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Mahsa Amini, le visage d’une révolte écrasée

Le 16 septembre 2022, une jeune femme de vingt-deux ans s’effondre dans un hôpital de Téhéran. Elle ne se relèvera jamais. Mahsa Amini avait été arrêtée trois jours plus tôt par la redoutable police des mœurs iranienne pour un voile prétendument mal ajusté. Ce qui s’est passé dans les locaux de détention reste disputé par les autorités, mais les traces de violence sur son corps racontent une histoire que le régime ne peut effacer. Sa mort déclenche une onde de choc qui traverse l’Iran comme un séisme. Dans les rues de Téhéran, de Tabriz, de Shiraz, de Sanandaj, des milliers puis des millions de voix s’élèvent. Le slogan « Femme, Vie, Liberté » devient le cri de ralliement d’une génération qui refuse de courber l’échine. Les femmes brûlent leurs voiles en public, défiant ouvertement quarante-trois années de théocratie imposée. Les hommes les rejoignent, solidaires d’une cause qui dépasse la question du hijab pour toucher à l’essence même de la liberté humaine. Le régime des mollahs observe cette déferlante avec une inquiétude croissante. Jamais depuis la révolution verte de 2009, le pouvoir n’avait fait face à une contestation aussi massive, aussi déterminée, aussi transversale dans la société iranienne.

La réponse du régime ne se fait pas attendre. Elle est d’une brutalité méthodique qui glace le sang. Les forces de sécurité iraniennes déploient un arsenal de répression rodé par des décennies de pratique contre les dissidents. Les Gardiens de la Révolution, bras armé idéologique du régime, coordonnent une campagne de terreur systématique. Les manifestants sont pourchassés dans les rues, frappés à coups de matraque, aspergés de gaz lacrymogène. Mais la violence ne s’arrête pas là. Des tireurs d’élite sont positionnés sur les toits des bâtiments, visant délibérément les protestataires. Les témoignages qui filtrent malgré les coupures d’Internet décrivent des scènes d’une cruauté inouïe. Des adolescents abattus alors qu’ils scandaient des slogans pacifiques. Des femmes traînées par les cheveux avant d’être jetées dans des fourgons de police. Des familles qui découvrent les corps mutilés de leurs proches après des jours de disparition forcée. Les chiffres officiels sont impossibles à vérifier dans un pays où l’information est verrouillée, mais les organisations de défense des droits humains documentent des centaines de morts et des milliers d’arrestations arbitraires. Le monde regarde. Le monde sait. Et pourtant, le massacre continue sous nos yeux impuissants.

La machine à broyer les corps et les âmes

Derrière les murs des prisons iraniennes se joue un drame que les caméras du monde ne peuvent capturer. Les détenus arrêtés lors des manifestations découvrent l’enfer d’un système carcéral conçu pour détruire les esprits rebelles. La prison d’Evin, sinistre symbole de la répression politique iranienne depuis des décennies, accueille les vagues de prisonniers dans des conditions qui défient l’entendement. Les cellules surpeuplées, l’absence de soins médicaux, les interrogatoires interminables ne constituent que la surface visible de cette machine à broyer. Les témoignages des rares détenus libérés révèlent des pratiques de torture systématiques visant particulièrement les femmes et les jeunes. Les gardiens emploient la violence sexuelle comme arme de terreur, sachant que la honte imposée par la société traditionnelle réduira les victimes au silence. Les familles qui se pressent aux portes des tribunaux révolutionnaires n’obtiennent souvent aucune nouvelle de leurs proches pendant des semaines. Quand elles en reçoivent, c’est parfois pour apprendre qu’une condamnation à mort a été prononcée à l’issue d’un procès expéditif où l’accusé n’a pas eu accès à un avocat de son choix. Le régime iranien a perfectionné l’art de transformer la justice en instrument de vengeance politique.

Les exécutions qui s’ensuivent portent le sceau d’une cruauté calculée pour terroriser la population. Mohsen Shekari, vingt-trois ans, devient en décembre 2022 le premier manifestant officiellement exécuté. Son crime selon le régime : avoir blessé un membre des forces de sécurité lors d’une protestation. La réalité est qu’il avait bloqué une rue. D’autres suivent dans les semaines suivantes, pendus au bout d’une corde pour avoir osé crier leur soif de liberté. Le régime orchestre ces mises à mort avec un cynisme glaçant, les annonçant publiquement pour maximiser leur effet dissuasif. Les familles des condamnés sont parfois contraintes d’assister aux exécutions, ultime torture psychologique infligée à ceux qui ont enfanté des « traîtres ». Pendant ce temps, les dirigeants iraniens continuent de siéger dans les instances internationales, de négocier avec les diplomates occidentaux, de participer aux conférences sur les droits humains. Cette hypocrisie institutionnalisée permet au régime de tuer ses propres citoyens tout en conservant une façade de respectabilité sur la scène mondiale. Les victimes s’accumulent, les bourreaux restent impunis, et la communauté internationale rédige des communiqués de condamnation qui ne changent rien au sort des prisonniers.

L’impunité comme doctrine d’État assumée

Le régime iranien ne se contente pas de réprimer dans l’ombre. Il revendique ouvertement sa brutalité comme un droit souverain que nul ne peut contester. Les responsables des Gardiens de la Révolution apparaissent à la télévision d’État pour justifier les arrestations massives et les condamnations expéditives. Le guide suprême Ali Khamenei lui-même qualifie les manifestants d’agents de l’étranger manipulés par les États-Unis et Israël. Cette rhétorique conspirationniste permet de déshumaniser les victimes, de les transformer en ennemis intérieurs légitimement éliminables. Les tribunaux révolutionnaires fonctionnent comme des chambres d’enregistrement des décisions politiques, condamnant à mort sur la base d’aveux extorqués sous la torture. Les juges qui prononcent ces sentences ne craignent aucune sanction internationale. Ils savent que le régime les protégera, que leurs noms ne figureront jamais sur les listes de sanctions occidentales, que leur impunité est garantie par la géopolitique complexe du Moyen-Orient. Cette certitude de ne jamais rendre de comptes encourage les excès. Pourquoi retenir les coups quand personne ne viendra jamais demander des explications ? Le système judiciaire iranien est devenu une extension de l’appareil sécuritaire, une arme de guerre contre la population civile déguisée en institution respectable.

La communauté internationale observe ce carnage avec une passivité qui confine à la complicité. Les chancelleries occidentales publient des déclarations de préoccupation, convoquent parfois les ambassadeurs iraniens pour des remontrances diplomatiques, votent des résolutions aux Nations Unies qui n’ont aucun effet contraignant. Les sanctions économiques existantes frappent principalement la population ordinaire tandis que les responsables du régime continuent de voyager librement, de gérer leurs fortunes à l’étranger, de jouir des privilèges que leur position leur confère. Les négociations sur le programme nucléaire iranien prennent systématiquement le pas sur les considérations relatives aux droits humains. Les gouvernements occidentaux préfèrent maintenir un canal de dialogue avec Téhéran plutôt que de risquer une rupture diplomatique en exigeant des comptes pour les massacres. Cette hiérarchie des priorités envoie un message désastreux aux régimes autoritaires du monde entier : vous pouvez tuer vos citoyens tant que vous restez des interlocuteurs géopolitiques utiles. Les manifestants iraniens qui scandent leur désir de liberté savent qu’ils sont seuls face à la machine répressive. L’Occident les applaudit de loin mais ne viendra pas les sauver des cachots d’Evin.

Mon cœur se serre quand je pense à ces jeunes Iraniens qui ont cru, pendant quelques semaines fiévreuses, que le monde entendrait leur appel et répondrait présent. Je ressens une colère froide devant l’indifférence calculée des puissances qui se proclament gardiennes des droits humains mais négocient avec les bourreaux. Ces adolescents pendus pour avoir rêvé de liberté, ces femmes violées dans les geôles du régime, ces familles brisées par le deuil impossible de leurs enfants disparus méritaient mieux que nos indignations de façade. La lucidité m’oblige à reconnaître que nous sommes collectivement responsables de cette impunité. Chaque baril de pétrole acheté indirectement à l’Iran, chaque concession diplomatique accordée au régime, chaque silence embarrassé face aux exécutions renforce les bourreaux dans leur conviction de toute-puissance. Les morts de Téhéran nous regardent depuis leurs tombes anonymes et nous demandent ce que nous avons fait pendant qu’on les assassinait.

Sources

Sources primaires

Agences de presse internationales (décembre 2025)

Sources officielles gouvernementales (décembre 2025)

Sources secondaires

Médias internationaux d’information (décembre 2025)

Analyses et expertises spécialisées (décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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