Quand Trump sabotait ses propres électeurs
Revenons en arrière. 2020. La pandémie de Covid-19 frappe le monde de plein fouet. Les élections présidentielles américaines approchent, et avec elles, une question cruciale : comment voter en toute sécurité ? Le vote par correspondance devient alors une solution évidente, particulièrement pour les personnes âgées, les plus vulnérables face au virus. Mais Trump, dans sa paranoïa grandissante, voit dans ce système une menace pour sa réélection. Il commence alors une campagne de désinformation massive, répétant à qui veut l’entendre que le vote par correspondance est frauduleux, que les bulletins seront perdus, manipulés, falsifiés. « Ne votez pas par courrier », martèle-t-il à ses partisans. « C’est truqué, c’est corrompu. » Christie se souvient de cette période avec une amertume palpable. « Moi-même et d’autres personnes autour de lui n’arrêtions pas de lui dire : ne dites pas ça », confie-t-il lors de son intervention télévisée.
Comment peut-on être aussi aveugle ? Comment peut-on sciemment saboter ses propres chances de victoire par pur orgueil, par pure obstination ? Trump avait autour de lui des conseillers qui comprenaient la réalité du terrain. Des gens qui savaient que ses électeurs les plus fidèles étaient souvent des seniors, des personnes âgées qui avaient peur de sortir de chez elles en pleine pandémie. Et au lieu de les rassurer, au lieu de leur faciliter l’accès au vote, il leur a dit de ne pas voter par correspondance. C’est d’une stupidité confondante.
Section 3 : Les seniors abandonnés par leur champion
Une base électorale sacrifiée sur l’autel de la paranoïa
Les électeurs républicains âgés se sont retrouvés face à un dilemme cruel. D’un côté, leur loyauté envers Trump, leur désir de le voir réélu. De l’autre, la peur légitime de contracter le virus en se rendant aux bureaux de vote. Christie l’explique avec une clarté désarmante : « Beaucoup de vos électeurs sont des seniors qui vont avoir peur de se rendre aux urnes parce qu’ils ont peur d’attraper le Covid. Et si ils ne votent pas par correspondance parce que vous dites que c’est truqué, et que les seules personnes qui votent par correspondance sont celles qui votent contre vous, ces chiffres vont être encore pires. » C’était une prédiction. Une mise en garde. Un avertissement que Trump a choisi d’ignorer. Le résultat ? Des milliers, peut-être des dizaines de milliers d’électeurs républicains qui sont restés chez eux, paralysés par la contradiction entre leur fidélité politique et leur instinct de survie. Pendant ce temps, les démocrates utilisaient massivement le vote par correspondance, sans état d’âme, sans hésitation.
J’imagine ces personnes âgées, seules chez elles, regardant les informations, écoutant Trump leur dire que le vote par correspondance est une arnaque. J’imagine leur confusion, leur désarroi. Elles voulaient voter pour lui, mais il leur disait de ne pas utiliser le seul moyen sûr de le faire. C’est cruel. C’est profondément cruel. Et le pire, c’est que Trump savait. Ses conseillers le lui disaient. Christie le lui disait. Mais son ego était plus fort que tout.
Section 4 : Une maladie qui persiste cinq ans plus tard
Le virus de la méfiance continue de se propager
Christie utilise un terme médical pour décrire la situation : une maladie. « C’est une maladie qui n’a toujours pas été corrigée au sein du Parti républicain », déclare-t-il. Cinq ans après l’élection de 2020, les républicains continuent de se faire « écraser » sur le vote par correspondance. Pourquoi ? Parce que Trump a conditionné une large partie de ses électeurs à penser que leurs votes ne seraient pas comptés. Cette méfiance s’est ancrée profondément dans l’esprit collectif républicain. Elle est devenue un article de foi, une croyance inébranlable. Les démocrates, eux, n’ont aucun scrupule à utiliser tous les moyens légaux pour voter, y compris le vote par correspondance. Résultat : un déséquilibre structurel qui pénalise systématiquement les candidats républicains. Et Trump, au lieu de reconnaître son erreur, au lieu d’encourager ses partisans à utiliser tous les outils démocratiques à leur disposition, continue de doubler la mise. Il persiste à affirmer que les élections sont truquées, que le vote par correspondance est frauduleux.
C’est fascinant et terrifiant à la fois. Fascinant de voir comment un mensonge peut prendre racine et se transformer en vérité alternative pour des millions de personnes. Terrifiant de constater que même face à l’évidence de l’échec, même face aux chiffres qui prouvent que cette stratégie est perdante, Trump refuse de changer de cap. C’est comme regarder quelqu’un se noyer et refuser la bouée qu’on lui tend. Par fierté. Par orgueil. Par incapacité à admettre qu’il avait tort.
Section 5 : Le paradoxe Trump : créer le problème et s'en plaindre
L’art de se tirer une balle dans le pied
Il y a quelque chose de profondément ironique dans la situation actuelle. Trump se plaint constamment que les votes tardifs et les bulletins par correspondance ne vont pas en sa faveur. Il crie à la fraude, à la manipulation, au complot. Mais comme le souligne Christie avec une pointe de sarcasme, « laissez-moi vous dire une des raisons pour lesquelles ils ne vont pas en sa faveur ». La raison est simple, presque comique dans sa logique circulaire : Trump a lui-même découragé ses électeurs d’utiliser le vote par correspondance. Il a créé le problème dont il se plaint maintenant. C’est comme si quelqu’un mettait le feu à sa propre maison et accusait ensuite les pompiers de ne pas arriver assez vite. Christie ne peut s’empêcher de lancer cette pique cinglante : « Ce que je lui dirais sur ce front, c’est : docteur, soigne-toi toi-même. » Le message est clair : Trump est à la fois le malade et la maladie, le problème et sa propre solution.
Il y a quelque chose de pathétique dans cette incapacité à assumer ses erreurs. Trump a toujours été comme ça, incapable de reconnaître qu’il a pu se tromper, qu’il a pu faire une erreur de jugement. Alors il invente des excuses, il fabrique des complots, il accuse tout le monde sauf lui-même. Et pendant ce temps, le Parti républicain continue de perdre des élections qu’il pourrait gagner. C’est tragique. C’est pathétique. C’est révoltant.
Section 6 : Les faits contre la fiction
Quand la réalité contredit le récit trumpiste
Christie insiste sur un point crucial : les affirmations de Trump sur la fraude électorale « ne correspondent tout simplement pas aux faits ». C’est une déclaration importante venant d’un homme qui a été dans le cercle rapproché du président, qui a eu accès aux informations, qui connaît les coulisses du pouvoir. Si Christie dit qu’il n’y a pas de preuves de fraude massive, c’est qu’il sait de quoi il parle. Les tribunaux américains ont examiné des dizaines de recours déposés par l’équipe Trump après l’élection de 2020. Résultat ? Pratiquement tous ont été rejetés, faute de preuves. Les responsables électoraux, y compris des républicains, ont certifié les résultats. Les audits et les recomptages ont confirmé les chiffres initiaux. Mais Trump refuse d’accepter cette réalité. Il préfère vivre dans un monde parallèle où il a gagné, où la victoire lui a été volée, où des forces obscures ont manipulé le scrutin.
Comment peut-on vivre dans un tel déni ? Comment peut-on ignorer des dizaines de décisions de justice, des centaines d’experts électoraux, des milliers de témoignages qui tous pointent dans la même direction ? C’est une forme de folie collective. Et le plus effrayant, c’est que des millions d’Américains suivent Trump dans ce délire. Ils croient vraiment que l’élection a été volée. Ils croient vraiment qu’il y a eu une fraude massive. Malgré l’absence totale de preuves. Malgré tous les faits qui prouvent le contraire.
Section 7 : Christie, l'homme qui a aidé à créer le monstre
La responsabilité de l’ancien conseiller
Il faut quand même poser la question qui fâche : où était Christie quand tout cela se passait ? Il a préparé Trump pour deux débats présidentiels. Il était là, dans le cercle rapproché, quand les décisions étaient prises. Il dit aujourd’hui qu’il mettait en garde Trump contre sa rhétorique sur le vote par correspondance. Mais a-t-il fait assez ? A-t-il démissionné quand il a vu que ses conseils n’étaient pas suivis ? A-t-il publiquement dénoncé cette stratégie suicidaire ? Non. Il est resté. Il a continué à soutenir Trump. Et maintenant, cinq ans plus tard, il vient nous dire « je vous l’avais bien dit ». C’est un peu facile. Christie n’est pas innocent dans cette histoire. Il a contribué à légitimer Trump, à le rendre présentable, à le préparer pour affronter ses adversaires. Il porte une part de responsabilité dans le désastre actuel. Sa critique tardive, aussi juste soit-elle, ne peut effacer ce fait.
Je ne peux pas m’empêcher de ressentir une certaine colère envers Christie. Oui, il a raison sur le fond. Oui, son analyse est pertinente. Mais où était-il quand il fallait se lever et dire non ? Où était-il quand il fallait avoir le courage de rompre avec Trump ? Il a attendu que le navire coule pour dire qu’il avait vu l’iceberg. C’est lâche. C’est opportuniste. C’est exactement le genre de comportement qui a permis à Trump de prospérer pendant toutes ces années.
Section 8 : Le Parti républicain face à son propre piège
Une formation politique prisonnière de ses mensonges
Le Parti républicain se trouve aujourd’hui dans une situation inextricable. D’un côté, il ne peut pas abandonner Trump, qui reste extrêmement populaire auprès de la base. De l’autre, il ne peut pas continuer à suivre une stratégie électorale qui le condamne à perdre. Les responsables républicains sont coincés entre leur loyauté envers Trump et leur désir de gagner des élections. Certains tentent timidement d’encourager le vote par correspondance, mais ils se heurtent immédiatement à la méfiance que Trump a instillée chez les électeurs. D’autres choisissent de rester silencieux, espérant que le problème se résoudra de lui-même. Mais comme le souligne Christie, cette maladie « n’a toujours pas été corrigée ». Elle continue de se propager, d’infecter le parti, de miner ses chances électorales. Et tant que Trump sera là, tant qu’il continuera à marteler ses mensonges sur la fraude électorale, le Parti républicain restera prisonnier de ce piège qu’il s’est lui-même tendu.
C’est presque shakespearien comme tragédie. Un parti politique qui se détruit de l’intérieur, incapable de se libérer de l’emprise d’un homme qui le conduit à sa perte. Les républicains savent qu’ils ont un problème. Ils le voient dans les résultats électoraux. Ils le sentent sur le terrain. Mais ils sont paralysés, incapables d’agir, terrifiés à l’idée de contrarier Trump et sa base fanatisée. C’est pathétique et fascinant à la fois.
Section 9 : Les conséquences à long terme pour la démocratie américaine
Au-delà de la politique partisane
Le problème dépasse largement le cadre du Parti républicain. Ce que Trump a fait, c’est saper la confiance dans le système électoral américain lui-même. Des millions d’Américains croient désormais que les élections sont truquées, que leur vote ne compte pas, que le système est corrompu. Cette perte de confiance est un poison pour la démocratie. Elle crée un terreau fertile pour l’extrémisme, la violence politique, le rejet des institutions. On l’a vu le 6 janvier 2021, quand des partisans de Trump ont pris d’assaut le Capitole, convaincus qu’ils défendaient la démocratie contre une fraude imaginaire. On le voit encore aujourd’hui, dans les menaces contre les responsables électoraux, dans les tentatives d’intimidation des électeurs, dans la prolifération des théories du complot. Trump a ouvert une boîte de Pandore qu’il sera très difficile de refermer. Et même si Christie et d’autres républicains commencent à prendre leurs distances, le mal est fait. La confiance, une fois perdue, est extrêmement difficile à reconstruire.
C’est ça qui me terrifie le plus. Pas les manœuvres politiciennes de Trump, pas ses mensonges, pas même sa mégalomanie. Non, ce qui me terrifie, c’est l’héritage qu’il laisse. Cette méfiance généralisée envers les institutions démocratiques. Cette conviction que tout est truqué, que tout est corrompu. Comment reconstruire une démocratie saine quand une partie significative de la population ne croit plus en elle ? Comment organiser des élections quand des millions de gens pensent que le résultat sera de toute façon falsifié ? Trump aura peut-être perdu en 2020, mais il a gagné quelque chose de bien plus dangereux : il a réussi à faire douter les Américains de leur propre système démocratique.
Conclusion : Le docteur qui refuse de se soigner
Un avenir incertain pour la politique américaine
L’intervention de Chris Christie sur MS NOW restera comme un moment symbolique. Un ancien allié qui ose enfin dire la vérité, qui ose pointer du doigt les mensonges et les erreurs stratégiques de Trump. Mais sera-ce suffisant pour changer quoi que ce soit ? Probablement pas. Trump a montré à maintes reprises qu’il était imperméable à la critique, incapable d’apprendre de ses erreurs, déterminé à poursuivre sa route quoi qu’il arrive. Le Parti républicain continuera probablement à se débattre avec cette contradiction interne, tiraillé entre la loyauté envers Trump et le désir de victoire électorale. Les électeurs américains, eux, devront naviguer dans ce paysage politique de plus en plus fragmenté, de plus en plus polarisé, de plus en plus toxique. Christie a raison sur un point : Trump a causé ce problème. Mais la vraie question est : qui va le résoudre ? Et comment ? Pour l’instant, personne n’a de réponse. Et c’est peut-être ça le plus inquiétant.
Je termine cette chronique avec un sentiment de lassitude. Lassitude face à ces jeux politiques qui n’en finissent plus. Lassitude face à ces mensonges répétés ad nauseam jusqu’à ce qu’ils deviennent des vérités alternatives. Lassitude face à cette incapacité collective à dire stop, ça suffit, on arrête là. Christie a eu le courage de parler. Mais combien d’autres républicains vont suivre ? Combien vont oser briser l’omerta ? Combien vont choisir la vérité plutôt que la loyauté aveugle ? Je ne suis pas optimiste. Mais j’espère me tromper. Pour le bien de la démocratie américaine. Pour le bien de nous tous.
Signé Jacques Provost
Sources
Raw Story, « Trump debate adviser turns tables on president’s ‘disease’: ‘You caused this problem' », 4 février 2026
MS NOW, Interview de Chris Christie, 4 février 2026
USA Today, « Trump, change your tune on mail-in voting fast, or lose », septembre 2020
Democracy Docket, « Republicans Have a Mail-in Voting Problem », 2024
PBS NewsHour, « Trump changes tone on mail-in ballots and other forms of early voting », 2024
NPR, « Trump, While Attacking Mail Voting, Casts Mail Ballot Again », août 2020
Brennan Center for Justice, « Mail Voting: What Has Changed in 2020 », 2020