Une révélation cachée sous la verdure

On a tous cette image d’Épinal de l’Irlande : des collines verdoyantes, sauvages, balayées par le vent, où l’on imagine que seuls quelques moutons ou des guerriers solitaires ont un jour posé le pied. Pendant des siècles, c’est d’ailleurs exactement comme ça que l’on voyait ces reliefs : de simples repères naturels ou, au mieux, des refuges défensifs temporaires. Mais il faut croire que l’histoire aime nous jouer des tours. Brusselstown Ring, c’est son nom, vient de faire voler en éclats cette vision un peu romantique mais fausse de nos ancêtres.
Située dans le comté de Wicklow, cette colline n’était pas juste un poste d’observation pour guetter l’ennemi. C’était bien plus que ça. Une vaste campagne de relevés aériens couplée à des fouilles minutieuses a révélé quelque chose d’inattendu, presque troublant : un peuplement d’une densité incroyable. On ne parle pas de quelques huttes éparses, mais de centaines de maisons serrées les unes contre les autres. C’est tout le paysage préhistorique de l’île qui se redessine sous nos yeux, nous obligeant à reconsidérer ce que nous croyions savoir sur les sociétés insulaires de l’âge du Bronze.
Une capitale de forteresses au collier de pierre
Il faut se rendre compte de l’échelle du site pour comprendre pourquoi les archéologues sont en ébullition. Brusselstown Ring domine le paysage avec sa double enceinte monumentale, mais elle n’est pas seule. Elle s’inscrit dans ce que les spécialistes ont joliment surnommé « le collier de Baltinglass ». Imaginez un ensemble de treize enceintes sommitales perchées sur les collines voisines… C’est impressionnant. La région est même qualifiée de véritable capitale des forteresses irlandaises, rien que ça ! On y observe une continuité de vie humaine remarquable, qui s’étire du Néolithique jusqu’à l’âge du Bronze.
Mais ce qui rend Brusselstown Ring unique, c’est sa démesure. Son périmètre interne couvre déjà plus de 41 hectares, ce qui est énorme, mais si on inclut les collines adjacentes, on grimpe à plus de 130 hectares. Et le sol… le sol parle encore. Il porte les cicatrices de plus de 600 plateformes circulaires. Elles sont partout, dans l’enclos principal et même dans la zone intermédiaire. Chacune de ces structures, qui mesurent entre 3 et 12 mètres de diamètre, était vraisemblablement une maison. C’est vertigineux quand on y pense.
Pour vous donner une idée, aucun autre site en Irlande ou en Grande-Bretagne n’arrive à la cheville de ces chiffres. D’habitude, les chercheurs tombent sur des sites avec une centaine de maisons, grand maximum, et rarement fortifiées. Prenez Turlough Hill dans le comté de Clare ou Mullaghfarna dans le comté de Sligo… Ce sont pourtant des références majeures, des sites considérés comme « majeurs », et pourtant ils ne dépassent pas les 150 unités. Là, on est dans une tout autre dimension.
La vie quotidienne d’une communauté égalitaire

Pour tenter de comprendre qui vivait là, et surtout comment, une équipe dirigée par Dirk Brandherm a lancé une série de fouilles ciblées en 2024. C’est toujours émouvant d’imaginer ces gestes… Ils ont excavé quatre plateformes de tailles différentes, histoire de voir s’il y avait des chefs d’un côté et le petit peuple de l’autre. Le résultat ? Fascinant. Partout, des signes clairs de vie domestique : des foyers pour se chauffer, des sols soigneusement empierrés, des trous de piquets pour soutenir les toits. Selon Phys.org qui a relayé l’info, il n’y a aucun doute sur la nature résidentielle du lieu.
Par contre, les objets retrouvés… c’est là que ça devient curieux. Les artefacts sont rares. Quelques pierres taillées, des bouts d’argile brûlée, mais rien d’ostentatoire. Les datations au radiocarbone placent tout ce petit monde entre 1210 et 780 avant notre ère, avec même quelques irréductibles qui seraient restés jusqu’en 400 avant J.-C. Mais le plus marquant, c’est l’absence totale de signes de hiérarchie. Pas de palais, pas de trésors cachés dans une grande maison centrale. Tout suggère un mode de vie parfaitement égalitaire, malgré la densité de la population.
C’est une rupture totale avec ce qu’on pensait savoir. Les modèles traditionnels de l’époque nous parlent de hameaux de cinq maisons, tout au plus. Ici, le mot « village » semble presque trop petit. C’est un regroupement planifié, homogène, fait pour durer. On est face à un embryon de vie collective organisée à très grande échelle, bien avant que les fameux oppida continentaux de l’âge du Fer ne pointent le bout de leur nez.
Conclusion : L’eau, preuve d’une intelligence collective

Il y a un dernier détail qui m’a vraiment interpellé dans cette étude publiée dans Antiquity. Ce n’est pas dans les maisons qu’il faut regarder, mais juste à côté, en contrebas d’un affleurement rocheux. Les chercheurs ont trouvé une structure oblongue bizarre, délimitée par de grandes pierres plates. Avec le ruissellement naturel de la pente, tout indique qu’il s’agissait d’un bassin de stockage d’eau. C’est banal aujourd’hui, mais pour une forteresse irlandaise de l’époque, c’est du jamais-vu ! D’autres régions d’Europe connaissaient ça, mais pas ici.
Cette gestion de l’eau, couplée à ces centaines de maisons, nous prouve qu’on n’avait pas affaire à des barbares désorganisés cherchant juste à se protéger. Brusselstown Ring était un vrai lieu de vie, pensé pour le collectif, anticipant les besoins de ses habitants. Cela demandait une coordination folle pour mobiliser les ressources et construire tout ça. Au fond, cette proto-cité nous montre une facette oubliée de notre passé : une époque où l’organisation sociale ne passait peut-être ni par la domination d’un chef, ni par le prestige, mais simplement par la coopération. Et ça, c’est une belle leçon.
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Sous une colline irlandaise, une découverte remet tout en cause
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