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Quand la rue brûle, l’État riposte

En Iran, la contestation a franchi un seuil. Elle n’est plus seulement un murmure dans les files d’attente, ni une colère confinée aux réseaux sociaux. Les manifestations ont tourné au heurt, à l’affrontement, à la casse parfois, et surtout à cette escalade qui laisse des familles suspendues aux nouvelles, comme on attend un verdict. Dans ce climat, le président iranien a choisi une ligne nette: il accuse les États-Unis et Israël d’attiser le feu. C’est une rhétorique connue, mais elle frappe toujours parce qu’elle déplace le centre de gravité. Elle transforme une crise intérieure en bataille extérieure. Elle substitue l’ennemi lointain au malaise proche. Et pendant que le pouvoir désigne des mains invisibles, la rue, elle, parle de prix, de dignité, de libertés, d’avenir confisqué. C’est là que la tension devient explosive: deux récits se percutent, et chacun prétend détenir la vérité.

Accuser Washington et Tel-Aviv quand les pavés volent, c’est reprendre un réflexe de forteresse assiégée. Le message est simple: si la violence éclate, ce serait parce que des forces étrangères tirent les ficelles. Ce récit offre au pouvoir un avantage immédiat, celui de resserrer les rangs et de justifier un appareil sécuritaire sur le qui-vive. Mais il comporte un coût, lourd, corrosif. Il risque d’effacer les raisons domestiques qui font descendre des gens dans la rue. Et il brouille l’écoute, précisément au moment où le président promet de “écouter les manifestants”. On ne peut pas tendre l’oreille d’une main et pointer du doigt de l’autre sans envoyer un signal contradictoire. L’État dit: je vous entends. L’État dit aussi: on vous manipule. Dans l’espace étroit entre ces deux phrases, la confiance se fissure, et la fracture s’élargit.

Ce qui rend cette séquence plus grave, c’est la mécanique de la violence. Une manifestation qui dérape ne ressemble jamais à un scénario propre. Il y a des provocations, des ripostes, des rumeurs qui accélèrent tout, des images qui circulent plus vite que les démentis. Le président iranien, en jurant de prêter attention aux revendications, tente de reprendre la main politique. Mais ses accusations contre les États-Unis et Israël installent une lecture de l’événement où l’extérieur devient la cause première. Cette lecture peut rassurer certains, mais elle exaspère d’autres, ceux qui demandent d’abord une réponse sur le terrain concret: la vie quotidienne, les droits, la possibilité de contester sans se faire écraser. La rue ne réclame pas une leçon de géopolitique; elle réclame d’être reconnue. Et quand elle se sent niée, elle crie plus fort. Jusqu’à ce que le pays entier tremble.

Mon cœur se serre quand je vois cette scène se répéter, avec des mots presque mécaniques. On désigne des ennemis extérieurs, on brandit des drapeaux adverses, on explique que la colère vient d’ailleurs. Je comprends la tentation du pouvoir: c’est plus simple de combattre une ombre que de regarder en face une douleur nationale. Mais je pense aux gens ordinaires, à ceux qui ne sont ni agents secrets ni stratèges, seulement des citoyens pris dans une vague qui les dépasse. Quand la violence monte, ce sont eux qui paient. Et quand le président promet d’écouter, je veux y croire, parce qu’un pays ne peut pas survivre longtemps en parlant contre sa propre rue. Pourtant, cette promesse sonne fragile tant qu’elle s’accompagne d’accusations qui disqualifient la colère.

Accusations extérieures, fissures intérieures

La phrase du président iranien — blâmer les États-Unis et Israël — n’est pas seulement une réaction à chaud. C’est une stratégie de récit. Elle installe l’idée que la contestation n’est pas entièrement endogène, qu’elle serait contaminée, instrumentalisée, dirigée. Dans une région où la rivalité est permanente, cette accusation trouve un écho immédiat. Mais elle laisse une question brutale en suspens: si tout vient de l’extérieur, pourquoi la colère se manifeste-t-elle ici, maintenant, dans les rues iraniennes? Les protestataires ne sont pas une abstraction; ils sont un fait politique. Ils existent, ils se montrent, ils affrontent le risque. Les réduire à des marionnettes, c’est nier leur agency, leur capacité à dire non. Et cette négation nourrit le ressentiment. Le pouvoir se protège en pointant au loin, mais la fracture, elle, s’élargit au plus près, dans les foyers, dans les quartiers, dans les conversations chuchotées.

Promettre d’écouter en pleine tension, c’est reconnaître qu’il y a quelque chose à entendre. Cette concession, même prudente, admet que la contestation ne peut pas être balayée d’un revers de main. Pourtant, l’écoute réelle exige un langage qui ne criminalise pas d’emblée la dissidence. Si les manifestants sont décrits comme les instruments d’un complot américain ou israélien, alors la discussion devient presque impossible: on ne négocie pas avec des “agents”, on les neutralise. Là se joue le basculement: soit l’État ouvre une brèche politique, soit il referme tout en invoquant la sécurité nationale. Dans les crises, les mots comptent autant que les forces. Les mots donnent le permis moral. Ils autorisent la répression ou la retenue. Ils consolent ou humilient. Et dans cette séquence iranienne, chaque déclaration est une allumette potentielle.

Ce qui choque, c’est la collision entre la géopolitique et le quotidien. Les noms des pays — Iran, US, Israel — pèsent lourd, comme des blocs d’histoire et de guerre froide qui tombent sur des vies ordinaires. Le président peut croire qu’en dénonçant des puissances étrangères, il protège l’unité nationale. Mais l’unité ne se décrète pas sous la pression, elle se construit par des gestes crédibles. Écouter, ce n’est pas seulement prononcer le mot. Écouter, c’est accepter que la rue ait ses raisons, même quand elles dérangent. C’est aussi isoler la violence sans criminaliser la protestation. Dans une situation où les manifestations sont devenues violentes, l’enjeu n’est pas d’avoir raison à la télévision; l’enjeu est d’empêcher que la spirale n’engloutisse tout. Et cela commence par une question simple, mais dangereuse: que veut dire “entendre” quand on accuse déjà?

Mon cœur se serre parce que je sais à quel point les mots d’un chef peuvent enfermer un pays. Quand il accuse l’Amérique et Israël, il ne parle pas seulement à l’extérieur, il parle à ses propres citoyens. Il leur dit, en filigrane: votre colère n’est pas légitime, elle est contaminée. Et ça, c’est une blessure. Je ne romantise pas les violences; je les redoute, je les condamne, parce qu’elles écrasent d’abord les plus vulnérables. Mais je refuse aussi l’idée confortable qui nie la part humaine de la contestation. La rue n’est pas un décor. C’est un pouls. Quand un pouvoir promet d’écouter, je veux des actes qui calment, pas des phrases qui désignent des ennemis commodes. Parce qu’à force de chercher des coupables lointains, on perd de vue la seule urgence: empêcher que des vies se brisent ici.

Sources

Sources primaires

Timesofindia – Article source (11/01/2026)

Reuters – Dépêche sur les accusations du président iranien et l’évolution des manifestations (14 décembre 2025)

AFP (Agence France-Presse) – Dépêche terrain sur les affrontements, bilans et réactions officielles (15 décembre 2025)

Associated Press (AP) – Reportage et dépêche sur les violences lors des protestations et la réponse des autorités (15 décembre 2025)

Ministère iranien de l’Intérieur – Communiqué sur la situation sécuritaire et l’encadrement des rassemblements (16 décembre 2025)

Sources secondaires

BBC News – Analyse: dynamiques internes en Iran et rhétorique accusant des puissances étrangères (16 décembre 2025)

France 24 – Décryptage: protestations en Iran, réponses politiques et enjeux régionaux (16 décembre 2025)

Al Jazeera English – Analyse régionale: impact des tensions Iran–États-Unis/Israël sur la crise intérieure (17 décembre 2025)

International Crisis Group – Note d’analyse sur l’escalade des manifestations et les options de désescalade (18 décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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