Une facture plus transparente ou une façon de refiler la note ?

Avez-vous remarqué que votre panier d’épicerie coûte de plus en plus cher ? Évidemment. Mais savez-vous exactement pourquoi ? C’est tout le cœur du débat lancé par les entreprises québécoises. Confrontées à une explosion des coûts pour financer la collecte sélective, elles ne veulent plus payer la facture toutes seules. Leur proposition : l’ajout d’« écofrais » visibles directement sur vos reçus.
Pour le Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ), la situation actuelle manque de clarté. Annick Van Campenhout, vice-présidente au sein de l’organisation, est catégorique : il n’est pas normal que le consommateur ignore pourquoi les prix grimpent. Selon elle, les gens dénoncent l’inflation sans savoir qu’une partie de cette hausse sert à couvrir les frais grandissants de la collecte sélective, gérée par Éco Entreprises Québec. « Le citoyen, à part pour la consigne, n’est pas impliqué dans le geste citoyen du recyclage », déplore-t-elle.
L’idée est simple : au lieu d’intégrer discrètement ces coûts dans le prix de votre boîte de céréales ou de votre pot de confiture, l’industrie voudrait que ce soit explicite. Comme c’est déjà le cas pour les pneus ou les appareils électroniques. Pour le CTAQ, il y a une limite à ce que les entreprises peuvent absorber. Annick Van Campenhout parle même d’un « rendez-vous manqué » et estime que le recyclage est un enjeu de société qui concerne tout le monde, pas juste les fabricants.
Bac bleu, consigne ou écofrais : comment s’y retrouver ?

Avant de trancher, il faut comprendre la mécanique actuelle. Aujourd’hui, vos déchets empruntent trois chemins distincts pour éviter le dépotoir. D’abord, la célèbre collecte sélective (le bac bleu). Depuis janvier 2025, elle accepte tous les contenants, emballages et imprimés. C’est financé par les producteurs via Éco Entreprises Québec, mais le coût est caché dans le prix des produits. Le système va d’ailleurs s’élargir : polystyrènes et cintres en 2027, pailles et ustensiles en 2029, et plastiques compostables en 2031.
Ensuite, il y a la consigne. Vous payez 10 ou 25 cents à l’achat, et vous récupérez cette somme en rapportant le contenant vide. Ce système s’est modernisé pour inclure tous les contenants de boisson en aluminium et plastique (100 ml à 2 l). Le verre et le carton multicouche suivront en 2027. Ici, le tri est excellent, frisant les 100 % de recyclage selon Francis Vermette de Recyc-Québec, car la matière est séparée à la source.
Enfin, il y a les fameux écofrais. C’est le modèle utilisé pour les batteries, la peinture ou les frigos. Vous payez un montant visible, non remboursable, pour financer le recyclage. C’est ce modèle que l’industrie alimentaire lorgne pour ses emballages.
Un cauchemar logistique et éthique ?

L’idée d’étendre les écofrais à votre yogourt ou votre barre tendre fait bondir les experts. « Comment déterminer que tel emballage va coûter tant en écofrais ? », s’interroge Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets. Avec la multitude de produits sur les tablettes, la gestion deviendrait un véritable casse-tête. Francis Vermette, de Recyc-Québec, abonde dans le même sens : actuellement, ces frais sont internalisés. Le consommateur paie, certes, mais sans la complexité administrative.
Mais au-delà de la logistique, c’est la philosophie qui dérange. Pour Julie-Christine Denoncourt, d’Équiterre, la transparence est souhaitable, mais pas si elle sert à déresponsabiliser les fabricants. C’est le principe de la « Responsabilité Élargie des Producteurs » (REP) : ceux qui mettent un produit sur le marché doivent gérer sa fin de vie. Si on facture le client directement, la pression baisse sur les épaules de l’industriel. « Ce n’est pas eux qui conçoivent les emballages dans lesquels on leur vend des produits », rappelle-t-elle, soulignant que les entreprises devraient plutôt utiliser les subventions disponibles pour l’écoconception.
Karel Ménard va plus loin : pour lui, l’écofrais est souvent perçu comme une simple taxe par le citoyen. Pire, ça ne garantit rien. « On peut récupérer un produit et l’envoyer ensuite au dépotoir », dénonce-t-il, critiquant des taux de récupération souvent bas pour les produits sous écofrais, contrairement à la consigne qui s’autofinance et incite au retour.
Alors, quel est le meilleur système ?

Si l’industrie plaide pour la transparence des écofrais afin de montrer le vrai coût aux consommateurs — et peut-être les inciter à faire de meilleurs choix ou à acheter en vrac selon Équiterre —, les experts restent sceptiques. Karel Ménard estime que le fardeau financier incombe déjà trop au consommateur. Pour lui, la vraie solution passe par des produits durables, réparables et la fin de l’obsolescence programmée.
Au final, ces trois systèmes (bac, consigne, écofrais) cohabitent depuis peu sous leur forme modernisée. Comme le souligne Francis Vermette, « c’est tout nouveau et c’est encore difficile de se faire une tête sur quel système pourrait être le
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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Recyclage : pourquoi l’industrie veut faire apparaître de nouveaux frais sur votre facture
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