Quatre jours sans connexion
Depuis jeudi dernier, l’Iran connaît une coupure Internet quasi totale selon NetBlocks, l’organisation qui surveille la liberté d’Internet dans le monde. Cette interruption des communications survient au moment précis où les manifestations s’intensifient à travers le pays. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a promis lundi aux diplomates étrangers à Téhéran que l’Internet serait bientôt rétabli, affirmant que le gouvernement coordonne cette question avec les forces de sécurité. Mais cette promesse sonne creux alors que le blackout entre dans son cinquième jour et que les témoignages de violence continuent de filtrer malgré la censure.
NetBlocks a déclaré dans un message sur les réseaux sociaux que cette coupure fait suite à une série de mesures de censure numérique croissantes visant les manifestations à travers le pays. L’organisation souligne que cette interruption entrave le droit du public à communiquer à un moment critique. Sans Internet, les Iraniens ne peuvent ni organiser leurs mouvements de protestation, ni documenter les abus des forces de sécurité, ni alerter la communauté internationale sur ce qui se passe réellement dans leur pays. C’est une stratégie délibérée d’isolement et d’étouffement.
Starlink, l’espoir technologique
Elon Musk a déjà soutenu par le passé la fourniture de Starlink aux Iraniens pour les aider à contourner les restrictions gouvernementales, notamment lors des manifestations de 2022 qui ont suivi la mort de Mahsa Amini. Cette jeune femme de 22 ans était décédée en garde à vue après avoir été arrêtée par la police des mœurs pour non-respect du code vestimentaire strict de l’Iran. L’administration Biden avait alors collaboré avec Musk pour mettre en place Starlink en Iran. Le service Internet par satellite a également été utilisé dans d’autres régions marquées par des troubles ou des conflits, comme l’Ukraine, bien que Musk ait ordonné en 2022 l’arrêt de Starlink lors d’une offensive ukrainienne cruciale, selon Reuters.
Trump a déclaré aux journalistes qu’il allait parler à Musk de cette question, ajoutant que le milliardaire est très doué pour ce genre de choses et qu’il possède une excellente entreprise. Cette déclaration intervient alors que la relation entre Trump et Musk connaît des hauts et des bas. Le milliardaire avait aidé à financer la campagne présidentielle victorieuse de Trump et avait ensuite orchestré des coupes massives dans le gouvernement fédéral. Les deux hommes ont eu une brouille publique l’année dernière lorsque Musk s’est opposé au projet de loi fiscale phare de Trump, mais ils semblent avoir ravivé leur relation, ayant été vus dînant ensemble au complexe Mar-a-Lago de Trump ce mois-ci.
Starlink. Un nom qui résonne comme une promesse. Comme une bouée de sauvetage lancée à des gens qui se noient dans le silence forcé. Mais voilà le paradoxe : cette technologie qui pourrait libérer des voix dépend du bon vouloir d’un milliardaire capricieux et de ses relations avec un président imprévisible. C’est ça, notre monde moderne ? L’espoir suspendu aux tweets et aux dîners mondains ?
Les manifestations : de la colère économique à la révolte politique
L’étincelle économique
Les protestations ont éclaté initialement à cause de la hausse vertigineuse des prix en Iran. Les commerçants du Grand Bazar de Téhéran ont fermé leurs boutiques et sont descendus dans la rue le 28 décembre 2025. Le mouvement s’est ensuite propagé à d’autres provinces iraniennes. L’économie iranienne souffre de plusieurs maux. Le pays a mené une guerre de douze jours contre Israël en juin 2025, qui a causé des dommages infrastructurels dans plusieurs villes iraniennes. En septembre 2025, les Nations Unies ont réimposé des sanctions à l’Iran concernant son programme nucléaire, après que le Conseil de sécurité a voté contre la levée permanente des sanctions économiques.
En décembre, l’Iran a introduit un nouveau palier dans son système national de subventions aux carburants, augmentant effectivement le prix de ce qui était auparavant l’essence la plus bon marché au monde. Les autorités réévalueront désormais les prix des carburants tous les trois mois, ouvrant la porte à de nouvelles hausses. Parallèlement, les prix alimentaires sont appelés à grimper après que la Banque centrale a récemment supprimé un taux préférentiel dollar-rial subventionné pour toutes les importations, à l’exception des médicaments et du blé. Majid Ebrahimi, un chauffeur de taxi, a déclaré fin décembre que si seulement le gouvernement, au lieu de se concentrer uniquement sur le carburant, pouvait faire baisser le prix des autres biens, ce serait déjà ça. Les prix des produits laitiers ont été multipliés par six cette année et ceux d’autres produits par plus de dix.
Du pain aux libertés
Alors que les slogans des manifestants se concentraient initialement sur l’économie défaillante, ils se sont transformés en opposition à l’establishment clérical en Iran. Certains manifestants ont également commencé à scander leur soutien à Reza Pahlavi, le fils exilé du shah déchu d’Iran Mohammad Reza Pahlavi et héritier de l’ancienne monarchie Pahlavi. De nombreux partisans de Pahlavi appellent à un retour à la monarchie, bien que Pahlavi lui-même affirme qu’il est favorable à la tenue d’un référendum pour déterminer quel type de structure gouvernementale les Iraniens souhaitent. Après que Mohammad Mosaddegh, le Premier ministre iranien démocratiquement élu en 1951, ait nationalisé l’industrie pétrolière contrôlée par les Britanniques, il a été renversé lors d’un coup d’État en 1953 soutenu par les États-Unis et le Royaume-Uni pour sécuriser les intérêts pétroliers occidentaux.
Les demandes de démocratie et l’opposition aux lois strictes du gouvernement islamique se construisent depuis un certain temps, en particulier depuis la mort de Mahsa Amini en garde à vue en 2022. Maryam Alemzadeh, professeure associée en histoire et politique de l’Iran à l’Université d’Oxford, a déclaré qu’il y avait des chants en soutien à Pahlavi dans les rues d’Iran parmi d’autres slogans lors de cette vague de protestations. La vie pour beaucoup en Iran est devenue intolérable dans les conditions économiques actuelles, que beaucoup considèrent comme causées par la corruption, la mauvaise gestion et les sanctions internationales. De plus, les Iraniens se sont vu refuser la liberté d’expression et de mode de vie pendant des décennies.
Mahsa Amini. Son nom résonne encore. Une jeune femme de 22 ans, morte pour un voile mal ajusté. Et maintenant, des centaines d’autres tombent pour avoir osé réclamer du pain et de la dignité. Combien de noms faudra-t-il encore graver dans la mémoire collective avant que quelque chose change vraiment ?
Le bilan humain : des centaines de morts dans l'ombre
Les chiffres de l’horreur
Plus de cent membres des forces de sécurité ont été tués ces derniers jours, selon les médias d’État, tandis que les militants de l’opposition affirment que le bilan est plus élevé et comprend des centaines de manifestants. Al Jazeera ne peut vérifier indépendamment ces chiffres. L’organisation américaine HRANA a déclaré avoir vérifié la mort de 490 manifestants et de 48 membres des forces de sécurité, avec plus de 10 600 personnes arrêtées en deux semaines de troubles. L’Iran n’a pas donné de bilan officiel et Reuters n’a pas pu vérifier indépendamment ces chiffres. Les experts craignent que le bilan réel soit bien plus élevé.
Alemzadeh a déclaré qu’un minimum d’informations qui parvient à sortir du blackout Internet total signifie que des milliers de citoyens pourraient avoir été tués par les forces gouvernementales. Les manifestants ont été confrontés à une répression d’une brutalité sans précédent, même selon les normes notoires de la République islamique. L’agence de presse Fars a rapporté que des manifestations limitées ont eu lieu dimanche soir dans les quartiers de Navvab et Saadat Abad à Téhéran. Des manifestants se sont également rassemblés dans les villes de Hafshejan et Junqan dans la province du sud-ouest de Chaharmahal et Bakhtiari, et un rassemblement séparé a eu lieu dans le comté de Taybad dans la province du nord-est de Razavi Khorasan. Fars a rapporté que les forces de sécurité sont intervenues et ont dispersé ces rassemblements.
La répression sans témoin
Le blackout Internet rend presque impossible la documentation de la violence. Sans vidéos, sans photos, sans témoignages en temps réel, la répression se déroule dans une zone d’ombre totale. C’est exactement ce que recherchent les autorités iraniennes : pouvoir agir sans être observées, sans être jugées par la communauté internationale. Amnesty International a dénoncé cette coupure d’Internet qui cache les violations des droits humains dans une répression meurtrière qui s’intensifie. L’organisation a appelé la communauté internationale à agir pour protéger les manifestants iraniens et à exiger le rétablissement immédiat des communications.
Les manifestations se sont également propagées à d’autres pays où il existe d’importantes communautés iraniennes, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en France, en Turquie et au Pakistan, en solidarité avec les manifestants en Iran. Ces rassemblements de soutien à l’étranger permettent de maintenir une certaine pression médiatique et politique sur le régime iranien, même si l’information depuis l’intérieur du pays reste extrêmement limitée. Les Iraniens de la diaspora tentent désespérément de contacter leurs proches restés au pays, souvent sans succès à cause de la coupure des communications.
Des centaines de morts. Peut-être des milliers. Et nous, nous regardons les chiffres défiler comme des statistiques abstraites. Mais derrière chaque nombre, il y a un visage, une famille, des rêves brisés. Et le silence imposé par le blackout rend leur sacrifice encore plus insupportable. Ils meurent dans l’obscurité, loin des caméras, loin de nos consciences.
Trump et la menace d'intervention militaire
La rhétorique guerrière
Depuis le début des manifestations en décembre, le président Donald Trump a menacé à plusieurs reprises que Washington pourrait intervenir militairement en Iran en cas de répression violente. Le ministre iranien des Affaires étrangères Araghchi a allégué que les manifestations nationales sont devenues violentes et sanglantes pour donner une excuse à Trump d’intervenir militairement. Il a ajouté que l’avertissement de Trump concernant une action militaire contre Téhéran si les manifestations devenaient violentes avait motivé des terroristes à cibler les manifestants et les forces de sécurité pour encourager une intervention étrangère. Nous sommes prêts pour la guerre mais aussi pour le dialogue, a-t-il déclaré.
Araghchi a également déclaré que les autorités iraniennes ont rassemblé des images vidéo d’armes distribuées aux manifestants, ajoutant qu’elles publieront bientôt des confessions de détenus. Les manifestations ont été attisées et alimentées par des éléments étrangers, a-t-il dit, notant que les forces de sécurité traqueront les responsables. Cette rhétorique d’ingérence étrangère est un classique du régime iranien pour délégitimer toute contestation interne. En accusant des puissances extérieures d’orchestrer les troubles, les autorités tentent de détourner l’attention des véritables griefs économiques et politiques de la population.
Le spectre de l’escalade
La situation est explosive. D’un côté, un régime iranien affaibli économiquement et contesté de l’intérieur. De l’autre, une administration Trump qui multiplie les menaces d’intervention. Le risque d’escalade militaire est réel, d’autant plus que les tensions entre Washington et Téhéran sont déjà exacerbées par le dossier nucléaire et les sanctions. Une intervention américaine pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour la région, déclenchant potentiellement un conflit régional impliquant les alliés de l’Iran comme le Hezbollah au Liban ou les milices chiites en Irak. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth doit visiter une installation SpaceX au Texas lundi, un signe que l’administration Trump prend au sérieux l’option technologique via Starlink.
Cependant, certains analystes estiment que les menaces de Trump relèvent davantage de la posture politique que d’une réelle intention d’intervention militaire. L’administration américaine pourrait privilégier des moyens de pression alternatifs, comme le renforcement des sanctions économiques ou le soutien technologique aux manifestants via Starlink. Mais la simple évocation d’une action militaire contribue à augmenter la tension et pourrait pousser le régime iranien à durcir encore davantage sa répression, créant ainsi un cercle vicieux de violence et de contre-violence.
La guerre. Toujours la guerre comme solution. Comme si bombarder un pays allait soudainement apporter la démocratie et la liberté. Comme si les Iraniens avaient besoin de missiles américains plutôt que d’Internet et de soutien international. Trump brandit la menace militaire comme un hochet, sans mesurer les conséquences humaines d’une telle escalade.
La relation Trump-Musk : alliance fragile
Des intérêts convergents
La relation entre Donald Trump et Elon Musk est complexe et fluctuante. Le milliardaire a soutenu financièrement la campagne présidentielle de Trump et a ensuite joué un rôle dans la réduction drastique des effectifs du gouvernement fédéral. Mais les deux hommes ont connu une rupture publique l’année dernière lorsque Musk s’est opposé au projet de loi fiscale emblématique de Trump. Malgré ces tensions, ils semblent avoir renoué, ayant été aperçus dînant ensemble au complexe Mar-a-Lago de Trump ce mois-ci. Cette réconciliation pourrait faciliter la collaboration sur le dossier iranien, Starlink représentant un outil stratégique potentiellement décisif.
Musk et SpaceX n’ont pas immédiatement répondu à une demande de commentaire concernant les déclarations de Trump. Le silence du milliardaire sur cette question est intrigant, d’autant plus qu’il est habituellement très actif sur les réseaux sociaux et n’hésite pas à commenter les sujets d’actualité. Il est possible que Musk attende de voir comment la situation évolue avant de s’engager publiquement, ou qu’il négocie en coulisses les conditions d’un éventuel déploiement de Starlink en Iran. Les enjeux sont considérables, tant sur le plan humanitaire que géopolitique et commercial.
Les précédents ukrainiens
L’expérience de Starlink en Ukraine offre à la fois des raisons d’espérer et des motifs d’inquiétude. D’un côté, le service Internet par satellite a permis aux Ukrainiens de maintenir leurs communications malgré les attaques russes contre les infrastructures. De l’autre, Musk a démontré qu’il pouvait couper l’accès à Starlink de manière unilatérale, comme il l’a fait lors d’une offensive ukrainienne cruciale en 2022. Cette décision avait suscité de vives critiques et soulevé des questions sur la fiabilité de Starlink comme outil de résistance face à l’oppression. Peut-on vraiment compter sur un service contrôlé par un individu privé pour des enjeux aussi cruciaux que la liberté d’expression et la documentation des violations des droits humains ?
Le cas iranien présente des défis spécifiques. Contrairement à l’Ukraine où Starlink a été déployé avec l’accord du gouvernement, en Iran il s’agirait de contourner activement les restrictions imposées par les autorités. Cela pourrait exposer Musk et SpaceX à des représailles diplomatiques ou économiques de la part de l’Iran et de ses alliés. De plus, le régime iranien pourrait tenter de brouiller les signaux Starlink ou de traquer les utilisateurs du service, mettant en danger les Iraniens qui oseraient l’utiliser. Ces considérations techniques et sécuritaires compliquent considérablement la mise en œuvre d’une solution Starlink en Iran.
Voilà où nous en sommes : la liberté d’un peuple dépend des caprices d’un milliardaire excentrique et de ses calculs commerciaux. Musk peut décider du jour au lendemain de couper l’accès, comme il l’a fait en Ukraine. Et nous devrions applaudir cette solution ? C’est pathétique. La technologie devrait libérer, pas créer de nouvelles dépendances.
Les enjeux géopolitiques régionaux
Un Moyen-Orient en ébullition
La crise iranienne ne se déroule pas en vase clos. Elle s’inscrit dans un contexte régional déjà extrêmement tendu. La guerre de douze jours entre l’Iran et Israël en juin 2025 a laissé des séquelles profondes et a exacerbé les tensions entre les deux pays. Les infrastructures iraniennes endommagées lors de ce conflit n’ont pas été entièrement réparées, contribuant aux difficultés économiques actuelles. Par ailleurs, les alliés régionaux de l’Iran, comme le Hezbollah au Liban, les milices chiites en Irak et les Houthis au Yémen, observent attentivement l’évolution de la situation. Une déstabilisation majeure du régime iranien pourrait avoir des répercussions en chaîne dans toute la région.
Les pays du Golfe, traditionnellement hostiles à l’Iran, suivent également les événements avec attention. Certains pourraient être tentés de profiter de l’affaiblissement du régime iranien pour renforcer leur influence régionale. L’Arabie saoudite, en particulier, pourrait voir dans cette crise une opportunité de marginaliser davantage son rival perse. Cependant, une implosion totale de l’Iran pourrait également créer un vide de pouvoir dangereux, avec des risques de chaos régional, de flux migratoires massifs et de prolifération d’armes. Les équilibres géopolitiques du Moyen-Orient sont si fragiles qu’un changement brutal en Iran pourrait déclencher une réaction en chaîne imprévisible.
Le rôle de la Russie et de la Chine
La Russie et la Chine, alliés stratégiques de l’Iran, ne resteront pas les bras croisés face à une éventuelle intervention occidentale. Moscou et Pékin ont des intérêts économiques et géopolitiques majeurs en Iran, notamment dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Une déstabilisation du régime iranien orchestrée par l’Occident serait perçue comme une menace directe à leurs intérêts. La Russie pourrait fournir un soutien technologique à l’Iran pour contrer Starlink, en utilisant des systèmes de brouillage ou d’autres contre-mesures. La Chine, de son côté, pourrait offrir un soutien économique pour aider le régime à survivre aux sanctions et aux pressions internationales.
Cette dimension multipolaire complique considérablement la situation. Ce qui pourrait sembler être une simple question de liberté d’expression et d’accès à Internet se transforme rapidement en un enjeu de rivalité entre grandes puissances. L’Iran devient un terrain de confrontation indirecte entre l’Occident d’un côté, et l’axe russo-chinois de l’autre. Dans ce grand jeu géopolitique, les aspirations légitimes du peuple iranien risquent d’être instrumentalisées par tous les camps, chacun cherchant à tirer profit de la crise pour avancer ses propres intérêts stratégiques.
Et pendant que les grandes puissances jouent aux échecs avec le destin de l’Iran, les Iraniens meurent. Ils meurent pour du pain, pour la liberté, pour la dignité. Mais leurs vies ne sont que des pions sur l’échiquier géopolitique. Moscou calcule, Pékin négocie, Washington menace. Et le sang coule.
L'avenir incertain des manifestations
Une révolte qui ne s’éteindra pas
Maryam Alemzadeh estime qu’un soulèvement pourrait s’intensifier en Iran si les demandes des manifestants ne sont pas satisfaites. Les griefs ne seront pas apaisés cette fois-ci, affirme-t-elle. La vie pour beaucoup en Iran est devenue intolérable dans les conditions économiques actuelles, que beaucoup considèrent comme causées par la corruption, la mauvaise gestion et les sanctions internationales. De plus, les Iraniens se sont vu refuser la liberté d’expression et de mode de vie pendant des décennies. Même si cette vague de protestations est réprimée par une violence extrême, une autre pourrait émerger rapidement jusqu’à ce qu’un changement radical se produise.
Ce changement pourrait être initié au niveau national par des factions de l’élite politique, en marginalisant le Guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei et en détruisant l’économie oligarchique, abandonnant effectivement la partie islamique de la république et ses bénéficiaires. Ou bien il pourrait résulter d’une intervention américaine ou israélienne, ce qui conduirait probablement au chaos et à davantage de griefs, mais peut-être différents, pour les Iraniens. Dans tous les cas, le statu quo semble insoutenable. Le régime peut réprimer, tuer, emprisonner, mais il ne peut pas effacer la colère et la frustration accumulées pendant des décennies.
Les scénarios possibles
Plusieurs scénarios se dessinent pour l’avenir de l’Iran. Le premier est une répression totale qui écrase temporairement les manifestations, mais au prix d’un isolement international accru et d’une économie encore plus dévastée. Le deuxième est une réforme progressive du régime, avec des concessions économiques et politiques pour apaiser la population, mais ce scénario semble peu probable étant donné la rigidité idéologique des dirigeants actuels. Le troisième est une révolution complète qui renverse le régime, mais avec tous les risques de chaos et de violence que cela implique. Le quatrième est une intervention étrangère, avec des conséquences imprévisibles et probablement catastrophiques.
Aucun de ces scénarios n’est réjouissant. Chacun comporte son lot de souffrances et d’incertitudes pour le peuple iranien. Ce qui est certain, c’est que la situation actuelle ne peut pas durer indéfiniment. Les manifestations de 2022 après la mort de Mahsa Amini avaient déjà montré la profondeur du mécontentement populaire. Les protestations actuelles confirment que ce mécontentement n’a fait que s’aggraver. Le régime iranien fait face à une crise de légitimité profonde, et aucune répression, aussi brutale soit-elle, ne pourra restaurer durablement son autorité sans réformes substantielles.
L’avenir de l’Iran se joue maintenant, dans ces rues où le sang coule, dans ce silence numérique imposé. Et nous, spectateurs impuissants, nous nous demandons quel scénario va l’emporter. Mais au fond, nous savons tous que quelle que soit l’issue, ce sont les Iraniens ordinaires qui paieront le prix fort. Encore et toujours.
La technologie comme champ de bataille
Internet, arme de libération
Le blackout Internet en Iran illustre à quel point la connectivité est devenue un enjeu stratégique majeur au XXIe siècle. Pour les régimes autoritaires, couper Internet est devenu un réflexe face aux contestations populaires. Cela permet d’empêcher l’organisation des manifestants, de limiter la diffusion d’informations compromettantes et d’isoler le pays du reste du monde. Mais cette stratégie a aussi ses limites. Dans un monde hyperconnecté, une coupure totale des communications attire immédiatement l’attention internationale et suscite la condamnation. De plus, elle paralyse également l’économie et les services essentiels, aggravant les problèmes que le régime tente de résoudre.
C’est dans ce contexte que des technologies comme Starlink prennent une dimension politique nouvelle. En permettant un accès à Internet indépendant des infrastructures terrestres contrôlées par les gouvernements, les constellations de satellites offrent une alternative potentiellement révolutionnaire. Mais cette technologie soulève aussi des questions éthiques et juridiques complexes. Qui décide de son déploiement ? Selon quels critères ? Avec quelles garanties pour les utilisateurs ? Le fait qu’une entreprise privée détienne un tel pouvoir est-il souhaitable ? Ces questions dépassent largement le cas iranien et concernent l’avenir de la gouvernance d’Internet à l’échelle mondiale.
Les limites de la solution technologique
Aussi prometteuse que soit la technologie Starlink, elle ne constitue pas une solution miracle. D’abord, son déploiement en Iran nécessiterait la distribution de terminaux spécifiques aux utilisateurs, ce qui pose des défis logistiques majeurs dans un pays sous surveillance étroite. Ensuite, le régime iranien pourrait tenter de brouiller les signaux ou de traquer les utilisateurs de Starlink, mettant en danger ceux qui oseraient l’utiliser. Enfin, même avec un accès à Internet restauré, les manifestants resteraient confrontés à une répression brutale sur le terrain. Internet peut aider à documenter et à organiser, mais il ne peut pas arrêter les balles ni empêcher les arrestations.
Il est également important de ne pas surestimer l’impact de la technologie sur les mouvements sociaux. Les révolutions ne se font pas sur Twitter ou via Starlink, elles se font dans la rue, au prix du sang et du sacrifice. La technologie peut faciliter la communication et la coordination, mais elle ne remplace pas le courage des manifestants ni la détermination d’un peuple à changer son destin. L’histoire a montré que même sans Internet, les peuples opprimés trouvent des moyens de se soulever et de faire entendre leur voix. La technologie est un outil, pas une cause ni une solution en soi.
Nous plaçons tant d’espoir dans la technologie. Comme si des satellites et des connexions Internet allaient miraculeusement renverser des dictatures. Mais la liberté ne se télécharge pas. Elle se conquiert, elle se paie au prix fort. Starlink peut aider, certes. Mais ce sont les Iraniens dans la rue qui font l’Histoire, pas Elon Musk depuis son bureau climatisé.
Le poids des sanctions économiques
Un étau qui se resserre
Les sanctions économiques imposées à l’Iran par les États-Unis et leurs alliés ont créé un cercle vicieux dévastateur. Réimposées par les Nations Unies en septembre 2025 après le vote du Conseil de sécurité contre la levée permanente des sanctions, elles ont contribué à l’effondrement du rial et à la crise économique actuelle. Ces mesures visent officiellement à faire pression sur le régime iranien pour qu’il abandonne son programme nucléaire et modifie sa politique régionale. Mais dans les faits, ce sont surtout les citoyens ordinaires qui en paient le prix. Les médicaments deviennent rares, les prix alimentaires explosent, et l’économie se contracte dangereusement.
Le débat sur l’efficacité des sanctions divise profondément. Certains experts estiment qu’elles affaiblissent le régime en le privant de ressources financières et en créant un mécontentement populaire qui pourrait mener au changement. D’autres soulignent que les sanctions renforcent paradoxalement le régime en lui permettant de blâmer l’Occident pour tous les maux du pays et en créant une économie de guerre où les élites proches du pouvoir s’enrichissent grâce au marché noir et à la contrebande. Les manifestations actuelles semblent donner raison aux deux camps : elles montrent que les sanctions ont effectivement créé une crise économique insupportable, mais aussi que le régime utilise cette crise pour justifier sa répression et accuser l’étranger.
Les alternatives aux sanctions
Face à l’échec relatif des sanctions à produire un changement de comportement du régime iranien sans causer de souffrances massives à la population, certains analystes plaident pour des approches alternatives. Des sanctions ciblées visant spécifiquement les dirigeants et leurs proches, plutôt que l’économie dans son ensemble, pourraient être plus efficaces et moins dommageables pour les citoyens ordinaires. Le gel des avoirs personnels des membres du régime à l’étranger, l’interdiction de voyager pour les responsables de la répression, et d’autres mesures similaires permettraient de maintenir la pression sans aggraver la crise humanitaire.
D’autres suggèrent une approche plus nuancée combinant pression et dialogue. L’engagement diplomatique, même avec un régime répressif, pourrait ouvrir des canaux de communication permettant de négocier des concessions progressives. L’histoire a montré que l’isolement total d’un pays conduit rarement à des changements positifs, mais plutôt à un durcissement des positions et à une radicalisation. Cependant, ces approches alternatives se heurtent à la réalité politique : dans le climat actuel de tensions internationales, peu de gouvernements occidentaux sont prêts à assouplir leur position envers l’Iran, surtout alors que le régime réprime violemment son propre peuple.
Les sanctions. Cette arme économique qu’on brandit comme une solution miracle. Mais qui souffre vraiment ? Pas les dirigeants dans leurs palais, pas les Gardiens de la Révolution qui contrôlent le marché noir. Non, ce sont les familles ordinaires qui ne peuvent plus acheter de médicaments, qui voient leurs enfants avoir faim. Et nous, nous nous félicitons de notre fermeté morale pendant que des innocents paient le prix de notre indignation sélective.
La communauté internationale face à ses responsabilités
Entre indignation et inaction
La communauté internationale observe les événements en Iran avec une inquiétude croissante, mais ses réactions restent largement symboliques. Les condamnations verbales se multiplient, les organisations de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme, mais les actions concrètes se font attendre. Les sanctions économiques déjà en place n’ont pas empêché la répression, et de nouvelles sanctions risquent surtout d’aggraver les souffrances de la population iranienne sans affaiblir significativement le régime. L’intervention militaire évoquée par Trump est rejetée par la plupart des pays, conscients des risques d’escalade régionale. Alors que faire ?
Certains plaident pour un soutien technologique accru aux manifestants, via Starlink ou d’autres moyens de contourner la censure. D’autres appellent à une pression diplomatique coordonnée sur le régime iranien, en mobilisant les instances internationales comme l’ONU ou l’Union européenne. D’autres encore suggèrent de cibler les avoirs personnels des dirigeants iraniens à l’étranger pour les priver de leurs ressources. Mais toutes ces approches se heurtent à des obstacles pratiques et politiques. La réalité est que la communauté internationale dispose de peu de leviers efficaces pour influencer la situation en Iran sans risquer une escalade dangereuse.
Le devoir de mémoire et de témoignage
Face à l’impuissance relative de la communauté internationale, le rôle des médias et des organisations de défense des droits humains devient crucial. Documenter les violations, recueillir les témoignages, maintenir l’attention du monde sur ce qui se passe en Iran, tout cela contribue à exercer une pression morale sur le régime et à soutenir les manifestants. Le blackout Internet rend cette tâche extrêmement difficile, mais pas impossible. Les informations continuent de filtrer, par bribes, via des canaux détournés. Chaque vidéo, chaque photo, chaque témoignage qui parvient à sortir d’Iran est une victoire contre la censure et l’oubli.
Il est également essentiel de ne pas laisser cette crise disparaître des radars médiatiques. L’actualité internationale est saturée, les crises se succèdent, et l’attention du public est volatile. Mais les Iraniens qui risquent leur vie dans les rues méritent que leur combat ne soit pas oublié. Ils méritent que le monde continue de regarder, de témoigner, de se souvenir. Car même si nous ne pouvons pas les sauver directement, nous pouvons au moins refuser de détourner le regard. C’est le minimum que nous leur devons.
La communauté internationale. Ces mots sonnent creux quand on voit l’inaction généralisée. Tout le monde s’indigne, personne n’agit vraiment. Et pendant ce temps, les Iraniens meurent en se demandant si quelqu’un, quelque part, se soucie vraiment de leur sort. La réponse est douloureuse : pas assez pour prendre des risques, pas assez pour faire la différence.
Conclusion : un moment charnière pour l'Iran
L’heure des choix
L’Iran se trouve à un moment charnière de son histoire. Les manifestations actuelles ne sont pas un simple soubresaut social, mais l’expression d’une crise profonde qui mine le régime depuis des années. L’économie est en ruine, la population est exaspérée, la légitimité du pouvoir est contestée comme jamais. Le blackout Internet et la répression brutale sont les symptômes d’un régime aux abois, qui n’a plus d’autre réponse que la violence face à la contestation. Mais cette stratégie a ses limites. On ne peut pas gouverner indéfiniment un pays de 85 millions d’habitants par la terreur et la censure. Tôt ou tard, quelque chose doit céder.
La question n’est plus de savoir si le changement viendra, mais comment et à quel prix. Les Iraniens ont déjà payé un tribut terrible, avec des centaines de morts et des milliers d’arrestations. Combien d’autres sacrifices seront nécessaires avant que leurs voix soient entendues ? Et quelle forme prendra ce changement ? Une réforme progressive du régime ? Une révolution complète ? Une intervention étrangère ? Chaque scénario comporte ses risques et ses incertitudes. Mais le statu quo n’est plus tenable. L’Iran de 2026 ne peut plus être celui de 1979. Les aspirations du peuple iranien à la liberté, à la dignité et à la prospérité sont légitimes et irrépressibles.
Un appel à la solidarité
Dans ce moment critique, la solidarité internationale avec le peuple iranien est plus importante que jamais. Cela passe par le soutien technologique, comme le projet Starlink évoqué par Trump et Musk, mais aussi par la pression diplomatique, le soutien aux organisations de défense des droits humains, et surtout par le refus de l’indifférence. Les Iraniens ne demandent pas qu’on fasse la révolution à leur place, ils la font eux-mêmes au péril de leur vie. Ils demandent simplement qu’on ne les laisse pas tomber, qu’on ne détourne pas le regard, qu’on ne les oublie pas dans le silence imposé par le blackout.
L’histoire jugera notre génération sur sa réponse à ces appels à l’aide. Avons-nous été à la hauteur ? Avons-nous fait tout ce qui était en notre pouvoir pour soutenir ceux qui luttent pour la liberté ? Ou avons-nous préféré le confort de l’indifférence et la facilité de l’inaction ? Ces questions nous concernent tous, car la lutte des Iraniens pour la liberté est aussi la nôtre. Dans un monde interconnecté, l’oppression d’un peuple nous concerne tous. Et la victoire de la liberté quelque part est une victoire pour l’humanité tout entière. Les Iraniens nous rappellent que la liberté n’est jamais acquise, qu’elle doit être défendue et reconquise sans cesse. C’est une leçon que nous ne devons jamais oublier.
Je regarde ces images qui filtrent malgré le blackout. Des visages déterminés, des poings levés, des slogans scandés face aux fusils. Et je me demande : aurais-je ce courage ? Aurais-je cette force de descendre dans la rue en sachant que je risque ma vie ? Probablement pas. C’est pour ça que je leur dois au moins ça : ne pas les oublier. Ne jamais les oublier. Leur combat est le nôtre, même si nous ne le savons pas encore.
Sources
Sources primaires
Reuters – Trump says he will talk to Musk about restoring internet in Iran – 12 janvier 2026. NDTV – He is Very Good At That: President Donald Trump Plans To Speak to Elon Musk To Restore Internet In Iran – 12 janvier 2026. Al Jazeera – What we know about the protests sweeping Iran – 12 janvier 2026. NetBlocks – Rapports sur le blackout Internet en Iran – janvier 2026.
Sources secondaires
CNN – Iran protest death toll crosses 500 – 11 janvier 2026. BBC News – Iran latest: Almost 650 killed in protests – janvier 2026. Amnesty International – Iran: Internet Shutdown Hides Violations in Escalating Deadly Crackdown – janvier 2026. HRANA – Human Rights Activists News Agency – Rapports sur les manifestations en Iran – janvier 2026. The New York Times – As Death Toll Surges in Iran, Leaders Take Tough Line Against Protesters – 11 janvier 2026.
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