Deux morts qui changent tout
Pour comprendre ce nouveau shutdown, il faut remonter à Minneapolis. Fin janvier, Alex Pretti, un infirmier américain de 37 ans, est tué par balles par des agents fédéraux en marge de manifestations contre la présence de l’ICE, la police de l’immigration. Sa mort intervient moins de trois semaines après celle de Renee Good, également tuée par balle par des agents fédéraux dans la même ville. Deux citoyens américains abattus par leur propre gouvernement. Deux vies fauchées qui vont déclencher une crise politique majeure. Les Démocrates s’indignent, réclament des réformes profondes sur la manière dont les agents de l’ICE opèrent. Ils exigent l’emploi systématique de caméras-piétons, l’interdiction du port de cagoule, et surtout qu’un mandat judiciaire précède toute arrestation de migrants.
Le DHS au cœur du blocage
La question du financement du Département de la Sécurité intérieure (DHS), dont dépend l’ICE, devient alors le point de rupture. Les Démocrates refusent catégoriquement de voter tout budget pour le DHS sans d’importantes réformes. Hakeem Jeffries, chef de la minorité démocrate à la Chambre, affirme que le gouvernement Trump ne peut pas « se contenter de paroles » et doit appliquer ces mesures dès aujourd’hui. De leur côté, les Républicains accusent l’opposition de « se livrer à des jeux politiciens » et de retenir le DHS « en otage ». Le député républicain Chip Roy, du Texas, monte au créneau pour dénoncer ce qu’il considère comme du chantage.
Deux morts. Il aura fallu deux morts pour que le pays se réveille et se demande si, peut-être, il y avait un problème avec la façon dont on traite les migrants et ceux qui les défendent. Mais même face à cette tragédie, même face à l’évidence, les politiques continuent de se déchirer au lieu de chercher des solutions. C’est révoltant.
Section 3 : Le poids du passé récent
Quarante-trois jours d’enfer
Ce nouveau shutdown survient à peine quelques mois après le plus long de l’histoire américaine. Du 1er octobre au 13 novembre 2025, les États-Unis ont vécu quarante-trois jours de paralysie budgétaire. Quarante-trois jours pendant lesquels environ 900 000 employés de l’administration fédérale ont été placés en chômage technique, et 700 000 supplémentaires en congés sans solde. Quarante-trois jours où les militaires ont continué à travailler sans être payés, où les allocations SNAP (aide alimentaire) ont été suspendues, où les contrôleurs aériens ont dû faire des heures supplémentaires non rémunérées jusqu’à l’épuisement. Les conséquences avaient été dévastatrices : plus de 3 300 vols annulés, des dizaines de milliers de retards, des fonctionnaires contraints de trouver un second emploi comme chauffeur Uber ou livreur DoorDash pour survivre.
Un coût économique astronomique
Le shutdown de 2025 avait coûté environ 15 milliards de dollars par semaine à l’économie américaine, selon Kevin Hassett, directeur du National Economic Council. Chaque semaine de paralysie avait réduit la croissance de 0,2 point de pourcentage. Les parcs nationaux avaient été laissés à l’abandon, les musées fédéraux fermés, les services de santé publique suspendus. La National Nuclear Security Administration, chargée de la sécurité de l’arsenal nucléaire américain, avait mis au chômage technique 1 400 de ses 1 800 employés, laissant seulement 400 salariés pour maintenir les ogives nucléaires. Une situation surréaliste et dangereuse.
Quarante-trois jours. Quarante-trois jours où le pays le plus puissant du monde s’est comporté comme une république bananière incapable de gérer ses propres affaires. Et maintenant, à peine trois mois plus tard, on recommence. C’est de la folie furieuse.
Section 4 : Trump presse, mais personne ne bouge
Un président sous pression
Donald Trump a beau presser le Congrès d’adopter le texte budgétaire « sans délai » et « sans changement », la réalité politique est têtue. Le président américain a déclaré sur Truth Social : « Nous devons rouvrir le gouvernement et j’espère que tous les républicains et les démocrates se joindront à moi pour soutenir cette loi. » Mais ses appels restent lettre morte. Trump a même averti qu' »aucun changement n’est possible à ce stade » sur le texte budgétaire, au moment où le mécontentement gronde jusque dans son propre camp. Plusieurs élus de la frange ultraconservatrice menacent de s’opposer au texte car ils refusent catégoriquement de renégocier le budget du DHS, une exigence pourtant centrale des Démocrates.
Mike Johnson coincé entre deux feux
Le président républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson, se retrouve dans une position intenable. Avec l’arrivée d’un nouvel élu démocrate après une législative partielle au Texas, Johnson sait qu’il ne peut pas se permettre de perdre plus d’une voix dans son camp. Pourtant, plusieurs élus républicains ont déjà annoncé leur opposition. Johnson avait pourtant affiché son optimisme ce week-end, prêchant qu’on allait « réussir à finir tout ça d’ici à mardi ». Il était même allé jusqu’à évoquer une « formalité » pour qualifier le vote attendu. Mais la réalité du terrain politique est bien plus complexe que ses prévisions optimistes.
Trump presse, Johnson rassure, mais au final, personne ne bouge vraiment. C’est le jeu habituel de Washington : beaucoup de bruit, beaucoup de déclarations, mais peu d’action concrète. Pendant ce temps, les gens souffrent.
Section 5 : Les Démocrates ne lâchent rien
Une ligne rouge infranchissable
Les Démocrates ont tracé une ligne rouge claire : pas de budget pour le DHS sans réformes de l’ICE. Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat, a lancé dans l’hémicycle : « Ça suffit, ce que fait l’ICE, en dehors du cadre légal, c’est de la brutalité soutenue par l’État, et cela doit cesser. » Il a qualifié les agents de l’ICE de « voyous arpentant nos rues », des mots forts qui reflètent la colère de son camp après les morts de Minneapolis. Les Démocrates demandent notamment l’emploi systématique de caméras-piétons, l’interdiction du port de cagoule ou encore qu’un mandat judiciaire précède toute arrestation de migrants. Des mesures de bon sens pour certains, du chantage politique pour d’autres.
Le souvenir amer de 2025
Les Démocrates n’ont pas oublié le shutdown de 2025. À l’époque, après quarante-trois jours de blocage, quelques sénateurs démocrates avaient fini par voter pour un texte budgétaire concocté par les Républicains, en échange de promesses de concessions sur les subventions d’assurance santé. Leur décision avait été fortement critiquée par de nombreux sympathisants démocrates, qui souhaitaient voir une opposition plus vigoureuse face à Donald Trump. Cette fois, l’opposition semble déterminée à ne pas céder aussi facilement. Les événements de Minneapolis ont renforcé leur détermination et leur ont donné un argument moral puissant.
Les Démocrates ont raison de tenir bon sur Minneapolis. Deux citoyens américains sont morts, tués par des agents fédéraux. Ce n’est pas rien. Ce n’est pas négociable. Mais en même temps, je me demande si bloquer tout le gouvernement est vraiment la meilleure stratégie. Les victimes collatérales de ce bras de fer, ce sont les fonctionnaires, les familles qui dépendent des aides sociales, les gens ordinaires.
Section 6 : Les Républicains divisés
L’aile ultraconservatrice fait de la résistance
Si les Démocrates bloquent le texte budgétaire, les Républicains ne sont pas non plus unis. Plusieurs élus de la frange ultraconservatrice ont menacé de s’opposer au texte car ils refusent catégoriquement de renégocier le budget du Département de la Sécurité intérieure. Pour eux, céder sur ce point serait une capitulation inacceptable face aux exigences démocrates. Le député Chip Roy a été particulièrement virulent, accusant les Démocrates de « se livrer à des jeux politiciens » et de retenir le DHS « en otage ». Cette division interne complique encore davantage la tâche de Mike Johnson, qui doit jongler entre les exigences de son aile droite et la nécessité de trouver un compromis avec l’opposition.
Le spectre du shutdown de 2025
Les Républicains n’ont pas non plus oublié le shutdown de 2025. À l’époque, le blocage avait duré quarante-trois jours parce que les sénateurs démocrates s’opposaient aux coupes prévues dans la sécurité sociale et refusaient de voter le budget. Le shutdown avait pris fin seulement après que quelques sénateurs démocrates aient accepté de voter pour un texte républicain, en échange de promesses de concessions. Mais cette fois, les Républicains savent que les Démocrates sont plus déterminés, galvanisés par les événements de Minneapolis. Le risque d’un nouveau shutdown long plane donc sur Washington.
Les Républicains sont coincés. Ils ne peuvent pas céder sur le DHS sans perdre la face devant leur base électorale, mais ils ne peuvent pas non plus laisser le gouvernement paralysé indéfiniment. C’est l’impasse parfaite, le genre de situation où tout le monde perd.
Section 7 : Les fonctionnaires, premières victimes
Le cauchemar recommence
Pour les fonctionnaires fédéraux, ce nouveau shutdown est un cauchemar qui recommence. Beaucoup n’ont pas encore totalement récupéré financièrement du shutdown de 2025, qui avait duré quarante-trois jours. À l’époque, environ 900 000 employés de l’administration fédérale avaient été placés en chômage technique, et 700 000 supplémentaires en congés sans solde. Tous avaient dû attendre la fin de la paralysie budgétaire pour recevoir leur salaire. Certains avaient été contraints de puiser dans leurs économies, d’autres avaient dû trouver un second emploi pour payer leurs factures et couvrir leurs frais de santé. Des contrôleurs aériens étaient devenus chauffeurs Uber, des employés du Pentagone livreurs DoorDash.
Une situation intenable
Cette fois, les fonctionnaires savent à quoi s’attendre, et c’est peut-être encore pire. Ils savent que le shutdown peut durer des semaines, voire des mois. Ils savent que leurs salaires ne seront pas versés tant que le Congrès n’aura pas trouvé un accord. Ils savent qu’ils devront continuer à travailler pour certains, ou rester chez eux pour d’autres, sans aucune garantie de quand la situation se débloquera. Les membres du Congrès, eux, continuent d’être payés pendant le shutdown en raison d’une loi de 1983. En moyenne, ils touchent 174 000 dollars à l’année, tandis que les fonctionnaires qu’ils sont censés représenter se demandent comment ils vont payer leur loyer.
C’est là que le système montre toute son injustice. Les élus qui provoquent le shutdown continuent d’être payés, tandis que les fonctionnaires qui n’ont rien demandé se retrouvent sans salaire. C’est indécent. C’est révoltant. Et ça devrait être illégal.
Section 8 : Les conséquences en cascade
Un pays qui se grippe
Les conséquences d’un shutdown vont bien au-delà des fonctionnaires. C’est tout le pays qui se grippe progressivement. Les parcs nationaux restent ouverts mais sans personnel suffisant pour assurer la sécurité des visiteurs. Les musées fédéraux ferment leurs portes. Les services de santé publique sont suspendus. Les allocations SNAP, qui permettent à des millions d’Américains de se nourrir, risquent d’être interrompues comme en 2025. Les militaires continuent de travailler mais ne sont plus payés. Les contrôleurs aériens, déjà épuisés par le shutdown précédent, doivent à nouveau faire des heures supplémentaires non rémunérées. Le transport aérien commence à connaître des retards et des annulations.
Un coût économique qui explose
Le coût économique d’un shutdown est astronomique. En 2025, chaque semaine de paralysie avait coûté environ 15 milliards de dollars à l’économie américaine. Chaque semaine avait réduit la croissance de 0,2 point de pourcentage. Les entreprises avaient vu leur activité baisser, les touristes avaient annulé leurs voyages, les investisseurs s’étaient inquiétés. Et maintenant, à peine trois mois après la fin du shutdown record, le pays s’apprête à revivre le même scénario. Les économistes s’alarment, les marchés s’inquiètent, mais à Washington, les élus continuent de jouer à la politique politicienne.
Quinze milliards de dollars par semaine. Quinze milliards qui partent en fumée parce que des élus n’arrivent pas à se mettre d’accord. Quinze milliards qui auraient pu servir à améliorer les écoles, les hôpitaux, les infrastructures. C’est du gâchis pur et simple.
Section 9 : Un pays à bout de souffle
La lassitude des Américains
Les Américains sont fatigués. Fatigués de ces shutdowns à répétition, fatigués de ces guerres politiques qui ne mènent nulle part, fatigués de voir leur pays se paralyser lui-même encore et encore. Le shutdown de 2025 avait été le onzième de l’histoire contemporaine des États-Unis, et le plus long de tous. Celui de février 2026 est le douzième. Combien faudra-t-il encore de paralysies budgétaires avant que les élus comprennent que ce système ne fonctionne plus? Combien de fonctionnaires devront encore souffrir avant qu’on trouve une solution pérenne? Les sondages montrent que la majorité des Américains en ont assez de ces blocages politiques, mais leurs voix semblent ne pas porter jusqu’à Washington.
Un système à réformer
Le problème est structurel. Depuis 1977, l’adoption du budget fédéral est composée de 12 lois de finances distinctes qui doivent toutes obtenir l’accord des membres du Congrès. La polarisation politique a rendu ce processus de plus en plus difficile, poussant régulièrement à adopter des lois de finances qui s’inscrivent dans la continuité des précédentes pour ne pas bloquer le financement des activités gouvernementales. Mais ce système de rustines ne fonctionne plus. Il faut une réforme en profondeur, une nouvelle façon de gérer le budget qui ne permette plus à une minorité d’élus de prendre en otage tout le pays. Mais qui aura le courage politique de lancer une telle réforme?
Le système est cassé. Tout le monde le sait, tout le monde le voit, mais personne ne fait rien pour le réparer. C’est comme regarder un train foncer vers un mur en se disant qu’il finira bien par s’arrêter tout seul. Sauf que le train ne s’arrête pas, et le mur se rapproche.
Conclusion : L'impasse américaine
Quand personne ne gagne
Ce nouveau shutdown illustre parfaitement l’impasse dans laquelle se trouve l’Amérique. Les Démocrates ont raison de réclamer des réformes de l’ICE après les morts de Minneapolis. Les Républicains ont raison de vouloir financer le Département de la Sécurité intérieure. Mais aucun des deux camps n’a raison de bloquer tout le gouvernement pour faire valoir son point de vue. Dans cette guerre politique, il n’y a que des perdants : les fonctionnaires qui ne sont plus payés, les Américains qui dépendent des services publics, l’économie qui souffre, et la démocratie elle-même qui se décrédibilise un peu plus à chaque crise. Donald Trump peut bien presser le Congrès d’agir « sans délai », mais tant que les lignes de fracture resteront aussi profondes, tant que le système restera aussi dysfonctionnel, les shutdowns continueront de se succéder.
Je ne sais pas combien de temps durera ce shutdown. Trois jours, trois semaines, trois mois? Ce que je sais, c’est qu’il durera trop longtemps. Trop longtemps pour les fonctionnaires qui attendent leur salaire. Trop longtemps pour les familles qui dépendent des aides sociales. Trop longtemps pour un pays qui mérite mieux que ce spectacle pathétique. L’Amérique se paralyse elle-même, et personne ne gagne. Personne.
Signé Jacques Provost
Sources
BFM Business, « Donald Trump presse le Congrès de lever ‘sans délai’ la paralysie budgétaire », 2 février 2026
BFM Business, « Encore un ‘shutdown’ aux États-Unis? Les démocrates bloquent un texte budgétaire pour protester contre l’ICE », 29 janvier 2026
Wikipédia, « Arrêt des activités gouvernementales fédérales de 2025 aux États-Unis », consulté le 2 février 2026
Le Monde, « Killing of Alex Pretti by immigration agents fuels anger in traumatized Minneapolis », 25 janvier 2026
RTS, « Après le feu vert du Congrès, Donald Trump met fin à 43 jours de paralysie budgétaire », 13 novembre 2025
Le Figaro, « La fin du ‘shutdown’ après 43 jours de blocage, un record historique », 13 novembre 2025
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