald Trump. Ce jour-là, l’homme qui avait bâti sa carrière politique sur la diabolisation des immigrés, qui avait promis de construire un mur à la frontière mexicaine et de procéder aux plus grandes expulsions de masse de l’histoire américaine, a soudainement découvert de la compassion pour certains travailleurs sans papiers. Dans un message posté sur Truth Social, sa plateforme de médias sociaux, Trump a reconnu que ses raids « très agressifs » de l’ICE causaient des dommages aux secteurs de l’agriculture et de l’hôtellerie. « Nos fermiers sont gravement touchés », a-t-il écrit, ajoutant que ces travailleurs, bien que n’étant pas citoyens, s’étaient révélés être « excellents » et travaillaient parfois pour les mêmes employeurs depuis vingt ans. Cette déclaration a pris de court observateurs et analystes politiques. Était-ce un véritable changement de cap? Une reconnaissance tardive des réalités économiques? Ou simplement une manœuvre tactique face aux pressions croissantes de certains secteurs de l’économie américaine? La réponse est venue plus vite que prévu.

Derrière cette annonce se cachait l’influence de Brooke Rollins, la secrétaire à l’Agriculture de Trump, qui avait fait remonter au président les inquiétudes pressantes du secteur agricole. Les exploitants agricoles, traditionnellement des soutiens solides du Parti républicain, tiraient la sonnette d’alarme : sans leurs travailleurs immigrés, les récoltes pourrissaient dans les champs, les coûts de production explosaient, et la viabilité même de nombreuses exploitations était menacée. Rollins avait réussi à convaincre Trump que la politique d’expulsion massive risquait de se retourner contre lui, créant une crise économique dans des régions rurales qui constituaient son cœur électoral. Le président, toujours sensible aux arguments économiques et aux préoccupations de sa base, avait semblé se laisser convaincre. Dans ses remarques publiques ce jour-là, il avait même adopté un ton inhabituellement conciliant, reconnaissant la contribution de ces travailleurs à l’économie américaine. Pour quelques heures, il a semblé possible qu’une approche plus nuancée de l’immigration puisse émerger, une politique qui tiendrait compte des réalités économiques tout en maintenant un contrôle des frontières. Cette illusion n’allait pas durer longtemps.

Les secteurs épargnés : agriculture, hôtellerie, restauration

L’annonce de Trump du 12 juin ciblait spécifiquement trois secteurs économiques cruciaux : l’agriculture, l’hôtellerie et la restauration. Ce choix n’était pas anodin — ces trois industries représentent des pans entiers de l’économie américaine et dépendent massivement d’une main-d’œuvre immigrée, souvent sans papiers. Dans l’agriculture, la situation est particulièrement critique. Les États-Unis font face depuis des années à une pénurie chronique de travailleurs agricoles américains prêts à effectuer ces tâches physiquement exigeantes, souvent mal payées et saisonnières. Les immigrés, principalement originaires du Mexique et d’Amérique centrale, comblent ce vide. Ils récoltent les fruits et légumes, s’occupent du bétail, travaillent dans les vignobles et les vergers. Sans eux, des pans entiers de la production agricole américaine s’effondreraient. Les chiffres du Département de l’Agriculture sont sans appel : 42% des travailleurs agricoles entre 2020 et 2022 n’avaient pas de statut légal. Dans certaines régions, notamment en Californie, en Floride et au Texas, cette proportion grimpe encore plus haut. Les exploitants agricoles le savent bien — beaucoup emploient les mêmes travailleurs depuis des décennies, ont développé avec eux des relations de confiance, et dépendent entièrement de leur expertise et de leur dévouement.

Dans l’hôtellerie et la restauration, la dépendance envers les travailleurs immigrés est tout aussi marquée. Des grandes chaînes hôtelières aux petits restaurants familiaux, ces secteurs reposent sur une main-d’œuvre diverse, souvent multilingue, prête à travailler selon des horaires flexibles et exigeants. Les cuisiniers, les serveurs, le personnel d’entretien, les réceptionnistes — dans de nombreux établissements, une proportion significative de ces employés sont des immigrés, dont certains sans papiers. La pandémie de COVID-19 avait déjà mis en lumière la fragilité de ces secteurs et leur dépendance envers cette main-d’œuvre. Les fermetures et les restrictions avaient provoqué un exode de travailleurs, et la reprise post-pandémique s’était heurtée à des difficultés majeures de recrutement. Les raids de l’ICE ne faisaient qu’aggraver cette situation, créant un climat de peur qui poussait les travailleurs à fuir ces emplois ou à se cacher. Les associations professionnelles de ces secteurs avaient multiplié les appels au gouvernement, demandant une approche plus pragmatique qui tiendrait compte des réalités du marché du travail. L’annonce du 12 juin semblait répondre à ces préoccupations — mais cette réponse allait s’avérer éphémère, balayée par les vents contraires de l’idéologie anti-immigration qui souffle avec force à la Maison-Blanche.

Ce qui me frappe dans cette histoire, c’est l’hypocrisie monumentale qu’elle révèle. Pendant des années, l’Amérique a profité du travail de ces immigrés sans papiers. Elle a fermé les yeux, elle a regardé ailleurs, elle a accepté tacitement leur présence parce qu’elle en avait besoin. Les fermiers les employaient, les restaurants les embauchaient, les hôtels comptaient sur eux. Tout le monde savait. Tout le monde en bénéficiait. Et maintenant, on fait semblant de découvrir qu’ils sont là, on les traite comme des criminels, on les traque comme du gibier. Mais quand l’économie commence à souffrir, quand les récoltes risquent de pourrir, là, soudainement, on se souvient qu’ils sont « excellents », qu’ils travaillent depuis vingt ans. Cette schizophrénie morale me donne la nausée.

Sources

Sources primaires

USA TODAY, « Trump reverses course and resumes ICE raids at farms, hotels and restaurants », Joey Garrison, 17 juin 2025. The Guardian, « Trump orders Ice raids on farms and hotels after pausing them days earlier », Joseph Gedeon, 17 juin 2025. The Washington Post, « Trump reverses course on ICE raids at farms, hotels and restaurants », 16 juin 2025. Truth Social, messages de Donald Trump des 12 et 17 juin 2025. Department of Homeland Security, déclarations officielles de Tricia McLaughlin, juin 2025.

Sources secondaires

The Guardian, « The rise of Stephen Miller, the architect of Trump’s hardline immigration policy », Robert Tait, 15 juin 2025. The Wall Street Journal, rapports sur les directives de Stephen Miller à l’ICE, mai-juin 2025. Reuters, « Trump set to expand immigration crackdown in 2026 despite brewing backlash », 21 décembre 2025. U.S. Department of Agriculture, statistiques sur les travailleurs agricoles 2020-2022. American Immigration Council, rapports sur l’impact économique des expulsions de masse, 2025. United Farm Workers, déclarations sur Instagram, juin 2025. NBC News, rapports sur l’influence de Stephen Miller à la Maison-Blanche, 2025. Politico, « Why Is ICE So Aggressive Now? A Former ICE Chief Explains », 14 octobre 2025. CBS News, rapports sur les partenariats ICE avec les forces de l’ordre locales, 2025. The Atlantic, « Signalgate » – transcriptions des communications gouvernementales, mars 2025.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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