Le Board of Peace et ses exigences
L’invitation initiale du Canada à rejoindre le Board of Peace semblait être une reconnaissance de la place importante qu’occupe Ottawa sur la scène internationale. Ce Conseil, présidé à vie par Donald Trump, était initialement présenté comme un organe chargé de superviser la démilitarisation et la reconstruction de la bande de Gaza après deux ans de guerre avec Israël. Cependant, Trump a rapidement clarifié qu’il voyait ce Conseil prendre une portée beaucoup plus large, susceptible de rivaliser ultimately avec l’Organisation des Nations Unies, une ambition qui a immédiatement suscité la préoccupation de plusieurs alliés américains. Pour obtenir un siège permanent, les pays étaient invités à payer une cotisation de 1 milliard de dollars, une somme considérable que le Canada avait indiqué qu’il ne paierait pas.
La structure même de ce Conseil pose problème aux démocraties traditionnelles. Trump y exercerait un pouvoir décisionnel étendu en tant que président, et sa charte proposée ne mentionne même pas le territoire palestinien tout en semblant conçue pour remplacer certaines fonctions de l’ONU. Parmi les soixante nations invitées, environ trente-cinq ont déjà accepté de rejoindre ce Conseil, dont des pays comme l’Argentine, la Biélorussie, le Maroc, le Vietnam, le Pakistan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kosovo, la Hongrie, l’Égypte, la Turquie, le Qatar, la Jordanie, l’Indonésie et l’Arabie saoudite. Cependant, aucun des autres membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU — la Chine, la France, la Russie et le Royaume-Uni — ne s’est pour l’instant engagé à participer.
Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette façon de créer une organisation internationale parallèle avec soi-même comme président à vie. C’est comme si Trump cherchait à construire son propre empire diplomatique, loin des contraintes et des équilibres qui ont structuré les relations internationales depuis 1945. Je suis effrayé par cette vision du monde où un homme seul pourrait décider du sort des nations, où les règles démocratiques sont balayées d’un geste de la main. C’est une dérive autoritaire qui sent le mauvais temps, et je crains que nous ne soyons qu’au début d’une période de turbulences qui pourrait durer des années.
Les réserves européennes
Les réticences européennes face au Board of Peace sont nombreuses et bien fondées. Le Royaume-Uni a exprimé des préoccupations concernant l’inclusion du président russe Vladimir Poutine, dont les forces combattent en Ukraine après l’invasion de 2022. La France a déclaré que la charte du Conseil, telle qu’elle se présente actuellement, est « incompatible » avec ses engagements internationaux, en particulier son appartenance à l’ONU. Le président du Conseil européen Antonio Costa a affirmé que les dirigeants européens ont de « sérieux doutes » sur plusieurs éléments de la charte du Board of Peace, notamment son champ d’application, sa gouvernance et sa compatibilité avec la Charte des Nations Unies.
Cependant, l’Union européenne a indiqué qu’elle était « prête à travailler avec les États-Unis » sur la mise en œuvre du plan de paix complet pour Gaza, un Conseil de Peace assurant sa mission en tant qu’administration de transition. Cette position nuancée reflète le dilemme dans lequel se trouvent de nombreux alliés traditionnels de l’Amérique : ils veulent maintenir une relation constructive avec Washington tout en refusant de cautionner une initiative qui pourrait saper le système multilatéral existant. L’Espagne, pour sa part, a déclaré qu’elle avait « décliné » l’invitation à participer à ce Conseil, une décision courageuse qui montre que certains pays européens sont prêts à dire non aux pressions américaines.
Section 3 : la nouvelle diplomatie canadienne
Une rupture assumée avec l’ancien ordre
Dans son discours de Davos, Mark Carney a affirmé avec une force rare que « nous sommes au milieu d’une rupture, pas d’une transition », rejetant l’idée que le désordre actuel n’est qu’une phase temporaire. Le Premier ministre canadien a expliqué que les pays comme le Canada ont prospéré sous ce qu’on appelait l’« ordre international fondé sur des règles », rejoignant ses institutions, en faisant l’éloge de ses principes et bénéficiant de sa prévisibilité. Cependant, il a admis que cette histoire était en partie fausse, que les plus forts s’exonéraient eux-mêmes quand cela leur convenait, que les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique, et que le droit international s’appliquait avec une rigueur variable selon l’identité de l’accusé ou de la victime.
Carney a utilisé une métaphore puissante inspirée de l’écrivain tchèque Václav Havel, décrivant comment les commerçants communistes plaçaient des panneaux « Ouvriers du monde, unissez-vous ! » dans leurs vitrines non pas parce qu’ils y croyaient, mais pour éviter les problèmes et signaler leur conformité. Cette performance collective, selon Havel, maintenait le système en place non pas par la violence seule, mais par la participation de personnes ordinaires à des rituels qu’ils savaient privément faux. « Amis, il est temps que les entreprises et les pays retirent leurs pancartes », a lancé Carney, appelant à un refus collectif de cette « vie dans le mensonge ».
Cette référence à Havel me donne des frissons. Il y a quelque chose de profondément juste dans cette idée que nous participons tous, par notre silence et notre conformité, à des systèmes que nous savons injustes. Quand Carney appelle les nations à retirer leurs pancartes, il ne parle pas seulement de politique, il parle de dignité, de ce courage nécessaire pour refuser de participer au mensonge collectif. C’est un appel à l’honnêteté qui résonne en chacun de nous, qui nous pousse à nous demander dans quelles mensonges nous vivons nous-mêmes, personnellement et collectivement. C’est puissant, c’est nécessaire, et c’est terrifiant.
Le réalisme fondé sur des valeurs
Le Premier ministre canadien a présenté la nouvelle approche de son gouvernement comme reposant sur ce qu’il a appelé le « réalisme fondé sur des valeurs », une doctrine qui vise à être à la fois « principlée et pragmatique ». Principlée dans l’engagement envers des valeurs fondamentales comme la souveraineté et l’intégrité territoriale, l’interdiction de l’usage de la force sauf conformément à la Charte de l’ONU, et le respect des droits de l’homme. Pragmatique dans la reconnaissance que les progrès sont souvent progressifs, que les intérêts divergent, et que tous les partenaires ne partageront pas ces valeurs.
Carney a souligné que le Canada n’était plus simplement en train de négocier bilatéralement avec une hégémonie, mais qu’il cherchait activement à diversifier ses alliances. Depuis l’arrivée au pouvoir de son gouvernement, Ottawa a réduit les impôts sur les revenus, les gains en capital et l’investissement des entreprises, et a supprimé toutes les barrières fédérales au commerce interprovincial. Le Canada accélère un investissement de mille milliards de dollars dans l’énergie, l’intelligence artificielle, les minéraux critiques, de nouveaux corridors commerciaux et au-delà. Le pays double également ses dépenses de défense d’ici la fin de cette décennie, le faisant de manière à renforcer ses industries nationales.
Section 4 : la diversification stratégique
Des partenariats avec la Chine et le Qatar
L’un des aspects les plus remarquables de la nouvelle diplomatie canadienne est sa volonté de nouer des partenariats avec des pays traditionnellement proches de la Russie ou de la Chine. Carney a annoncé la conclusion de nouveaux partenariats stratégiques avec la Chine et le Qatar, ainsi qu’un accord global et stratégique avec l’Union européenne, y compris l’adhésion à SAFE, les arrangements européens d’approvisionnement en défense. Le Canada a également signé douze autres accords commerciaux et de sécurité sur quatre continents en six mois, une frénésie diplomatique sans précédent qui témoigne de l’urgence ressentie par Ottawa pour se prémunir contre les pressions américaines.
En ce qui concerne la Chine, l’accord est particulièrement significatif. Pékin a réduit les droits de douane sur un certain nombre de produits agricoles canadiens, tandis qu’Ottawa a augmenté les quotas d’importation de véhicules électriques chinois sur son marché avec le taux tarifaire de la nation la plus favorisée de 6,1 %. Carney a salué ce partenariat stratégique avec Xi, vantant l’importance de leurs liens face à un « nouvel ordre mondial », une référence voilée à l’instabilité mondiale causée par les basculements de la politique étrangère de Trump et son agenda commercial perturbateur. Ce rapprochement avec Pékin, alors que les États-Unis mènent une politique d’endiguement agressive de la Chine, représente un défi direct à Washington.
Sur la question de l’Arctique, le Canada a pris position de manière ferme. « Sur la souveraineté arctique, nous sommes fermement aux côtés du Groenland et du Danemark et nous soutenons pleinement leur droit unique de déterminer l’avenir du Groenland. » Cette déclaration intervient alors que Trump a menacé d’annexer le Groenland et que les tensions sur l’Arctique montent. Le Canada s’oppose également aux droits de douane sur le Groenland et appelle à des négociations ciblées pour atteindre nos objectifs communs de sécurité et de prospérité dans l’Arctique.
Quand je vois le Canada s’aligner si ouvertement avec la Chine pour contrer les pressions américaines, je ressens ce mélange d’admiration et d’inquiétude. Admiration pour ce courage politique, cette capacité à dire non à l’hégémonie et à tracer sa propre route. Inquiétude parce qu’on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre avec Pékin, et que les alliances de circonstance peuvent se transformer en dépendances dangereuses. C’est un jeu dangereux que joue Ottawa, un équilibre précaire sur la corde raide entre deux superpuissances. Et pourtant, c’est peut-être la seule voie possible pour survivre dans ce monde de plus en plus impitoyable.
La coalition des puissances moyennes
Davantage que jamais, Mark Carney insiste sur la nécessité pour les « puissances moyennes » d’agir ensemble. « Si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu », a-t-il déclaré avec cette formule frappante qui résume parfaitement la position du Canada. Dans un monde de rivalité entre grandes puissances, les pays intermédiaires ont le choix : entrer en compétition les uns contre les autres pour obtenir les faveurs de l’hégémon, ou s’unir pour créer une troisième voie avec un impact réel. Carney estime que les puissances moyennes ne devraient pas permettre l’ascension de la puissance dure à les aveugler sur le fait que la puissance de la légitimité, de l’intégrité et des règles restera forte, si elles choisissent de l’exercer ensemble.
Le Canada met cette philosophie en pratique à travers ce que Carney appelle la « géométrie variable », c’est-à-dire différentes coalitions pour différents problèmes basées sur des valeurs et des intérêts communs. Sur l’Ukraine, le Canada est un membre central de la coalition des volontaires et l’un des plus grands contributeurs par habitant à sa défense et sa sécurité. Sur le commerce plurilatéral, Ottawa encourage les efforts visant à créer un pont entre le Partenariat transpacifique et l’Union européenne, ce qui créerait un nouveau bloc commercial de 1,5 milliard de personnes. Sur les minéraux critiques, le Canada forme des clubs d’acheteurs ancrés dans le G7 pour permettre au monde de se diversifier loin de l’approvisionnement concentré.
Section 5 : la réponse de Trump
Un avertissement direct et personnel
La réaction de Donald Trump au discours de Carney a été rapide, brutale et personnellement ciblée. Sur les marges du forum de Davos, le président américain a déclaré que « le Canada vit grâce aux États-Unis. Souviens-toi de ça, Mark, la prochaine fois que tu feras tes déclarations. » Cette utilisation du prénom du Premier ministre canadien, une familiarité délibérément condescendante, marque une rupture sans précédent dans le protocole diplomatique entre Washington et Ottawa. C’est comme si Trump cherchait à ramener Carney à sa place, à lui rappeler sa dépendance économique vis-à-vis des États-Unis, à l’humilier publiquement devant l’élite mondiale réunie à Davos.
Cette menace n’est pas vide de sens. Trump a déjà imposé des droits de douane punitifs contre le Canada et a publiquement envisagé de faire du pays son « 51e État », une proposition que les Canadiens ont accueillie avec une indignation mêlée d’incrédulité. La décision de retirer l’invitation au Board of Peace doit être comprise dans ce contexte : c’est une sanction, une punition pour l’insubordination du Premier ministre canadien. Trump a écrit sur Truth Social : « Cher Premier ministre Carney : Que la présente lettre serve à représenter que le Board of Peace retire son invitation à vous concernant l’adhésion du Canada. » Ce langage formel et froid cache mal la colère et le ressentiment personnel du président américain.
C’est à se demander si Trump se rend compte de ce qu’il fait quand il utilise ce langage si condescendant, si paternaliste. Il traite Mark Carney comme un enfant qu’il faut remettre à sa place, comme un vassal qui aurait oublié sa place dans la hiérarchie des nations. C’est une vision archaïque du pouvoir, une mentalité de chef de gang qui n’a rien à voir avec la diplomatie moderne. Et ça me révolte. Ça me révolte de voir un leader national traité avec autant de mépris, comme si le Canada n’était qu’un territoire annexionnable au lieu d’une nation souveraine avec sa propre histoire, sa propre dignité.
Le refus de payer le prix d’adhésion
Une dimension importante de ce conflit concerne l’argent. Le Canada avait indiqué qu’il ne paierait pas les 1 milliard de dollars exigés pour un siège permanent au Board of Peace, une position qui a sans doute contribué à la décision de Trump de retirer l’invitation. Cependant, cette position canadienne n’est pas isolée. De nombreux pays, y compris des alliés traditionnels des États-Unis, ont exprimé des réserves sur le financement d’une organisation parallèle à l’ONU qui pourrait saper l’ordre international existant. La demande de Trump d’une telle somme, particulièrement dans un contexte de tensions économiques mondiales, a été perçue comme une tentative de monétiser l’influence américaine.
Ce qui est particulièrement ironique, c’est que Carney avait indiqué la semaine précédente qu’il « avait l’intention de rejoindre le conseil », mais que les détails, y compris les conditions financières, restaient à définir. Ottawa semblait prêt à participer au principe, mais refusait de payer le prix exigé. Cette position nuancée montre que le Canada cherchait initialement à maintenir une relation constructive avec les États-Unis, malgré les tensions. C’est probablement cette tentative de naviguer entre deux eaux qui a irrité Trump, qui préfère l’allégeance totale ou la confrontation ouverte, sans zone grise.
Section 6 : les implications pour le multilatéralisme
La fin de l’ordre fondé sur des règles
Le conflit entre Trump et Carney est révélateur d’un changement plus profond dans l’ordre international. Dans son discours, le Premier ministre canadien a affirmé que « l’ancien ordre ne reviendra pas », rejetant toute nostalgie pour le système multilatéral qui a structuré les relations internationales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Carney a appelé les nations à « nommer la réalité », à arrêter d’invoquer l’ordre international fondé sur des règles comme s’il fonctionnait encore comme annoncé, et à appeler les choses par leur nom : « un système de rivalité croissante entre grandes puissances où les plus puissants poursuivent leurs intérêts en utilisant l’intégration économique comme une arme de coercition. »
Cette analyse lucide du monde actuel est partagée par de nombreux observateurs internationaux. Les institutions multilatérales sur lesquelles les puissances moyennes ont compté — l’OMC, l’ONU, la COP — l’architecture même de la résolution collective des problèmes, sont menacées. En conséquence, de nombreux pays tirent les mêmes conclusions — qu’ils doivent développer une plus grande autonomie stratégique dans l’énergie, l’alimentation, les minéraux critiques, la finance et les chaînes d’approvisionnement. Cette impulsion est compréhensible, comme l’a souligné Carney : « Un pays qui ne peut pas se nourrir, s’alimenter ni se défendre a peu d’options. »
Il y a quelque chose de profondément mélancolique dans cette reconnaissance que l’ancien monde est révolu pour de bon. Comme si nous assistions à la fin d’une époque d’innocence politique, à la prise de conscience brutale que les règles et les institutions auxquelles nous avions cru n’étaient que des illusions, des convenances que les puissants pouvaient balayer d’un revers de main quand cela leur convenait. C’est une désillusion collective qui ressent à la fois comme une trahison et comme une libération. Une trahison parce qu’on nous avait promis un monde gouverné par des règles, et une libération parce qu’on n’a plus besoin de se mentir.
Le risque d’un monde de forteresses
Cependant, Carney a mis en garde contre les dangers de cette course à l’autonomie. « Soyons lucides sur où cela mène. Un monde de forteresses sera plus pauvre, plus fragile et moins durable. » Il a souligné que si les grandes puissances abandonnent même la prétention de règles et de valeurs pour la poursuite sans entrave de leur pouvoir et de leurs intérêts, les gains du « transactionnalisme » deviendront plus difficiles à reproduire. « Les hégémies ne peuvent pas continuellement monétiser leurs relations », a-t-il averti, notant que les alliés se diversifieront pour se prémunir contre l’incertitude, qu’ils achèteront de l’assurance, augmenteront leurs options afin de重建 souveraineté — une souveraineté autrefois ancrée dans les règles, mais qui sera de plus en plus ancrée dans la capacité de résister à la pression.
Cette prédiction se réalise déjà sous nos yeux. Les pays cherchent activement à réduire leur dépendance économique vis-à-vis des grandes puissances, diversifiant leurs alliances et leurs chaînes d’approvisionnement. Le Canada lui-même est en train de signer des accords commerciaux avec des pays qui, il y a encore quelques années, auraient été considérés comme des partenaires improbables. C’est une reconfiguration complète du paysage géopolitique, un mouvement tectonique dont les conséquences se feront sentir pendant des décennies. Ce qui est inquiétant, c’est que cette fragmentation pourrait mener à un monde plus instable, plus conflictuel, où la coopération internationale devient l’exception plutôt que la règle.
Section 7 : la riposte de Carney
Une réponse digne et ferme
Face aux attaques de Trump, Mark Carney n’a pas reculé. Le jeudi suivant, en revenant sur son territoire national, il a répondu au président américain avec une déclaration digne et ferme. « Le Canada ne vit pas grâce aux États-Unis. Le Canada prospère parce que nous sommes Canadiens », a-t-il déclaré dans un discours au Québec. Cette réponse élégante mais sans équivoque marque un refus catégorique d’accepter la position de subordination que Trump cherche à imposer. Carney ne cherche pas la confrontation, mais il refuse également d’être humilié.
Cette riposte canadienne est significative à plusieurs égards. Premièrement, elle montre que le Canada ne cherche pas à escalader le conflit, mais refuse de céder sur sa dignité nationale. Deuxièmement, elle souligne que la prospérité canadienne n’est pas un cadeau américain, mais le résultat de choix politiques et économiques faits par les Canadiens eux-mêmes. Troisièmement, elle démontre que Carney est prêt à défendre sa vision d’un monde où les nations moyennes ne sont pas condamnées à être des vassaux des grandes puissances, mais peuvent tracer leur propre chemin en s’unissant.
Quand j’entends cette réponse de Carney, je sens ce frisson de fierté nationale qui traverse probablement tous les Canadiens. Ce n’est pas une réponse agressive, ce n’est pas une provocation, c’est une affirmation simple et puissante de dignité. C’est le refus d’être traité comme un dépendant, comme un enfant qui doit remercier ses parents pour sa survie. C’est une déclaration d’indépendance politique et morale qui résonne bien au-delà des frontières canadiennes. C’est un message pour tous les pays qui se sentent menacés par l’arrogance des grandes puissances : vous n’avez pas besoin de courber l’échine pour prospérer.
La construction d’une nouvelle autonomie
Carney a souligné que le Canada possède ce que le monde veut. « Nous sommes une superpuissance énergétique. Nous détenons d’immenses réserves de minéraux critiques. Nous avons la population la plus instruite au monde. Nos fonds de pension sont parmi les plus grands et les plus sophistiqués investisseurs du monde. En d’autres termes, nous avons du capital, du talent, nous avons aussi un gouvernement avec une immense capacité fiscale à agir de manière décisive. » Cette liste des atouts canadiens n’est pas de la vantardise, mais une démonstration que le Canada dispose des ressources nécessaires pour bâtir son autonomie stratégique.
Le Premier ministre a également insisté sur les valeurs canadiennes. « Le Canada est une société pluraliste qui fonctionne. Notre espace public est bruyant, divers et libre. Les Canadiens restent attachés au développement durable. Nous sommes un partenaire stable et fiable dans un monde qui est tout sauf stable. Un partenaire qui construit et valorise les relations sur le long terme. » Cette présentation du Canada comme un partenaire de confiance dans un monde instable est une stratégie habile qui vise à attirer d’autres nations vers des alliances alternatives à l’hégémonie américaine.
Section 8 : les conséquences économiques
L’impact sur le commerce nord-américain
La détérioration des relations entre Trump et Carney a des conséquences économiques concrètes. Les États-Unis et le Canada sont liés par le commerce transfrontalier le plus important au monde, avec des échanges quotidiens de biens et de services d’une valeur de plusieurs milliards de dollars. Toute perturbation de cette relation économique aurait des répercussions significatives pour les deux pays. Trump a déjà menacé d’imposer des droits de douane punitifs sur les produits canadiens, une menace qui inquiète les entreprises des deux côtés de la frontière.
L’approche de Carney, qui vise à diversifier les partenaires commerciaux du Canada, est une réponse directe à cette menace. En signant des accords avec la Chine, l’Union européenne, le Qatar et de nombreux autres pays, le Canada cherche à réduire sa dépendance économique vis-à-vis des États-Unis. Cette stratégie est risquée à court terme, car elle pourrait provoquer des représailles américaines, mais elle est nécessaire à long terme pour garantir la souveraineté économique canadienne. Comme l’a souligné Carney, « les pays gagnent le droit de prendre des positions de principe en réduisant leur vulnérabilité aux représailles. »
C’est comme si on assistait à un divorce économique entre deux partenaires qui étaient inséparables depuis des décennies. Il y a quelque chose de triste dans cette séparation inévitable, dans cette prise de conscience que la dépendance économique est aussi une vulnérabilité politique. Les entreprises canadiennes qui ont bâti leur modèle sur l’accès au marché américain doivent maintenant reconsidérer toute leur stratégie, chercher de nouveaux marchés, s’adapter à un nouveau paradigme. C’est douloureux, c’est coûteux, mais c’est peut-être la seule façon de survivre dans ce nouveau monde.
Les investissements stratégiques
Pour renforcer son autonomie, le Canada investit massivement dans des secteurs stratégiques. Le gouvernement accélère un investissement de mille milliards de dollars dans l’énergie, l’intelligence artificielle, les minéraux critiques, de nouveaux corridors commerciaux et au-delà. Ces investissements visent à rendre le Canada moins dépendant des chaînes d’approvisionnement étrangères et plus capable de répondre à ses propres besoins en matière d’énergie, de technologie et de ressources critiques. C’est une stratégie à long terme qui portera ses fruits dans les années à venir.
Le Canada double également ses dépenses de défense d’ici la fin de la décennie, le faisant de manière à renforcer ses industries nationales. Cette augmentation des dépenses militaires est une réponse directe aux menaces de Trump, qui a suggéré que le Canada ne contribuait pas suffisamment à sa propre défense. Elle vise également à renforcer la capacité du Canada à protéger son territoire, notamment l’Arctique, face aux ambitions expansionnistes américaines. Ces investissements militaires, combinés aux investissements économiques, forment la base d’une nouvelle autonomie stratégique canadienne.
Conclusion : vers un nouveau monde multipolaire
La fin de l’hégémonie américaine incontestée
Le conflit entre Trump et Carney n’est pas un simple différend bilatéral, mais un symptôme d’un changement plus profond dans l’ordre international. L’hégémonie américaine, qui a structuré le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, est remise en question de manière sans précédent. Les États-Unis ne sont plus en mesure d’imposer leur volonté sans résistance, et leurs alliés traditionnels cherchent activement à réduire leur dépendance vis-à-vis de Washington. Ce mouvement est particulièrement visible parmi les puissances moyennes comme le Canada, qui cherchent à construire une troisième voie entre les superpuissances.
Ce nouveau monde multipolaire présente à la fois des opportunités et des dangers. D’un côté, il offre aux nations moyennes la possibilité de tracer leur propre chemin et de ne plus être contraintes de suivre aveuglément la politique américaine. De l’autre côté, il augmente le risque de conflits entre grandes puissances et fragilise les institutions multilatérales qui ont maintenu la paix depuis 1945. Comme l’a souligné Carney, « un monde de forteresses sera plus pauvre, plus fragile et moins durable. » Le défi pour les années à venir sera de construire un nouvel ordre international qui puisse fonctionner sans hégémonie unique.
Quand je regarde ce qui se passe entre Trump et Carney, je ne vois pas juste un conflit entre deux hommes ou deux pays. Je vois la fin d’un monde et l’émergence d’un autre, avec toute la douleur et toute l’incertitude que cela implique. C’est comme si nous vivions les derniers jours d’un empire qui s’effondre, les premiers jours d’un ordre qui n’a pas encore trouvé sa forme. Et je ressens ce mélange de peur et d’espoir qui caractérise les grandes transitions historiques. Peur parce que l’inconnu est effrayant, et espoir parce que peut-être, juste peut-être, ce nouveau monde sera un peu plus juste, un peu plus équilibré, un peu plus respectueux de la diversité des nations.
Le rôle des puissances moyennes
Dans ce nouveau monde, les puissances moyennes comme le Canada joueront un rôle crucial. Elles ne sont pas assez puissantes pour imposer leur volonté seules, mais elles sont assez importantes pour former des coalitions significatives. Carney a insisté sur le fait que « si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu », une vérité brutale qui guide la nouvelle diplomatie canadienne. En s’unissant, les puissances moyennes peuvent exercer une influence disproportionnée par rapport à leur poids individuel, formant des coalitions sur des questions spécifiques en fonction de valeurs et d’intérêts communs.
Cette approche de la « géométrie variable » — différentes coalitions pour différents problèmes — est probablement le modèle de coopération internationale de l’avenir. Plutôt que de chercher à reconstruire un ordre mondial unique et hégémonique, les nations construiront des réseaux de coopération flexibles, adaptés aux défis spécifiques. C’est un monde plus complexe, plus fragmenté, mais peut-être aussi plus résilient. Comme l’a affirmé Carney, « l’ancien ordre ne reviendra pas. Nous ne devrions pas le pleurer. La nostalgie n’est pas une stratégie. »
Le message final de Carney est un appel à l’action pour les puissances moyennes. « Les puissants ont leur pouvoir. Mais nous avons aussi quelque chose — la capacité de cesser de prétendre, de nommer la réalité, de construire notre force chez nous et d’agir ensemble. » C’est une vision d’un monde où les nations ne se contentent pas de subir les décisions des grandes puissances, mais construisent activement un nouvel ordre basé sur la coopération volontaire plutôt que sur la contrainte hégémonique. C’est un idéal ambitieux, peut-être irréaliste, mais c’est peut-être le seul idéal qui vaille la peine d’être poursuivi dans ce monde en pleine mutation.
Sources
Sources primaires
CBS News, « Are Trump and Canada’s Mark Carney feuding? », publié le 23 janvier 2026
CNBC, « Trump withdraws ‘Board of Peace’ invitation to Carney in widening rift with Canada », publié le 23 janvier 2026
BBC News, « Trump withdraws Canada’s invite to join Board of Peace », publié le 23 janvier 2026
CBC News, « Read Mark Carney’s full speech on middle powers navigating a rapidly changing world », publié le 20 janvier 2026
PM.gc.ca, « Principled and pragmatic: Canada’s path » Prime Minister Carney addresses World Economic Forum », publié le 20 janvier 2026
Sources secondaires
Reuters, « Trump chides Carney in Davos, says Canada should be grateful », publié le 21 janvier 2026
Politico, « Carney’s viral Davos speech complicates stalled US-Canada trade talks », publié le 23 janvier 2026
Al Jazeera, « ‘Rupture in the world order’: What Carney, world leaders said in Davos », publié le 21 janvier 2026
PBS NewsHour, « Carney fires back at Trump after Davos speech », publié le 23 janvier 2026
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