La fin de l’ordre libéral
L’un des aspects les plus alarmants de la politique étrangère de Donald Trump est son mépris ouvert et affiché pour le droit international. Contrairement à ses prédécesseurs, qui même lorsqu’ils commettaient des actions critiquables comme l’invasion de l’Irak en 2003, tentaient de justifier leurs actes par des arguments juridiques et de chercher une certaine légitimité auprès des Nations Unies, Donald Trump agit en toute impunité. Il viole le droit international sans aucune gêne, explicitement et ouvertement, comme si les normes qui régissent les relations entre nations ne s’appliquaient pas à lui.
Justin Massie souligne avec justesse que ce comportement représente un danger direct pour des pays comme le Canada ou les nations européennes. Le droit international existe précisément pour protéger les États plus faibles contre l’arbitraire des superpuissances, pour empêcher que la loi du plus fort ne devienne la seule règle des relations internationales. En détruisant systématiquement cette architecture de protection, Donald Trump expose le Canada à des menaces contre lesquelles il n’a aucun recours légal. L’expert est catégorique: toute l’architecture internationale en matière de droit et de normes de gouvernance mondiale, telle qu’établie au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, est en train d’être détruite pièce par pièce.
Je me sens comme si j’assistais impuissant à la démolition systématique d’un édifice que nos grands-parents avaient construit avec tant de soin après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. L’ONU, le droit international, les conventions de Genève, tous ces mécanismes conçus pour empêcher le retour de la barbarie sont aujourd’hui balayés par un homme qui ne croit qu’à la force brute et à la loi du plus fort. Ce qui me terrifie le plus, c’est que le reste du monde semble paralysé, incapable ou réticent à s’opposer à cette destruction. Le Canada, qui a toujours été un champion du multilatéralisme et du droit international, se trouve aujourd’hui totalement désemparé face à cette nouvelle réalité. Nos diplomates, formés pour négocier et construire des consensus, se retrouvent face à un interlocuteur qui ne comprend pas ces langages et ne respecte aucune règle.
La doctrine Monroe ressuscitée
Dans un document stratégique publié début décembre 2025, la Maison Blanche a réactivé la doctrine Monroe, cette politique datant du 19e siècle qui définissait l’hémisphère occidental comme la sphère d’influence exclusive des États-Unis. Cette résurrection d’un concept géopolitique archaïque envoie un message clair au Canada et à tous les pays du continent américain: Washington considère l’ensemble de l’Amérique comme son pré carré, où aucun autre pouvoir ne peut s’ingérer et où les États-Unis peuvent intervenir à leur guise.
Stéphane Roussel, professeur à l’École nationale d’administration publique (ENAP), analyse cette évolution avec une inquiétude croissante. Pour lui, cette réappropriation de la doctrine Monroe remet en cause le fondement même de la politique de sécurité canadienne depuis la Seconde Guerre mondiale. Le Canada a toujours privilégié les organisations multilatérales et les relations transatlantiques, jouant les contrepoids entre l’Europe et les États-Unis. Cette triangulation permettait aux Européens de limiter les dérives unilatéralistes des Américains et offrait au Canada une certaine marge de manœuvre. Aujourd’hui, cette marge se réduit comme une peau de chagrin.
La doctrine Monroe, ce n’est pas de l’histoire ancienne, c’est une menace actuelle et concrète contre la souveraineté du Canada. Quand Washington déclare que l’ensemble du continent américain est sa sphère d’influence exclusive, il nous dit en clair: votre gouvernement n’a plus aucune autonomie en matière de politique étrangère, votre économie doit s’aligner sur nos intérêts, votre territoire est à notre disposition. C’est une déclaration de souveraineté américaine sur le Canada, pure et simple. Ce qui me révolte, c’est que cette annonce n’a pas provoqué de crise majeure au Canada. On a réagi avec une certaine résignation, comme si c’était inévitable. Mais ce n’est pas inévitable! Le Canada peut et doit résister à cette absorption de sa souveraineté par les États-Unis.
Section 3: La menace militaire et stratégique
L’OTAN en danger d’implosion
La volonté affichée de Donald Trump de s’emparer du Groenland représente une menace directe contre l’OTAN et, par conséquent, contre le socle de sécurité sur lequel repose la défense canadienne depuis des décennies. Si les États-Unis devaient passer à l’acte militaire contre ce territoire danois, l’Alliance atlantique se trouverait confrontée à une crise existentielle sans précédent. Comment l’OTAN pourrait-elle continuer à fonctionner normalement quand son membre le plus puissant agresse un autre territoire membre ou allié de l’Alliance?
Justin Massie met en garde contre ce scénario catastrophe: s’il y avait un acte militaire ou si les États-Unis s’imposaient contre la volonté des Groenlandais, on pourrait sérieusement remettre en question l’avenir de l’OTAN et donc le socle de sécurité canadien sur lequel on repose notre défense depuis plusieurs décennies. Cette perspective est d’autant plus inquiétante que le Canada n’a pas les capacités militaires nécessaires pour se défendre seul contre une éventuelle agression américaine. L’investissement canadien dans la défense a toujours été calculé en fonction de la protection offerte par l’Alliance atlantique, une protection qui pourrait disparaître du jour au lendemain.
L’OTAN a toujours été notre assurance-vie collective, cette promesse que nous ne serions jamais seuls face à une agression. Aujourd’hui, cette promesse est menacée par l’homme qui dirige l’Alliance elle-même. C’est une situation absurde, kafkaïenne, où notre protecteur devient notre menace potentielle. Je me demande souvent comment nos militaires doivent se sentir aujourd’hui, formés et équipés pour combattre aux côtés des Américains, désormais conscients qu’ils pourraient un devoir faire face à eux. C’est une trahison de tout ce que l’Alliance représentait: la solidarité, le respect mutuel, la défense commune. Donald Trump est en train de détruire cette confiance, et une fois qu’elle aura disparu, elle sera impossible à reconstruire.
L’Arctique, nouveau champ de bataille
L’Arctique canadien constitue un autre terrain où les tensions avec les États-Unis risquent de s’intensifier considérablement. Des sources rapportent qu’à la Maison Blanche, Donald Trump s’inquiète de la capacité du Canada à défendre son territoire arctique face aux menaces russes et chinoises présumées. Cette préoccupation affichée cache en réalité des ambitions territoriales plus directes: les États-Unis pourraient exiger un accès accru aux eaux arctiques canadiennes, au passage du Nord-Ouest, voire même à une partie des Grands Lacs.
Plusieurs conflits territoriaux larvés entre le Canada et les États-Unis dans la région pourraient se réanimer sous l’administration Trump. Le tracé de la frontière maritime en mer de Beaufort, au nord du Yukon et de l’Alaska, n’est toujours pas réglé. Le statut juridique du passage du Nord-Ouest reste contesté: pour les Américains, il s’agit d’un détroit international ouvert à la navigation libre, alors que le Canada considère ces eaux comme territoriales. Par le passé, des navires américains ont déjà traversé ce passage sans demander l’autorisation canadienne, une pratique qui pourrait se multiplier avec les conséquences que l’on imagine.
L’Arctique, c’est notre dernier territoire sauvage, notre dernier frontière, et il devient aujourd’hui un enjeu géopolitique majeur. Ce qui me révolte, c’est cette idée américaine que parce que le Canada ne consacre pas des milliards à la défense de son Arctique, Washington a le droit d’intervenir pour le « protéger ». C’est le même raisonnement impérialiste qui a servi à justifier tant d’agressions coloniales dans l’histoire: nous sommes là pour votre bien, pour vous protéger contre vous-mêmes. Mais l’Arctique canadien n’a pas besoin de protection américaine, il a besoin de respect international et de souveraineté canadienne renforcée. Ce que Trump oublie, c’est que l’Arctique n’est pas un vide géopolitique, c’est notre territoire, avec nos communautés, notre environnement, notre avenir.
Section 4: La guerre économique comme arme de soumission
Des tarifs douaniers qui strangulent l’économie
La guerre commerciale déclenchée par Donald Trump contre le Canada dès son retour à la Maison Blanche n’est pas un simple différend commercial, c’est une stratégie délibérée de soumission économique. Les tarifs douaniers imposés sur le bois d’œuvre, l’acier et le secteur automobile canadien ne sont pas conçus pour corriger des déséquilibres commerciaux, mais pour fragiliser l’économie canadienne et la rendre plus dépendante encore des décisions de Washington. Ces mesures font très mal à des secteurs d’activité essentiels de l’économie canadienne, menaçant des milliers d’emplois et fragilisant des communautés entières.
Plus inquiétant encore, Donald Trump a clairement indiqué qu’il ne s’intéressait pas aux négociations en vue de réviser l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. L’USMCA, qui devait garantir une certaine stabilité des échanges commerciaux en Amérique du Nord, est aujourd’hui menacé d’être purement et simplement abandonné par Washington. Cette attitude révèle une volonté délibérée: l’administration américaine cherche à utiliser la dépendance économique du Canada comme levier de pression pour obtenir des concessions politiques et territoriales.
Ce qui me révolte dans cette guerre économique, c’est son hypocrisie. Donald Trump présente ces tarifs comme des mesures de protection pour l’industrie américaine, mais en réalité, ce sont des armes de destruction massive contre l’économie canadienne. Chaque emploi perdu dans nos usines d’acier ou de bois d’œuvre, chaque communauté qui s’appauvrit à cause de ces tarifs, c’est une victoire pour Washington dans sa stratégie de soumission. Ils nous étranglent économiquement pour nous obliger à céder politiquement. C’est une forme de guerre économique qui peut être tout aussi dévastatrice qu’une guerre militaire, mais elle est menée sans que la plupart des Canadiens réalisent ce qui se passe vraiment. On croit que ce sont des différends commerciaux normaux, mais c’est bien plus que ça: c’est une attaque systématique contre notre souveraineté économique.
La dépendance comme vulnérabilité
La dépendance économique du Canada vis-à-vis des États-Unis, longtemps considérée comme une force et une source de prospérité, révèle aujourd’hui son visage sombre: celui d’une vulnérabilité critique. Près de 75% des exportations canadiennes sont destinées au marché américain, une concentration qui donne à Washington un levier de pression considérable sur Ottawa. Lorsque Donald Trump menace d’imposer de nouveaux tarifs ou de suspendre l’accord de libre-échange, le Canada se trouve dans une position de faiblesse extrême.
Mark Carney, Premier ministre canadien depuis avril 2025, a bien compris cette nouvelle réalité. Dès son arrivée au pouvoir, il a déclaré et répété sur toutes les tribunes que le monde a changé, que les relations entre le Canada et les États-Unis ne seront plus jamais les mêmes, et que le seul levier sur lequel le Canada peut appuyer dans les circonstances est de partir à la recherche de nouveaux partenaires commerciaux pour réduire la dépendance de l’économie canadienne aux États-Unis. Cette stratégie de diversification, bien que nécessaire, sera longue et difficile à mettre en œuvre.
Pendant des années, on nous a dit que notre dépendance économique vis-à-vis des États-Unis était notre force, que l’intégration de nos économies nous rendait plus forts. Quelle illusion! Aujourd’hui, cette dépendance est devenu notre plus grande faiblesse, la corde autour de notre cou que Donald Trump peut resserrer à sa guise. Chaque fois que Washington menace de nouveaux tarifs, le Canada tremble, non pas parce qu’on ne peut pas absorber ces coûts, mais parce qu’on réalise notre impuissance face à cette pression économique. C’est humiliant pour un pays comme le nôtre, fier de son indépendance et de sa souveraineté, de devoir composer avec cette réalité. Mais c’est aussi un réveil brutal: nous ne pouvons plus compter sur la bienveillance américaine, nous devons construire notre propre avenir économique.
Section 5: Le risque de "finlandisation"
Un parallèle historique inquiétant
Dans son ouvrage à paraître intitulé « Le monde en péril, la fin de la Pax Americana », Charles-Philippe David établit un parallèle troublant entre la situation actuelle du Canada et celle de la Finlande durant la guerre froide. Le terme « finlandisation » désigne cette situation où un État voisin d’une superpuissance adopte une politique étrangère et de sécurité subordonnée aux intérêts de celle-ci pour éviter toute provocation ou agression. La Finlande, bien qu’étant une démocratie, devait constamment veiller à ne pas froisser l’Union soviétique dans sa politique étrangère, limitant ainsi considérablement sa souveraineté.
Charles-Philippe David met en garde contre ce risque pour le Canada: on glisse tranquillement dans une position où on est un peu pris en sandwich parce qu’on est à côté d’un voisin menaçant. La question fondamentale est de savoir si le Canada va réussir à ne pas être « finlandisé », c’est-à-dire à conserver une politique étrangère et de sécurité indépendante sans devoir constamment composer avec les intérêts américains pour éviter toute représaille. Selon l’expert, le risque que le Canada adopte une politique étrangère subordonnée aux desiderata de Washington est réel et croissant.
La finlandisation, ce n’est pas juste un concept académique, c’est une menace concrète contre notre identité nationale en tant que pays souverain. Imaginez un Canada qui doit obtenir l’approbation de Washington avant de signer n’importe quel accord commercial, avant de prendre position sur n’importe quelle question internationale, avant de développer n’importe quelle relation diplomatique. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est la direction vers laquelle nous nous dirigeons si nous ne résistons pas à cette absorption progressive de notre souveraineté. Ce qui me terrifie, c’est que cette finlandisation pourrait se produire sans que nous en ayons conscience, progressivement, par petites concessions, par petits compromis, jusqu’au jour où nous nous réveillerons et réaliserons que nous ne sommes plus vraiment un pays indépendant.
Une autonomie réduite à peau de chagrin
Le risque de finlandisation se manifeste déjà dans plusieurs domaines de la politique canadienne. Lorsque le Premier ministre Mark Carney négocie avec la Chine une entente pour exporter du pétrole canadien, il doit se demander si les États-Unis l’accepteront alors qu’ils refusent que le Venezuela le fasse. De même, le développement des ressources minières canadiennes ou la défense du territoire arctique doivent être pensés en fonction de la réaction potentielle de Washington.
Justin Massie identifie clairement cette menace: la menace la plus grave mais la moins probable est une agression contre le territoire canadien. Pas dans un contexte de menace d’invasion du territoire, mais dans un contexte où les États-Unis pourraient imposer leur volonté sur notre territoire pour qu’on s’aligne sur les questions d’intérêt américain. Le risque, c’est qu’on devienne un État vassal des États-Unis où on n’aurait pas de politique étrangère indépendante. Même chose pour le développement de nos ressources minières ou de la défense de notre territoire arctique.
Ce qui me révolte, c’est cette idée que le Canada pourrait devenir un État vassal sans même avoir été conquis militairement. Pas une seule balle tirée, pas un seul soldat ennemi sur notre sol, et pourtant nous perdrions notre souveraineté, réduits à l’état de satellite de l’empire américain. C’est une forme de colonisation moderne, plus subtile que les conquêtes militaires du passé, mais tout aussi destructrice pour notre identité nationale. Chaque fois que nous hésitons à prendre une décision indépendante parce que nous craignons la réaction de Washington, chaque fois que nous modifions notre politique étrangère pour ne pas déplaire à notre voisin du sud, nous avançons d’un pas vers cette finlandisation qui nous condamnerait à n’être plus qu’une coquille vide de nation souveraine.
Section 6: La réponse canadienne
Le tournant vers la Chine
Face à cette menace américaine croissante, le Premier ministre Mark Carney a entrepris une réorientation majeure de la politique étrangère canadienne. Contre toute attente, il s’est rendu en Chine en janvier 2026 et a conclu un accord commercial historique qui inclut la réduction importante des tarifs douaniers que le Canada et la Chine s’imposaient depuis plus d’un an. Les tarifs sur les véhicules électriques chinois importés au Canada, qui étaient de 100%, ont été considérablement réduits: l’entente prévoit que 49 000 de ces véhicules pourront maintenant être vendus par an sur le territoire canadien. En échange, la Chine a accepté de réduire considérablement les tarifs sur le canola et le porc canadiens.
Cette initiative audacieuse marque une rupture significative avec la traditionnelle dépendance canadienne vis-à-vis des États-Unis. Charles-Philippe David salue cette stratégie: la stratégie, c’est vraiment d’être le moins dépendant possible des États-Unis pour les prochaines décennies. Le rapprochement très étroit du Canada avec l’Union européenne est également à prendre très au sérieusement. Selon l’expert, le Premier ministre aurait intérêt à développer cette alternative, même si cela risque de froisser les Américains.
Franchememt, le voyage de Mark Carney en Chine m’a impressionné. Ce n’était pas un simple voyage diplomatique de routine, c’était un acte de courage politique réel. En signant cet accord avec la Chine, le Premier ministre canadien a envoyé un message clair à Washington: le Canada n’est plus votre vassal, nous avons d’autres partenaires, d’autres options, d’autres avenirs possibles. Bien sûr, ce n’est pas sans risque: la Chine n’est pas un démocratie, et son respect des droits de l’homme laisse à désirer. Mais dans la situation actuelle, le Canada ne peut plus se permettre le luxe de choisir ses alliés uniquement sur des critères moraux. Nous devons être pragmatiques, rudes même, et faire ce qu’il faut pour préserver notre souveraineté. Si cela signifie nouer des alliances avec des partenaires imparfaits, alors soit. La survie de notre indépendance en dépend.
La diversification comme stratégie de survie
La stratégie de diversification économique et diplomatique du Canada ne se limite pas à la Chine. Mark Carney l’a répété depuis son arrivée au pouvoir: le monde a changé, et le Canada doit changer avec lui. Le seul levier sur lequel le pays peut appuyer dans les circonstances actuelles est de partir à la recherche de nouveaux partenaires commerciaux pour réduire la dépendance de l’économie canadienne aux États-Unis. Cette orientation pragmatique est dictée par la nécessité plutôt que par l’idéologie.
Charles-Philippe David va encore plus loin dans ses recommandations: la seule porte de sortie, c’est de revoir nos alliances, avec qui on veut bien faire affaire et tous ensemble, on peut essayer de sauver ce qu’il reste du club démocratique, avec des pays qui croient encore à une certaine coopération et au multilatéralisme. Il suggère même la création d’un G6 sans les États-Unis, regroupant les démocraties qui croient encore en un ordre international fondé sur des règles et des institutions de coopération.
Ce qui me frappe dans cette stratégie de diversification, c’est qu’elle arrive si tard. Pourquoi n’avons-nous pas commencé à réduire notre dépendance économique vis-à-vis des États-Unis il y a des années, quand les premiers signes de la montée du nationalisme américain sont apparus? Pourquoi avons-nous attendu que la menace devienne urgente pour commencer à agir? Je suppose que c’est la nature humaine: on sous-estime toujours les dangers lointains jusqu’à ce qu’ils nous frappent de plein fouet. Mais mieux vaut tard que jamais. La diversification de nos partenariats économiques et diplomatiques n’est pas une option, c’est une nécessité vitale pour la survie du Canada en tant que nation souveraine. Si nous réussissons, nous pourrons peut-être préserver notre indépendance. Si nous échouons, nous risquons de devenir ce que les experts appellent un État vassal, une satellite de l’empire américain sans véritable autonomie.
Section 7: L'engagement au Groenland
Soldats canadiens en soutien à l’Europe
Face aux menaces de Donald Trump sur le Groenland, Mark Carney a envisagé d’envoyer un contingent de soldats canadiens rejoindre les militaires européens déjà présents sur le territoire. Cette décision potentielle marque un changement significatif dans la position canadienne: Ottawa ne se contente plus d’exprimer des préoccupations verbales, il envisage une action concrète pour s’opposer à l’expansionnisme américain. Charles-Philippe David traite avec beaucoup de sérieux cette menace sur le Groenland et souligne que si Donald Trump la met à exécution, ce serait une couche d’anxiété de plus pour les Canadiens.
L’envoi de troupes canadiennes au Groenland ne serait pas un geste symbolique, mais une réponse stratégique à une menace directe contre les intérêts canadiens. Justin Massie explique que le Groenland représente un intérêt vital pour le Canada: c’est une menace contre un pays allié qui pourrait faire imploser l’Alliance atlantique et qui donnerait un contrôle sur le passage du nord-ouest aux États-Unis. Le Canada ravitaille beaucoup ses navires dans ce passage-là du Groenland, donc c’est vraiment un territoire très stratégique pour la défense du territoire canadien et de ses eaux arctiques.
Lorsque j’ai appris que le Canada envisageait d’envoyer des soldats au Groenland, j’ai ressenti un mélange de fierté et d’inquiétude. Fierté parce que pour une fois, notre pays ne reste pas passif face à l’agression américaine, il envisage une action concrète. Inquiétude parce que cette action pourrait nous attirer des représailles de Washington. Mais après réflexion, je crois que c’est la bonne décision. Le Canada ne peut plus se permettre de rester silencieux alors que son allié le plus proche menace de conquérir un territoire voisin. Si nous ne nous opposons pas à cette agression contre le Groenland, qui s’opposera à une agression contre nous-mêmes? Envoyer des soldats canadiens au Groenland, c’est envoyer un message clair: le Canada défendra le droit international et la souveraineté des nations, même quand l’agresseur est notre propre allié traditionnel.
Une proposition de pacte de sécurité
Justin Massie estime que la prudence du Canada dans ce dossier du Groenland n’a pas lieu d’être et que le pays, avec ses alliés européens, doit faire une proposition directe aux Groenlandais d’un pacte de sécurité et de développement économique et de renforcer une présence transatlantique sur ce territoire pour damer le pion à Donald Trump. Cette approche proactive vise à contrer les ambitions américaines en offrant au Groenland une alternative crédible et attrayante à l’absorption par les États-Unis.
Cette stratégie s’inscrit dans une vision plus large de la défense des intérêts canadiens et européens face à l’expansionnisme américain. Justin Massie croit que l’on assiste malheureusement à une restructuration du système international, mais que les États les plus faibles peuvent tenter de limiter les dégâts dans leur région. L’Europe a la capacité de protéger le droit et l’exercice du droit sur son territoire et dans sa sphère d’influence. Mais au-delà, ce sera difficile d’empêcher la Chine d’envahir Taïwan, de s’imposer en mer de Chine méridionale, les États-Unis d’intervenir en Colombie, même d’empêcher la Russie de prolonger sa guerre en Ukraine.
Ce qui me donne espoir dans cette proposition de pacte de sécurité avec le Groenland, c’est qu’elle montre que le Canada et l’Europe peuvent encore agir ensemble pour défendre un ordre international fondé sur des règles. Même si les États-Unis ont tourné le dos à ce système, il reste d’autres nations qui croient encore en ses principes et sont prêtes à le défendre. Le Canada, l’Union européenne, et d’autres démocraties peuvent former une coalition pour résister à l’expansionnisme américain et protéger la souveraineté des nations menacées. Ce n’est pas facile, et cela demandera du courage et des ressources, mais c’est peut-être notre seule chance de préserver un monde où le droit international compte encore pour quelque chose.
Conclusion: L'heure des choix difficiles
La fin d’une époque
Charles-Philippe David résume la situation actuelle avec une lucidité déchirante: l’ordre mondial fondé sur des valeurs libérales, les institutions de coopération, le multilatéralisme, etc., oubliez ça, c’est terminé. Maintenant, c’est la géopolitique du plus fort, la loi du plus fort. Dans trois ans, si on s’y rend, ça va être pas mal différent que ce qu’on a connu. Cette déclaration marque la fin d’une époque, celle de la Pax Americana et de l’ordre international libéral qui avait émergé après la Seconde Guerre mondiale.
Le Canada se trouve aujourd’hui à un carrefour historique. Le pays peut soit accepter sa nouvelle position de satellite de l’empire américain, soit se battre pour préserver sa souveraineté et son autonomie. Les choix faits dans les prochaines années détermineront l’avenir du Canada pour les générations à venir. La route de la résistance sera difficile, coûteuse et semée d’embûches, mais l’alternative, la soumission progressive à la volonté américaine, pourrait être encore plus dévastatrice pour l’identité nationale canadienne.
Je me sens à la fois terrifié et mobilisé par la situation actuelle. Terrifié parce que j’ai conscience de l’ampleur de la menace qui pèse sur notre pays, parce que je vois comment les fondations de notre souveraineté sont sapées de toutes parts. Mais aussi mobilisé parce que je sens que c’est peut-être notre dernière chance de préserver ce que le Canada représente: une nation indépendante, démocratique, capable de tracer son propre chemin dans le monde. Les défis qui nous attendent sont énormes, les sacrifices que nous devrons faire sont considérables, mais je crois que si nous restons unis, si nous avons le courage de nos convictions, nous pouvons encore préserver notre indépendance. L’heure des choix difficiles a sonné, et le Canada doit choisir son camp: la soumission ou la résistance, la vassalité ou la souveraineté. J’espère que nous aurons la sagesse de faire le bon choix.
Un avenir à construire
Malgré la gravité de la situation, des pistes de solution existent. La diversification des partenariats économiques, le renforcement des alliances avec l’Europe et d’autres démocraties, le développement d’une politique étrangère indépendante et courageuse: autant de moyens pour le Canada de préserver sa souveraineté dans ce nouveau monde plus dangereux. Le chemin sera long et difficile, mais il n’est pas impossible.
Mark Carney a exprimé cette nouvelle réalité avec pragmatisme: nous prenons le monde pour ce qu’il est, pas pour ce que nous voudrions qu’il soit. Cette acceptation lucide des réalités géopolitiques actuelles est la première étape vers la construction d’une réponse canadienne efficace. Le Canada ne peut plus se permettre de vivre dans l’illusion d’un monde américain bienveillant; il doit construire son propre avenir dans un monde où la loi du plus fort semble de nouveau prévaloir.
Je crois profondément que le Canada peut non seulement survivre à cette crise, mais en ressortir renforcé. Cette épreuve nous force à réexaminer nos priorités, à renforcer notre identité nationale, à développer de nouvelles alliances et de nouvelles stratégies. Le Canada n’a jamais été un pays de conquête, mais il a toujours été un pays de résilience. Nous avons survécu aux guerres, aux crises économiques, aux tensions politiques, et nous survivrons à cette nouvelle épreuve. Peut-être qu’après avoir traversé cette tempête, nous serons plus forts, plus conscients de notre valeur, plus déterminés à préserver notre indépendance. L’avenir du Canada se joue aujourd’hui, et c’est à nous de l’écrire, pas à Donald Trump.
Sources
Sources primaires
TV5MONDE, « Le danger est multiforme et multidimensionnel »: le Canada doit-il avoir peur des États-Unis de Donald Trump?, publié le 20 janvier 2026. Entretiens avec Charles-Philippe David (Observatoire sur les États-Unis, UQAM), Justin Massie (UQAM), et Stéphane Roussel (ENAP).
Gouvernement du Canada, Ministère des Affaires mondiales, « Preliminary Agreement-In-Principle to Address Economic and Trade Relations with China », communiqué de presse du 16 janvier 2026.
Maison Blanche, National Security Strategy, document stratégique publié en décembre 2025.
Sources secondaires
BBC News, « Canada’s deal with China signals it is serious about shift from US », publié le 16 janvier 2026.
Reuters, « Canada, China slash EV, canola tariffs in reset of ties », publié le 16 janvier 2026.
National Post, « Trump’s Greenland threats will only make Canada’s sovereignty claims in the Arctic more vulnerable, defence analysts say », publié en janvier 2026.
Charles-Philippe David, « Le monde en péril, la fin de la Pax Americana », ouvrage à paraître, 2026.
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