Une domination sans partage
La Chine a réussi un tour de force industriel sans précédent dans le domaine des véhicules électriques. Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie, près de 65% des véhicules électriques vendus dans le monde en 2024 l’ont été en Chine. L’Europe suivait de loin avec environ 18% du marché, les États-Unis avec 9%, l’Inde avec 0,5% et le reste du monde avec 8%. Les projections pour 2030 confirment cette tendance : 53% des ventes mondiales devraient se faire en Chine, 24% en Europe, 8,4% aux États-Unis, 1,8% en Inde et 13% dans les autres pays. Cette domination repose sur une chaîne d’approvisionnement intégrée, des coûts de production imbattables et une politique industrielle volontariste menée par Pékin depuis plus d’une décennie.
Le constructeur chinois BYD illustre parfaitement cette réussite. L’entreprise est devenue le premier fabricant automobile mondial à atteindre le cap des 13 millions de véhicules à énergie nouvelle produits. En 2025 seulement, elle a exporté près d’un million de véhicules. Les exportations chinoises de véhicules électriques ont bondi de 87% en glissement annuel en novembre 2025, avec la majorité des expéditions destinées au Mexique, à l’Indonésie et à la Thaïlande. Cette expansion massive ne se limite pas à l’Asie. Dans au moins douze autres pays, plus de 50% des véhicules électriques en circulation sont d’origine chinoise, notamment en Ouzbékistan, en Thaïlande, au Brésil, en Uruguay, en Jordanie, au Costa Rica, en Égypte, en Colombie, en Indonésie, au Mexique, en Malaisie et au Maroc.
Quand on regarde ces chiffres de plus près, on ne peut qu’être frappé par l’ampleur de ce qui s’est passé. La Chine ne s’est pas contentée de rattraper son retard dans l’industrie automobile : elle l’a tout simplement dépassée de manière décisive. Pendant que l’Occident se débattait avec des débats idéologiques, des réglementations complexes et des industries historiques réticentes au changement, Pékin construisait méthodiquement une machine industrielle sans équivalent. Il y a une certaine brutalité dans cette efficacité, une absence de sentimentalisme dans la manière dont la Chine a identifié un objectif stratégique et a mobilisé toutes ses ressources pour l’atteindre. C’est ce que les économistes appellent souvent l’avantage du retardant : la capacité de sauter les étapes technologiques intermédiaires pour aller directement aux solutions les plus avancées. Et le résultat est là, sous nos yeux, indéniable et un peu effrayant pour les industries automobiles traditionnelles qui n’ont pas su anticiper cette transformation.
L’infrastructure qui soutient l’ambition
Le succès chinois dans le domaine des véhicules électriques ne s’explique pas uniquement par la capacité de production. Il repose également sur un écosystème industriel complet intégrant l’extraction des matières premières, la fabrication des batteries, le développement des technologies de recharge et la mise en place d’infrastructures de recharge à l’échelle nationale. La Chine contrôle une part significative de l’approvisionnement mondial en lithium, en cobalt et en terres rares, des matériaux essentiels à la fabrication des batteries. Les géants chinois comme CATL et BYD dominent le marché mondial des batteries, représentant ensemble plus de la moitié de la capacité de production mondiale.
Cette intégration verticale offre aux constructeurs chinois des avantages considérables en termes de coûts et de sécurité d’approvisionnement. Ils peuvent produire des véhicules électriques à des prix que les fabricants occidentaux peinent à égaler, tout en maintenant des marges bénéficiaires saines. De plus, le gouvernement chinois a investi massivement dans le déploiement d’infrastructures de recharge, avec plus de 1,5 million de bornes de recharge publiques installées à travers le pays en 2025. Cet effort systématique a créé un environnement favorable à l’adoption massive des véhicules électriques, stimulant à son tour la demande intérieure et permettant aux constructeurs de bénéficier d’économies d’échelle supplémentaires.
Ce qui me frappe dans cette stratégie chinoise, c’est la vision à long terme qui la sous-tend. Pendant que les gouvernements occidentaux changeaient de politique à chaque élection, hésitaient entre subventionner et réglementer, et se perdaient dans des débats sans fin sur l’opportunité de la transition énergétique, la Chine avançait avec une constance remarquable. Il y a une certaine beauté dans cette méthode, une sorte d’efficacité glaciale qui rappelle les grandes réalisations industrielles du vingtième siècle. Mais il y a aussi quelque chose d’inquiétant dans cette capacité à planifier et exécuter sur le long terme sans avoir à rendre de comptes à une opinion publique volatile. C’est ce qui donne à la Chine un avantage structurel que les démocraties auront du mal à compenser, sauf à trouver des moyens de concilier délibération démocratique et action résolue.
Section 2 : Les réactions politiques et leurs implications
Le partage américain
La réaction américaine à l’accord Canada-Chine illustre parfaitement les divisions et les contradictions qui traversent l’administration Trump. D’un côté, le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a qualifié l’accord de « problématique » et suggéré que le Canada pourrait le regretter. De l’autre, Trump lui-même a déclaré que c’était « une bonne chose » et que « si vous pouvez obtenir un accord avec la Chine, vous devriez le faire ». Cette contradiction apparente reflète les tensions internes entre ceux qui veulent maintenir une position ferme face à la Chine et ceux qui privilégient les opportunités commerciales, quelle qu’en soit l’origine géographique.
Cette divergence de vues ne doit pas masquer la réalité plus profonde : l’accord Canada-Chine représente un revers stratégique pour Washington. Il sape l’effort américain pour contenir l’influence économique chinoise et menace l’intégrité du bloc commercial nord-américain. Le Premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a d’ailleurs vigoureusement critiqué l’accord, déclarant qu’il « nuirait à notre économie et entraînerait des pertes d’emplois ». Son inquiétude est partagée par de nombreux représentants de l’industrie automobile américaine, qui craignent que l’ouverture du marché canadien aux véhicules électriques chinois ne crée un précédent dangereux et ne finisse par menacer directement le marché américain.
Il y a une certaine comédie dans cette réaction américaine. Trump passe son temps à menacer le Canada, à lui imposer des tarifs douaniers, à suggérer qu’il pourrait devenir le 51e État américain, et puis s’étonne que le Canada cherche à se diversifier. C’est comme un mari abusif qui serait scandalisé que sa femme commence à parler à d’autres hommes. La relation entre les États-Unis et le Canada n’a jamais été simple, marquée par une asymétrie permanente qui a toujours profité à Washington. Mais ce que Trump a fait, c’est franchir une ligne invisible : celle du respect et de la considération. Il a traité le Canada comme un État vassal qui devait obéir ou subir les conséquences. Et maintenant, il découvre que même les partenaires les plus loyaux ont leurs limites. C’est une leçon d’humilité brutale, administrée avec une calme efficacité par Ottawa.
Les divisions canadiennes
La réaction canadienne à l’accord est tout aussi complexe. Le Premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a salué l’accord comme une « très bonne nouvelle », particulièrement pour les agriculteurs de sa province qui ont souffert des droits de douane chinois sur le canola. En revanche, le Premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, s’est montré farouchement critique, craignant les conséquences sur l’industrie automobile de sa province. Cette division géographique reflète la structure économique du Canada : l’Ouest, fortement agricole, voit dans cet accord une opportunité de soulager ses producteurs, tandis que l’Est, plus industrialisé, perçoit une menace pour ses emplois manufacturiers.
Les experts s’accordent à dire que l’accord devrait permettre aux véhicules électriques chinois de capter environ 10% du marché canadien. Cette pénétration pourrait exercer une pression significative sur les fabricants américains comme Tesla qui cherchent à étendre leur part de marché au Canada. L’impact sur l’industrie automobile canadienne reste incertain : certains analystes craignent une délocalisation des emplois vers la Chine, tandis que d’autres voient dans cet accord une opportunité d’attirer des investissements chinois dans le secteur automobile canadien et de bénéficier du transfert de technologies et de savoir-faire.
Ce qui m’intéresse dans ces réactions canadiennes, c’est la manière dont elles révèlent les tensions économiques internes du pays. Le Canada a toujours été une mosaïque d’intérêts régionaux parfois contradictoires, et cet accord sur les véhicules électriques ne fait que mettre en lumière cette réalité. L’Ouest agricole contre l’Est industriel, une division classique qui resurgit périodiquement dans la politique canadienne. Mais il y a aussi quelque chose de plus profond : la question de l’identité économique du Canada dans ce nouveau monde multipolaire qui émerge. Doit-il rester attaché à une relation exclusive avec les États-Unis, ou doit-il embrasser une stratégie plus diversifiée qui inclut la Chine ? Carney a tranché, mais le débat est loin d’être terminé. Et c’est peut-être là que réside la vraie signification de cet accord : il force le Canada à se poser des questions fondamentales sur son avenir économique et son rôle dans le monde.
Section 3 : L'impact sur l'industrie automobile nord-américaine
La menace pour les constructeurs établis
L’industrie automobile nord-américaine fait face à une concurrence sans précédent avec l’arrivée massive des véhicules électriques chinois sur le marché canadien. Les constructeurs chinois peuvent proposer des véhicules électriques à des prix 30% à 40% inférieurs à ceux de leurs concurrents occidentaux, tout en offrant une autonomie comparable et des technologies de pointe. Cet avantage de prix s’explique par des coûts de main-d’œuvre inférieurs, des chaînes d’approvisionnement intégrées et des économies d’échelle considérables. Les analystes prévoient que les véhicules chinois pourraient rapidement capturer une part significative du marché canadien, mettant sous pression les marges bénéficiaires des constructeurs établis.
Tesla, le constructeur américain de véhicules électriques le plus important, risque d’être particulièrement affecté par cette nouvelle concurrence. L’entreprise a investi massivement dans sa présence au Canada, y voyant un marché clé pour son expansion internationale. L’arrivée de véhicules chinois moins chers pourrait ralentir cette croissance et forcer Tesla à réduire ses prix, ce qui pèserait sur sa rentabilité. De manière plus générale, l’ensemble de l’industrie automobile nord-américaine pourrait être contrainte d’accélérer sa transition vers l’électrification et d’améliorer son efficacité pour rester compétitive face à cette nouvelle concurrence.
Il y a une ironie cruelle dans cette situation. Pendant des années, l’industrie automobile occidentale a retardé sa transition vers l’électrique, préférant protéger ses profits sur les véhicules thermiques et minimiser l’urgence du changement climatique. Maintenant, elle se retrouve confrontée à une concurrence qui a pris ce virage bien plus tôt et de manière beaucoup plus résolue. C’est un cas d’école de ce que les économistes appellent la « destruction créatrice » : de nouveaux acteurs plus innovants chassent les anciens qui n’ont pas su s’adapter. Mais il y a aussi une dimension tragique : des milliers d’emplois dans l’industrie automobile nord-américaine sont menacés, non pas parce que les travailleurs ne sont pas compétents, mais parce que les décisions stratégiques prises par leurs employeurs il y a dix ou vingt ans se révèlent aujourd’hui désastreuses. C’est une leçon amère sur l’importance de penser à long terme dans un monde qui change de plus en plus vite.
Les opportunités d’investissement et de coopération
Malgré les défis, l’accord Canada-Chine pourrait également créer des opportunités pour l’industrie automobile nord-américaine. Carney a exprimé l’espoir que l’accord encouragera les investissements chinois dans le secteur automobile canadien, notamment sous forme d’usines de production et de centres de recherche. Cette perspective n’est pas farfelue : les constructeurs chinois ont déjà commencé à investir dans des usines en Europe pour contourner les droits de douane et se rapprocher de leurs marchés cibles. Une stratégie similaire pourrait être mise en œuvre au Canada, offrant ainsi des opportunités d’emploi et de transfert technologique.
De plus, l’accord pourrait stimuler l’innovation dans l’industrie automobile nord-américaine en la forçant à améliorer sa compétitivité. La concurrence chinoise, avec ses coûts plus bas et ses technologies avancées, pourrait inciter les constructeurs établis à accélérer leurs efforts de recherche et développement, à rationaliser leurs opérations et à explorer de nouveaux modèles de partenariat. Cette dynamique pourrait finalement bénéficier aux consommateurs canadiens, qui auront accès à une plus grande variété de véhicules électriques à des prix plus compétitifs, tout en stimulant l’adoption de technologies plus respectueuses de l’environnement.
Ce qui me fascine dans cette situation, c’est la manière dont elle illustre la complexité des choix économiques dans un monde globalisé. Il n’y a pas de réponse simple, pas de solution qui soit purement bonne ou purement mauvaise. L’ouverture au commerce chinois peut à la fois menacer des emplois existants et créer de nouvelles opportunités. Elle peut à la fois affaiblir des industries établies et stimuler l’innovation. C’est cette ambivalence qui rend les décisions politiques si difficiles. Carney a choisi de miser sur l’avenir plutôt que de protéger le passé, sur l’adaptation plutôt que sur la protection. C’est un choix audacieux, qui pourrait se révéler inspirant ou désastreux. Mais au moins, c’est un choix. Trop souvent, les politiques économiques se caractérisent par l’immobilisme et la peur du changement. Ici, il y a une volonté d’embrasser le nouveau, même si le risque est grand. Et dans un monde en transformation rapide, c’est peut-être la seule attitude viable.
Section 4 : La stratégie de diversification du Canada
Se libérer de la dépendance américaine
La stratégie de diversification du Canada vers la Chine s’inscrit dans une volonté plus large de réduire sa dépendance économique envers les États-Unis. Cette dépendance, qui a longtemps été perçue comme une force et une source de stabilité, est apparue de plus en plus comme une vulnérabilité face à la volatilité de la politique américaine. Les menaces trumpiennes d’imposer de nouveaux tarifs douaniers, de remettre en question l’accord de libre-échange nord-américain, et même d’annexer le Groenland ont convaincu Ottawa de la nécessité de développer des alternatives.
L’accord sur les véhicules électriques n’est que la première étape de cette stratégie plus large. Carney a également annoncé que la Chine s’était engagée à supprimer les exigences de visa pour les visiteurs canadiens, facilitant ainsi les échanges commerciaux et touristiques. Les deux pays ont également convenu de relancer leur dialogue économique et financier de haut niveau, de renforcer la coopération dans les domaines de l’agriculture, du pétrole, du gaz et de l’énergie verte, et d’augmenter leurs investissements croisés. Cette approche multidimensionnelle vise à créer une relation économique plus équilibrée et moins vulnérable aux caprices de la politique américaine.
Il y a une certaine élégance dans cette stratégie canadienne. Au lieu de réagir de manière émotionnelle aux provocations trumpiennes, Ottawa a procédé de manière méthodique et rationnelle. Il a identifié sa vulnérabilité principale la dépendance excessive envers les États-Unis et a développé une réponse structurée pour y remédier. C’est de la realpolitik dans sa forme la plus pure : analyser la situation, identifier les menaces, et élaborer une réponse qui protège les intérêts nationaux sans s’engager dans une confrontation inutile. Ce qui est particulièrement remarquable, c’est la manière dont Carney a réussi à présenter cette diversification non pas comme une rupture avec les États-Unis, mais comme une complémentarité. Le Canada ne quitte pas l’orbite américaine ; il élargit simplement son champ d’action. C’est une nuance importante, qui permet de maintenir la relation avec Washington tout en explorant de nouvelles opportunités.
Les risques de cette stratégie
La stratégie de diversification du Canada vers la Chine comporte toutefois des risques significatifs qui ne doivent pas être sous-estimés. Le premier risque est politique : la Chine reste un régime autoritaire avec un bilan controversé en matière de droits de l’homme, et se rapprocher d’elle pourrait exposer le Canada à des critiques sur la scène internationale. Le deuxième risque est économique : une dépendance excessive envers la Chine pourrait simplement remplacer la dépendance américaine par une autre forme de dépendance, avec ses propres vulnérabilités.
Le troisième risque, peut-être le plus important, concerne la sécurité nationale. L’intégration économique accrue avec la Chine pourrait créer des dépendances dans des secteurs stratégiques comme les technologies critiques, les infrastructures et les ressources naturelles. Carney a tenté de répondre à ces inquiétudes en affirmant que le Canada prenait le monde « tel qu’il est, et non tel que nous souhaiterions qu’il soit ». Cette phrase résume bien l’approche pragmatique d’Ottawa : reconnaître les réalités géopolitiques actuelles et s’y adapter sans illusions ni idéalisme excessif.
Ce qui me préoccupe dans cette stratégie, c’est la fine ligne entre pragmatisme et compromission. Il est facile de dire que l’on prend le monde tel qu’il est ; il est plus difficile de déterminer jusqu’où l’on est prêt à aller pour s’adapter à ce monde. Le Canada a toujours eu une certaine fierté dans son identité de nation qui défend les droits de l’homme et la démocratie. Se rapprocher de la Chine sans conditions pourrait être perçu comme un abandon de ces valeurs. Mais d’un autre côté, l’isolement et la vulnérabilité économique ne sont pas non plus des options viables. Le défi pour Ottawa est de trouver un équilibre entre la défense de ses valeurs et la protection de ses intérêts économiques. C’est un exercice d’équilibre délicat, qui nécessite une attention constante et une vigilance accrue. Carney semble avoir compris cette exigence, mais seule l’avenir dira si le Canada parviendra à maintenir cet équilibre sur le long terme.
Section 5 : Les implications géopolitiques plus larges
Un nouveau chapitre dans la rivalité sino-américaine
L’accord Canada-Chine sur les véhicules électriques s’inscrit dans un contexte plus large de rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine pour l’hégémonie économique et technologique mondiale. Cette rivalité se manifeste dans de nombreux domaines : le commerce, la technologie, les infrastructures, les normes et standards internationaux, et même la diplomatie culturelle. L’entrée en scène du Canada dans cette équation, traditionnellement allié des États-Unis, ajoute une nouvelle dimension à cette compétition.
L’accord pourrait inspirer d’autres pays à suivre une voie similaire de diversification économique, réduisant ainsi l’influence américaine dans leurs régions respectives. L’Europe, déjà en tension avec les États-Unis sur de nombreux dossiers, pourrait être tentée de renforcer ses propres liens économiques avec la Chine. Les pays d’Amérique latine et d’Afrique, qui cherchent depuis longtemps à diversifier leurs partenariats, pourraient également trouver dans cet accord un précédent encourageant. Cette dynamique pourrait finalement aboutir à un monde multipolaire où l’influence américaine serait davantage partagée avec d’autres puissances émergentes.
Ce qui me fascine dans cette évolution, c’est la manière dont elle illustre l’érosion progressive mais inexorable de l’hégémonie américaine. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont été la puissance dominante dans l’ordre économique mondial. Mais cette domination était fondée sur un réseau d’alliances et de partenariats qui reposaient sur la confiance et le respect mutuel. Trump a systematically attaqué ces fondations, traitant les alliés comme des adversaires et privilégiant les transactions à court terme sur les relations de long terme. Le résultat se voit aujourd’hui : les alliés cherchent à se diversifier, à se protéger contre la volatilité américaine, à trouver des alternatives. Ce n’est pas la fin de l’influence américaine, loin de là. Mais c’est certainement la fin de l’hégémonie américaine sans partage. Le monde devient plus complexe, plus multipolaire, et peut-être plus dangereux. Mais il devient aussi plus riche en opportunités pour ceux qui savent naviguer dans cette nouvelle complexité.
La question du Groenland
La question du Groenland est devenue un point focal des tensions géopolitiques entre les États-Unis, le Canada et leurs alliés européens. Trump a renouvelé ses revendications sur ce territoire danois semi-autonome, affirmant qu’il devait être acquis pour des raisons de sécurité nationale. Cette déclaration a provoqué une vive réaction de la part des pays de l’OTAN, qui se sont empressés de réaffirmer leur soutien à la souveraineté danoise. Carney a d’ailleurs déclaré avoir discuté de cette question avec Xi Jinping et avoir trouvé « beaucoup d’accord de vues à cet égard ».
Cette convergence de vues entre le Canada et la Chine sur un sujet aussi sensible est révélatrice de la nouvelle dynamique géopolitique qui se met en place. Elle montre que des pays qui ont traditionnellement été des alliés des États-Unis peuvent trouver des terrains d’entente avec la Chine sur des questions de souveraineté et de respect du droit international. Elle illustre également la manière dont les actions unilatérales de Trump ont poussé ses alliés vers des positions convergentes avec la Chine, même sur des sujets où leurs intérêts ne sont pas naturellement alignés.
Il y a quelque chose de presque surréaliste dans cette situation. Le président américain menace d’annexer un territoire européen, et ses alliés traditionnels finissent par se ranger du côté de la Chine pour défendre la souveraineté et le droit international. C’est une inversion complète de l’ordre géopolitique qui prévalait depuis des décennies. On a l’impression d’assister à une pièce de théâtre absurde où les rôles ont été redistribués sans préavis. Mais ce n’est pas une fiction, c’est la réalité. Et cette réalité nous dit quelque chose d’important sur la nature du leadership dans le monde contemporain. Le leadership ne se décrète pas, il se mérite. Il se construit par la confiance, le respect et la capacité à inspirer les autres à suivre. Trump a compris cela à l’envers : il pense que le pouvoir se mesure par la capacité à imposer sa volonté. Il se trompe. Le véritable pouvoir, c’est la capacité à construire des coalitions durables fondées sur des intérêts partagés et des valeurs communes. Et sur ce terrain, il échoue lamentablement.
Section 6 : Les perspectives pour l'avenir
Scénarios possibles
L’avenir de la relation entre le Canada, les États-Unis et la Chine reste incertain et plusieurs scénarios sont envisageables. Le premier scénario est celui d’une poursuite de la diversification canadienne vers la Chine, avec des accords commerciaux supplémentaires et une intégration économique accrue. Ce scénario pourrait aboutir à une rééquilibrage des partenariats canadiens, avec une diminution progressive de la dépendance envers les États-Unis. Le deuxième scénario est celui d’une réaction américaine vigoureuse, avec des mesures de rétorsion économiques contre le Canada et une tentative de resserrer les liens nord-américains. Ce scénario pourrait aboutir à une escalade des tensions commerciales entre les trois pays.
Le troisième scénario, peut-être le plus probable, est celui d’une situation intermédiaire où le Canada continue de développer ses liens avec la Chine tout en maintenant une relation essentielle mais plus équilibrée avec les États-Unis. Dans ce scénario, le Canada deviendrait un pont entre les deux grandes puissances, capable de naviguer entre elles et de tirer parti de ses relations avec chacune. Ce rôle de médiateur pourrait donner au Canada une influence disproportionnée par rapport à sa taille, lui permettant de peser sur les grandes questions internationales.
Personnellement, je mise sur ce troisième scénario. Le Canada a toujours eu un talent particulier pour naviguer entre les grandes puissances et tirer parti de sa position géographique et historique. C’est un petit pays avec une grande diplomatie, capable de faire valoir ses intérêts sans s’aliéner les uns ou les autres. Cette capacité a été forgée à travers des siècles de relations complexes avec les États-Unis, oscillant entre coopération et résistance. Aujourd’hui, le Canada applique cette même expertise à ses relations avec la Chine. C’est une forme de sagesse pratique, une compréhension intuitive que dans un monde complexe, la flexibilité et la nuance sont plus précieuses que la rigidité idéologique. Le Canada ne choisit pas entre l’Est et l’Ouest ; il choisit le pragmatisme et l’intérêt national. Et dans ce monde imprévisible, ce n’est peut-être pas la pire des stratégies.
Les leçons à tirer
L’accord Canada-Chine sur les véhicules électriques offre plusieurs leçons importantes pour les décideurs politiques du monde entier. La première leçon est que les relations économiques internationales ne peuvent être prises pour acquises et nécessitent un entretien constant. La dépendance excessive envers un seul partenaire commercial représente une vulnérabilité significative, particulièrement dans un monde où les politiques peuvent changer rapidement. La deuxième leçon est que la protectionnisme excessif peut avoir des effets contre-productifs, poussant les partenaires à chercher des alternatives ailleurs.
La troisième leçon est que la transition vers les énergies renouvelables représente une opportunité économique majeure que les pays ne peuvent se permettre de manquer. La Chine a compris cela et a investi massivement dans le domaine des véhicules électriques, ce qui lui donne aujourd’hui un avantage compétitif considérable. Les pays qui n’ont pas saisi cette opportunité se retrouvent désormais en position de faiblesse face à la domination chinoise. La quatrième leçon, enfin, est que le leadership dans le monde contemporain se construit par la coopération et le respect mutuel plutôt que par l’intimidation et les menaces.
Ce qui me frappe dans ces leçons, c’est leur universalité. Elles s’appliquent non seulement aux relations entre le Canada, les États-Unis et la Chine, mais à l’ensemble des relations internationales contemporaines. Dans un monde en transformation rapide, la flexibilité, la diversification et la vision à long terme sont des atouts précieux. La rigidité idéologique, la dépendance excessive et la pensée à court terme sont des handicaps majeurs. L’accord Canada-Chine sur les véhicules électriques est un cas d’école de ces principes en action. Il montre ce qui arrive quand un pays comprend les nouvelles réalités du monde et s’y adapte avec intelligence et détermination. Et il montre aussi ce qui arrive quand un pays reste enfermé dans une vision dépassée de sa propre puissance. La différence entre les deux approches frappe par son évidence, et pourtant elle semble si difficile à mettre en œuvre pour tant de gouvernements.
Conclusion : Un nouveau monde en formation
La fin d’une époque
L’accord Canada-Chine sur les véhicules électriques marque la fin d’une époque caractérisée par l’hégémonie américaine sans partage et la dépendance totale des alliés envers Washington. Il inaugure une nouvelle ère où les puissances émergentes comme la Chine jouent un rôle de plus en plus important dans l’économie mondiale, et où les alliés traditionnels des États-Unis cherchent à diversifier leurs partenariats pour réduire leur vulnérabilité. Cette transition n’est ni linéaire ni sans heurts, mais elle semble inéluctable face aux réalités géopolitiques et économiques du XXIe siècle.
Ce qui est remarquable dans cette transition, c’est la manière dont elle a été accélérée par les politiques de l’administration Trump. En traitant ses alliés avec mépris et en privilégiant l’intimidation sur la coopération, Trump a involontairement catalysé une redistribution des cartes qu’il prétendait vouloir empêcher. Ironiquement, ses efforts pour « rendre l’Amérique grande » ont abouti à affaiblir l’influence américaine dans le monde. C’est une leçon d’humilité brutale pour ceux qui croient que la puissance se mesure uniquement par la capacité à imposer sa volonté par la force et la menace.
Il y a une profonde tristesse dans cette histoire. Pas pour Trump lui-même, qui semble incapable de ressentir autre chose que sa propre grandeur, mais pour l’Amérique et pour ce qu’elle représentait. Pendant des décennies, les États-Unis ont été une force de stabilité et de prospérité dans le monde, un modèle de démocratie et de coopération internationale. Même quand ils commettaient des erreurs, ils semblaient guidés par une vision d’un monde meilleur. Cette vision s’est estompée, remplacée par un égoïsme national étroit et une méfiance envers le reste du monde. Le Canada, en se tournant vers la Chine, ne fait que répondre à cette nouvelle réalité. Il ne trahit pas les États-Unis ; il répond à l’abandon américain. C’est une distinction importante. On ne peut pas s’attendre à ce que les autres restent fidèles quand on a soi-même rompu les liens de confiance et de respect. L’accord sur les véhicules électriques n’est pas un acte de trahison, mais un acte de survie dans un monde où les anciennes certitudes se sont effondrées.
L’avenir est à construire
Malgré les incertitudes et les défis, l’avenir offre également des opportunités pour ceux qui savent les saisir. L’accord Canada-Chine sur les véhicules électriques illustre la manière dont les pays peuvent s’adapter aux nouvelles réalités mondiales et en tirer parti. Il montre que la diversification économique, la coopération internationale et la vision à long terme sont des stratégies gagnantes dans un monde en transformation rapide. Il montre également que les relations internationales ne sont pas un jeu à somme nulle, où le gain d’un côté signifie nécessairement une perte de l’autre.
Le véritable défi pour l’avenir sera de construire un nouvel ordre international plus équilibré, plus inclusif et plus respectueux de la diversité des intérêts nationaux. Un ordre où aucune puissance ne domine de manière excessive, où les pays peuvent développer des partenariats multiples sans avoir à choisir des camps irréconciliables, et où la coopération l’emporte sur la confrontation. L’accord Canada-Chine sur les véhicules électriques n’est qu’un modeste début dans cette direction, mais il illustre les possibilités qui s’offrent à ceux qui ont le courage d’embrasser le changement plutôt que de s’y accrocher.
Ce qui me donne de l’espoir dans cette histoire, c’est la résilience et l’ingéniosité dont les nations peuvent faire preuve quand elles sont confrontées à l’adversité. Le Canada a été poussé dans un coin par les politiques trumpiennes, mais il a trouvé une sortie intelligente et audacieuse. Il a transformé une menace en opportunité, une vulnérabilité en force. C’est ce que les grandes nations ont toujours su faire : s’adapter, innovater, prospérer malgré les obstacles. L’avenir n’est pas écrit, et il dépendra des choix que nous ferons aujourd’hui. Nous pouvons continuer à vivre dans le passé, à regretter une époque révolue, ou nous pouvons embrasser le nouveau monde qui se construit sous nos yeux. Le Canada a fait son choix. Et il a montré que le chemin de l’avenir n’est pas celui de la confrontation, mais celui de l’adaptation intelligente et de la coopération pragmatique. C’est une leçon qui mérite d’être méditée, non seulement par les dirigeants politiques, mais par tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de notre monde.
Sources
Sources primaires
India Today, « Trump’s own goal: Canada-China EV pact tilts global EV race », publié le 20 janvier 2026
BBC, « Canada’s deal with China signals it is serious about shift from US », publié le 16 janvier 2026
Reuters, « Canada, China slash EV, canola tariffs in reset of ties », publié le 16 janvier 2026
Gouvernement du Canada, « Preliminary Agreement-In-Principle to Address Economic and Trade Issues with China », publié le 16 janvier 2026
Agence internationale de l’énergie, « Global EV Data Explorer », données consultées en janvier 2026
Sources secondaires
McGill University, Professeur Vivek Astvansh, analyse sur l’impact de l’accord Canada-Chine, janvier 2026
Western University, Professeur Gal Raz, expertise sur la chaîne d’approvisionnement des véhicules électriques, janvier 2026
Rideau Potomac Strategy Group, Eric Miller, conseiller en commerce, analyse des relations commerciales Canada-États-Unis, janvier 2026
Trivium China, Even Rogers Pay, analyste basé à Pékin, perspective sur la stratégie commerciale canadienne, janvier 2026
Université Tsinghua, Sun Chenghao, Centre for International Security and Strategy, analyse sur les implications géopolitiques de l’accord, janvier 2026
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