Un constat qui dérange sur nos pistes cyclables

On a tous cette image d’Épinal de la Parisienne à vélo, cheveux au vent. Mais quand on regarde la réalité du bitume, c’est une toute autre histoire. En France, et franchement c’est pareil presque partout ailleurs, les femmes pédalent beaucoup moins que les hommes. C’est un fait.
David Sayagh, maître de conférence à l’Université Paris-Saclay, a mis les pieds dans le plat avec une enquête de 2023 qui fait mal aux idées reçues : 11 % des femmes adultes avouent ne pas savoir faire de vélo, contre seulement 5 % des hommes. Pire, ou du moins plus inquiétant, 38 % d’entre elles déclarent avoir une faible maîtrise du guidon, alors que les hommes ne sont que 23 % dans ce cas. Ça se ressent forcément sur la pratique : à peine un quart des femmes (25 %) montent en selle au moins une fois par semaine, contre 38 % pour la gent masculine.
Et si on regarde les pros ? C’est le désert ou presque. L’activité de livraison à vélo est quasi-exclusivement masculine, et du côté de la Fédération française de cyclisme, les femmes ne représentent que 12,8 % des licenciés. En compétition, on tombe à 7 %. C’est dérisoire.
L’équipement et les habitudes : le fossé des chiffres

Il faut aussi parler du matériel, parce que c’est là que ça commence souvent. Les femmes sont plus susceptibles de n’avoir aucun vélo du tout, ou alors de se traîner un vieux modèle d’entrée de gamme qui ne donne pas franchement envie de s’y mettre. C’est un peu comme pour les classes sociales les plus pauvres : faute d’équipement décent, on marche. Les chiffres sont têtus : la part de la marche est de 25,8 % pour les femmes (contre 21,5 % pour les hommes) et les transports en commun représentent 14 % de leurs trajets (contre 11,2 % pour ces messieurs). Le vélo ? Il plafonne à 1,5 % des déplacements féminins, alors qu’il atteint 4 % chez les hommes.
Il y a bien une petite lueur d’espoir avec le vélo à assistance électrique (VAE), où l’on frôle la parité avec 47 % d’utilisatrices. Mais attention au trompe-l’œil… L’accès à cette technologie coûteuse reste très inégalitaire : les femmes avec de faibles revenus n’y ont quasiment pas accès. C’est un luxe, pas une solution universelle pour le moment.
L’adolescence et la peur : là où tout se joue

Mais pourquoi ? Ce n’est pas génétique, bon sang. Tout semble remonter à la socialisation, cette façon dont on éduque différemment les filles et les garçons. Le vélo, en France, traîne encore cette image de sport de bonhomme, qui demande de l’effort, de la mécanique, de la prise de risque. On incite les garçons à s’aventurer, à se faire mal, à bricoler.
Les filles ? On leur apprend la prudence. À l’adolescence, c’est le coup de grâce. C’est le moment où les injonctions de genre se durcissent : il faut être « féminine ». Véronique, une éducatrice de 42 ans, raconte ça très bien en parlant d’une jeune fille : « Elle est devenue une femme… Maquillage, tout ça, et c’est vrai que là, le vélo, elle en a plus trop fait. » Si on lâche le guidon à cet âge-là, la probabilité de s’y remettre adulte s’effondre.
Résultat, à l’âge adulte, la peur s’installe. Peur de l’accident, de la vitesse, du trafic, ou simplement de ne pas savoir réparer une chaîne qui déraille. Les femmes sont beaucoup plus susceptibles d’abandonner définitivement le vélo après une chute ou une simple frayeur, là où un homme aura peut-être, par égo ou habitude, tendance à remonter.
La charge mentale et les inégalités sociales en selle

Il y a aussi la vie, la vraie, celle des courses et des gamins. Les femmes gèrent encore majoritairement ce qu’on appelle les « chaînes de déplacement complexes ». Ce n’est pas juste aller au boulot : c’est déposer le petit à l’école, passer à la pharmacie pour la grand-mère, aller travailler, puis faire les courses au retour. Avec ces responsabilités domestiques, le vélo devient vite une galère logistique. L’arrivée d’un enfant est d’ailleurs souvent un motif d’arrêt du vélo pour les mères, bien plus que pour les pères.
Et attention à ne pas mettre toutes les femmes dans le même panier. Il y a une énorme fracture sociale. Les femmes des classes dominantes, en ville, s’y mettent : c’est écolo, c’est sain, c’est valorisé. Mais pour les femmes de milieux populaires, ou celles issues de cultures non occidentales où le vélo est l’apanage des hommes, c’est une autre paire de manches. Manque d’argent, méconnaissance des bienfaits, ou tout simplement absence d’apprentissage dans l’enfance… certaines n’ont jamais appris. Elles restent dépendantes de la marche ou des transports, coincées par des tâches domestiques et un manque de modèles auxquels s’identifier.
L’espace public hostile et le mythe de la libération

On pourrait croire que le sport professionnel aiderait à changer les mentalités, mais c’est raté. La physiologie prouve pourtant que les femmes sont des machines d’endurance (elles utilisent mieux les graisses et résistent mieux à la fatigue sur les efforts de plus de 6 heures !). Mais non, les courses médiatisées pour les femmes sont souvent deux fois plus courtes. On naturalise l’idée qu’elles sont moins capables. Et les objets eux-mêmes nous le crient : les vélos pour petites filles ont des paniers et des porte-poupons, ceux des garçons sont faits pour la vitesse.
Ajoutez à cela les vêtements : jupes, talons, ou vêtements religieux comme le hijab ou le niqab qui peuvent freiner la pratique. Sans parler de certains mythes tenaces chez les moins éduqués, comme la peur que la selle compromette la virginité… C’est lourd. Et dehors ? La rue n’est pas neutre. C’est un espace conçu par et pour les hommes. Les femmes y subissent harcèlement et agressions. Pour se protéger, elles développent des stratégies épuisantes : éviter certains horaires, faire des détours, s’habiller différemment. Ça augmente la charge mentale et pousse souvent à l’abandon.
Enfin, ironie du sort, quand elles font du vélo, ce n’est pas toujours pour se libérer. Si le vélo permet d’aller plus vite, il sert souvent… à optimiser le temps pour faire encore plus de tâches ménagères. Au lieu de gagner du temps pour elles, elles intensifient leur travail domestique. On est loin de l’émancipation promise. Pour changer la donne, il ne suffira pas de peindre des pistes cyclables, il faudra revoir toute la structure sociale, de la famille à la rue.
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Pourquoi le vélo reste-t-il une affaire d’hommes ? (Ce n’est pas qu’une question de sport)
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