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L’électricité, sang vital du nucléaire

Pour comprendre la gravité de la situation, il faut saisir le rôle crucial de l’électricité dans une installation nucléaire, même une centrale arrêtée comme Tchernobyl. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’arrêt des réacteurs ne signifie pas la fin du danger. Le combustible usé continue de dégager de la chaleur par décroissance radioactive, une chaleur qui doit être constamment évacuée pour éviter la catastrophe. Actuellement, 20 000 assemblages de combustibles usés sont stockés dans la piscine d’entreposage du site, l’installation ISF-1. Ce combustible, qui a servi dans les réacteurs avant leur arrêt il y a plus de 20 ans, est encore radioactif et dégage de la chaleur. Il est entreposé dans une piscine — un bassin rempli d’eau — pour être refroidi. Une fois que sa radioactivité et sa puissance thermique ont suffisamment décru, au bout de quelques années, il peut être transféré vers des sites d’entreposage à sec comme l’ISF-2.

L’alimentation électrique est indispensable pour plusieurs fonctions critiques. Elle permet à l’eau de la piscine d’être pompée et nettoyée, et pour réintroduire de l’eau froide dans le système. Sans électricité, ces pompes s’arrêtent. L’eau va se réchauffer progressivement et pourrait, en théorie, commencer à s’évaporer, de même que certains isotopes radioactifs présents dans l’eau. C’est un processus lent, mais inexorable. Comme un compte à rebours silencieux. Les systèmes de ventilation de l’arche de confinement construite en 2017 autour du réacteur accidenté sont également secourus par deux groupes électrogènes dédiés. En cas de perte totale des alimentations électriques, le confinement de l’installation reposerait uniquement sur le confinement statique de l’ouvrage. Un pari risqué.

C’est cette dépendance totale à l’électricité qui me terrifie. Nous avons construit des monstres que nous ne pouvons contrôler qu’avec des fils, des câbles, des circuits. Coupez l’un d’eux, et voilà le monstre qui s’éveille. Je pense à cette ingénierie magnifique mais fragile, ces systèmes de sécurité redondants qui nous donnent l’illusion de contrôle. Et puis une guerre, une bêtise humaine, et tout s’écroule. C’est l’arrogance de la technologie qui nous a conduits ici, cette croyance que nous pouvons dompter l’atome. L’atome se moque de nos ingénieurs, de nos systèmes, de nos sécurités. Il attend juste que nous faillions. Et ce 9 mars, nous avons frôlé cette faute.

Les générateurs de secours : une ultime ligne de défense

Face à cette coupure d’électricité externe, le site de Tchernobyl ne était pas totalement désemparé. Les systèmes de sûreté de l’installation d’entreposage sous eau ISF-1 sont secourus par deux diesels qui disposent d’une autonomie en carburant de 48 heures. C’est court. Très court. Ces générateurs de secours sont conçus comme une mesure temporaire, une bouée de sauvetage en attendant la restauration de l’alimentation principale. Mais dans un contexte de guerre, comment garantir que le diesel pourra être livré ? Comment assurer que les équipes techniques pourront accéder au site pour refaire le plein ? Les opérations de démantèlement du sarcophage du réacteur accidenté ont d’ailleurs été vraisemblablement suspendues du fait du conflit, ce qui signifie que le confinement statique doit suffire à éviter des rejets dans l’environnement. Un confinement qui n’a jamais été testé dans ces conditions extrêmes.

Les études réalisées après l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi sur les conséquences d’une perte totale du refroidissement de la piscine montrent une montée lente en température de l’eau de la piscine jusqu’à une température de l’ordre de 60°C mais pas de dénoyage des assemblages. En d’autres termes, pas de rejet radioactif dans l’environnement à ce stade. C’est rassurant, certes, mais c’est comme dire qu’un incendie ne s’est pas encore propagé. L’IRSN précise que l’installation d’entreposage à sec ISF-2 ne présente pas de risque en cas de perte totale des sources électriques, l’évacuation de la puissance des assemblages combustibles étant complètement assurée de manière passive. Mais environ 2 000 assemblages seulement auraient été transférés de l’ISF-1 à l’ISF-2. Les 18 000 autres restent dans cette piscine qui dépend de l’électricité. 18 000 raisons d’inquiétude.

Sources

Sources primaires

CRIIRAD – 09/03/2022 : Perte totale de l’alimentation électrique extérieure sur le site de Tchernobyl – Des fonctions de sûreté essentielles dépendent désormais de générateurs au diesel

IRSN/ASNR – 10/03/2022 : Ukraine : Situation sur le site de Tchernobyl au 10 mars 2022

Le Monde – 09/03/2022 : Tchernobyl : le site de la centrale nucléaire déconnecté du réseau électrique, « pas d’impact majeur » à ce stade, selon l’AIEA

Sources secondaires

Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) – Déclarations de mars 2022 concernant la situation à Tchernobyl

Energoatom – Communiqués de mars 2022 sur la perte d’alimentation électrique du site de Tchernobyl

SNRIU (organisme de contrôle de la sûreté nucléaire ukrainien) – Informations sur la situation à Tchernobyl

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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