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Un départ sur la pointe des pieds

Je ne pourrai sans doute jamais effacer de ma mémoire le regard un peu perdu de Marie-Chantal Chassé. C’était en décembre 2018, à Katowice, en Pologne. Nous étions en pleine COP24, et la toute première ministre de l’Environnement de la CAQ semblait porter le poids du monde sur ses épaules, elle qui avait été dépêchée là-bas à la toute dernière minute. Franchement, ça se sentait qu’elle marchait sur des œufs.

Il faut se rappeler le contexte : elle venait d’être élue deux mois plus tôt, une néophyte en politique qui ne s’attendait probablement pas à hériter d’un ministère aussi complexe. La CAQ, à ce moment-là, n’avait pas vraiment de plateforme climatique solide. L’entrevue que nous avions eue a d’ailleurs tourné court assez vite… une responsable des relations internationales a mis fin à la discussion après quelques minutes à peine, prétextant un rendez-vous, voyant bien que la ministre était en difficulté.

Cette nomination, un véritable cadeau empoisonné pour une personne sans expérience, trahissait peut-être le peu d’intérêt que François Legault portait à l’environnement à ses débuts. Mais bon, en politicien pragmatique qu’il est, il a fini par ajuster le tir. On se souvient de cette phrase marquante où il disait ne pas pouvoir regarder ses deux fils dans les yeux s’il n’agissait pas. Pourtant, une chose est restée constante tout au long de son règne : la protection de la nature ne devait jamais, au grand jamais, nuire au développement économique.

Des virages inattendus et de grands chantiers

credit : saviezvousque.net (image IA)

Il faut rendre à César ce qui est à César : il y a eu des bons coups, parfois là où on ne les attendait pas. Au départ, en 2018, François Legault parlait encore d’exploitation « responsable » du pétrole et lorgnait même vers le gaz de schiste. Mais revirement complet en 2021, lors de la COP26 à Glasgow ! La CAQ ferme la porte aux énergies fossiles et rejoint la Beyond Oil and Gas Alliance (BOGA), que le Québec copréside aujourd’hui avec le Danemark. Un projet de loi en 2022 a même verrouillé tout ça. C’est un changement de cap majeur, il faut l’admettre.

Sur le plan des chiffres, le premier ministre doit sûrement sourire en voyant que le Québec a réussi à découpler ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de sa croissance économique. L’intensité carbone a chuté de près de moitié depuis 1990 par million de dollars de PIB. C’est bien, mais… attention aux comparaisons. L’Ontario a fait mieux avec une réduction de 56 %, principalement grâce au nucléaire. Nous, avec notre hydroélectricité, on n’a pas cette marge de manœuvre facile pour décarboner davantage.

Et c’est là que le bât blesse : le rythme actuel est insuffisant. On vise 37,5 % de réduction d’ici 2030, mais les mesures en place ne nous mèneront qu’à 60 % de cet objectif. Pour compenser, Legault a donné un électrochoc à Hydro-Québec avec le Plan d’action 2035 : 200 milliards de dollars d’investissements ! On parle de tripler l’éolien, de négocier Churchill Falls et Gull Island avec Terre-Neuve, et de lancer le projet Chamouchouane au Saguenay–Lac-Saint-Jean, un monstre de 3000 mégawatts. Ah, et n’oublions pas la ligne bleue du métro de Montréal, qui s’est enfin concrétisée sous son mandat après des décennies d’attente.

Transports et obsessions : les occasions manquées

credit : saviezvousque.net (image IA)

S’il y a un boulet que ce gouvernement a traîné, c’est bien l’obsession du troisième lien à Québec. C’est un cas d’école où l’avis des experts scientifiques a semblé passer au second plan. Proposer un lien autoroutier sans avoir étudié les autres options, c’était… audacieux, disons. Même quand la Caisse a souligné le peu d’avantages pour la mobilité, le projet est resté sur la table trop longtemps. C’est probablement le dossier qui a le plus plombé son bilan.

Le problème est plus large que ça. Les transports représentent 45 % de nos émissions de GES. Les scientifiques le répètent : il faut réaménager les villes et miser sur le collectif. Legault avait promis un rééquilibrage, mais on attend toujours. Dans les faits, c’est le statu quo : environ 70 % du budget va aux routes et seulement 30 % aux transports en commun, une proportion confirmée dans le Plan québécois des infrastructures 2025-2035. Reste à voir si la nouvelle agence, Mobilité Infra Québec, changera la donne, mais j’ai des doutes.

Et puis, il y a cette réticence à toucher au portefeuille des conducteurs. Les Québécois achètent des véhicules de plus en plus gros, mais François Legault refuse catégoriquement d’imposer des mesures pour décourager ces achats, même si ça fonctionne ailleurs. C’est un choix politique clair.

Vitesse et précipitation : quand la nature paie le prix

credit : saviezvousque.net (image IA)

François Legault est un homme pressé, c’est indéniable. L’affaire Northvolt en est l’exemple parfait. On a voulu aller vite, très vite, en contournant le BAPE. Résultat ? On a manqué d’informations cruciales sur la solidité financière de cette jeune pousse suédoise qui a fini par déclarer faillite peu après le début des travaux sur les rives du Richelieu. Cette impatience a un peu terni l’image du gouvernement, je trouve.

Cette volonté d’accélérer s’est aussi vue avec la nomination de Bernard Drainville, mandaté pour faire le ménage dans les délais « interminables » du ministère de l’Environnement. Son projet de loi 5 vise justement à contourner certaines règles pour le développement. Mais l’histoire nous apprend — pensez aux gaz de schiste ou à Énergie Est — que vouloir aller trop vite se retourne souvent contre nous en matière d’acceptabilité sociale.

Le bilan sur la protection du territoire est d’ailleurs assez sombre. La réforme du régime forestier (loi 97) a dû être abandonnée face à la fronde des scientifiques, des Autochtones et même de l’industrie. Les milieux humides ? La commissaire au développement durable a conclu en 2023 à un échec de leur protection. On pense à l’agrandissement du dépotoir de Stablex à Blainville sur un terrain protégé… Et que dire du caribou forestier ? Legault a beaucoup critiqué le plan d’Ottawa, mais n’a pas mis en place de stratégie réelle pour sauver les 35 derniers individus en Gaspésie.

Conclusion : Un héritage en demi-teinte

credit : saviezvousque.net (image IA)

Au final, que retiendra-t-on ? Partout en Occident, l’ardeur pour la lutte climatique semble s’essouffler, et François Legault a suivi cette tendance du désengagement progressif. Il aura marqué le Québec par son approche pragmatique, voyant l’environnement parfois comme une opportunité (quand ça rapporte), mais souvent comme un frein.

La balle est maintenant dans le camp de ses successeurs. Le Québec fera-t-il de la protection du vivant le moteur de son avenir, ou continuera-t-il à opposer PIB et écologie ? La question reste entière.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.

Bilan environnemental : pourquoi l’ère Legault laisse un goût inachevé

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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