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Ni solide, ni liquide : le paradoxe superionique

Pour comprendre ce que les chercheurs ont découvert, il faut oublier tout ce qu’on nous a appris à l’école sur les états de la matière. Solide, liquide, gaz — ces trois catégories familières ne suffisent plus. L’état superionique est un quatrième larron qui brouille toutes les frontières. Imaginez un immeuble de bureaux. Les murs, les poutres, les fondations sont parfaitement fixes — c’est le réseau cristallin de fer. Mais à l’intérieur, les employés circulent librement, passant d’un étage à l’autre, d’une pièce à l’autre, sans jamais s’arrêter — ce sont les atomes de carbone. La structure est solide. Le contenu est fluide. Les deux coexistent dans le même espace, au même moment. Cette image, aussi imparfaite soit-elle, capture l’essence de ce qui se passe à 5 000 kilomètres sous nos pieds.

Le Dr Yuqian Huang, co-auteur de l’étude publiée dans la prestigieuse revue National Science Review, décrit ce phénomène avec une métaphore saisissante : « Les atomes de carbone deviennent hautement mobiles, diffusant à travers le cadre cristallin de fer comme des enfants se faufilant dans une danse carrée, tandis que le fer lui-même reste solide et ordonné. » Cette coexistence improbable explique enfin le paradoxe qui tourmentait les géophysiciens. Le noyau interne est bien solide — les atomes de fer restent à leur place, formant une structure hexagonale compacte parfaitement ordonnée. Mais la présence d’éléments légers comme le carbone, se déplaçant librement entre les atomes de fer, réduit drastiquement la rigidité de l’ensemble. D’où ce comportement « beurré » qui ralentit les ondes de cisaillement et augmente le coefficient de Poisson — une mesure de la malléabilité des matériaux.

Une expérience aux limites de l’extrême

Reproduire les conditions du centre de la Terre en laboratoire relève de l’exploit technique. Le professeur Youjun Zhang et son équipe ont utilisé une plateforme de compression par choc dynamique — un dispositif capable de générer des pressions et des températures dignes de l’intérieur d’une étoile naine, le temps d’un battement de cils. Le principe est simple dans son concept, vertigineux dans sa réalisation. Un projectile est propulsé à 7 kilomètres par seconde — soit plus de 25 000 km/h, ou environ 20 fois la vitesse d’une balle de fusil — contre un échantillon d’alliage fer-carbone. L’impact génère instantanément une onde de choc qui comprime l’échantillon à 140 gigapascals tout en le chauffant à 2 600 Kelvin.

Pendant cette fraction de seconde cruciale, des capteurs ultrarapides mesurent les vitesses sonores dans l’échantillon. C’est là que la magie opère. Les données montrent une chute spectaculaire de la vitesse des ondes de cisaillement — exactement ce qu’on observe pour le vrai noyau terrestre. En parallèle, des simulations de dynamique moléculaire permettent de visualiser ce qui se passe à l’échelle atomique. Et ce qu’elles montrent confirme l’hypothèse superionique : les atomes de carbone bondissent d’un site interstitiel à l’autre, créant un flux permanent au sein de la structure cristalline figée. « Pour la première fois, nous avons démontré expérimentalement qu’un alliage fer-carbone, dans les conditions du noyau interne, présente une vitesse des ondes de cisaillement remarquablement faible », résume le professeur Zhang. Une première mondiale qui clôt des décennies de spéculations.

Il y a quelque chose de vertigineux à réaliser que nous marchons sur une planète dont le cœur est fait d’un matériau qui n’existe nulle part ailleurs dans notre expérience quotidienne. Ni solide comme la pierre, ni liquide comme l’eau. Quelque chose entre les deux. Quelque chose d’unique. Et pourtant, ce cœur étrange nous permet d’exister. Sans lui, pas de champ magnétique. Sans champ magnétique, pas de protection contre le vent solaire. Sans protection, pas d’atmosphère. Sans atmosphère… eh bien, vous voyez où je veux en venir. Notre existence même dépend de ce beurre cosmique qui mijote à 5 000 kilomètres sous nos pieds.

Sources

Sources primaires

National Science Review – « Experimental evidence for superionic Fe–C alloy revealed by shear softening in Earth’s inner core » – Décembre 2025
Université du Sichuan – Communiqué de presse sur la découverte de l’état superionique – Décembre 2025
Académie Chinoise des Sciences – Institut de Géochimie – Décembre 2025

Sources secondaires

ScienceDaily – « Scientists discover a new state of matter at Earth’s center » – 9 décembre 2025
Earth.com – « Earth may have a buttery core, described as a new state of matter » – Décembre 2025
EurekAlert – « Earth’s heart is frozen yet flowing » – Décembre 2025
Trust My Science – « Un état de matière hybride identifié dans le noyau interne terrestre » – Janvier 2026

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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