Des défaites étrangères qui s’accumulent
L’Iran est mûr pour le changement, c’est incontestable. Les dernières années ont été particulièrement humiliantes pour le régime des mollahs sur la scène internationale. Leur proxy à Gaza, le Hamas, a lancé les attaques du 7 octobre sans que Téhéran n’en soit pleinement informé des détails, les entraînant dans un conflit sur lequel ils avaient peu de contrôle. Ce manque de coordination et cette incapacité à maîtriser leurs propres alliés régionaux ont révélé des failles profondes dans l’appareil de direction iranien. Ils ont ensuite dû accepter qu’un autre proxy qu’ils ont passé des décennies à cultiver, le Hezbollah, reste pratiquement en marge d’un conflit plus large avec les Israéliens, limitant ainsi leur capacité à projeter leur influence dans la région. Cette passivité forcée contrastait violemment avec la rhétorique belliqueuse habituelle de Téhéran et ses menaces répétées de détruire Israël.
Les rebelles houthis armés par l’Iran au Yémen ont lancé des attaques qui ont eu un impact quasi nul sur Israël, démontrant une fois de plus les limites de la capacité de projection iranienne et l’inefficacité de leurs alliés régionaux. Pire encore, le régime syrien de Bachar al-Assad, un allié de longue date de l’Iran, s’est effondré avec Assad s’enfuyant à Moscou, gaspillant ainsi les efforts iraniens investis pour le maintenir au pouvoir pendant la guerre civile dévastatrice du pays. L’Iran avait investi des milliards de dollars et des milliers de vies dans le soutien à Assad, considérant la Syrie comme un maillon essentiel de son axe de résistance régionale. La chute du régime syrien représente donc non seulement un revers stratégique majeur mais aussi un investissement considérable perdu à jamais, avec des conséquences durables sur la capacité de l’Iran à maintenir son influence au Levant.
Il y a quelque chose d’ironique à voir un régime qui se présente comme le bastion de la résistance anti-impérialiste se faire ainsi marginaliser par ses propres alliés. Le Hamas agit sans consulter Téhéran, le Hezbollah reste au balcon, les Houthis frappent dans le vide… C’est comme voir une marionnettiste perdre le contrôle de ses marionnettes une par une. Ce qui m’attriste le plus dans cette situation, c’est que les populations civiles continuent de payer le prix de ces calculs stratégiques ratés. Les Syriens ont souffert des années de guerre pour un régime qui s’effondre finalement, les Yéménites vivent dans une pauvreté abyssale tandis que leurs « protecteurs » lancent des missiles inefficaces, et le peuple iranien continue de s’appauvrir pour financer des aventures étrangères qui finissent en désastre. Quand est-ce que les dirigeants comprendront que la véritable puissance réside dans le bien-être de leur propre peuple plutôt que dans des alliances fragiles avec des groupes armés ?
L’effondrement de l’axe chiite
Il y a dix ans, l’Iran semblait être sur le point de créer une autoroute chiite allant de Téhéran à Beyrouth, avec des points de contrôle dans le golfe Persique et la mer Rouge. Cette sphère d’influence semble aujourd’hui en lambeaux. L’Irak semble déterminé à se libérer du joug de l’influence iranienne et espère que les récentes élections et l’instabilité en Iran affaibliront les groupes armés œuvrant sous l’autorité des ayatollahs. Le gouvernement irakien, qui avait longtemps navigué entre l’influence américaine et iranienne, semble maintenant prendre ses distances avec Téhéran, conscient que la population irakienne est de plus en plus hostile à toute ingérence étrangère. Les milices chiites irakiennes, longtemps financées et entraînées par l’Iran, se retrouvent désormais dans une position précaire, leur légitimité contestée par une population fatiguée de la violence et de la corruption.
À cela s’ajoute une économie en effondrement complet, une devise dévaluée et la répression des droits d’une population très jeune qui ne se résout pas à l’impasse. Le rial iranien a perdu une grande partie de sa valeur ces dernières années, rendant les produits de première nécessité inaccessibles pour la majorité de la population. L’inflation galopante, le chômage des jeunes et la corruption généralisée ont créé un cocktail explosif qui a alimenté les protestations de décembre. Les sanctions économiques américaines et européennes ont aggravé cette situation, mais l’incapacité du régime à mettre en place des réformes économiques structurelles est également en cause. Les tentatives du gouvernement pour contrôler les prix et réprimer les marchés noirs n’ont fait qu’aggraver la situation, créant des pénuries et alimentant le mécontentement populaire.
Je ne peux m’empêcher de penser à cette génération d’Iraniens qui n’a connu que le régime des mollahs mais qui rêve d’autre chose. Ces jeunes qui utilisent les VPN pour contourner la censure, qui écoutent de la musique occidentale en secret, qui s’organisent sur des applications cryptées pour protester… ils représentent l’avenir de ce pays, pas des religieux âgés enfermés dans leur idéologie obscurantiste. Ce qui me frappe, c’est leur résilience face à l’adversité. Malgré la répression, malgré la pauvreté, malgré l’isolement international, ils continuent de se battre pour une vie meilleure. Et pourtant, le monde continue de les abandonner, de les traiter comme des pions dans un jeu géopolitique qui les dépasse. C’est à se demander si nous méritons vraiment le leadership que nous prétendons exercer sur la scène mondiale.
Section 3 : les alternatives au régime existent-elles vraiment ?
Le fantôme de la monarchie qui revient hanter Téhéran
Reza Pahlavi, le fils du dernier shah, a clairement fait connaître ses intentions de diriger l’Iran en tant que figure de transition. La dernière chose que les gens veulent est un roi prétendant prendre la place de la théocratie qui a déposé son père pour violations des droits humains, corruption et autoritarisme. Bien que Pahlavi mérite d’être salué pour avoir appelé à des protestations, il est ridicule de penser que quelqu’un qui n’a pas mis les pieds en Iran depuis plus de quatre décennies pourrait être mis à la tête d’un pays que son père a dirigé si mal qu’une théocratie semblait être une meilleure option à l’époque. Les Iraniens se souviennent encore du règne de Mohammad Reza Pahlavi : la SAVAK, la police secrète qui torturait et assassinait les opposants, la corruption généralisée, la répression des manifestations, l’alliance servile avec les États-Unis qui alimentait le sentiment nationaliste.
L’opposition iranienne en exil est fragmentée et divisée, avec différentes factions et personnalités qui se disputent la légitimité et le leadership. Outre Pahlavi, il existe des groupes de gauche, des organisations kurdes, des mouvements étudents, et des personnalités religieuses réformatrices qui proposent toutes différentes visions pour l’avenir du pays. Cette fragmentation rend difficile la création d’une alternative unie et crédible au régime actuel. Les Iraniens à l’intérieur du pays restent sceptiques quant à l’opposition en exil, qu’ils perçoivent souvent comme déconnectée de la réalité quotidienne et des luttes qu’ils mènent sur le terrain. La distance géographique et culturelle entre ces leaders exilés et la population iranienne actuelle crée un fossé difficile à combler, d’autant plus que quatre décennies de régime islamique ont transformé la société iranienne de manière profonde.
Il y a quelque chose de pathétique dans cette vision que l’opposition iranienne doive nécessairement venir de l’extérieur, et pire encore, de la famille du shah déchu. Comme si le peuple iranien était incapable de générer ses propres leaders, ses propres solutions ! Pahlavi vit aux États-Unis depuis des décennies, il ne connaît plus la réalité du pays qu’il prétend diriger. Il parle un anglais parfait, il côtoie des diplomates américains et européens, il se fait photographier dans des hôtels luxueux pendant que le peuple iranien se bat dans les rues. Comment croire qu’il pourrait incarner le changement que les gens veulent ? Ce n’est pas juste une question de légitimité politique, c’est une question de connexion humaine. Les Iraniens veulent des leaders qui ont vécu ce qu’ils vivent, qui ont souffert comme eux, qui comprennent leurs aspirations et leurs frustrations. Pas des héritiers de dictateurs qui ont fui le pays à la première occasion.
L’impasse entre théocratie et démocratie
L’Iran n’a pas besoin de rester une théocratie pour autant. L’ayatollah Khamenei et les élites religieuses du pays ont dirigé le pays de manière très similaire au shah. La répression des droits, les exécutions, la corruption et l’autoritarisme sont la norme, ainsi que des milliards dépensés pour déstabiliser leurs voisins au lieu d’investir des ressources dans leur propre peuple. La révolution iranienne a échoué depuis longtemps, mais seule une oppression brutale la maintient au pouvoir. Les gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime, contrôlent une large partie de l’économie et répriment toute dissidence avec une efficacité redoutable. Les élections, quand elles ont lieu, sont soigneusement contrôlées pour garantir que seuls les candidats fidèles au système puissent se présenter.
Cependant, les mécanismes de contrôle du régime commencent à montrer des signes d’usure. La base du pouvoir des mollahs repose sur un réseau complexe de patronage et de répression qui nécessite des ressources considérables. Avec l’économie en difficulté et les sanctions économiques qui s’accumulent, le régime rencontre des difficultés croissantes à financer cet appareil de contrôle. Les gardiens de la révolution, qui ont longtemps été le pilier du régime, commencent à montrer des signes de division et de corruption interne. Certains officiers ont commencé à remettre en question la politique étrangère aventureuse du régime, qui a coûté cher en vies et en argent sans apporter de bénéfices tangibles à la population iranienne. Ces fissures au sein même de l’appareil d’État créent des opportunités pour l’opposition, à condition qu’elle parvienne à s’organiser et à présenter une alternative crédible.
Ce qui me désespère le plus dans cette situation, c’est cette idée fausse que le choix se résume à la théocratie actuelle ou au retour de la monarchie. Comme si le peuple iranien n’était pas capable de concevoir autre chose que ces deux options terriblement limitées ! L’Iran a une histoire millénaire, une culture riche, une population éduquée et entrepreneuse. Pourquoi devrions-nous accepter que leur avenir se réduise à choisir entre deux formes d’autoritarisme ? Il existe des alternatives, des modèles démocratiques qui pourraient fonctionner en Iran, des réformes qui pourraient transformer le pays sans effusion de sang. Mais pour cela, il faut que la communauté internationale soutienne véritablement les forces démocratiques iraniennes, pas juste en paroles mais avec des actions concrètes. Et malheureusement, ce que nous avons vu ces dernières semaines ne donne pas beaucoup d’espoir à cet égard.
Section 4 : la géopolitique de l'inaction
L’administration Trump prise en étau
Trump avait raison de défier le régime et d’encourager les protestataires. Tout président digne de ce nom aurait fait de même. Mais il est allé plus loin : en menaçant d’agir contre le gouvernement, il a donné l’espoir aux protestataires qu’ils seraient effectivement soutenus par les États-Unis. Cet espoir, comme nous le voyons maintenant, était prématuré et mal fondé. L’administration américaine se trouvait dans une position délicate, tiraillée entre ses instincts interventionnistes et les contraintes géopolitiques très réelles. D’un côté, le président et ses alliés politiques voyaient une opportunité d’affaiblir un ennemi de longue date et de gagner des points auprès des électeurs américains en montrant une fermeté face à un régime dictatorial. De l’autre côté, le département d’État, le Pentagone et les services de renseignement mettaient en garde contre les risques d’une intervention militaire dans un pays aussi complexe et stratégiquement important que l’Iran.
Les alliés européens et asiatiques des États-Unis ont également exprimé de sérieuses réserves quant à une intervention militaire. L’Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont tous souligné les risques d’escalade régionale et l’impact potentiel sur les marchés mondiaux du pétrole. La Chine et la Russie, qui ont des intérêts importants en Iran, ont averti qu’elles s’opposeraient à toute action unilatérale américaine. Ces pressions internationales ont fini par l’emporter sur les instincts interventionnistes de l’administration Trump. L’absence de consensus au sein même de l’administration américaine, entre ceux qui voulaient une action militaire rapide et ceux qui préconisaient une approche plus diplomatique, a également contribué à l’inaction finale. Les divisions internes ont empêché l’élaboration d’une stratégie cohérente, laissant le régime iranien libre de réprimer les protestations sans craindre de conséquences sérieuses.
C’est toujours la même histoire, n’est-ce pas ? Les États-Unis prétendent être le défenseur de la liberté et de la démocratie dans le monde, mais quand vient le moment de passer aux actes, ils trouvent toujours des excuses pour ne pas intervenir. Je suis fatigué de ces discours creux, ces promesses vides, ces menaces qui ne sont jamais suivies d’action. Les dirigeants américains semblent avoir oublié que la liberté se mérite, qu’elle se défend, qu’elle ne se gagne pas par des tweets mais par des actions concrètes. Ce qui m’attriste le plus, c’est de voir comment les populations civiles continuent d’être les victimes de ces hésitations politiques. Les Iraniens qui sont morts dans les rues, qui ont été torturés dans les prisons, qui ont vu leurs familles détruites… tout cela pour rien, parce que l’Amérique n’a pas eu le courage de ses convictions. C’est une tragédie qui se répète encore et encore, et je ne sais pas combien de temps nous pouvons continuer à tolérer cette hypocrisie.
Les calculs cyniques des puissances régionales
Les pays du Golfe, bien qu’officiellement opposés à l’influence iranienne dans la région, ont également des raisons complexes de s’opposer à une intervention américaine qui pourrait déstabiliser davantage la région. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis craignent qu’un effondrement du régime iranien ne crée un vide de pouvoir qui pourrait être encore plus dangereux que le statu quo actuel. Ils redoutent l’émergence de factions radicales, d’une guerre civile prolongée, ou d’une ingérence encore plus grande de puissances extra-régionales comme la Russie et la Chine. Ces pays ont également des intérêts économiques importants en Iran, notamment dans le secteur énergétique, qu’ils ne veulent pas voir compromis par une guerre ou une instabilité prolongée. Leur opposition à une intervention militaire n’est donc pas motivée par un quelconque soutien au régime iranien, mais plutôt par un calcul cynique des risques et des avantages géopolitiques.
Israël, qui est l’ennemi le plus virulent de l’Iran, se trouve également dans une position complexe. Bien que l’État hébreu souhaiterait voir l’Iran affaibli, il ne veut pas d’un effondrement chaotique qui pourrait créer des problèmes de sécurité à ses frontières. Les dirigeants israéliens craignent qu’un Iran en plein chaos devienne un terrain fertile pour les groupes extrémistes et les milices qui pourraient menacer directement Israël. C’est pourquoi l’approche israélienne a été de contenir l’Iran plutôt que de chercher à renverser son régime de manière directe. Les frappes ciblées contre les installations nucléaires iraniennes, les opérations cybernétiques et les assassinats de scientifiques iraniens sont autant de méthodes pour affaiblir Téhéran sans provoquer une guerre totale. Cette approche prudente contraste avec la rhétorique belliqueuse de certains politiciens américains qui appellent à une intervention militaire directe.
Il y a quelque chose de déprimant dans cette realpolitik froide et calculatrice. Les pays du Golfe, Israël, les puissances occidentales… tous semblent faire des calculs stratégiques en ignorant complètement le sort du peuple iranien. Pour eux, les Iraniens ne sont que des pions sur un échiquier géopolitique, des variables dans des équations complexes qui n’ont rien à voir avec les aspirations humaines fondamentales. Je ne peux m’empêcher de penser à cette mère qui a perdu sa fille de quinze ans dans les protestations, à cet étudiant arrêté pour avoir simplement participé à une manifestation, à toutes ces vies brisées par un régime brutal tandis que le monde regarde passivement. N’y a-t-il plus aucune place pour la morale dans la politique internationale ? Sommes-nous condamnés à perpétuellement sacrifier les populations civiles sur l’autel des intérêts stratégiques ?
Section 5 : les leçons d'un échec prédit
Les limites de la diplomatie des menaces
Il est probablement illusoire de penser qu’une frappe militaire contre le gouvernement iranien aurait entraîné l’effondrement du régime. Israël et les États arabes s’y sont opposés, tout comme des membres de l’administration Trump. Les protestataires arrêtés en Iran ne seront peut-être pas exécutés aujourd’hui, mais ils le seront après que Trump aura oublié leur existence. Cette réalité brutale doit être acceptée : les menaces verbales, aussi fortes soient-elles, ne suffisent pas à faire plier un régime déterminé à maintenir son pouvoir à tout prix. L’histoire nous a appris maintes fois que les dictatures sont remarquablement résilientes face aux pressions externes, tant qu’elles maintiennent le contrôle sur leurs forces de sécurité et leur appareil répressif. L’Iran n’est pas une exception à cette règle.
Les sanctions économiques, bien qu’elles aient eu un impact significatif sur l’économie iranienne, n’ont pas réussi à provoquer un changement de régime ou même des réformes substantielles. Au contraire, le régime a utilisé les sanctions comme un bouc émissaire pour expliquer les difficultés économiques du pays, blâmant l’Occident plutôt que sa propre mauvaise gestion. Les sanctions ont également renforcé la main des éléments durs du régime qui préconisent une ligne plus nationaliste et confrontatrice, argumentant que toute compromission avec l’Occident est vouée à l’échec. Cette dynamique a rendu plus difficile pour les modérés au sein du régime d’argumenter en faveur de réformes, car ils sont perçus comme faibles ou complices des ennemis extérieurs. Le résultat net est que les sanctions ont souvent l’effet paradoxal de renforcer le régime qu’elles sont censées affaiblir.
J’ai l’impression de revivre les mêmes scénarios encore et encore. Menaces, sanctions, condamnations internationales… et pourtant les dictatures continuent de se perpétuer, les populations continuent de souffrir, le statu quo perdure. Pourquoi sommes-nous incapables d’apprendre de nos erreurs ? Pourquoi continuons-nous à croire que les mêmes approches inefficaces produiront des résultats différents cette fois ? Il y a quelque chose de dérisoire dans cette répétition, comme si nous étions condamnés à rejouer la même pièce sans fin, avec les mêmes acteurs, les mêmes dialogues, et la même conclusion tragique. Ce qui me frappe le plus, c’est la résilience de ces régimes autoritaires face à l’adversité. Ils savent exactement comment jouer le jeu international, comment utiliser les menaces occidentales pour renforcer leur légitimité interne, comment diviser leurs opposants et neutraliser la pression externe. Tandis que nous, avec nos bons sentiments et nos principes démocratiques, nous continuons de perdre bataille après bataille.
La fragilité des alliances de circonstance
La communauté internationale a démontré une fois de plus son incapacité à s’unir face aux violations des droits humains et à l’oppression dictatoriale. Les divisions entre les grandes puissances, les intérêts contradictoires des pays régionaux, et les calculs cyniques de la realpolitik ont empêché toute réponse coordonnée et efficace. L’Union européenne, bien que critiques à l’égard du régime iranien, a privilégié la préservation de l’accord nucléaire et la stabilité régionale sur le soutien à l’opposition intérieure. La Chine et la Russie ont systématiquement bloqué toute résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui aurait pu condamner la répression iranienne ou imposer de nouvelles sanctions. Les États-Unis, malgré leur rhétorique ferme, ont fini par reculer sous la pression de leurs alliés et de leurs propres divisions internes.
Cette fragmentation internationale a laissé le champ libre au régime iranien pour réprimer les protestations avec une impunité quasi totale. Les autorités iraniennes savent qu’elles peuvent compter sur le veto russe et chinois au Conseil de sécurité, sur l’hesitation européenne à prendre des mesures radicales, et sur l’inconstance de la politique américaine. Cette connaissance leur donne une confiance accrue dans leur capacité à survivre aux crises internes et externes. L’absence de consensus international signifie également que le régime peut jouer les divisions entre les grandes puissances pour obtenir des concessions ou des délais. C’est une stratégie qui a fonctionné par le passé et qui continue de porter ses fruits, comme l’a démontré la récente crise des protestations.
Cette incapacité de la communauté internationale à agir de manière unie face à l’injustice me dépasse. Comment pouvons-nous prétendre défendre les valeurs universelles si nous ne sommes même pas capables de nous mettre d’accord sur une réponse à des violations flagrantes des droits humains ? Les divisions politiques et les intérêts nationaux semblent toujours primer sur la morale et les principes. Ce qui me désespère le plus, c’est la banalisation de cette inaction. Nous sommes devenus tellement habitués à voir des dictatures opprimer leur peuple sans conséquences que cela ne nous choque même plus. La Syrie, le Venezuela, le Myanmar, l’Iran… la liste s’allonge encore et encore, et notre réponse reste la même : des mots, des mots, et encore des mots. Quand est-ce que nous comprendrons que les mots ne suffisent pas, que la justice exige des actes, que la liberté se mérite ?
Section 6 : le prix payé par les victimes
Des vies brisées pour rien
Les rapports qui commencent à émerger du blackout internet iranien peignent un tableau horrifiant de la répression. Des centaines, peut-être des milliers de corps entassés dans les centres médico-légaux de Téhéran et d’autres villes. Des familles qui cherchent désespérément leurs proches disparus, confrontées à des autorités qui refusent de fournir la moindre information. Des témoignages de torture, d’exécutions sommaires, de viols et d’autres atrocités commises par les forces de sécurité. Les hôpitaux sont débordés par le nombre de victimes, manquant de fournitures médicales et de personnel pour faire face à cette vague de violence. Les médecins qui tentent de soigner les blessés risquent leur propre vie en violant les ordres du gouvernement qui leur interdisent de traiter les protestataires.
La plupart des victimes sont de jeunes Iraniens, des étudiants, des travailleurs, des gens ordinaires qui ont simplement osé demander une vie meilleure. Certains avaient seulement une vingtaine d’années, d’autres étaient des enfants. Des arbitres de football, des infirmières, des enseignants… des personnes qui n’avaient jamais imaginé un jour se retrouver confrontées à la brutalité d’un régime déterminé à écraser toute opposition. Ces vies ne sont pas simplement des statistiques, ce sont des histoires humaines tragiques qui méritent d’être racontées et honorées. Chaque victime représente un potentiel perdu, des rêves brisés, des familles déchirées par la violence d’un État qui devrait les protéger. Le coût humain de cette répression est incalculable et continuera de se faire sentir pendant des générations.
Quand je pense à ces victimes, je ressens une colère sourde qui ne me quitte pas. Cette colère contre un régime qui n’a aucune limite dans sa cruauté, contre une communauté internationale qui reste passive, contre un système qui sacrifie les innocents sur l’autel de la stabilité. Mais surtout, je ressens une immense tristesse. Tristesse pour ces jeunes qui n’auront jamais l’occasion de réaliser leurs rêves, pour ces parents qui ont enterré leurs enfants, pour tout ce potentiel humain gaspillé par une idéologie obscurantiste et une politique internationale lâche. Je me demande souvent ce que ces victimes penseraient si elles pouvaient voir comment le monde a réagi à leur sacrifice. Seraient-elles fières de voir les gouvernements occidentaux condamner verbalement leur massacre tout en continuant de faire des affaires avec leurs tueurs ? Ou seraient-elles dégoûtées par cette hypocrisie ? Je n’ai pas de réponse, mais cette question me hante.
Le traumatisme collectif d’une nation
Au-delà du coût immédiat en vies humaines, cette répression laissera des cicatrices profondes et durables sur la société iranienne. Les traumatismes de la violence d’État, de la torture, de la perte d’êtres chers ne disparaissent pas avec le temps. Ils se transmettent de génération en génération, façonnant la mémoire collective et la psychologie nationale. Les Iraniens ont déjà connu de tels traumatismes par le passé : la révolution de 1979, la guerre avec l’Irak, les purges des années 1980, les protestations de 2009 et de 2022. Chaque événement a ajouté une couche supplémentaire à un traumatisme collectif qui définit la relation entre le peuple iranien et son État.
Ce traumatisme se manifeste de différentes manières : la méfiance envers les institutions, la peur de l’engagement politique, l’émigration massive des jeunes et des élites, la dépression et d’autres problèmes de santé mentale. Les générations futures d’Iraniennes et d’Iraniens grandiront avec ces histoires de violence et d’oppression, influençant leur perception du monde et leurs aspirations politiques. Même si le régime finissait par tomber un jour, le chemin vers la guérison nationale serait long et difficile. La réconciliation, la justice transitionnelle, la reconstruction de la confiance entre les citoyens et l’État seraient des défis majeurs pour tout gouvernement post-révolutionnaire. En attendant, la société iranienne continue de vivre sous l’emprise de ce traumatisme, incapable de guérir pleinement tant que les causes profondes de la violence ne sont pas abordées.
Ce qui me frappe le plus dans cette situation, c’est la résilience du peuple iranien malgré tout. Malgré des décennies de répression, malgré les traumatismes accumulés, malgré les sacrifices, les Iraniens continuent de se battre, de rêver, d’espérer. Cette capacité à persévérer face à l’adversité me fascine et m’inspire en même temps. Je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase souvent attribuée à Nelson Mandela : « l’ennemi du peuple n’est pas son oppresseur, c’est l’apathie et la peur. » Les Iraniens ont refusé de céder à l’apathie et à la peur, et cela mérite notre respect et notre admiration. Mais cette résilience ne devrait pas nous dispenser d’agir. Au contraire, elle devrait nous interpeller, nous pousser à faire plus, à être meilleurs. Si un peuple peut faire preuve d’un tel courage face à une telle oppression, pourquoi ne pouvons-nous pas, nous, faire preuve du même courage dans notre soutien à leur cause ?
Section 7 : quel avenir pour l'Iran ?
Les scénarios possibles et leurs probabilités
À court terme, le régime iranien semble avoir réussi à contenir la vague de protestations et à rétablir un semblant de contrôle. Les forces de sécurité demeurent en état d’alerte dans les principales villes, la censure de l’internet continue, et les arrestations se poursuivent. Le régime a probablement réussi à identifier et à décapiter une partie de l’organisation de l’opposition, rendant plus difficile la coordination de nouvelles protestations de grande envergure. À moyen terme, cependant, les causes profondes du mécontentement populaire n’ont pas été résolues. L’économie reste en difficulté, la corruption persiste, et les aspirations démocratiques d’une population jeune et éduquée ne disparaîtront pas.
Plusieurs scénarios sont possibles pour l’avenir de l’Iran. Le premier scénario est la continuation du statu quo, avec le régime réussissant à maintenir son pouvoir par une combinaison de répression sélective et de concessions limitées. C’est le scénario que privilégient actuellement les observateurs internationaux, mais il est fragile et nécessite des ressources considérables que le régime pourrait ne pas avoir à long terme. Le deuxième scénario est une libéralisation progressive, avec le régime acceptant des réformes politiques et économiques pour répondre aux aspirations du peuple et préserver sa survie. Ce scénario dépend de la volonté des élites au pouvoir de sacrifier une partie de leur contrôle pour sauver le système, une hypothèse qui semble peu probable compte tenu de l’histoire du régime.
Je me demande souvent quel sera le déclencheur du prochain soulèvement en Iran. Sera-ce une nouvelle crise économique ? Une succession politique à la mort de Khamenei ? Une confrontation militaire qui tourne mal ? Ou sera-ce simplement l’accumulation de frustrations qui finira par exploiter ? Ce que je sais avec certitude, c’est que le statu quo n’est pas durable. Aucun régime ne peut indéfiniment réprimer son peuple sans conséquences. Tôt ou tard, quelque chose cédera, et quand cela arrivera, les conséquences pourraient être bien plus dramatiques que ce que nous avons vu en janvier 2026. Ce qui m’inquiète, c’est que la communauté internationale ne semble pas préparée à cette éventualité. Nous continuons de gérer la situation au jour le jour, sans vision stratégique, sans plan pour l’avenir. Et quand l’inévitable se produira, nous serons probablement encore une fois pris de court, incapables de répondre de manière cohérente.
Le rôle de la diaspora iranienne
La diaspora iranienne, estimée à plusieurs millions de personnes, joue un rôle crucial dans le soutien au mouvement de protestation et dans la promotion des causes démocratiques en Iran. Ces exilés, qui vivent principalement en Europe, en Amérique du Nord et en Australie, maintiennent des liens avec leur pays d’origine et utilisent leur position relativement privilégiée pour attirer l’attention internationale sur la situation en Iran. Ils organisent des manifestations, font campagne pour des sanctions ciblées, et fournissent un soutien financier et logistique aux activistes à l’intérieur du pays. La diaspora iranienne est également active dans les médias sociaux, contournant la censure du régime pour diffuser de l’information et coordonner les actions.
Cependant, la diaspora iranienne est elle-même fragmentée, avec des divisions politiques et idéologiques qui reflètent la complexité de la société iranienne. Certains groupes prônent un retour à la monarchie, d’autres défendent une république laïque, et d’autres encore soutiennent une forme de démocratie islamique réformée. Ces divisions peuvent parfois affaiblir l’efficacité de la diaspora en tant que force unie pour le changement. De plus, la diaspora fait face à des accusations de déconnexion avec la réalité en Iran, d’être déconnectée des luttes quotidiennes du peuple et de ne pas comprendre les nuances complexes de la politique intérieure. Malgré ces critiques, la diaspora iranienne reste un acteur important dans la lutte pour la démocratie en Iran et mérite d’être mieux soutenue par les gouvernements démocratiques et la société civile internationale.
Il y a quelque chose de poignant dans cette relation entre la diaspora iranienne et son pays d’origine. C’est un lien fait d’amour, de nostalgie, de culpabilité et d’espoir. J’ai rencontré beaucoup d’Iraniens en exil qui vivent dans une sorte de double vie : une vie intégrée et réussie dans leur pays d’adoption, et une autre vie mentale et émotionnelle toujours ancrée en Iran. Ils regardent les nouvelles de leur pays obsessionnellement, ils envoient de l’argent à leur famille, ils participent aux manifestations, ils militent pour des causes politiques… tout en sachant qu’ils ne peuvent pas retourner chez eux. C’est une existence faite d’absence et de présence simultanée, une forme de limbo géographique et émotionnel qui doit être incroyablement difficile à vivre. Pourtant, malgré cette souffrance, ils continuent de se battre pour leur pays, et cela mérite notre respect et notre admiration.
Conclusion : l'échec d'une promesse
Une leçon amère sur les limites de la puissance américaine
Les derniers événements en Iran ont démontré une fois de plus les limites de la puissance américaine et l’incapacité de Washington à imposer sa volonté par la force, même dans les cas les plus justifiables moralement. Les États-Unis ont dépensé des milliards pour essayer de comprendre l’Iran afin de pouvoir renverser son régime. L’opportunité était là, et nous venons peut-être de la gâcher parce qu’une menace vide a entraîné une réaction meurtrière sans conséquences. Si Trump voulait sabrer, c’était son droit et cela aurait dû être applaudie s’il avait eu un plan. Mais les théâtraux étaient basés sur l’apparence d’être fort plutôt que sur le fait d’être fort.
Cette incapacité à transformer la rhétorique en action constitue un sérieux problème pour la crédibilité américaine sur la scène internationale. Les alliés des États-Unis, comme leurs adversaires, observent attentivement comment Washington répond aux crises. Un patron qui menace constamment mais ne suit jamais ses menaces finit par perdre toute crédibilité et influence. Les alliés ne peuvent plus compter sur les promesses américaines, et les adversaires savent qu’ils peuvent défier l’Amérique sans craindre de réelles conséquences. Cette érosion de la crédibilité a des implications profondes pour la stabilité mondiale, car elle encourage les acteurs agressifs à prendre des risques qu’ils n’auraient pas pris autrement, et elle décourage les nations qui dépendent de la protection américaine.
Je ne sais pas ce qui me dérange le plus dans cette affaire : l’hypocrisie de Trump qui promet l’aide puis l’abandonne, ou le fait que nous continuons à nous surprendre de son incohérence. Nous savions ce qu’il était avant son élection, nous avons vu son bilan, son style, ses mensonges… et pourtant, nous continuons à espérer que, juste une fois, il fera la bonne chose, qu’il agira avec courage et intégrité. C’est cette forme d’espoir naïf qui me fascine et me désespère à la fois. Comme si nous étions incapables d’apprendre, comme si nous étions condamnés à revivre les mêmes déceptions encore et encore. L’Amérique avait une opportunité historique de se tenir du bon côté de l’histoire, de soutenir un peuple qui se bat pour sa liberté, de montrer que la puissance peut être utilisée pour le bien… et elle a encore une fois échoué. Ce n’est pas seulement un échec politique, c’est un échec moral qui nous honte tous.
Les défis qui attendent l’Occident
L’Occident, et plus particulièrement les États-Unis et l’Europe, doit tirer les leçons de cet échec et repenser sa approche envers l’Iran et les régimes autoritaires en général. La rhétorique forte sans plan d’action concret ne fait que saper la crédibilité occidentale et mettre en danger les populations qui osent défier leurs oppresseurs en espérant un soutien international qui ne viendra peut-être jamais. Il faut développer des stratégies plus nuancées et plus efficaces qui combinent la pression diplomatique, le soutien aux sociétés civiles, et la préparation à différents scénarios possibles. L’Occident doit également être plus honnête avec lui-même et avec les populations qu’il prétend soutenir : les promesses vides peuvent être aussi dangereuses que l’inaction, car elles créent des espoirs qui seront inévitablement déçus.
L’avenir de l’Iran reste incertain, mais une chose est claire : le statu quo n’est pas durable. Les causes profondes du mécontentement populaire demeurent, et tôt ou tard, elles resurgiront sous une forme ou une autre. La question n’est pas de savoir si l’Iran connaîtra à nouveau des troubles majeurs, mais quand et comment ils se manifesteront. La communauté internationale doit être préparée à cet événement et disposer d’une stratégie cohérente pour y répondre. Cela signifie renforcer les liens avec la société civile iranienne, soutenir les médias indépendants, développer des canaux de communication qui contournent la censure du régime, et préparer des plans pour différentes éventualités politiques. Ce n’est qu’avec une approche réfléchie et à long terme que l’Occident pourra espérer avoir un impact positif sur l’avenir de l’Iran.
Je ne veux pas finir sur une note totalement pessimiste. Malgré tout ce que je viens de dire, je continue de croire que le changement est possible en Iran, comme dans d’autres pays oppressés. Les peuples ont une capacité extraordinaire à se relever, à lutter, à transformer leur situation contre toute attente. Ce qui me manque, c’est la foi dans la capacité des dirigeants occidentaux à soutenir ces luttes de manière cohérente et courageuse. Peut-être que cette foi reviendra un jour. Peut-être que nous finirons par apprendre de nos erreurs, par développer des stratégies plus intelligentes, par aligner nos actions sur nos principes. J’espère sincèrement que ce jour viendra, parce que des vies en dépendent, et parce que la cause de la liberté mérite mieux que l’hypocrisie et l’incohérence que nous avons vues ces dernières semaines. J’espère que les Iraniens sauront pardonner nos défaillances et continueront de croire en eux-mêmes et en leur capacité à changer leur pays.
Sources
Sources primaires
Article de The Hill – « Trump’s threat on Iran falls flat: regime remains intact » par Jos Joseph, publié le 19 janvier 2026
Article de Reuters – « Iran protests abate after deadly crackdown, Trump says Tehran calls off mass hangings » par Parisa Hafezi, Nayera Abdallah et al., publié le 16 janvier 2026
Article de BBC – « Trump vows ‘very strong action’ if Iran executes protesters » par Tabby Wilson, publié le 14 janvier 2026
Sources secondaires
Rapports de l’organisation Human Rights Activists News Agency (HRANA) sur les décès lors des protestations en Iran, janvier 2026
Déclarations du président Donald Trump sur Truth Social concernant l’Iran, janvier 2026
Témoignages de résidents iraniens recueillis par Reuters et BBC, janvier 2026
Communiqués de l’Organisation des Nations Unies pour les droits humains sur la situation en Iran, janvier 2026
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