L’énigme de la contagion invisible

Vous est-il déjà arrivé de bâiller simplement parce que votre collègue d’en face l’a fait ? Ou de vous lever dans un stade, presque machinalement, pour suivre une ola ? C’est étrange, non ? On se croit libre de nos mouvements, et pourtant… Ces petits gestes du quotidien, que l’on range souvent au rayon des banalités, cachent en réalité une mécanique fascinante. C’est ce que les scientifiques appellent la propagation de l’information sociale.
Dans un article captivant pour The Conversation, Guy Théraulaz, chercheur au CNRS et spécialiste de la cognition animale à l’Université de Toulouse, nous ouvre les portes de ce monde invisible. Spoiler : que nous soyons des humains, des poissons ou des insectes, nous fonctionnons souvent sur le même mode opératoire. Pas besoin de chef, pas d’ordres hurlés dans un mégaphone. Tout repose sur notre capacité à copier, interpréter et réagir à ce que fait le voisin. C’est une sorte de réaction en chaîne, parfois subtile, parfois spectaculaire, qui permet à des groupes entiers de prendre des décisions d’une efficacité redoutable.
De la démocratie des chiens sauvages à la ola du stade

Prenons la simple contagion. C’est le niveau un, si l’on peut dire. L’exemple du bâillement est parfait. On l’observe chez nous, bien sûr, mais aussi chez les chimpanzés et, plus surprenant, chez les lycaons (Lycaon pictus). Ces chiens sauvages africains ont une structure sociale incroyable. Avant de partir chasser, ils organisent une sorte de vote… par le bâillement ! Guy Théraulaz explique que plus les bâillements sont nombreux, plus le groupe a de chances de se mettre en branle. Chaque animal devient un petit maillon d’une décision collective. Pas de leader charismatique ici, juste une imitation mutuelle qui débloque l’action.
La nature regorge de ces exemples. Avez-vous déjà entendu parler des abeilles géantes d’Asie, les Apis dorsata ? Face à une attaque de frelons, elles ne paniquent pas. Elles déclenchent une vague visuelle en redressant leur abdomen en rythme. Ça s’appelle le « scintillement ». C’est une alarme collective qui repousse les prédateurs. C’est bluffant d’efficacité.
Et nous ? Eh bien, nous faisons pareil dans les tribunes de football. La fameuse ola. Un petit groupe se lève, les bras en l’air, et hop, l’incitation se propage. Pour que ça marche, il faut un état d’excitabilité intermédiaire — ni trop calme, ni trop hystérique. Le spectateur agit alors exactement comme une cellule cardiaque ou nerveuse : il passe d’inactif à actif, puis tombe dans une phase « réfractaire » (un repos forcé) avant de pouvoir recommencer. On est littéralement des cellules d’un organisme géant le temps d’un match.
Le mystère de la synchronisation parfaite et du poisson suiveur

Parfois, le groupe va plus loin que la simple imitation : il se synchronise. C’est là que ça devient presque poétique. Imaginez une nuit d’été aux États-Unis. Les lucioles mâles de l’espèce Photinus carolinus clignotent pour séduire. Au début, c’est le chaos. Mais dès qu’ils sont assez nombreux, miracle : ils se mettent à flasher tous ensemble, par bouffées, toutes les 12 secondes. Chaque luciole agit comme un oscillateur qui ajuste son rythme sur celui des autres. Si elle voit un flash un peu trop tôt, elle retarde le sien, et inversement.
C’est exactement ce qu’on fait à la fin d’un concert. Vous avez remarqué ? Au début, les applaudissements sont désordonnés, puis, sans qu’aucun chef d’orchestre ne s’en mêle, tout le monde frappe dans les mains en même temps. On devient des métronomes humains. D’ailleurs, plus on tape lentement, mieux on se synchronise.
Mais quand le groupe bouge, c’est une autre paire de manches. Chez les poissons ou les oiseaux, qui décide du cap ? Personne. Et tout le monde. Prenons le méné jaune (Notemigonus crysoleucas), un petit poisson d’Amérique du Nord. Un seul individu change de direction, et c’est tout le banc qui vire de bord par effet domino. Pas de chef, juste de la physique sociale. Des études menées à Toulouse, au Centre de Recherches sur la Cognition Animale, ont montré grâce à la vidéo que chaque poisson ne regarde que quelques voisins. Il s’aligne sur ceux devant et sur les côtés, mais ignore ceux derrière. C’est malin : ça allège le cerveau (la charge cognitive) tout en assurant une réaction rapide.
Selon l’intensité de ces interactions, le groupe change de forme : un nuage dispersé, un tourbillon circulaire (vortex), ou un banc polarisé filant droit. Ils peuvent même atteindre un état de « vigilance maximale », un point critique où le moindre stress (un prédateur, une ombre) fait basculer tout le groupe instantanément. Une intelligence distribuée, prête à déguerpir avant même d’avoir vu le danger.
Conclusion : Les pistes chimiques et le piège de l’habitude

Enfin, l’information ne passe pas toujours par les yeux. Parfois, elle est… chimique. C’est le domaine des fourmis et des termites. Le biologiste Pierre-Paul Grassé appelait ça la stigmergie. Le principe est génial : on laisse une trace dans l’environnement pour les autres. Quand une fourmi Lasius niger trouve du sucre, elle rentre au nid en laissant une piste de phéromones. Les copines suivent la piste, la renforcent, et paf, une autoroute se crée.
Elles sont même capables de choisir la meilleure source de nourriture sans se concerter. Si le sucre est riche, la piste est plus marquée chimiquement. Mais attention, il y a un hic ! Ce système peut se transformer en piège. Si une piste est bien établie vers une source médiocre, et qu’une source géniale apparaît plus tard… c’est trop tard. La « mémoire chimique » du groupe est trop forte, ils restent bloqués sur la mauvaise option. C’est un peu têtu, une colonie.
Au fond, des lucioles aux embouteillages humains, tout repose sur ces ajustements locaux. Comprendre ces mécanismes, c’est utile pour les biologistes, mais aussi pour nos urbanistes ou nos ingénieurs en IA. Car savoir comment une info circule ou s’éteint, c’est la clé pour bâtir des systèmes plus malins, et peut-être, une société un peu plus fluide.
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.
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