Des manifestations qui ont tout changé
Tout a commencé par une crise économique. La monnaie iranienne, le rial, s’est effondrée. Les prix ont flambé. Des gens qui avaient du mal à joindre les deux bouts ont vu leurs maigres économies disparaître du jour au lendemain. Ils sont descendus dans la rue pour protester contre leur misère. Mais quelque chose s’est passé qui a transformé ces émeutes économiques en mouvement révolutionnaire. Les slogans ont changé. Les chants ne demandaient plus seulement du pain. Ils demandaient la chute du régime. Ils criaient le nom du Guide suprême Ayatollah Ali Khamenei avec une audace qui aurait été impensable il y a encore quelques années.
La réponse du régime a été brutale. Immédiatement. Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les foules. Des balles réelles ont traversé les corps de manifestants pour la plupart sans armes. Des vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux, malgré les coupures d’internet. On y voyait des corps gisant sur le bitume, des couloirs d’hôpitaux remplis de blessés, des mères hurlant devant des cercueils trop petits. L’organisation Hengaw a documenté les décès. Sept morts rien que dans la ville d’Azna. Trois autres à Marvdasht. Et ce n’était que le début. Les chiffres ont grimpé jour après jour, semaine après semaine, jusqu’à atteindre des niveaux qui rappellent les pires moments de répression de l’histoire contemporaine de l’Iran.
L’escalade de la violence
La violence n’est pas venue seulement des forces de sécurité. Les affrontements se sont intensifiés. À Azna, une vidéo montrant des voitures en flammes devant un poste de police a fait le tour du monde. On entendait des coups de feu. Une foule encourageait les attaquants. À Marvdasht, des centaines de manifestants marchaient vers les forces de sécurité en scandant « Sans honte ! » – une insulte directe au régime. Dans la ville de Kuhdasht, Amirhesam Khodayari Fard, un jeune homme de 26 ans, a été tué. Les autorités iraniennes affirment qu’il était membre de la milice Basij. Les organisations de droits humains disent qu’il était manifestant. La vérité, comme souvent dans ce genre de conflits, repose quelque part entre ces deux récits, ensevelie sous des couches de propagande.
Le président iranien Masoud Pezeshkian, l’homme du gouvernement civil, a tenté de calmer les choses. Il a reconnu les « demandes légitimes » des manifestants. Il a parlé de négociation. Mais le vrai pouvoir en Iran ne réside pas au président. Il réside auprès d’Ayatollah Ali Khamenei, le Guide suprême. Et c’est là que les messages divergent. Alors que Pezeshkian parle de dialogue, les conseillers de Khamenei menacent de « couper toute main d’intervention » qui s’approcherait de l’Iran. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a été encore plus direct : toutes les bases américaines dans la région deviendraient des « cibles légitimes » en cas d’attaque américaine. Le langage de la guerre a remplacé celui de la diplomatie.
Cette histoire me révolte. Pas parce que je prends parti. Mais parce que là, au milieu, il y a des êtres humains qui paient le prix d’un jeu qui les dépasse. Regardez Amirhesam Khodayari Fard. 26 ans. Peut-être manifestant. Peut-être milicien. Mais surtout, un homme qui ne reverra plus jamais le soleil se lever. Sa mère, elle, ne dormira plus jamais vraiment. Chaque soir, elle se demandera ce qu’il s’est passé vraiment ce jour-là. Et personne ne lui donnera jamais une réponse satisfaisante. C’est ça, la guerre. Pas les gros titres. Pas les déclarations pompeuses. Les mères qui ne dorment plus. Les pères dont les épaules s’affaissent un peu plus chaque jour. Les enfants qui grandissent sans comprendre pourquoi leur monde s’est effondré.
Les menaces qui s'accumulent
« Locked and loaded » : l’avertissement de Trump
L’ultimatum de Donald Trump est tombé dans la nuit du 1er au 2 janvier 2026. Sur Truth Social, sa plateforme préférée, le président américain a écrit quatre phrases qui ont changé la donne : « Si l’Iran tue des manifestants pacifiques – ce qui est sa coutume – les États-Unis d’Amérique viendront à leur secours. Nous sommes prêts à tirer et prêts à partir. » Pas de conditions. Pas de nuances. Juste une promesse d’intervention militaire si le régime iranien continue de réprimer les manifestations dans le sang.
Ce n’était pas le premier avertissement de Trump concernant l’Iran. Mais c’était le plus explicite. Le plus menaçant. Le plus immédiat. Deux semaines plus tôt, lors d’une réunion avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en Floride, Trump avait déjà laissé entendre que l’Iran « pourrait se mal comporter » et qu’il était en train de reconstruire ses sites nucléaires après les frappes américaines de l’année précédente. Mais cette fois, la menace n’était pas théorique. Elle portait sur les vies des Iraniens qui descendaient dans la rue. Elle était personnelle. Et elle venait avec une promesse : « l’aide est en route ». Ces mots-là, des milliers d’Iraniens les ont lus sur leurs écrans. Certains y ont cru. D’autres ont vu là une superpuissance qui instrumentalise leur douleur pour servir ses propres intérêts géopolitiques.
Les préparatifs militaires
Derrière les mots de Trump, une machine de guerre se mettait en marche. Selon NBC News, le président a réuni son équipe de sécurité nationale et leur a exposé ce qu’il voulait : une intervention rapide et décisive qui porterait un coup fatal au régime iranien sans s’embourber dans une guerre prolongée. « S’il fait quelque chose, il veut que ce soit définitif », a expliqué une source familière avec les discussions. Le Pentagone a été chargé de préparer des options militaires sur mesure. Le Commandement central américain (CENTCOM) a présenté plusieurs scénarios. Chacun d’eux était conçu pour frapper vite et fort.
Les mouvements de troupes ont commencé. Selon Reuters, les États-Unis ont commencé à retirer une partie de leur personnel des bases militaires du Moyen-Orient. À la base aérienne d’Al Udeid au Qatar – la plus grande base américaine de la région – des soldats ont reçu l’ordre de se préparer à partir. Pas un retrait massif. Pas un abandon. Mais une mesure de précaution face à une escalade imminente. Un responsable américain a déclaré sous couvert d’anonymat que ces évacuations répondaient aux « tensions régionales accrues ». La Grande-Bretagne a suivi le mouvement, retirant également une partie de son personnel de sa base au Qatar. Les signes ne pouvaient être plus clairs : quelque chose était sur le point d’arriver.
Je pense à ces soldats. À ces familles qui reçoivent un appel soudain. Il faut partir. Maintenant. Pas de détails. Pas de promesses de retour. Juste des valises à faire et des adieux à prononcer dans la précipitation. Vous imaginez ce moment-là ? Le téléphone sonne à 3 heures du matin. Une voix anonyme à l’autre bout du fil vous dit que votre mari, votre femme, votre enfant doit partir pour une destination inconnue pour une durée indéterminée. C’est ça, la guerre moderne. Pas seulement les frappes. Pas seulement les explosions. Les valises faites dans l’urgence. Les mains qui se serrent un peu trop fort. Les mots qui restent coincés dans la gorge. Et le silence qui s’installe quand la porte se referme.
Les réponses d'un régime acculé
Téhéran contre-attaque verbalement
La réponse iranienne n’a pas tardé. Elle a été immédiate. Féroce. Précise. Ali Shamkhani, conseiller du Guide suprême, a averti que « toute main d’intervention » qui s’approcherait de l’Iran serait « coupée avant qu’elle ne puisse agir ». Mohammad Bagher Qalibaf, le président du Parlement, est allé plus loin encore. Dans un message publié sur X (anciennement Twitter), il a déclaré que les menaces de Trump faisaient de « toutes les bases et forces américaines dans la région des cibles légitimes » en cas d' »aventurisme ». Le mot était choisi avec soin. Aventurisme. Il suggérait que Trump était un gamblir irresponsable, prêt à risquer la stabilité mondiale pour un coup politique.
Les accusations de complot ont fusé de toutes parts. Ali Larijani, ancien président du Parlement et secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale de l’Iran, a affirmé sans fournir la moindre preuve qu’Israël et les États-Unis étaient à l’origine des troubles. Pour le régime, les manifestations n’étaient pas spontanées. Elles n’étaient pas le résultat d’une colère populaire légitime face à des années de répression économique et politique. Elles étaient le fruit d’une manipulation étrangère orchestrée depuis Tel Aviv et Washington. C’est un récit que le régime iranien a utilisé des dizaines de fois. Mais cette fois, même certains de ses alliés ont semblé hésiter à y croire. Les images de foules immenses réclamant la chute du régime étaient trop nombreuses. Trop variées. Trop authentiques.
Les avertissements aux pays voisins
L’Iran ne s’est pas contenté de menacer les États-Unis. Il a également envoyé des messages clairs aux pays de la région. Selon un responsable iranien anonyme cité par Reuters, Téhéran a informé ses voisins – de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis à la Turquie – que les bases américaines sur leur sol seraient attaquées si Washington frappait l’Iran. C’était un avertissement direct à ces gouvernements : votre tolérance envers la présence militaire américaine pourrait vous coûter cher. L’Iran cherchait à diviser les alliés américains. À les forcer à choisir entre Washington et Téhéran.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a adopté une ligne différente lors d’une interview sur Fox News. Face à la question des exécutions potentielles de manifestants, il a déclaré : « Il n’y a pas de plan pour pendre des gens. La pendaison est hors de question. » C’était une déclaration surprenante venant d’un responsable iranien. Les organisations de droits humains, notamment l’organisation norvégienne Iran Human Rights Society, affirment que les pendaisons sont monnaie courante dans les prisons iraniennes. Mais Araqchi tenait un autre message à Trump : regardez, nous reculons. La situation s’améliore. N’attaquez pas. C’était une tentative de désamorcer la crise. Mais elle venait trop tard. Les mots avaient été prononcés. Les promesses avaient été faites. La mécanique de guerre était en marche.
Fermez les yeux une seconde. Imaginez que vous vivez à Riyad, à Doha, à Ankara. Votre gouvernement reçoit un message de l’Iran : « Si les Américains attaquent, nous bombarderons vos bases. » Comment vous sentez-vous ? Coincé ? Trahi ? Les alliances politiques sont des choses fragiles. Elles reposent sur des calculs froids, des intérêts partagés, des compromis. Mais quand les missiles menacent de tomber, ces calculs se volatilisent. Soudain, ce qui compte, c’est votre famille. Votre maison. Votre quartier. Tout le reste devient secondaire. C’est ça que les leaders politiques oublient souvent. Les gens ordinaires ne se soucient pas de la géopolitique. Ils se soucient de savoir si leurs enfants rentreront vivants de l’école.
Les visages de la tragédie
Des chiffres qui parlent de vies
Les organisations de droits humains ont commencé à compiler les noms. Les visages. Les histoires. Le groupe américain HRANA a vérifié la mort de 2 403 manifestants et de 147 personnes affiliées au gouvernement. Ces chiffres dépassent de loin les bilans des vagues précédentes de protestations réprimées par les autorités iraniennes – en 2022, en 2009. Ce que la région traverse actuellement est sans précédent. L’Organisation Hengaw pour les droits de l’homme a nommé les victimes une par une. Des hommes comme Amirhesam Khodayari Fard à Kuhdasht. Des hommes tués à Azna. À Marvdasht. À Lordegan. À Fuladshahr. Chaque nom est une histoire interrompue. Chaque chiffre est une famille déchirée.
Les autorités iraniennes ont reconnu un bilan de plus de 2 000 morts. Un responsable iranien a même parlé de plus de 2 600. Le chef d’état-major des forces armées iraniennes, Abdolrahim Mousavi, a déclaré mercredi que son pays n’avait « jamais fait face à ce volume de destruction », blâmant les ennemis étrangers. C’était une reconnaissance implicite de l’ampleur de la crise. Les funérailles des forces de sécurité tuées dans les manifestations ont été diffusées à la télévision d’État. Des images de grandes processions funéraires à Téhéran, Ispahan, Busher et d’autres villes. Des gens agitant des drapeaux. Des portraits d’Ayatollah Ali Khamenei. Des slogans anti-émeute. Le régime cherchait à projeter une image de résilience. De soutien populaire. Mais les images clandestines qui fuyaient l’Iran racontaient une autre histoire.
Le poids des années de sanctions
Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui en Iran, il faut remonter dans le temps. L’économie iranienne a été ravagée par des années de sanctions. L’embargo américain. Les restrictions européennes. L’isolement progressif du pays sur la scène internationale. Puis, l’année dernière, une guerre de douze jours avec Israël. Les bombardements israéliens. Les frappes américaines sur les installations nucléaires iraniennes. Les puissances européennes ont rétabli les sanctions de l’ONU sur le programme nucléaire iranien. Chaque coup a affaibli un peu plus l’économie. Chaque mesure a rendu la vie un peu plus difficile pour les Iraniens ordinaires.
Le résultat : une monnaie en chute libre. Des prix qui flambent. Des gens qui ne peuvent plus se permettre de nourrir leurs familles. La crise de l’eau l’année dernière a aggravé les choses. Dans certaines villes, les robinets se sont taris. Les gens faisaient la queue pendant des heures pour obtenir de l’eau. La colère a commencé à bouillonner. Puis elle a débordé. Les manifestations économiques ont commencé à Téhéran le dimanche. Les foules scandaient leurs griefs contre l’économie. Mais rapidement, les slogans ont évolué. Les gens en avaient assez des difficultés économiques. Ils en avaient assez de la répression politique. Ils en avaient assez d’un gouvernement qui semblait incapable de résoudre leurs problèmes mais très capable de les réprimer.
Je me demande parfois à quoi ressemblent les conversations dans les salons de Téhéran ces jours-ci. Les amis qui se réunissent pour dîner, qui essaient de parler de tout sauf de ce qui se passe dehors. Les regards qui se posent sur les téléphones, attendant une mauvaise nouvelle. Les enfants qui sentent que quelque chose ne va pas mais ne savent pas quoi. C’est cette atmosphère lourde, oppressante, qui précède souvent l’orage. Les gens vivent en apnée. Chaque jour est une victoire s’ils le terminent sans nouvelle tragédie. Chaque nuit est une torture s’ils la passent sans recevoir ce fameux appel. C’est ça, vivre dans un pays qui vacille au bord de la guerre. L’attente. L’angoisse. Cette sensation constante que quelque chose va se casser, mais sans savoir quand ni comment.
Les calculs de Washington
La promesse de Trump aux manifestants
Donald Trump a fait une promesse aux Iraniens qui descendent dans la rue. « L’aide est en route », a-t-il déclaré dans une interview avec CBS News. « Nous interviendrons », a-t-il ajouté. Et il a averti : si l’Iran exécute des manifestants, les États-Unis prendront une « action très forte ». Ces mots ont été prononcés avec une conviction qui laisse peu de place au doute. Trump veut intervenir. Il croit qu’il le doit. Il voit dans les manifestations iraniennes une opportunité de porter un coup fatal à un régime que les États-Unis considèrent comme ennemi depuis des décennies.
Mais derrière cette rhétorique martiale, il y a des calculs politiques. Trump est dans son deuxième mandat. Il cherche à consolider son héritage. Une intervention militaire réussie en Iran – une intervention qui renverserait le régime ou l’affaiblirait considérablement sans s’enliser dans une guerre longue et coûteuse – pourrait être sa plus grande réalisation. Ou son plus grand désastre. Les conseillers de Trump sont divisés sur la question. Certains appellent à la prudence. Ils soulignent les risques d’escalade. La possibilité que l’Iran attaque les alliés américains dans la région. La menace d’une guerre plus large qui pourrait entraîner d’autres puissances régionales. D’autres, plus faucons, poussent à l’action. Ils voient une opportunité historique. Un régime fragile. Une population en colère. Un moment où une frappe décisive pourrait tout changer.
Le rapport de forces incertain
Les évaluations de la situation en Iran varient considérablement. Certains alliés américains estiment qu’une intervention militaire est imminente. D’autres pensent que le régime iranien n’a pas été suffisamment affaibli pour être renversé. Un responsable militaire occidental a résumé l’ambiance : « Tous les signaux indiquent qu’une attaque américaine est imminente, mais c’est aussi ainsi que cette administration se comporte pour garder tout le monde sur le qui-vive. L’imprévisibilité fait partie de la stratégie. » C’est à la fois rassurant et terrifiant. Rassurant parce que cela suggère que les menaces de Trump pourraient être, au moins en partie, une guerre psychologique. Terrifiant parce que même la menace d’une guerre psychologique peut se transformer en guerre réelle si quelqu’un fait le mauvais calcul.
À la Maison-Blanche, Trump semblait mercredi adopter une posture d’attente. Il a déclaré aux journalistes qu’on lui avait dit que les tueries dans le cadre de la répression des manifestations iraniennes diminuaient et qu’il croyait qu’il n’y avait actuellement aucun plan d’exécutions à grande échelle. Interrogé sur la source de cette information, il a parlé de « sources très importantes de l’autre côté » – une référence énigmatique à des contacts au sein même du régime iranien ou de ses cercles proches. Il n’a pas exclu une action militaire américaine, disant que « nous allons regarder ce que sera le processus » avant d’ajouter que son administration avait reçu une « très bonne déclaration » de l’Iran. Ces mots suggéraient que la situation était en évolution. Que la diplomatie, même indirecte, continuait. Mais ils ne garantissaient rien.
Ces « sources très importantes de l’autre côté » qui m’intriguent. Qui sont-elles ? Des déserteurs du régime ? Des fonctionnaires anonymes qui envoient des messages codés ? Des gens pris entre deux feux qui essaient de prévenir l’impensable ? Je pense à eux. À ces personnes qui, peut-être en ce moment même, risquent leur vie pour transmettre des informations qui pourraient – ou non – empêcher une guerre. C’est un fardeau terrible. Le fardeau de savoir que chaque mot que vous écrivez, chaque information que vous transmettez, pourrait faire la différence entre la vie et la mort pour des milliers de personnes. Comment on vit avec ça ? Comment on dort la nuit ? Je ne sais pas. Mais je sais que ces gens existent. Et qu’ils méritent qu’on se souvienne d’eux, quelle que soit l’issue.
Le poids de l'histoire
L’héritage de 2022
Les manifestations actuelles en Iran rappellent inévitablement les mouvements « Femme, Vie, Liberté » de 2022 et 2023. Ces protestations, déclenchées par la mort de Mahsa Amini, une jeune femme de 22 ans arrêtée par la police des mœurs pour avoir porté mal son voile, avaient constitué un défi sérieux au régime. Des femmes avaient retiré leur voile en public. Des hommes s’étaient joints à elles. Les slogans avaient ciblé directement la direction religieuse du pays. Pendant des mois, l’Iran avait été secoué par une vague de protestation sans précédent dans son ampleur et dans sa contestation directe du système politique.
Le régime avait répondu avec une brutalité inouïe. Environ 500 personnes avaient été tuées. Des milliers avaient été arrêtées. Les manifestations avaient fini par s’estomper non pas parce que la colère avait disparu, mais parce que le coût de la participation était devenu trop élevé. Les services de sécurité avaient infiltré les groupes de protestation. Les tribunaux avaient condamné des manifestants à de lourdes peines de prison. La peur s’était installée. Mais la colère n’avait pas disparu. Elle s’était enfouie. Elle avait mûri dans le silence. Et maintenant, avec la crise économique, elle resurgit plus forte que jamais. Les slogans de 2022 sont de retour. Les mêmes visages sont dans la rue – ou peut-être leurs frères, leurs sœurs, leurs enfants qui reprennent le flambeau.
La tradition de répression
La République islamique d’Iran, née de la révolution de 1979, a une longue histoire de répression de la dissidence. Les années 1980 avaient vu l’exécution de milliers de prisonniers politiques. Les manifestations de 2009, après les élections contestées de Mahmoud Ahmadinejad, avaient été brutalement réprimées. Celles de 2017-2018, centrées sur des griefs économiques, avaient rencontré le même sort. Mais ce que l’Iran traverse aujourd’hui est d’une ampleur différente. L’Organisation Hengaw pour les droits de l’homme et d’autres groupes de défense des droits humains ont documenté une violence qui dépasse tout ce qui s’est passé depuis la révolution de 1979.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a décrit la répression actuelle comme « la plus violente de l’histoire contemporaine de l’Iran ». Ce n’est pas une déclaration faite à la légère. La France a longtemps entretenu des relations complexes avec l’Iran. Ses diplomates connaissent le pays. Ils connaissent son histoire. Pour qu’un ministre français utilise un tel langage, la situation doit être extrême. Et elle l’est. Les images qui filtrent hors d’Iran malgré les coupures d’internet montrent des scènes de guerre urbaine. Des véhicules blindés dans les rues. Des snipers sur les toits. Des corps jonchant les chaussées. Ce n’est plus une répression policière. C’est une répression militaire. Et c’est cela qui a attiré l’attention du monde. Ce qui a poussé Trump à intervenir verbalement. Ce qui menace maintenant de transformer une crise intérieure en conflit international.
Il y a des moments où l’histoire semble se répéter. Les mêmes slogans. Les mêmes espoirs. Les mêmes massacres. Et pourtant, chaque fois, quelque chose est différent. Cette fois, peut-être, c’est la présence des téléphones. Des caméras. Des réseaux sociaux. Le régime peut fermer l’internet. Il peut couper les communications. Mais il ne peut pas effacer les images qui ont déjà été partagées. Il ne peut pas faire oublier les visages qui ont déjà été vus. La mémoire collective d’un peuple, c’est une chose qui ne s’efface jamais. Et maintenant, le monde entier regarde. Les images sont là. Les preuves sont là. L’histoire est là, gravée dans le numérique, impossible à effacer, impossible à nier. Ça, c’est nouveau. Et ça change tout.
L'impasse et ses dangers
Un régime qui ne s’effondre pas
Malgré l’ampleur des manifestations et la brutalité de la répression, le régime iranien ne semble pas sur le point de s’effondrer. Un responsable occidental a résumé la situation : « L’appareil de sécurité iranien semble toujours en contrôle ». Les manifestations ont pris les autorités par surprise à un moment de vulnérabilité. La guerre avec Israël l’année dernière avait affaibli le régime. Les sanctions avaient érodé son soutien économique. La crise de l’eau avait alimenté le mécontentement populaire. Mais l’appareil d’État – les forces de sécurité, l’armée, les Gardiens de la révolution islamique – a tenu. Il a répondu avec une force démesurée. Et pour l’instant, cela a fonctionné.
Les autorités iraniennes cherchent à projeter une image de normalité. La télévision d’État diffuse des images de grandes processions funéraires pour les membres des forces de sécurité tués dans les manifestations. Des gens agitent des drapeaux. Des portraits d’Ayatollah Ali Khamenei. Des slogans contre les « émeutiers ». Le message est clair : le régime a du soutien. Le peuple est derrière son guide. Les manifestations sont l’œuvre d’une minorité manipulée par des puissances étrangères. C’est un récit qui pourrait être vrai. Ou qui pourrait être une fabrication. Dans le brouillard de guerre de l’information qui recouvre l’Iran, il est difficile de faire la distinction. Mais une chose est sûre : le régime n’a pas l’intention de céder. Il a choisi la survie par la force. Et pour l’instant, cette force tient.
L’impasse américaine
Les États-Unis se trouvent également dans une impasse. Trump veut intervenir. Il a fait des promesses aux manifestants iraniens. Il a menacé le régime iranien. Mais la voie à suivre n’est pas claire. Une intervention militaire directe risque de déstabiliser toute la région. L’Iran a averti qu’il attaquerait les bases américaines dans tout le Moyen-Orient. Il pourrait cibler Israël. Il pourrait fermer le détroit d’Ormuz, paralysant le commerce mondial du pétrole. Les risques d’escalade sont énormes. Et les coûts – humains, économiques, politiques – pourraient être dévastateurs.
En même temps, l’inaction a aussi ses coûts. Si Trump ne tient pas sa promesse d’intervenir, il perdra sa crédibilité. Les manifestants iraniens se sentiront trahis. Le régime iranien interprétera le silence américain comme un feu vert pour poursuivre la répression. D’autres régimes autoritaires dans le monde concluront que les menaces américaines sont des paroles en l’air. La balance est délicate. Le calcul est complexe. Et le temps presse. Chaque jour qui passe sans que Trump n’agisse renforce le régime iranien. Chaque jour qui passe sans que la répression ne s’arrête coûte des vies iraniennes. L’impasse est totale. Et quelque chose doit céder.
Je regarde cette impasse et je me demande : est-ce qu’on a déjà été aussi proche du désastre sans qu’aucun des acteurs ne veuille vraiment y aller ? Trump veut un coup rapide. Le régime veut survivre. Les manifestants veulent la liberté. Les alliés américains veulent la stabilité. Tout le monde veut quelque chose de différent. Et pourtant, les chemins vers ces objectifs se croisent dans un nœud qui semble impossible à défaire. C’est comme une scène de théâtre tragique où chaque personnage a des motivations compréhensibles mais où leurs actions combinées mènent inexorablement vers la catastrophe. Et le pire, c’est que tout le monde le voit venir. Les diplomates, les militaires, les analystes. Ils le voient venir. Et ils semblent impuissants à l’arrêter.
Les heures qui viennent
Le compte à rebours continue
Deux responsables européens ont déclaré à Reuters qu’une intervention militaire américaine pourrait survenir dans les 24 prochaines heures. Un responsable israélien a dit qu’il semblait que Trump avait décidé d’intervenir, bien que l’étendue et le calendrier restent flous. Le Conseil de sécurité de l’ONU devait se réunir jeudi à la demande des États-Unis pour discuter de la situation en Iran. Tous ces signes pointent dans la même direction : quelque chose est sur le point d’arriver. La question n’est plus « si » mais « quand ». Et « comment ».
Les préparatifs continuent. Les avions militaires se déplacent. Les navires de guerre prennent position. Les forces spéciales se mettent en alerte. La machine de guerre américaine est en mouvement, prête à frapper si Trump donne l’ordre. En Iran, le régime se prépare aussi. Les batteries de missiles sont déployées. Les abris anti-aériens sont ouverts. Les forces de sécurité sont en état d’alerte maximale. Les deux camps se préparent au pire. Et entre eux, des millions de civils – iraniens, américains, européens, arabes – attendent, prient, espèrent, craignent. Le monde retient son souffle.
Les scénarios possibles
Plusieurs scénarios sont possibles dans les heures et les jours à venir. Le premier : Trump ordonne une série de frappes limitées contre des cibles militaires et politiques iraniennes. Installations nucléaires. Quartiers généraux des Gardiens de la révolution. Résidences des dirigeants. Des frappes chirurgicales conçues pour punir le régime pour la répression sans déclencher une guerre totale. Le deuxième : l’Iran riposte violemment, attaquant les bases américaines dans la région, frappant Israël, peut-être même lançant des missiles vers l’Europe. Les États-Unis ripostent à leur tour. L’escalade se transforme en guerre ouverte.
Le troisième scénario : Trump, à la dernière minute, décide de ne pas attaquer. Il reçoit des garanties supplémentaires du régime iranien que les exécutions ne se produiront pas. Il conclut que les coûts d’une intervention dépassent les bénéfices potentiels. Il choisit la prudence plutôt que l’action. Dans ce scénario, la crise s’apaise temporairement mais la situation reste instable. Le régime iranien, ayant survécu à cette menace, pourrait se sentir renforcé. Les manifestants, sentant que l’aide promise ne viendra pas, pourraient perdre espoir. L’impasse continue. Aucun de ces scénarios n’est idéal. Aucun ne garantit une fin heureuse. Mais l’un d’eux deviendra réalité dans les heures qui viennent.
C’est cette attente qui tue. Pas la guerre elle-même. Cette période suspensive où tout est encore possible, où chaque heure qui passe pourrait être celle où tout bascule. J’imagine les familles en ce moment même. Les parents qui essaient de dormir mais qui gardent un œil ouvert sur leurs enfants. Les soldats qui vérifient leur équipement pour la dixième fois. Les diplomates qui composent des numéros de téléphone désespérément. Les journalistes qui attendent devant leurs écrans. Nous sommes tous, d’une certaine manière, en train d’attendre. D’attendre que l’histoire se décide. D’attendre que quelqu’un, quelque part, appuie sur un bouton ou prononce un mot qui change tout. Et pendant qu’on attend, le temps continue de passer. Les secondes s’écoulent. Les minutes s’accumulent. Chaque instant qui passe nous rapproche un peu plus du moment de vérité.
Conclusion : Après l'orage
Le monde après l’intervention
Quelle que soit l’issue, le monde après cette crise sera différent. Si les États-Unis attaquent l’Iran, la région Moyen-Orient pourrait être plongée dans un chaos encore plus grand que celui qu’elle connaît déjà. Les alliances seront mises à l’épreuve. Les vieilles rivalités pourraient resurgir. Les prix du pétrole pourraient exploser, déstabilisant l’économie mondiale. Les réfugiés pourraient fuir par millions. Les conséquences humanitaires seraient dévastatrices. L’Iran pourrait se fragmenter ou se radicaliser davantage. Le régime pourrait tomber ou devenir encore plus autoritaire pour survivre. Personne ne peut prédire avec certitude ce qui se passerait après une intervention américaine. Mais personne ne pense que ce serait facile.
Si Trump choisit de ne pas intervenir, les conséquences seraient également significatives. Le régime iranien, ayant survécu à la menace la plus sérieuse depuis des décennies, pourrait se sentir invincible. La répression pourrait s’intensifier. Les manifestants pourraient être abandonnés à leur sort. La crédibilité américaine pourrait souffrir. Les alliés de Washington dans la région pourraient commencer à douter de la fiabilité de leur partenaire. Les ennemis des États-Unis pourraient en conclure que les menaces américaines sont vides de sens. L’équilibre des pouvoirs pourrait changer de manière subtile mais importante. Même l’inaction a des conséquences. Des conséquences qui façonneront le monde pour les années, peut-être les décennies, à venir.
Les leçons à tirer
Cette crise nous rappelle plusieurs vérités inconfortables. La première : la paix est fragile. Elle peut se briser en quelques heures, par quelques mots prononcés par un leader politique, par quelques décisions prises dans une salle de guerre. La deuxième : les régimes autoritaires, quand ils se sentent menacés, n’hésitent pas à utiliser une violence extrême pour survivre. La troisième : les superpuissances peuvent intervenir n’importe où, n’importe quand, si elles décident que leurs intérêts sont en jeu. La quatrième : les civils sont toujours les premières victimes. Ils sont pris entre deux feux, écrasés par des forces qui les dépassent, sacrifiés pour des causes qui ne sont pas les leurs.
Pour l’instant, nous attendons. Nous regardons. Nous prions, pour ceux qui croient. Nous espérons, pour ceux qui ont encore de l’espoir. Mais surtout, nous nous souvenons. Nous nous souvenons des visages des manifestants iraniens. De leurs slogans. De leur courage. Nous nous souvenons des noms des victimes. Des familles endeuillées. Des villes en deuil. Nous nous souvenons parce que c’est la seule chose que nous pouvons faire. Se souvenir, c’est une forme de résistance. C’est une façon de dire que même si le monde oublie, nous non. Même si les têtes parlantes passent à autre chose, nous non. Nous nous souvenons. Et nous espérons que demain, quand nous regardons en arrière, nous pourrons dire que nous avons fait tout ce que nous pouvions.
Je pense à cette mère à Téhéran. Celle dont je parlais au début. Celle dont le téléphone ne sonne plus parce que son fils ne répondra plus jamais. Demain, peut-être, les bombes tomberont. Ou peut-être pas. Mais pour elle, la guerre est déjà finie. Elle a perdu. Elle a perdu ce qu’elle avait de plus précieux. Et aucune déclaration de Trump, aucun calcul géopolitique, aucune considération stratégique ne lui rendra son fils. C’est ça, la tragédie ultime de la guerre. Pas les destructions. Pas les morts. C’est cette connaissance intime, déchirante, absolue que rien ne sera jamais comme avant. Que le monde a basculé dans l’irréparable. Et pendant que les leaders décident, que les généraux planifient, que les diplomates négocient, cette mère pleure. Elle pleure aujourd’hui. Elle pleurera demain. Et elle pleurera encore l’année prochaine. Parce que ça, les guerres ne peuvent pas le réparer. Le temps ne peut pas le réparer. Seulement, peut-être, le souvenir. Seulement, peut-être, la certitude que son fils n’a pas vécu en vain. Que sa mort, comme celles de milliers d’autres, servira un jour à construire un monde où les mères n’auront plus à pleurer leurs enfants. C’est un espoir fragile. C’est un espoir désespéré. Mais c’est le seul qui nous reste.
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et commerciales qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués gouvernementaux, les déclarations officielles des dirigeants politiques, les rapports d’agences de presse internationales reconnues telles que Reuters, NBC News, Associated Press, Agence France-Presse, ainsi que les données d’organisations internationales.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
blank »>Indian Express – ‘Swift, decisive blow to regime’: What Donald Trump wants US military intervention in Iran to be (15 janvier 2026)
blank »>NBC News – Trump says U.S. will intervene if Iran kills peaceful protesters as economic unrest spreads (2 janvier 2026)
blank »>Associated Press – Trump claims killing of Iran protesters ‘has stopped’ even as Tehran signals executions ahead (14 janvier 2026)
blank »>Reuters – Iran warns of retaliation if Trump strikes, US withdraws some personnel from bases (14 janvier 2026)
Sources secondaires
blank »>Hengaw Organization for Human Rights – Rapports sur les manifestations en Iran et les victimes (janvier 2026)
blank »>Iran Human Rights Society – Documentation des violations des droits humains en Iran (janvier 2026)
Human Rights Watch – Rapports sur la situation des droits humains en Iran (2025-2026)
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