Les châteaux n’ont jamais été de simples demeures fortifiées offrant une vue panoramique. Ils étaient des cocottes-minute de pierre et de stratégie, construites sur la conviction tenace que des murs épais et une position élevée pouvaient résister à n’importe quelle armée pillarde. Lorsqu’une forteresse tenait bon, cela tenait rarement au seul courage : la géographie, les lignes d’approvisionnement et une conception ingénieuse contraignaient les assaillants à s’engager dans des terrains meurtriers où leurs propres tactiques causaient leur perte. Mais lorsque les armées assiégeantes coupaient ces mêmes voies d’approvisionnement ou parvenaient à incendier les remparts, même les forteresses les plus puissantes pouvaient tomber. Voici 10 châteaux qui ont résisté à de fortes pressions militaires, suivis de 10 autres qui ont été consumés par les flammes.
1. Douvres
Le château de Douvres se trouve à l’endroit où l’Angleterre se rétrécit vers le continent, et il semble avoir été construit pour rappeler aux envahisseurs qu’ils sont visibles à des kilomètres à la ronde. Pendant la première guerre des barons, il a subi un siège majeur en 1216, y compris des mines sous ses défenses, et a néanmoins tenu assez longtemps pour mettre fin à la campagne. Lorsqu’une forteresse peut absorber les coups et continuer à fonctionner, le temps devient l’ennemi de l’attaquant.
2. Mont-Saint-Michel
Pendant la guerre de Cent Ans, le Mont-Saint-Michel a résisté aux tentatives anglaises de le conquérir, et sa survie est devenue une partie intégrante de son mythe, et non une simple note de bas de page. Même aujourd’hui, il apparaît comme un lieu qui gagne en forçant les conquérants potentiels à lutter d’abord contre le paysage.
3. Hohensalzburg
Surplombant Salzbourg, Hohensalzburg ressemble moins à un bâtiment qu’à une réponse à la question de savoir qui est aux commandes. Pendant la guerre des paysans allemands en 1525, il a été assiégé et n’est toujours pas tombé aux mains des assaillants. La forteresse a en quelque sorte prouvé que l’altitude, les murs épais et les provisions stockées peuvent être un langage à part entière.
4. Pendennis
Le château de Pendennis nous rappelle que la résistance peut être une forme de victoire, même lorsque la capitulation finit par avoir lieu. Pendant la guerre civile anglaise, il a tenu bon jusqu’en 1646, bien après la chute de nombreuses forteresses, et n’a cédé que lorsqu’il n’y avait plus aucun intérêt à continuer de se battre.
5. Harlech
Le château de Harlech a cette allure sévère, faite de pierres galloises, qui donne l’impression que toute approche est exposée. Pendant la guerre des Deux-Roses, il a résisté pendant des années à la pression des Yorkistes, devenant un symbole de résistance obstinée alors même que le contexte politique évoluait ailleurs. Plus un lieu résiste longtemps, plus il devient une histoire que les gens racontent, ce qui lui confère une puissance particulière.
6. Carlisle
Le château de Carlisle a appris son rôle de point fortifié frontalier comme on apprend à porter des cicatrices, à force de répétitions. En 1315, les forces de Robert Bruce ont tenté de le prendre, mais le siège a échoué et les Écossais se sont retirés. Les conditions météorologiques, la logistique et la défense se sont conjuguées de la manière la moins glamour qui soit : les assaillants n’ont tout simplement pas pu mener leur tâche à bien.
7. Corfou
L’ancienne forteresse de Corfou baigne dans cette luminosité méditerranéenne qui cache la violence des conflits qui ont secoué la région. Lors du siège ottoman de 1716, les défenseurs menés par les Vénitiens ont tenu bon, et l’échec de la prise de Corfou a eu des répercussions bien au-delà du littoral de l’île. Une forteresse qui arrête un empire, ne serait-ce qu’une seule fois, mérite une place permanente dans la mémoire régionale.
8. Birgu
Le fort Saint-Ange et la zone fortifiée autour de Birgu sont devenus un point central pendant le Grand Siège de Malte en 1565. Les défenseurs ont subi des punitions horribles et ont tout de même tenu bon jusqu’à l’arrivée des forces de secours, transformant le siège en l’un de ces moments auxquels l’histoire militaire revient sans cesse. Lorsqu’un lieu survit à ce genre de pression, on commence à comprendre pourquoi les gens faisaient autrefois confiance aux murs pour assurer leur avenir.
9. La Tour de Londres
En 1381, pendant la révolte des paysans, une foule s’est introduite à l’intérieur, ce qui est rare, mais le complexe est resté une forteresse du pouvoir étatique plutôt qu’une ruine conquise. Son défi tient moins à un siège propre qu’à sa capacité à perdurer comme un symbole fort que personne ne pouvait facilement effacer.
10. San Leo
La forteresse de San Leo, en Italie, est perchée sur un rocher qui ressemble à un piédestal naturel, comme si la terre elle-même voulait la défendre. Elle a longtemps résisté aux attaques tout au long des conflits médiévaux et de la Renaissance, aidée en cela par son accès qui contraint toute attaque à emprunter des passages étroits et difficiles.
Un château peut survivre aux armées et pourtant succomber à la chaleur, au hasard ou à une destruction délibérée. Voici dix châteaux qui ont finalement succombé.
1. Rochester
Le siège du château de Rochester en 1215, pendant la première guerre des barons, est resté dans les mémoires pour la brutalité et le pragmatisme de la guerre médiévale. Les assaillants ont sapé une partie des fondations et utilisé le feu pour faire s’effondrer une partie de la structure, transformant l’ingénierie en dévastation.
2. Château Gaillard
Construit par Richard Cœur de Lion, le Château Gaillard était destiné à être un véritable joyau architectural surplombant la Seine. Il tomba en 1204 aux mains de Philippe II de France après un long siège au cours duquel les assaillants trouvèrent le moyen d’exploiter ses points faibles et d’exercer une pression incessante. Même un château « à la pointe de la technologie » peut devenir obsolète dès lors qu’un ennemi l’étudie suffisamment longtemps.
3. Heidelberg
Le château de Heidelberg a aujourd’hui l’apparence romantique d’une ruine, mais l’histoire derrière cette beauté est dure. Pendant la guerre de Neuf Ans, les forces françaises ont incendié Heidelberg en 1689, et les dommages causés au château s’inscrivent dans le cadre d’une campagne plus large qui considérait la destruction comme la stratégie principale.
4. Windsor
Le château de Windsor incarne la continuité, c’est pourquoi l’incendie de 1992 a été si bouleversant. Une grande partie du château a été endommagée, et les images de la fumée s’élevant de cette silhouette familière ont fait ressentir aux gens d’aujourd’hui, l’espace d’un instant, la vieille vérité selon laquelle la pierre n’est pas immortelle. La reconstruction a été une leçon sur la fragilité du patrimoine, même avec les services d’incendie modernes.
5. Le château de Prague
En 1541, un incendie majeur a ravagé certaines parties de Prague, notamment les zones autour du complexe du château, causant d’importants dégâts dans l’un des grands centres du pouvoir européen. L’ampleur de cet incendie nous rappelle que les villes médiévales et modernes attendaient en quelque sorte une étincelle, avec leurs structures denses et leurs matériaux inflammables omniprésents.
6. Osaka
L’histoire du château d’Osaka est marquée par des destructions répétées, ce qui arrive lorsqu’un symbole est sans cesse entraîné dans des bouleversements nationaux. Au XVIIe siècle, la foudre aurait frappé la tour principale, provoquant un incendie qui l’a détruite, et les époques suivantes ont apporté d’autres dommages dus aux conflits.
7. Azuchi
Le château d’Azuchi, associé à Oda Nobunaga, a eu une existence courte et intense, comme une chose brillante faite pour être vue puis emportée. Après la mort de Nobunaga en 1582, le château a été incendié et sa disparition s’est inscrite dans les turbulences plus générales de l’époque. C’est le genre d’histoire qui fait paraître le pouvoir moins solide qu’il ne le prétend.
8. Le château royal de Varsovie
Le château royal de Varsovie n’a pas été perdu lors d’un siège médiéval, il a été la cible des violences du XXe siècle. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a été endommagé puis délibérément détruit sous l’occupation allemande, le laissant brûlé et en ruines comme une déclaration publique. Sa reconstruction ultérieure est devenue une forme différente de défi, réalisée à partir de photographies, de plans et d’une mémoire culturelle tenace.
9. Stirling
Le château de Stirling est souvent considéré comme la clé de l’Écosse, et les clés font l’objet de luttes acharnées. En 1304, pendant les guerres d’indépendance écossaises, les forces d’Édouard Ier assiégèrent Stirling avec des ressources écrasantes, et le château tomba, la violence de la campagne restant gravée dans les annales historiques.
10. Castell Coch
Toutes les histoires de châteaux en flammes ne proviennent pas de guerres médiévales, et c’est en partie ce qui les rend troublantes. Castell Coch, au Pays de Galles, une réinterprétation victorienne d’une forteresse médiévale, a subi un incendie important à la fin du XXe siècle qui a endommagé certaines parties du bâtiment.