Le robinet fermé
Trump ne fait pas dans la dentelle. Dimanche, il a annoncé que Cuba ne recevrait plus « de pétrole ou d’argent » en provenance du Venezuela. Cette déclaration vise directement la bouée de sauvetage économique de l’île. Avant la capture de Maduro, Cuba recevait environ 35 000 barils de pétrole par jour du Venezuela, auxquels s’ajoutaient 5 500 barils quotidiens du Mexique et 7 500 de la Russie, selon Jorge Piñón de l’Energy Institute de l’Université du Texas à Austin. Ces livraisons de pétrole vénézuélien représentaient une aide vitale pour une économie cubaine déjà exsangue. Sans ce carburant, l’île risque de plonger encore plus profondément dans la crise énergétique qui la paralyse depuis des mois.
Les coupures d’électricité sont déjà récurrentes à Cuba. Le réseau électrique s’effondre régulièrement, plongeant des villes entières dans le noir pendant des heures, parfois des jours. Les hôpitaux fonctionnent au ralenti, les entreprises ferment, les gens survivent tant bien que mal. Et Trump veut aggraver cette situation en coupant l’approvisionnement en pétrole ? C’est une stratégie d’étranglement économique assumée. Le président américain ne cache pas son objectif : mettre Cuba à genoux pour forcer un changement de régime. Mais cette tactique a déjà été tentée pendant des décennies avec l’embargo en place depuis 1962. Résultat ? Cuba tient toujours.
Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette volonté d’asphyxier un peuple entier. On ne parle pas ici de sanctions ciblées contre des dirigeants. On parle de couper l’électricité, le carburant, les moyens de subsistance de millions de personnes ordinaires. Et pour quoi ? Pour imposer un changement politique par la famine et le désespoir. C’est ça, la démocratie à l’américaine ?
Marco Rubio, futur président de Cuba ?
Dimanche, Trump a franchi une ligne supplémentaire en republiant un message suggérant que son secrétaire d’État, Marco Rubio, pourrait devenir président de Cuba. Rubio, né de parents immigrés cubains, est un fervent opposant au régime de La Havane. Trump a accompagné ce repost d’un commentaire laconique : « Ça me semble bien ! » Cette provocation n’est pas anodine. Elle suggère ouvertement que Washington envisage un changement de régime à Cuba, avec un homme de confiance américain aux commandes. C’est une ingérence assumée dans les affaires intérieures d’un pays souverain, une violation flagrante du droit international que Trump semble considérer comme un détail négligeable.
La réaction cubaine ne s’est pas fait attendre. Díaz-Canel a réaffirmé que Cuba était « une nation libre, indépendante » et que « personne ne lui dicte quoi faire ». Le message est clair : Marco Rubio peut rêver, mais il ne mettra jamais les pieds au palais présidentiel de La Havane autrement qu’en touriste. Cette provocation de Trump révèle cependant une stratégie plus large. En multipliant les menaces et les déclarations incendiaires, le président américain cherche à déstabiliser le régime cubain, à créer des divisions internes, à encourager une révolte populaire. Mais cette tactique sous-estime la résilience d’un peuple qui a survécu à 64 ans d’embargo américain.
Cuba dans la tourmente : une crise qui s'aggrave
L’économie au bord du gouffre
Cuba traverse la pire crise économique de son histoire récente. Depuis cinq ans, l’île est enlisée dans une paralysie économique qui s’aggrave de mois en mois. La pandémie de COVID-19 a porté un coup fatal à l’industrie touristique, principale source de devises du pays. Avant la crise sanitaire, le tourisme rapportait environ 3 milliards de dollars par an. Aujourd’hui, ces revenus se sont effondrés. Les hôtels sont vides, les plages désertes, les restaurants fermés. Le gouvernement cubain estime que les sanctions américaines ont coûté au pays plus de 7,5 milliards de dollars entre mars 2024 et février 2025. Une somme colossale pour une économie déjà fragile.
Les pénuries sont devenues le quotidien des Cubains. Manque de nourriture, de médicaments, de produits de première nécessité. Les files d’attente devant les magasins s’allongent, les rayons restent vides, les prix explosent. Le déficit de devises paralyse les importations, rendant impossible l’achat de biens essentiels. Les services publics s’effondrent. Les écoles manquent de fournitures, les hôpitaux de matériel médical, les transports publics de carburant. Cette dégradation généralisée pousse de plus en plus de Cubains à fuir leur pays. Une vague migratoire massive s’est déclenchée, principalement vers les États-Unis, où les Cubains bénéficiaient jusqu’à récemment de privilèges d’immigration en tant qu’exilés politiques. Mais Trump a fermé les frontières, piégeant ceux qui restent.
Les coupures d’électricité, symbole d’un effondrement
Les pannes d’électricité sont devenues le symbole le plus visible de la crise cubaine. Le réseau électrique, vétuste et mal entretenu, s’effondre régulièrement. Des quartiers entiers de La Havane plongent dans le noir pendant des heures, parfois des jours. Les ventilateurs s’arrêtent sous la chaleur écrasante des Caraïbes. Les réfrigérateurs cessent de fonctionner, laissant pourrir la nourriture. Les hôpitaux passent en mode dégradé, mettant en danger la vie des patients. Cette situation n’est pas nouvelle, mais elle s’aggrave de manière dramatique. Même avec les livraisons de pétrole vénézuélien, le système électrique cubain peinait à tenir. Sans ce carburant, c’est l’effondrement total qui menace.
Les experts s’inquiètent des conséquences d’une coupure totale de l’approvisionnement en pétrole. Jorge Piñón, qui suit de près les livraisons de carburant vers Cuba, estime que la situation pourrait devenir catastrophique. Le Mexique continue d’envoyer du pétrole, mais la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum refuse de préciser si ces livraisons augmenteront pour compenser la perte du pétrole vénézuélien. Elle insiste sur le fait que cette aide « existe depuis longtemps » et n’est « pas nouvelle ». Mais elle évite soigneusement de s’engager sur l’avenir. La Russie, autre fournisseur de Cuba, pourrait augmenter ses livraisons, mais cela reste incertain. En attendant, les Cubains vivent dans l’angoisse de la prochaine panne, du prochain black-out qui pourrait durer des jours.
J’imagine ces nuits sans électricité, cette chaleur suffocante, ces familles qui attendent dans le noir que le courant revienne. Et je me demande comment on peut infliger ça délibérément à des gens qui n’ont rien demandé. Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit : une punition collective pour faire plier un gouvernement.
Le Venezuela, clé de voûte de la stratégie cubaine
Une alliance vitale brisée
La capture de Nicolas Maduro le 3 janvier 2026 a changé la donne pour Cuba. Cette opération spectaculaire des forces américaines à Caracas a non seulement décapité le régime vénézuélien, mais elle a aussi coupé la principale ligne de vie économique de Cuba. Le Venezuela était bien plus qu’un simple fournisseur de pétrole pour l’île. C’était un allié idéologique, un partenaire stratégique, un soutien financier indispensable. Les deux pays partageaient une vision commune du monde, une opposition farouche à l’impérialisme américain, une solidarité révolutionnaire héritée de l’ère Chávez-Castro. Cette alliance a permis à Cuba de survivre après la chute de l’Union soviétique, qui avait été son principal soutien pendant des décennies.
Mais aujourd’hui, cette alliance est en ruines. Maduro est aux mains des Américains, le Venezuela plonge dans le chaos, et Cuba se retrouve isolée. Les livraisons de pétrole vénézuélien, qui représentaient la moitié de l’approvisionnement énergétique de l’île, sont interrompues. L’argent qui affluait de Caracas s’est tari. Les 32 officiers cubains tués lors de l’opération américaine au Venezuela symbolisent la profondeur de cette alliance. Ces hommes n’étaient pas là par hasard. Ils conseillaient, formaient, soutenaient le régime de Maduro. Leur mort est un coup dur pour La Havane, qui perd non seulement des alliés, mais aussi des ressources humaines précieuses dans un contexte de crise généralisée.
L’effet domino redouté
La chute de Maduro fait craindre à Cuba un effet domino. Si les États-Unis ont réussi à renverser le régime vénézuélien, qu’est-ce qui les empêche de faire de même à Cuba ? Cette question hante les dirigeants cubains. Trump a montré qu’il était prêt à utiliser la force militaire pour atteindre ses objectifs en Amérique latine. L’opération au Venezuela a été rapide, brutale, efficace. Elle a envoyé un message clair aux régimes hostiles aux États-Unis : vous n’êtes pas intouchables. Cuba, située à seulement 150 kilomètres des côtes de Floride, est particulièrement vulnérable. Une intervention militaire américaine serait techniquement facile à mettre en œuvre. Mais politiquement, ce serait une autre histoire.
Les experts sont divisés sur la probabilité d’une action militaire américaine contre Cuba. Andy S. Gómez, ancien doyen de l’École d’études internationales de l’Université de Miami, estime que la situation est « très triste et préoccupante ». Il voit les déclarations de Díaz-Canel comme « une façon de gagner du temps pour que le cercle intérieur décide des mesures à prendre ». Selon lui, Cuba ne cherchera pas à contacter les États-Unis pour le moment. « Ils ont eu toutes les occasions quand le président Obama a ouvert les relations diplomatiques, et pourtant ils n’ont même pas apporté de café cubain à la table », dit-il. « Bien sûr, ce sont des temps désespérés pour Cuba. » Michael Galant, du Center for Economic and Policy Research à Washington, pense au contraire que Cuba pourrait être prête à négocier. « Cuba cherche des moyens d’alléger les sanctions », affirme-t-il. Mais il ajoute que Trump n’est pas pressé. « Trump espère approfondir la crise économique sur l’île, et il y a peu de coûts pour Trump à essayer d’attendre. »
La population cubaine entre résignation et colère
Des Cubains divisés
Sur le terrain, les Cubains ordinaires vivent cette crise avec un mélange de résignation et d’espoir. Oreidy Guzmán, un livreur de nourriture de 32 ans, résume bien l’ambivalence de beaucoup : « Je ne veux rien de mal pour les Cubains, mais si quelque chose doit arriver, le peuple mérite un changement. » Cette phrase capture la frustration d’une population épuisée par des décennies de privations, de restrictions, de promesses non tenues. Beaucoup de Cubains, surtout parmi les jeunes, rêvent d’un avenir différent. Ils voient les images de prospérité qui viennent d’ailleurs et se demandent pourquoi leur pays reste figé dans le passé. Mais en même temps, ils craignent le chaos, la violence, l’incertitude qu’un changement brutal pourrait apporter.
Meilyn Gómez, une femme au foyer de 37 ans, exprime une autre facette de l’opinion publique cubaine. Elle ne croit pas que les États-Unis envahiront Cuba, mais elle se prépare à toute éventualité sous Trump : « Il trouvera du divertissement n’importe où. » Cette phrase révèle une perception répandue de Trump comme un dirigeant imprévisible, capable de décisions impulsives et dangereuses. Les Cubains ont appris à vivre avec l’incertitude, mais l’arrivée de Trump au pouvoir a ajouté une nouvelle couche d’anxiété. Personne ne sait vraiment ce qu’il va faire. Va-t-il se contenter de menaces ? Va-t-il imposer de nouvelles sanctions ? Va-t-il ordonner une intervention militaire ? Cette imprévisibilité est peut-être l’arme la plus efficace de Trump : elle maintient Cuba dans un état de tension permanente.
Ces voix cubaines me touchent. Elles ne sont ni héroïques ni lâches. Elles sont humaines, simplement. Des gens qui veulent vivre normalement, qui en ont assez de survivre, qui rêvent d’un avenir meilleur sans savoir comment l’atteindre. Et au milieu de tout ça, les grands de ce monde jouent à leurs jeux de pouvoir.
La défense de la patrie
Mais tous les Cubains ne sont pas prêts à accepter un changement imposé de l’extérieur. Rubén Benítez, un barman de 57 ans, représente une autre tendance de l’opinion publique. « Les Cubains parlent et parlent, mais pour être honnête, onze, huit ou neuf millions descendront dans les rues pour défendre le peu qu’il nous reste. » Cette déclaration reflète un nationalisme profond qui traverse la société cubaine. Malgré les difficultés, malgré les privations, beaucoup de Cubains restent attachés à leur indépendance, à leur souveraineté, à leur fierté nationale. L’idée d’une intervention américaine, d’un changement de régime imposé par Washington, heurte ce sentiment profond. Pour ces Cubains, résister aux États-Unis n’est pas une question de soutien au gouvernement, c’est une question de dignité nationale.
Cette division de l’opinion publique cubaine complique la situation. Trump espère peut-être qu’une crise économique suffisamment grave déclenchera un soulèvement populaire contre le régime. Mais l’histoire de Cuba montre que ce scénario est loin d’être garanti. Le peuple cubain a survécu à la « période spéciale » des années 1990, après la chute de l’Union soviétique, quand l’économie s’est effondrée et que la famine menaçait. Il a survécu à des décennies d’embargo américain. Il pourrait survivre à cette nouvelle crise. La question est : à quel prix ? Et combien de temps encore les Cubains accepteront-ils de payer ce prix pour préserver leur indépendance ?
Le Mexique, médiateur prudent
Sheinbaum refuse de choisir
Le Mexique se retrouve dans une position délicate. La présidente Claudia Sheinbaum doit naviguer entre son soutien traditionnel à Cuba et ses relations complexes avec les États-Unis. Lundi, elle a refusé de fournir des données sur les livraisons actuelles de pétrole à Cuba ou de dire si ces livraisons augmenteraient pour compenser la perte du pétrole vénézuélien. Elle a insisté sur le fait que cette aide « existe depuis longtemps » et n’est « pas nouvelle ». Cette prudence n’est pas surprenante. Le Mexique ne veut pas provoquer Trump, qui pourrait imposer des sanctions ou créer des problèmes à la frontière. Mais en même temps, le Mexique ne veut pas abandonner Cuba, un voisin avec lequel il entretient des relations historiques.
Sheinbaum a proposé que le Mexique facilite le dialogue entre les États-Unis et Cuba si les deux parties sont d’accord. C’est une offre diplomatique classique, qui permet au Mexique de se positionner comme médiateur neutre sans prendre parti. Mais cette offre a peu de chances d’aboutir dans le contexte actuel. Trump ne semble pas intéressé par le dialogue. Il veut la capitulation de Cuba, pas une négociation. Et Cuba refuse de négocier sous la menace. Le Mexique se retrouve donc dans une impasse, incapable d’influencer réellement la situation mais obligé de maintenir une posture diplomatique. Cette prudence mexicaine révèle aussi une réalité plus large : les pays d’Amérique latine sont de plus en plus réticents à défier ouvertement les États-Unis, même quand ils désapprouvent leurs actions.
L'embargo américain, arme de destruction massive économique
64 ans de sanctions
L’embargo américain contre Cuba dure depuis 1962. Soixante-quatre ans de sanctions, de restrictions, de blocus économique. C’est l’embargo le plus long de l’histoire moderne. Il interdit aux entreprises américaines de commercer avec Cuba, limite les voyages des citoyens américains vers l’île, gèle les avoirs cubains aux États-Unis. Cet embargo a été renforcé à plusieurs reprises, notamment pendant la première administration Trump, qui a imposé de nouvelles sanctions visant à étouffer l’économie cubaine. L’objectif officiel de cet embargo est de forcer un changement démocratique à Cuba. Mais après plus de six décennies, force est de constater que cet objectif n’a pas été atteint. Le régime cubain tient toujours, malgré les privations, malgré les difficultés.
Les défenseurs de l’embargo arguent qu’il faut maintenir la pression sur le régime cubain pour le forcer à respecter les droits de l’homme et à instaurer la démocratie. Les opposants rétorquent que l’embargo ne fait que punir la population cubaine ordinaire sans affecter réellement les dirigeants. Cette punition collective est dénoncée chaque année par l’Assemblée générale des Nations unies, qui vote massivement pour la levée de l’embargo. En 2025, 187 pays ont voté pour la fin de l’embargo, seuls les États-Unis et Israël ont voté contre. Ce vote symbolique montre l’isolement diplomatique des États-Unis sur cette question. Mais Washington ignore ces résolutions et maintient sa politique.
Soixante-quatre ans. Pensez-y. Trois générations de Cubains ont grandi sous cet embargo. Des enfants nés en 1962 sont aujourd’hui grands-parents. Et la politique n’a pas changé. À quel moment admet-on que cette stratégie ne fonctionne pas ? Ou peut-être que le but n’a jamais été de faire changer Cuba, mais simplement de la faire souffrir.
Les tentatives d’ouverture d’Obama
En 2014, le président Barack Obama a tenté de changer d’approche. Il a annoncé la normalisation des relations diplomatiques avec Cuba, la réouverture des ambassades, l’assouplissement des restrictions sur les voyages et le commerce. Cette ouverture historique a suscité beaucoup d’espoir, tant à Cuba qu’aux États-Unis. Des milliers d’Américains ont visité l’île, des entreprises ont commencé à explorer des opportunités commerciales, des familles séparées depuis des décennies ont pu se retrouver. Mais cette ouverture est restée limitée. L’embargo lui-même n’a pas été levé, car seul le Congrès américain peut le faire, et les républicains s’y opposaient fermement. Obama a fait ce qu’il pouvait par décrets présidentiels, mais les fondations de la politique américaine envers Cuba sont restées inchangées.
Puis Trump est arrivé au pouvoir en 2017 et a immédiatement commencé à démanteler l’héritage d’Obama. Il a renforcé les sanctions, limité les voyages, interdit les transactions avec les entreprises contrôlées par l’armée cubaine. Cette marche arrière a anéanti les espoirs de normalisation. Les relations entre les deux pays sont revenues à leur état de guerre froide. Et maintenant, en 2026, Trump est de retour pour un second mandat, et il semble déterminé à aller encore plus loin. Ses menaces récentes suggèrent qu’il envisage une escalade majeure, peut-être même une intervention militaire. Cuba se prépare au pire, tout en espérant que les menaces de Trump resteront des paroles en l’air.
Les enjeux géopolitiques : une nouvelle guerre froide ?
La Russie et la Chine en embuscade
Cuba n’est pas seule face aux États-Unis. La Russie et la Chine observent attentivement la situation et pourraient intervenir pour soutenir l’île. La Russie, en particulier, a des liens historiques profonds avec Cuba, remontant à l’ère soviétique. Moscou fournit déjà du pétrole à Cuba et pourrait augmenter ces livraisons pour compenser la perte du pétrole vénézuélien. La Russie a également des intérêts stratégiques à Cuba. L’île offre une base potentielle pour projeter la puissance russe dans les Caraïbes, à quelques kilomètres des côtes américaines. C’est une carte géopolitique que Moscou ne veut pas perdre. La Chine, de son côté, voit Cuba comme un partenaire économique et politique important en Amérique latine. Pékin a investi dans des projets d’infrastructure à Cuba et pourrait augmenter son soutien si l’île se retrouve isolée.
Cette dimension géopolitique complique la stratégie de Trump. S’il pousse Cuba trop loin, il risque de la jeter dans les bras de la Russie et de la Chine, créant une situation similaire à la crise des missiles de 1962. À l’époque, l’Union soviétique avait installé des missiles nucléaires à Cuba, déclenchant une crise qui avait failli mener à une guerre nucléaire. Aujourd’hui, le contexte est différent, mais les enjeux restent élevés. Une nouvelle guerre froide se dessine entre les États-Unis d’un côté, et la Russie et la Chine de l’autre. Cuba pourrait devenir un pion dans ce jeu dangereux. Trump semble ignorer ces risques, ou peut-être les sous-estime-t-il. Mais l’histoire montre que les crises dans les Caraïbes peuvent rapidement dégénérer.
Les droits de l'homme, argument ou prétexte ?
La répression à Cuba
Les États-Unis justifient leur politique envers Cuba par la défense des droits de l’homme. Le régime cubain est accusé de réprimer la dissidence, d’emprisonner les opposants politiques, de contrôler les médias, de limiter les libertés fondamentales. Ces accusations ne sont pas sans fondement. Cuba est un État à parti unique où le Parti communiste contrôle tous les leviers du pouvoir. Les élections ne sont pas libres, la presse est censurée, les manifestations sont interdites. Les dissidents risquent l’emprisonnement, le harcèlement, l’exil. Des organisations internationales comme Human Rights Watch et Amnesty International documentent régulièrement ces violations. La situation s’est aggravée après les manifestations de juillet 2021, quand des milliers de Cubains sont descendus dans les rues pour protester contre les pénuries et la répression. Le gouvernement a répondu par une vague d’arrestations massives.
Mais cette rhétorique des droits de l’homme est-elle sincère ou n’est-elle qu’un prétexte pour justifier une politique d’hostilité ? Les critiques de la politique américaine soulignent que Washington entretient des relations cordiales avec de nombreux régimes autoritaires à travers le monde. L’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, pour ne citer qu’eux, ont des bilans en matière de droits de l’homme bien pires que Cuba. Pourtant, les États-Unis ne les sanctionnent pas, au contraire, ils les soutiennent. Cette double standard suggère que les droits de l’homme ne sont qu’un argument de façade. Le véritable objectif de la politique américaine envers Cuba serait plutôt géopolitique : éliminer un régime hostile dans son arrière-cour, affirmer sa domination sur l’Amérique latine, envoyer un message aux autres pays tentés de défier Washington.
Les droits de l’homme comme arme politique. C’est cynique, mais c’est la réalité. On les brandit quand ça arrange, on les oublie quand ça dérange. Et pendant ce temps, les gens qui souffrent vraiment de la répression, qu’ils soient à Cuba, en Arabie saoudite ou ailleurs, restent les otages de ces jeux de pouvoir.
La communauté internationale observe
L’ONU et l’isolement américain
La communauté internationale observe avec inquiétude l’escalade entre Washington et La Havane. Chaque année, l’Assemblée générale des Nations unies vote massivement pour la levée de l’embargo américain contre Cuba. En 2025, 187 pays ont voté en faveur de cette résolution, seuls les États-Unis et Israël ont voté contre. Ce vote écrasant montre l’isolement diplomatique de Washington sur la question cubaine. Mais ces résolutions n’ont aucune force contraignante. Les États-Unis les ignorent systématiquement et poursuivent leur politique de sanctions. Cette situation révèle les limites du multilatéralisme face à la puissance américaine. Quand Washington décide d’ignorer le droit international, personne ne peut vraiment l’en empêcher.
L’Union européenne maintient des relations diplomatiques et commerciales avec Cuba, malgré les pressions américaines. Bruxelles a toujours refusé de suivre la ligne dure de Washington, préférant une approche d’engagement constructif. Mais cette position devient de plus en plus difficile à tenir. Les entreprises européennes qui commercent avec Cuba risquent des sanctions américaines. Les banques hésitent à traiter des transactions liées à l’île par peur de représailles. Cette extraterritorialité des lois américaines irrite profondément les Européens, qui y voient une atteinte à leur souveraineté. Mais face à la puissance économique des États-Unis, ils ont peu de moyens de résistance. Le résultat est une forme de soumission tacite à la politique américaine, même quand ils la désapprouvent.
L'avenir incertain de Cuba
Scénarios possibles
Que va-t-il se passer maintenant ? Plusieurs scénarios sont possibles. Le premier, et le plus probable à court terme, est le statu quo. Trump continue de menacer, Cuba continue de résister, et la situation reste bloquée. Les sanctions s’accumulent, l’économie cubaine se dégrade encore, mais le régime tient bon. Ce scénario pourrait durer des mois, voire des années. Le deuxième scénario est une escalade militaire. Trump ordonne une intervention américaine à Cuba, soit pour renverser le régime, soit pour installer une zone d’exclusion, soit pour soutenir une rébellion interne. Ce scénario est moins probable, car il comporterait des risques énormes, tant militaires que politiques. Mais avec Trump, rien n’est jamais totalement exclu.
Le troisième scénario est une négociation. Malgré les démentis actuels, Cuba et les États-Unis pourraient finir par s’asseoir à la table des négociations. Mais pour que cela arrive, il faudrait que Trump accepte de lever certaines sanctions en échange de concessions cubaines. Quelles concessions ? Peut-être des réformes politiques, une libéralisation économique, des garanties sur les droits de l’homme. Mais Cuba acceptera-t-elle de négocier sous la menace ? Et Trump acceptera-t-il de faire des compromis ? Ces questions restent sans réponse. Le quatrième scénario est un effondrement interne du régime cubain. La crise économique devient tellement grave que le gouvernement perd le contrôle. Des manifestations massives éclatent, l’armée refuse de tirer sur la foule, le régime s’effondre. Ce scénario est possible, mais il dépend de nombreux facteurs imprévisibles.
Le rôle de la diaspora cubaine
La diaspora cubaine aux États-Unis joue un rôle crucial dans cette histoire. Plus d’un million de Cubains vivent aux États-Unis, principalement en Floride. Cette communauté est politiquement influente et majoritairement hostile au régime de La Havane. Elle fait pression sur les politiciens américains pour maintenir une ligne dure envers Cuba. Marco Rubio, le secrétaire d’État de Trump, est lui-même issu de cette diaspora. Son influence sur la politique américaine envers Cuba est considérable. Mais la diaspora cubaine n’est pas monolithique. Les générations plus jeunes, nées aux États-Unis, ont souvent des positions plus nuancées. Elles veulent le changement à Cuba, mais pas nécessairement par la force. Elles souhaitent pouvoir voyager librement, envoyer de l’argent à leurs familles, investir dans l’île.
Cette évolution générationnelle pourrait influencer la politique américaine à long terme. Mais pour l’instant, ce sont les faucons anti-castristes qui dominent le débat. Ils voient dans la crise actuelle une opportunité historique de renverser le régime cubain. Ils poussent Trump à aller plus loin, à ne pas se contenter de menaces, à agir. Cette pression interne complique encore la situation. Trump doit satisfaire sa base électorale en Floride, un État crucial pour sa réélection. Mais il doit aussi éviter de déclencher une crise internationale majeure. C’est un équilibre difficile à maintenir, et Trump n’est pas connu pour sa subtilité diplomatique.
Conclusion : le poker menteur continue
Qui va craquer en premier ?
Nous voilà donc dans une partie de poker menteur géant. Trump bluffe-t-il ou est-il sérieux ? Cuba peut-elle vraiment tenir indéfiniment sans le pétrole vénézuélien ? Le Mexique va-t-il augmenter ses livraisons ? La Russie et la Chine vont-elles intervenir ? Personne ne connaît les réponses. Ce qui est certain, c’est que la tension monte. Les déclarations de Díaz-Canel lundi montrent que Cuba ne pliera pas facilement. Le régime cubain a survécu à des crises bien pires. Il a survécu à la chute de l’Union soviétique, à la période spéciale des années 1990, à des décennies d’embargo. Il pourrait survivre à Trump. Mais à quel prix ? La population cubaine paie déjà un tribut énorme. Les coupures d’électricité, les pénuries, la misère quotidienne. Combien de temps encore les Cubains accepteront-ils de souffrir pour préserver l’indépendance de leur pays ?
Trump, de son côté, semble convaincu que le temps joue en sa faveur. Il pense qu’en aggravant la crise économique, il finira par briser la résistance cubaine. Mais cette stratégie comporte des risques. Si Cuba s’effondre dans le chaos, les conséquences pourraient être catastrophiques. Une nouvelle vague migratoire massive vers les États-Unis, une instabilité régionale, une intervention russe ou chinoise. Trump est-il prêt à gérer ces conséquences ? Ou espère-t-il simplement que le régime cubain capitulera avant que les choses ne dégénèrent ? C’est un pari dangereux. L’histoire montre que les régimes acculés peuvent réagir de manière imprévisible. Cuba pourrait décider de riposter, de créer des problèmes aux États-Unis, de s’allier plus étroitement avec la Russie et la Chine. Le jeu est ouvert, et personne ne sait comment il se terminera.
Je regarde cette confrontation et je ne peux m’empêcher de penser à tous ceux qui vont en payer le prix. Les Cubains ordinaires qui n’ont rien demandé, qui veulent juste vivre normalement. Les familles séparées par l’exil. Les malades qui manquent de médicaments. Les enfants qui grandissent dans la pénurie. Eux, ils ne jouent pas au poker. Ils survivent. Et pendant ce temps, les puissants du monde s’affrontent, indifférents à la souffrance qu’ils causent. C’est ça, la vraie tragédie de cette histoire.
Un dénouement imprévisible
Alors, que va-t-il se passer ? Honnêtement, personne ne le sait. Trump est imprévisible. Cuba est résiliente. Le contexte géopolitique est complexe. Les prochaines semaines seront cruciales. Si Trump passe à l’action, si Cuba s’effondre, si la Russie intervient, tout peut basculer très vite. Mais si la situation reste bloquée, si personne ne cède, nous pourrions assister à une longue guerre d’usure. Une guerre sans vainqueur, où tout le monde perd. Cuba perdrait son économie, sa stabilité, peut-être même son indépendance. Les États-Unis perdraient leur crédibilité, leur influence en Amérique latine, peut-être même leur sécurité si la crise dégénère. Et les Cubains ordinaires perdraient tout : leur avenir, leurs espoirs, leur dignité.
Ce qui est sûr, c’est que cette histoire n’est pas terminée. Le bras de fer entre La Havane et Washington va continuer. Les menaces vont se multiplier. Les déclarations incendiaires vont se succéder. Et quelque part, dans les rues de La Havane, des gens vont continuer à vivre, à espérer, à résister. Parce qu’au final, c’est ça qui compte. Pas les discours des politiciens, pas les stratégies géopolitiques, pas les jeux de pouvoir. Ce qui compte, ce sont les vies humaines. Et ces vies-là méritent mieux que d’être les pions d’une partie d’échecs entre superpuissances. Elles méritent la paix, la prospérité, la liberté. Mais pour l’instant, elles n’ont que l’incertitude. Et l’attente. L’attente de savoir qui va craquer en premier dans ce poker menteur mortel.
Sources
Sources primaires
The Hill – « Cuba’s president says no current talks with the US following Trump’s threats » – 12 janvier 2026. Le Monde – « Cuba : le président, Miguel Diaz-Canel, assure qu’il n’y a aucune discussion en cours avec les États-Unis » – 12 janvier 2026. France 24 – « À Cuba, le président Miguel Diaz-Canel nie toute négociation en cours avec les États-Unis » – 12 janvier 2026.
Sources secondaires
Associated Press – Dánica Coto, Milexsy Durán et Andrea Rodríguez – 12 janvier 2026. Energy Institute, University of Texas at Austin – Jorge Piñón, expert en livraisons de pétrole vers Cuba. University of Miami – Andy S. Gómez, ancien doyen de l’École d’études internationales. Center for Economic and Policy Research, Washington D.C. – Michael Galant, chercheur associé.
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