Les signaux que personne ne voulait voir
Février 2026. Les rendements obligataires japonais à long terme grimpent. Le yen se déprécie. Pas un petit mouvement. Pas une correction technique. Non, quelque chose de plus profond se produit. Les marchés commencent à douter. Après des décennies de stabilité artificielle, après des années où la Banque du Japon contrôlait tout, les forces du marché reprennent le dessus. Et elles ne sont pas tendres. Le Japon, ce modèle qu’on nous vendait comme la preuve qu’on pouvait défier les lois économiques, commence à vaciller. Les investisseurs regardent cette dette colossale et se posent enfin les bonnes questions.
La fin d’une ère de complaisance
Ce qui se passe au Japon n’est pas un accident. C’est la conséquence logique de décennies de politique monétaire ultra-accommodante. La Banque du Japon a acheté des obligations à tour de bras. Elle a maintenu les taux à zéro, puis en territoire négatif. Elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour repousser l’inévitable. Mais voilà, l’inévitable finit toujours par arriver. Les marchés ont une mémoire courte mais ils finissent par se réveiller. Et quand ils se réveillent, c’est brutal. Le marché obligataire japonais envoie maintenant un message clair au monde entier et particulièrement aux États-Unis.
Il y a quelque chose de terrifiant dans ce qui se déroule sous nos yeux. Pendant des années, on nous a dit que les règles avaient changé. Que cette fois c’était différent. Que la dette n’avait plus d’importance. Et maintenant, la réalité nous gifle. Elle nous rappelle qu’on ne peut pas tricher éternellement avec les lois économiques fondamentales.
L'avertissement que l'Amérique refuse d'entendre
Une dette américaine qui explose
Les États-Unis regardent le Japon et devraient trembler. Leur dette publique a explosé ces dernières années. Les déficits s’accumulent. Les dépenses augmentent. Et pendant ce temps, les politiciens des deux bords continuent de promettre plus de programmes, plus de dépenses, plus d’endettement. Ils se disent que tant que les taux restent bas, tout va bien. Ils se disent que l’Amérique n’est pas le Japon. Que le dollar est la monnaie de réserve mondiale. Que les investisseurs achèteront toujours des bons du Trésor américain. Peut-être. Mais pour combien de temps encore ?
Les différences qui ne protègent pas
Oui, il y a des différences entre le Japon et les États-Unis. La dette japonaise est principalement détenue par des investisseurs domestiques. Le Japon a une population vieillissante qui épargne énormément. Les États-Unis dépendent davantage des investisseurs étrangers. Leur économie est plus dynamique, plus diversifiée. Mais ces différences ne sont pas des protections magiques. Elles ne garantissent rien. Le Japon aussi pensait être spécial. Le Japon aussi croyait pouvoir défier la gravité économique. Et regardez où il en est aujourd’hui. Les rendements obligataires qui montent, la monnaie qui plonge, la confiance qui s’érode.
Je regarde les États-Unis et je vois un pays qui fonce droit dans le mur. Pas demain. Pas dans dix ans. Maintenant. Chaque jour qui passe, la dette augmente. Chaque jour, le risque grandit. Et personne ne semble s’en soucier vraiment. Les politiciens font des discours. Les économistes publient des études. Mais rien ne change. On continue d’emprunter comme si demain n’existait pas.
La théorie de la dette gratuite s'effondre
Quand les économistes se trompent collectivement
Comment en est-on arrivé là ? Comment toute une génération d’économistes a-t-elle pu se tromper à ce point ? La réponse est simple et terrifiante à la fois. Ils ont confondu une période exceptionnelle avec une nouvelle normalité. Après la crise financière de 2008, les banques centrales ont inondé le monde de liquidités. Les taux ont chuté. L’inflation est restée basse. Et pendant une décennie, cette situation a tenu. Les économistes ont alors commencé à théoriser. Ils ont créé de nouveaux modèles. Ils ont inventé de nouvelles règles. La Théorie Monétaire Moderne est née. L’idée que les gouvernements peuvent s’endetter sans limite tant qu’ils contrôlent leur monnaie.
L’hubris intellectuel face à la réalité
Mais voilà, la réalité ne se plie pas aux théories. Elle ne lit pas les articles académiques. Elle ne s’intéresse pas aux modèles économétriques sophistiqués. La réalité suit ses propres lois. Et ces lois sont implacables. On ne peut pas créer de la richesse en imprimant de l’argent. On ne peut pas s’endetter éternellement sans conséquences. On ne peut pas maintenir artificiellement les taux d’intérêt à zéro sans créer des distorsions massives. Le Japon nous le rappelle aujourd’hui. De la manière la plus brutale qui soit. Les marchés obligataires se rebellent. Les investisseurs exigent des rendements plus élevés. La confiance s’évapore.
Ce qui me met en colère, c’est l’arrogance. L’arrogance de ces économistes qui pensaient avoir tout compris. Qui traitaient de « cranks » ceux qui osaient les contredire. Qui se moquaient de la prudence budgétaire. Maintenant que leurs théories s’effondrent, où sont-ils ? Que disent-ils ? Rien. Ou presque. Ils cherchent des excuses. Ils inventent de nouvelles explications. Mais ils ne reconnaissent jamais leurs erreurs.
Les mécanismes de la crise qui vient
Comment une dette devient insoutenable
Comprendre ce qui se passe au Japon, c’est comprendre comment une dette publique devient insoutenable. Tant que les taux restent bas, le service de la dette reste gérable. Le gouvernement peut refinancer ses obligations à des taux avantageux. Mais quand les taux montent, tout change. Soudain, chaque nouvelle émission d’obligations coûte plus cher. Le service de la dette explose. Le gouvernement doit emprunter encore plus juste pour payer les intérêts. C’est un cercle vicieux. Une spirale qui s’accélère. Et une fois qu’elle commence, elle est très difficile à arrêter. Le Japon entre dans cette zone dangereuse. Les États-Unis ne sont pas loin derrière.
L’inflation comme dernier recours
Face à une dette insoutenable, les gouvernements n’ont que quelques options. Ils peuvent augmenter les impôts massivement. Ils peuvent couper drastiquement les dépenses. Ou ils peuvent laisser l’inflation éroder la valeur réelle de leur dette. Historiquement, c’est cette dernière option qui est choisie. Parce que c’est la plus facile politiquement. Parce que c’est la moins visible. L’inflation est une taxe cachée. Elle vole les épargnants en silence. Elle détruit le pouvoir d’achat progressivement. Mais elle permet aux gouvernements de rembourser leur dette avec de la monnaie dévaluée. C’est ce qui attend probablement le Japon. Et peut-être les États-Unis aussi.
Je pense aux gens ordinaires. Ceux qui ont travaillé toute leur vie. Qui ont épargné. Qui ont fait confiance au système. Ils vont payer le prix de cette folie. Leur épargne va fondre. Leur pouvoir d’achat va s’évaporer. Et tout ça parce que des politiciens irresponsables et des économistes arrogants ont cru pouvoir défier les lois économiques fondamentales.
Les leçons que personne ne veut apprendre
La discipline budgétaire n’est pas optionnelle
Le Japon nous enseigne une leçon fondamentale. La discipline budgétaire n’est pas une option. Ce n’est pas un luxe qu’on peut s’offrir quand tout va bien. C’est une nécessité absolue. Même pour les pays riches. Même pour les grandes puissances économiques. Même quand les taux sont bas. La tentation est toujours grande de dépenser plus. D’emprunter plus. De repousser les décisions difficiles à plus tard. Mais plus tard finit toujours par arriver. Et quand il arrive, la facture est salée. Le Japon le découvre maintenant. Après des décennies de laxisme budgétaire, après des années de politique monétaire ultra-accommodante, la réalité frappe à la porte.
Les banques centrales ne sont pas toutes-puissantes
Autre leçon cruciale : les banques centrales ne sont pas toutes-puissantes. Pendant des années, on a cru qu’elles pouvaient tout contrôler. Qu’elles pouvaient maintenir les taux bas indéfiniment. Qu’elles pouvaient acheter autant d’obligations qu’elles voulaient sans conséquences. La Banque du Japon a poussé cette logique à l’extrême. Elle détient maintenant une part énorme de la dette publique japonaise. Elle a transformé son bilan en dépotoir d’obligations d’État. Et maintenant, elle est piégée. Elle ne peut plus vraiment normaliser sa politique monétaire sans provoquer un chaos sur les marchés. Elle est devenue prisonnière de sa propre stratégie.
Il y a quelque chose de tragique dans cette histoire. La Banque du Japon a essayé de bien faire. Elle a voulu soutenir l’économie. Stimuler la croissance. Combattre la déflation. Mais en chemin, elle a créé un monstre. Un système financier complètement dépendant de son intervention. Un marché obligataire qui ne fonctionne plus normalement. Et maintenant, elle ne sait plus comment en sortir.
Les implications pour l'économie mondiale
Un effet domino qui menace tous les pays endettés
Ce qui se passe au Japon ne reste pas au Japon. Les marchés financiers sont interconnectés. Les investisseurs regardent. Ils apprennent. Ils tirent des conclusions. Si le Japon, avec sa dette détenue domestiquement, avec sa population d’épargnants, avec sa banque centrale ultra-accommodante, ne peut plus maintenir les taux bas, qu’est-ce que ça signifie pour les autres pays ? Pour les États-Unis avec leur dépendance aux investisseurs étrangers ? Pour l’Europe avec ses divisions politiques ? Pour les pays émergents avec leurs devises fragiles ? Le message est clair et inquiétant. Personne n’est à l’abri. Même les pays riches peuvent perdre le contrôle de leurs marchés obligataires.
La fin de l’ère de l’argent gratuit
Nous assistons peut-être à la fin d’une ère. L’ère de l’argent gratuit. L’ère où les gouvernements pouvaient emprunter à des taux ridiculeusement bas. L’ère où les banques centrales pouvaient imprimer de l’argent sans conséquences apparentes. Cette ère touche à sa fin. L’inflation est de retour. Les taux montent. Les investisseurs deviennent plus exigeants. Et les gouvernements vont devoir faire face à une réalité qu’ils ont ignorée pendant trop longtemps. Ils vont devoir choisir. Réduire leurs dépenses ou augmenter leurs impôts. Ou accepter une inflation élevée qui détruira le pouvoir d’achat de leurs citoyens.
Je regarde cette transition et je ne peux m’empêcher de penser à tous ceux qui vont souffrir. Les retraités qui verront leur pension perdre de la valeur. Les jeunes qui ne pourront plus acheter de logement. Les classes moyennes qui verront leur niveau de vie baisser. Tout ça parce que nous avons vécu au-dessus de nos moyens pendant trop longtemps.
Les choix impossibles qui attendent les gouvernements
L’austérité ou l’inflation
Les gouvernements vont devoir faire des choix. Des choix impossibles. Des choix qui vont faire mal. Soit ils imposent l’austérité. Ils coupent dans les dépenses publiques. Ils réduisent les programmes sociaux. Ils augmentent les impôts. C’est la voie de la rigueur. Elle est politiquement toxique. Elle provoque des manifestations, des grèves, des crises sociales. Mais elle permet de stabiliser la dette. Soit ils laissent l’inflation faire le travail. Ils continuent d’emprunter. Ils laissent les banques centrales imprimer de l’argent. La dette est érodée par l’inflation. Mais le pouvoir d’achat des citoyens est détruit. C’est une taxe cachée mais dévastatrice.
Le piège de la dette élevée
Le problème, c’est qu’avec des niveaux de dette publique aussi élevés, il n’y a plus de bonne option. Toutes les solutions font mal. L’austérité provoque une récession. L’inflation détruit l’épargne. Le défaut de paiement anéantit la confiance. Les gouvernements sont piégés. Ils ont emprunté tellement d’argent qu’ils ne peuvent plus s’en sortir facilement. Chaque option a des conséquences terribles. Et plus ils attendent, plus la situation empire. Le Japon est dans ce piège. Les États-Unis s’en approchent dangereusement. L’Europe n’est pas loin derrière.
Ce qui me terrifie, c’est qu’il n’y a pas d’issue facile. Nous avons créé un problème qui n’a pas de solution indolore. Quelqu’un va payer. La question n’est pas de savoir si, mais qui. Les retraités ? Les jeunes ? Les classes moyennes ? Tout le monde probablement. C’est ça le prix de l’irresponsabilité budgétaire.
Pourquoi les marchés se réveillent maintenant
Le retour de l’inflation change tout
Pourquoi maintenant ? Pourquoi les marchés obligataires se rebellent-ils maintenant et pas avant ? La réponse tient en un mot : inflation. Pendant des années, l’inflation est restée basse. Les banques centrales pouvaient maintenir les taux bas sans conséquences. Mais l’inflation est revenue. D’abord à cause des perturbations liées à la pandémie. Puis à cause des politiques budgétaires ultra-expansionnistes. Maintenant, elle est là. Et elle change tout. Avec l’inflation, les taux d’intérêt réels deviennent négatifs. Les investisseurs perdent de l’argent en détenant des obligations. Ils exigent des rendements plus élevés. Les banques centrales sont forcées de monter leurs taux. Et soudain, toute la pyramide de dette devient insoutenable.
La perte de confiance est contagieuse
Il y a aussi un facteur psychologique. La confiance. Tant que les investisseurs croient qu’un gouvernement peut rembourser sa dette, ils continuent de prêter. Mais quand le doute s’installe, tout peut basculer très vite. C’est ce qui se passe au Japon. Les investisseurs regardent cette dette colossale. Ils voient les rendements obligataires monter. Ils voient le yen se déprécier. Et ils commencent à douter. Ce doute est contagieux. Il se propage. D’autres investisseurs vendent. Les rendements montent encore plus. La spirale s’accélère. C’est comme ça que les crises de dette commencent. Lentement d’abord. Puis très vite.
Je me souviens de la crise de la dette européenne. Comment elle a commencé avec la Grèce. Un petit pays. Une petite économie. Et puis elle s’est propagée. L’Irlande. Le Portugal. L’Espagne. L’Italie. Soudain, toute la zone euro était en danger. C’est ça le danger de la contagion. Une fois que le doute s’installe, il se propage comme un feu de forêt.
Conclusion : Le moment de vérité approche
L’avertissement que nous devons entendre
Le marché obligataire japonais nous envoie un message. Un message que nous devons entendre. Un message que nous ne pouvons plus ignorer. Les nations riches ne peuvent pas dépendre de la dette et de l’intervention monétaire éternellement. Il y a des limites. Des limites que nous approchons dangereusement. Le Japon les atteint maintenant. Les États-Unis ne sont pas loin derrière. Ce qui se passe à Tokyo aujourd’hui pourrait se passer à Washington demain. Ou à Bruxelles. Ou à Londres. Personne n’est immunisé. Personne n’est protégé. Les lois économiques fondamentales finissent toujours par s’imposer. Toujours.
Je voudrais pouvoir dire que tout va bien se passer. Que nous allons trouver une solution. Que les politiciens vont prendre les bonnes décisions. Mais je ne peux pas. Parce que je ne le crois pas. Je regarde l’histoire. Je regarde les chiffres. Je regarde les tendances. Et je vois une crise qui approche. Une crise de dette massive. Une crise qui va faire mal. Très mal. Le Japon nous montre l’avenir. Et cet avenir fait froid dans le dos. La seule question maintenant est de savoir si nous allons apprendre la leçon avant qu’il ne soit trop tard. Ou si nous allons continuer à foncer droit dans le mur en nous disant que cette fois, c’est différent. Spoiler : ce n’est jamais différent.
Signé Jacques Provost
Sources
Allison Schrager, « Japan’s bond market has a warning for America », The Japan Times, 4 février 2026 – https://www.japantimes.co.jp/commentary/2026/02/04/japan/japan-bond-markets-warning-for-america/