Ce que Trump a vraiment dit
Le 21 janvier 2026, au Forum économique mondial de Davos, Trump a consacré une partie substantielle de son discours au Groenland. Pas pour célébrer sa culture millénaire ou reconnaître la souveraineté de son peuple. Non. Pour justifier son obsession d’acquisition territoriale. « Nous voulons ce morceau de glace pour protéger le monde et ils refusent de nous le donner », a-t-il martelé. Comme si le Groenland était un objet qu’on peut réclamer, un jouet qu’on arrache des mains d’un enfant récalcitrant. Il a insisté sur la position stratégique de l’île, coincée entre les États-Unis, la Russie et la Chine. Il a évoqué la Seconde Guerre mondiale, rappelant que les Américains avaient « sauvé » le Groenland quand le Danemark était tombé face à l’Allemagne en six heures.
La rhétorique du sauveur blanc
Trump a déployé toute la panoplie du discours colonial classique. D’abord, la minimisation : le Groenland n’est qu’un « grand morceau de glace », « difficile d’appeler ça une terre ». Ensuite, l’incapacité présumée des actuels détenteurs : le Danemark ne peut pas défendre ce territoire, seuls les États-Unis en sont capables. Puis, la dette morale : « Regardez l’ingratitude à laquelle nous faisons face aujourd’hui », après avoir rendu le Groenland au Danemark post-1945. Enfin, la menace voilée : « Vous pouvez dire oui et nous vous en serons très reconnaissants, ou vous pouvez dire non et nous nous en souviendrons. » Cette mécanique rhétorique, on la connaît par cœur. C’est celle qui a justifié des siècles de domination coloniale.
Et moi, pendant ce temps, je regarde ce spectacle avec une sorte de fascination horrifiée. Parce que Trump ne se cache même pas. Il ne prend pas de gants, ne maquille pas ses intentions derrière un vernis humanitaire. Il dit cash : je veux ce territoire, je le prendrai. Point. Il y a quelque chose de presque… rafraîchissant dans cette franchise brutale. Au moins, on sait à quoi s’en tenir. Pas de discours sur la « mission civilisatrice », pas de prétexte démocratique. Juste la loi du plus fort, assumée, revendiquée. C’est terrifiant et révélateur à la fois.
Section 3 : Terra nullius, le mensonge qui a traversé les siècles
Quand les empires décident qui existe
Le concept de terra nullius – terre n’appartenant à personne – a été l’un des outils juridiques les plus puissants du colonialisme. Au XVIIIe siècle, les autorités britanniques l’ont appliqué à l’Australie, malgré au moins 60 000 ans de présence aborigène. Leur raisonnement ? Les peuples autochtones n’avaient pas de gouvernement « civilisé », pas d’agriculture permanente, pas de propriété privée telle que définie par les Européens. Donc, selon cette logique tordue, la terre était vide. Disponible. À prendre. Ce n’est qu’en 1992 que la Haute Cour australienne a finalement renversé cette doctrine, reconnaissant les droits fonciers traditionnels des peuples autochtones.
L’Alaska, ou comment acheter des gens sans leur demander
En 1867, les États-Unis ont acheté l’Alaska à la Russie pour 7,2 millions de dollars, soit environ deux cents l’acre. Les journaux américains se sont moqués de cet achat, parlant de « Seward’s Folly » ou de « Seward’s icebox ». Mais personne n’a consulté les peuples autochtones d’Alaska, présents depuis au moins 10 000 ans. Leurs systèmes de gestion territoriale, basés sur les migrations saisonnières du saumon, la chasse à la baleine et au phoque, les routes fluviales et les sites ancestraux, ont été purement et simplement ignorés. L’accord entre deux empires a suffi à transférer la souveraineté, comme si les habitants n’existaient pas.
C’est ça qui me rend malade. Cette capacité des puissances à décider, entre elles, du sort de millions de personnes. À tracer des lignes sur des cartes, à signer des traités, à échanger des territoires comme des cartes Pokémon. Et les gens qui y vivent ? Ah oui, eux. On les a oubliés. Désolé. Pas désolé, en fait. Parce que dans la logique coloniale, ils ne comptent pas vraiment. Ils sont juste… là. Comme des meubles qu’on déplace quand on réaménage une pièce.
Section 4 : Le Groenland, cinq mille ans d'histoire effacés d'un revers de main
Avant que les Européens n’arrivent
Les premiers habitants du Groenland sont arrivés il y a environ 4 500 ans, venus d’Amérique du Nord. Les Inuits, ancêtres des Groenlandais actuels, se sont installés vers l’an 1200. Ils ont développé une culture sophistiquée, parfaitement adaptée aux conditions arctiques extrêmes. Leurs connaissances en navigation, en chasse, en construction d’habitations isolées, en gestion des ressources naturelles étaient – et restent – d’une complexité remarquable. Mais pour Trump, tout ça n’existe pas. Le Groenland est « presque entièrement inhabité et sous-développé ». Comme si l’absence de gratte-ciels et d’autoroutes signifiait l’absence de civilisation.
La colonisation danoise et ses horreurs
Le Danemark a établi sa domination sur le Groenland au début du XVIIIe siècle. En 1953, l’île est devenue un département danois, partie intégrante du royaume. S’en est suivie une période d’assimilation forcée particulièrement brutale. En 1951, 22 enfants inuits ont été arrachés à leurs familles et envoyés au Danemark pour créer une « élite danophone ». Ils ont été empêchés de parler groenlandais, coupés de leurs racines. En 2021, les six survivants ont reçu chacun environ 31 000 francs de dédommagement. Une misère pour des vies brisées.
Les stérilisations forcées, un crime contre l’humanité
Entre les années 1960 et 1990, le Danemark a orchestré une campagne de contrôle des naissances au Groenland. Au moins 4 000 femmes et adolescentes ont subi la pose d’un stérilet sans leur consentement. Près de la moitié n’a jamais pu avoir d’enfants. Ce n’est qu’en 2025 que la Première ministre danoise Mette Frederiksen a présenté des excuses officielles. Les victimes peuvent désormais demander une indemnisation. Mais l’argent ne rendra jamais ce qu’on leur a volé : le droit de choisir, le droit d’être mères, le droit à l’intégrité corporelle.
Quand je lis ces chiffres, ces dates, ces faits… je ne sais plus quoi ressentir. La colère ? L’écœurement ? La tristesse ? Tout à la fois, probablement. Parce que ces femmes, ces enfants arrachés à leurs familles, ces vies détruites par des politiques coloniales… ce ne sont pas des abstractions. Ce sont des êtres humains. Avec des rêves, des espoirs, des projets. Et on leur a tout pris. Au nom de quoi ? De la « modernisation » ? Du « progrès » ? De la volonté d’un État colonisateur de façonner ses sujets à son image ? C’est insupportable.
Section 5 : La doctrine de la découverte, ou comment voler légalement
Un principe juridique raciste
La Doctrine de la Découverte, principe juridique du XVe siècle, affirmait que les nations chrétiennes européennes acquéraient automatiquement la souveraineté sur les terres « découvertes » habitées par des non-chrétiens. En 1823, la Cour suprême des États-Unis s’en est servie pour statuer que les Amérindiens pouvaient vivre sur leurs terres mais n’avaient pas le droit de les vendre à quiconque sauf au gouvernement fédéral. Ils étaient traités comme des occupants, pas comme des propriétaires. Cette logique a fourni la base légale de la dépossession massive des peuples autochtones nord-américains.
John Locke et la théorie de l’amélioration
Le philosophe anglais John Locke a théorisé que la terre devenait propriété légitime quand les gens l' »amélioraient » par un travail visible : labourer, construire, clôturer. Les terres non utilisées selon ces critères européens pouvaient être revendiquées par d’autres. Cette théorie a justifié l’appropriation des territoires autochtones en Amérique du Nord. Les cycles saisonniers de chasse et de cueillette, les systèmes de gestion collective des ressources, les pratiques agricoles différentes – tout cela ne comptait pas comme « amélioration ». Donc, selon cette logique, les terres étaient disponibles.
Et voilà comment on construit un système d’oppression. On crée des définitions. On établit des critères. On décide que seule NOTRE façon de vivre, de travailler, d’organiser la société est valable. Et tout ce qui ne rentre pas dans nos cases ? Ça n’existe pas. Ça ne compte pas. C’est du vide à remplir. Du potentiel inexploité. Une ressource à saisir. Le génie du colonialisme, c’est d’avoir habillé le vol en droit, la violence en civilisation, le racisme en philosophie.
Section 6 : Standing Rock et la continuité de la dépossession
2016, le combat des Sioux
En 2016, la tribu Sioux de Standing Rock s’est opposée au Dakota Access Pipeline, un oléoduc qui menaçait leur principale source d’eau et traversait des sites sacrés. Les agences fédérales avaient approuvé le projet sans obtenir leur consentement. Des milliers de manifestants se sont rassemblés pendant des mois dans des conditions hivernales extrêmes. La répression a été violente. Ce conflit a illustré la persistance du système établi en 1823 : le gouvernement américain conserve l’autorité finale sur les décisions affectant les terres et ressources des Amérindiens, même quand ces décisions menacent leur survie.
Le Groenland face aux mêmes logiques
Les propos de Trump sur le Groenland s’inscrivent dans cette même continuité. Il parle de sécurité nationale, de position stratégique, de nécessité de contrôler ce territoire pour « protéger le monde ». Mais jamais il ne mentionne le droit des Groenlandais à décider de leur propre avenir. Jamais il ne reconnaît leur souveraineté, leur histoire, leur légitimité. Pour lui, comme pour les colonisateurs d’antan, ce qui compte c’est l’intérêt géopolitique des grandes puissances. Les habitants ? Des figurants dans un jeu qui les dépasse.
Je repense à ces images de Standing Rock. Ces gens debout dans le froid, face aux canons à eau, aux gaz lacrymogènes, aux chiens. Ces gens qui défendaient leur eau, leur terre, leur dignité. Et je me dis que rien n’a changé. Vraiment rien. On est en 2026 et on continue de traiter les peuples autochtones comme des obstacles à contourner, des problèmes à résoudre, des voix à faire taire. C’est épuisant. C’est révoltant. C’est… tellement prévisible.
Section 7 : Les ressources du Groenland, le vrai motif
Terres rares et minerais stratégiques
Sous la glace du Groenland se cachent d’immenses réserves de terres rares, ces métaux indispensables aux technologies modernes : smartphones, batteries électriques, éoliennes, systèmes de défense. L’île recèle également du zinc, du plomb, de l’or, des diamants, de l’uranium. Avec le réchauffement climatique, ces ressources deviennent progressivement plus accessibles. Trump a beau dire que « ce n’est pas la raison », que les mines nécessitent de « forer des centaines de mètres de glace », personne n’est dupe. Les enjeux économiques sont colossaux.
Les nouvelles routes maritimes arctiques
La fonte des glaces ouvre de nouvelles routes maritimes dans l’Arctique, réduisant considérablement les distances entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord. Le Groenland se trouve au cœur de ces passages stratégiques. Contrôler l’île, c’est contrôler une partie du commerce mondial futur. C’est aussi surveiller les mouvements de la Russie et de la Chine dans la région. Trump l’a dit explicitement : le Groenland est « exactement » situé entre les États-Unis, la Russie et la Chine. « En plein milieu. » La géopolitique arctique est en train de se redessiner, et les grandes puissances veulent leur part du gâteau.
Alors voilà le fond de l’affaire. Pas la sécurité. Pas la protection du monde libre. Non. L’argent. Le pouvoir. Le contrôle des ressources. Comme toujours. Comme depuis le début. Les empires ne changent pas, ils se modernisent. Avant, on voulait l’or des Amériques, les épices des Indes, le caoutchouc du Congo. Aujourd’hui, on veut les terres rares du Groenland, les routes maritimes de l’Arctique, les positions stratégiques face à la Chine. Même logique, nouveaux habits.
Section 8 : La résistance groenlandaise, une lueur d'espoir
Un peuple qui refuse de se laisser faire
Face aux ambitions trumpiennes, les Groenlandais ont réagi avec une détermination remarquable. Le Premier ministre Jens-Frederik Nielsen a déclaré sans ambiguïté qu’entre les États-Unis et le Danemark, son gouvernement choisirait le Danemark. Des milliers de manifestants se sont rassemblés à Copenhague et à Nuuk pour affirmer leur soutien à l’autodétermination groenlandaise. Les partis politiques locaux, habituellement divisés sur la question de l’indépendance, ont formé un front uni. Le message est clair : le Groenland n’est pas à vendre.
L’Europe se mobilise
L’Union européenne et l’OTAN ont également réagi fermement. Des missions militaires de reconnaissance ont été envoyées au Groenland. Le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte a négocié un mystérieux « cadre d’accord » avec Trump, dont les détails restent flous. Mais Copenhague a rappelé que seuls le Danemark et le Groenland peuvent prendre les décisions qui les concernent. Cette solidarité européenne a surpris et rassuré les Groenlandais, qui se sentaient souvent isolés dans leurs revendications face au Danemark.
Et là, pour la première fois depuis le début de cette histoire, je ressens quelque chose qui ressemble à de l’espoir. Parce que les Groenlandais ne baissent pas les yeux. Ils ne se laissent pas intimider. Ils disent non. Clairement, fermement, dignement. Et l’Europe les soutient. Ce n’est pas grand-chose, peut-être. Mais c’est déjà ça. C’est la preuve qu’on peut résister, qu’on peut refuser la logique coloniale, qu’on peut affirmer sa souveraineté face aux empires. Ça ne suffit pas, bien sûr. Mais c’est un début.
Section 9 : Les leçons que nous refusons d'apprendre
Le colonialisme n’est pas mort
Les propos de Trump sur le Groenland nous rappellent brutalement que le colonialisme n’appartient pas au passé. Il est toujours là, vivant, actif, sous des formes à peine renouvelées. Les mêmes mécanismes de dépossession, les mêmes justifications pseudo-légales, les mêmes discours de supériorité. Seuls les acteurs et les contextes changent. La logique reste identique : les puissants décident, les faibles subissent. Les territoires sont des ressources à exploiter, les peuples des obstacles à contourner.
La responsabilité collective
Nous avons tous une responsabilité dans cette histoire. Pas seulement Trump, pas seulement les États-Unis. Nous tous, citoyens des anciennes puissances coloniales, héritiers de systèmes bâtis sur la dépossession et l’exploitation. Nous devons reconnaître ce passé, comprendre ses continuités dans le présent, et agir pour construire un monde différent. Un monde où les peuples autochtones ne sont plus traités comme des quantités négligeables. Où les territoires ne sont plus des marchandises. Où l’histoire ne se répète plus en boucle.
Mais est-ce qu’on en est capables ? Vraiment ? Parce que regardez autour de vous. Regardez comment on traite encore les migrants, les minorités, les peuples autochtones partout dans le monde. Regardez comment on continue d’exploiter, de dominer, de mépriser. Regardez comment Trump peut dire « un morceau de glace » devant le gratin mondial sans que personne ne se lève pour partir. Sans que l’indignation soit unanime. Sans que ça provoque un scandale planétaire. On s’est habitués. On a normalisé. Et c’est peut-être ça, le pire.
Conclusion : Le morceau de glace qui nous regarde
Un miroir tendu à notre époque
Le Groenland n’est pas un morceau de glace. C’est un territoire vivant, habité, avec une histoire millénaire et un avenir à construire. C’est un peuple qui a survécu aux Vikings, à la colonisation danoise, aux politiques d’assimilation forcée, aux stérilisations non consenties. Un peuple qui se bat aujourd’hui pour son autodétermination face aux appétits des grandes puissances. Les propos de Trump ne sont pas une aberration isolée. Ils sont le symptôme d’un système qui n’a jamais vraiment disparu, qui continue de structurer les relations internationales, qui persiste à traiter certains peuples comme moins légitimes que d’autres.
Le choix qui nous attend
Nous sommes à un tournant. Soit nous continuons sur cette voie, reproduisant les erreurs du passé, laissant les logiques coloniales dicter l’avenir. Soit nous choisissons autre chose. La reconnaissance des droits des peuples autochtones. Le respect de leur souveraineté. L’écoute de leurs voix. La construction d’un ordre international basé sur l’égalité réelle, pas sur les rapports de force. C’est possible. C’est nécessaire. C’est urgent. Mais ça demande du courage. Du courage politique, du courage moral, du courage collectif. Est-ce qu’on l’a ? Je ne sais pas. Mais je sais qu’on n’a pas le choix d’essayer.
Alors je finis cette chronique avec un sentiment étrange. Un mélange de rage et d’espoir, de désespoir et de détermination. Parce que oui, Trump a dit « un morceau de glace » et ça me révolte. Mais les Groenlandais ont répondu « non » et ça me donne de la force. L’histoire n’est pas écrite d’avance. Elle se construit, jour après jour, dans nos choix, nos actions, nos refus. Le Groenland nous regarde. Il nous demande : de quel côté vous êtes ? Du côté des empires ou du côté des peuples ? Du côté de la domination ou du côté de la dignité ? À nous de répondre. Maintenant.
Signé Jacques Provost
Sources
Deutsche Welle (DW), « Trump’s Greenland ‘piece of ice’ remark echoes history », 2 février 2026
Le Parisien, « Le discours intégral de Donald Trump sur le Groenland à Davos : ‘Nous voulons ce morceau de glace' », 21 janvier 2026
RTS (Radio Télévision Suisse), « Le passé complexe et colonial liant le Groenland au Danemark », 24 janvier 2026
World Economic Forum, Discours de Donald Trump au Forum économique mondial de Davos, 21 janvier 2026
Australian Historical Studies, « The meaning of ‘uninhabited’ in British colonial law », 2023
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.