Votre ami vient de vous insulter au cours du dîner. Que faites-vous ? Vous le provoquez en duel à l’aube, évidemment. Cela peut sembler fou, mais c’est ainsi que les conflits ont été réglés pendant des siècles dans les classes supérieures. Les duels obéissaient à des règles étranges qui n’ont plus aucun sens aujourd’hui, mais qui étaient alors une question de vie ou de mort. Oubliez tout ce que les films vous ont appris sur les pistolets à l’aube, la véritable histoire est plus étrange que ce qu’Hollywood a imaginé.
1. 1777 Code irlandais
Été 1777 à Clonmel, en Irlande, où des gentlemen de cinq comtés se seraient réunis pour rédiger le règlement qui régirait la manière dont les hommes s’affronteraient au pistolet pendant le siècle suivant. Le Code Duello est issu de cette réunion et contient 25 à 27 règles méticuleusement détaillées.
2. Les armes choisies pour le défi
C’est là que le fait d’être la partie offensée était réellement avantageux : si quelqu’un vous insultait et que vous le provoquiez en duel, c’était lui qui choisissait les armes. Attendez, cela semble illogique, n’est-ce pas ? En fait, la personne qui recevait le défi choisissait si vous vous affronteriez avec des pistolets ou des épées.
3. Pistolets à canon lisse obligatoires
Les canons rayés, ces rainures en spirale à l’intérieur des canons des armes à feu qui font tourner les balles et leur permettent de voler avec précision, étaient considérés comme tout à fait antisportifs dans les cercles de duel anglais. Le Code Duello exigeait spécifiquement des pistolets à canon lisse, des armes si imprécises que pour tuer son adversaire, il fallait de l’habileté et l’intervention divine.
4. Armes chargées
La confiance était rare lorsque votre vie était en jeu, c’est pourquoi la règle 18 du Code Duello exigeait que des seconds chargent les pistolets en présence les uns des autres. Ces amis de confiance mesuraient soigneusement la poudre et inséraient les balles.
5. Rencontre à l'aube
Le duel était illégal pratiquement partout où il était pratiqué, ce qui rendait le timing important pour éviter les interruptions gênantes des agents de police. L’aube est devenue l’heure traditionnelle du duel, car la faible luminosité rendait les participants plus difficiles à repérer, et l’intervalle nocturne obligeait les gentlemen impétueux à dormir sur leur colère.
6. Développer strictement interdit
Certains duellistes ont tenté de contourner le système en tirant délibérément en l’air ou au sol, une pratique appelée « deloping », du mot français signifiant « jeter ». La règle n° 13 du Code irlandais a mis fin à cette pratique : « Aucun tir stupide ou tir en l’air n’est admissible dans aucun cas… »
7. Première infraction : excuses
La toute première règle du Code Duello établissait une hiérarchie contre-intuitive. Celui qui avait proféré l’insulte initiale devait s’excuser en premier, même si la réponse était plus offensive que l’affront initial. Cette règle empêchait les cycles sans fin d’insultes croissantes.
8. Les coups exigeaient satisfaction
La règle n° 5 était la plus stricte de tout le Code Duello : « Comme il est strictement interdit de porter un coup à un gentleman, quelles que soient les circonstances, aucune excuse verbale ne peut être acceptée pour une telle insulte. » Frapper un autre gentleman était la transgression ultime.
9. Seconds Tentative de réconciliation
Avant que quiconque ne tire un coup de feu, les seconds avaient une mission diplomatique cruciale : empêcher si possible toute l’affaire. La règle 21 stipulait explicitement : « Les seconds sont tenus de tenter une réconciliation avant que la rencontre n’ait lieu, ou après un nombre suffisant de tirs ou de coups, comme spécifié. »
10. Dix pas standard
La distance dans un duel était une affaire sérieuse, allant généralement de 8 à 15 pas, soit environ 7 à 14 mètres, les duels au pistolet se déroulant le plus souvent à une distance de 10 à 12 pas. Plus l’insulte était grave, moins la distance était grande.
11. Les ratés comptés comme des coups tirés
La règle n° 20 comblait une lacune potentielle qui aurait pu mener à des disputes sans fin : « Dans tous les cas, un raté équivaut à un coup, et un claquement doit être considéré comme un raté. » Cela empêchait les tergiversations, les disputes ou les tentatives de prendre l’avantage.
12. Duel à mort
Le but n’était pas de tuer. Il s’agissait de satisfaire l’honneur, comme le stipulait explicitement la règle n° 22 : « Toute blessure suffisante pour agiter les nerfs et faire trembler la main doit mettre fin à l’affaire pour la journée. » La plupart des duels se terminaient après un seul échange de coups de feu.
13. Seuls les égaux se battaient en duel
Le duel était un privilège exclusif des classes supérieures, avec des exigences sociales strictes imposées par le code d’honneur lui-même. Un gentleman pouvait refuser honorablement un défi si le challenger était d’un rang social nettement inférieur, mais cette infériorité devait être immédiatement évidente.
14. Lieux isolés requis
Les duellistes avaient besoin d’isolement pour deux raisons essentielles : éviter d’être découverts par les autorités qui auraient mis fin à cette activité illégale, et trouver une ambiguïté juridictionnelle qui pourrait empêcher des poursuites judiciaires par la suite. Les îles situées dans les rivières séparant deux juridictions sont devenues des lieux de duel particulièrement populaires.
15. Les canons rayés, un manque de fair-play
Le débat technique sur les canons rayés par opposition aux canons lisses a révélé de profondes divisions philosophiques sur le but du duel. Le rayage, ces rainures en spirale creusées à l’intérieur des canons, fait tourner les balles en vol, améliorant considérablement leur précision et leur portée, ce qui les rend beaucoup plus meurtrières que les armes à canon lisse.
16. Les bancs de sable, lieux populaires
Les duellistes américains faisaient preuve d’une créativité remarquable pour trouver des endroits où la loi ne pouvait les atteindre, les bancs de sable fluviaux étant particulièrement prisés dans le Sud. Ces îles temporaires formées par des sédiments en mouvement existaient au milieu des rivières.
17. Chirurgien en attente
Les duels n’étaient pas seulement une question de bravade. On faisait souvent appel à un chirurgien qualifié, prêt à soigner les blessures par balle ou par épée dès que l’honneur était satisfait. Ces médecins jouaient un double rôle étrange : ils avaient juré de sauver des vies, mais ils participaient discrètement à un rituel illégal.
18. Le signal du mouchoir
Les mécanismes réels de tir variaient, mais l’une des méthodes les plus spectaculaires consistait à placer une deuxième personne dans le champ de vision périphérique des duellistes, tenant un mouchoir en l’air. La règle 19 spécifiait trois méthodes de tir : par signal, par ordre verbal ou à volonté.
19. L'honneur avant tout
Ces duels étaient menés pour obtenir « satisfaction », c’est-à-dire prouver que vous accordiez suffisamment d’importance à votre réputation pour littéralement risquer votre vie, ce qui rétablissait ce que les insultes avaient endommagé. Cela explique pourquoi de nombreuses règles du duel semblent conçues pour réduire la létalité : tirer à l’aube, dans la pénombre.
20. Les seconds pouvaient se battre
La règle n° 25 reconnaissait une réalité délicate : parfois, les seconds finissaient par se battre en duel aux côtés de leurs principaux. Lorsque les seconds étaient en désaccord sur le déroulement ou l’équité d’un duel, ils avaient la possibilité « d’échanger eux-mêmes des coups de feu au même moment ».