Un constat frappant sur 12 millions de dossiers

Avez-vous l’impression qu’on parle de plus en plus de santé mentale chez les jeunes ? Ce n’est pas qu’une impression. Une étude colossale vient de mettre des chiffres précis sur ce ressenti. Imaginez : des chercheurs se sont penchés sur les dossiers de 12,2 millions de personnes nées en Ontario entre 1960 et 2009. C’est gigantesque.
Publiés lundi dans le Journal de l’Association médicale canadienne, les résultats sont sans appel. Sur cette masse de données, 152 587 personnes ont reçu un diagnostic de trouble psychotique, comme la schizophrénie. Mais le plus surprenant, c’est l’évolution au fil du temps. Le Dr Daniel Myran, qui occupe la chaire de recherche Gordon F. Cheesbrough à l’hôpital North York General, est formel : depuis les années 1980, chaque nouvelle génération semble présenter davantage de cas de psychose que la précédente.
Généralement, au Canada, on s’accorde à dire que l’incidence de ces troubles est stable, touchant environ 1 à 2 % de la population. Alors, pourquoi ce signal d’alarme aujourd’hui ? Parce que la moyenne cache des disparités énormes selon l’âge.
Des jeunes plus touchés, des aînés épargnés

C’est là que les chiffres deviennent vertigineux. Entre 1997 et 2023, chez les adolescents et jeunes adultes de 14 à 20 ans, les taux d’incidence ont bondi de 60 %. Concrètement, on est passé de 62,5 cas à 99,7 cas pour 100 000 personnes. L’âge moyen du diagnostic a d’ailleurs reculé : il est passé de 25,4 ans à 23,2 ans dans les cohortes les plus récentes.
Mais alors, si ça augmente chez les jeunes, pourquoi dit-on que la situation globale est stable ? C’est tout le paradoxe. Chez les adultes, les chiffres s’effondrent. Regardez plutôt : les taux ont chuté de 32,6 % chez les 21-30 ans, de 62,0 % chez les 31-40 ans, et de 33,6 % chez les 41-50 ans.
Le Dr Myran explique que les cohortes plus âgées masquent en réalité l’augmentation chez les plus jeunes. Un avis partagé par le Dr Luigi De Benedictis, psychiatre et chercheur à l’Université de Montréal, qui n’a pas participé à l’étude. Pour lui, le vieillissement de la population nous empêche de voir cette hausse de prévalence à l’œil nu. Pourtant, le constat est là : pour ceux nés entre 1990 et 1994, le nombre de diagnostics à l’âge de 30 ans a grimpé de 37,5 % par rapport à ceux nés entre 1975 et 1979.
Cannabis et diagnostic : qu’est-ce qui a changé ?
Comment expliquer une telle bascule ? Le Dr Luigi De Benedictis résume la situation avec prudence : ces chiffres ne sont pas nécessairement inquiétants, mais ils ne sont pas rassurants non plus. Il faut comprendre.
D’abord, la médecine a changé. Depuis 20 ou 25 ans, on détecte mieux et plus tôt. Les programmes d’intervention précoce sont plus accessibles et les critères de diagnostic ont été élargis. Cela « teinte un peu les résultats », admet le psychiatre. Mais pour le Dr Myran, cela ne suffit pas à tout expliquer.
Il faut aussi regarder du côté de nos modes de vie. La consommation de substances psychoactives — cannabis, stimulants, hallucinogènes, drogues synthétiques — est pointée du doigt. Attention, nuance importante : le cannabis ne va pas forcément « créer » la psychose de toutes pièces, mais il peut la faire apparaître plus tôt, précise le Dr De Benedictis. D’autant que les produits sont devenus beaucoup plus puissants. Le Dr Myran insiste : ce phénomène n’est pas né avec la légalisation de 2018, il était déjà là bien avant. Il regrette qu’on parle beaucoup des surdoses, mais pas assez de ces conséquences psychiatriques.
La ville et l’âge des parents en cause

Il n’y a pas d’explication unique, prévient le Dr Myran. C’est un cocktail de facteurs sociaux et environnementaux. Par exemple, saviez-vous que l’âge des parents joue un rôle ? Les Canadiens font des enfants plus tard, or des études montrent que les enfants nés de parents plus âgés courent un risque plus élevé de développer une schizophrénie ou une psychose.
L’immigration est une autre piste évoquée par le Dr De Benedictis, car les enfants d’immigrants présentent souvent une prévalence plus élevée. Enfin, il y a notre lieu de vie. L’urbanisation galopante n’est pas anodine. On sait depuis les années 1960 que vivre en ville est associé à plus de psychoses. Longtemps, on a cru que c’était un biais statistique — parce qu’il y a plus de médecins en ville. Faux, rétorquent les deux experts.
Des études ont prouvé que la vie urbaine est, en soi, une prédisposition. Avec de plus en plus de Canadiens entassés dans les villes et banlieues, c’est un facteur qu’on ne peut plus ignorer.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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Troubles psychotiques : pourquoi le diagnostic tombe de plus en plus tôt chez les jeunes ?
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