Des millions de pages sous le tapis
Depuis décembre 2025, le Département de la Justice américain a publié environ 250 000 documents concernant Jeffrey Epstein. Un chiffre impressionnant, n’est-ce pas ? Sauf que voilà — et c’est là que ça devient intéressant — des millions de pages restent cachées. Des témoignages d’agents du FBI, des interviews de victimes, des correspondances qui pourraient faire tomber des empires. Le Congrès avait voté une loi, l’Epstein Files Transparency Act, exigeant la publication complète avant le 19 décembre 2025. La date est passée. Les fichiers ne sont pas là. Et Trump, celui qui avait promis pendant sa campagne de 2024 de tout révéler, fait maintenant marche arrière. Il dit qu’il est temps de passer à autre chose, que cette histoire appartient au passé.
Passer à autre chose. Ces mots me donnent la nausée. Comme si les victimes d’Epstein pouvaient simplement tourner la page. Comme si la vérité avait une date d’expiration. Trump nous avait promis la transparence, et maintenant il nous sert le même plat réchauffé que tous les autres : l’oubli organisé, le mensonge institutionalisé.
Section 3 : L'amitié qui dérange
Quinze ans de proximité
En 2002, Trump déclarait au New York Magazine qu’il connaissait Epstein depuis quinze ans et que c’était un « type formidable ». Il ajoutait même, avec cette franchise brutale qui le caractérise : « On dit même qu’il aime les belles femmes autant que moi, et beaucoup d’entre elles sont plutôt jeunes. Aucun doute là-dessus — Jeffrey profite de sa vie sociale. » Ces mots, prononcés il y a plus de vingt ans, résonnent aujourd’hui comme un aveu déguisé. Les nouveaux documents révèlent que Trump a voyagé sur le jet privé d’Epstein bien plus souvent que ce qui avait été rapporté initialement. Des emails de procureurs datant de 2020 le confirment. Pourtant, Trump n’a jamais été inculpé, jamais formellement accusé de quoi que ce soit en lien avec les crimes d’Epstein.
Et c’est là que je me perds. Comment peut-on fréquenter un prédateur pendant des années, faire l’éloge de ses « goûts » pour les femmes jeunes, et ensuite prétendre ne rien avoir su ? Je ne suis pas naïf. Je sais que le monde des puissants fonctionne différemment. Mais à quel moment arrêtons-nous de faire semblant ? À quel moment exigeons-nous des comptes ?
Section 4 : La théorie du complot inversée
Quand la victime devient bourreau
Trump affirme maintenant qu’Epstein a conspiré contre lui. Selon le président, les seules mentions de son nom dans les documents seraient le résultat d’un complot orchestré par Epstein et un journaliste pour nuire à sa campagne électorale. C’est un retournement spectaculaire. L’homme qui pendant des années a alimenté les théories du complot sur la mort d’Epstein en prison — suggérant qu’il avait été assassiné pour protéger des personnalités puissantes — se présente désormais comme la victime d’une machination posthume. Les emails d’Epstein révélés dans les nouveaux documents montrent effectivement une obsession pour Trump, avec des messages moquant sa présidence. Mais de là à parler de conspiration électorale, il y a un gouffre que seul Trump semble capable de franchir d’un bond.
C’est du génie, d’une certaine manière. Un génie tordu, manipulateur, mais du génie quand même. Transformer chaque accusation en attaque, chaque révélation en complot contre soi. Trump a compris quelque chose que nous refusons d’admettre : dans un monde saturé d’informations, celui qui contrôle le récit contrôle la réalité. Et il contrôle le récit.
Section 5 : Les victimes oubliées
Des vies brisées dans le silence
Pendant que Trump et ses alliés jouent au ping-pong médiatique, les victimes d’Epstein continuent de vivre avec leurs traumatismes. Des dizaines de jeunes filles ont été trafiquées, exploitées, abusées dans les propriétés d’Epstein à Manhattan et Palm Beach. Ghislaine Maxwell purge actuellement une peine de 20 ans de prison pour trafic de mineurs. Mais elle n’était qu’un rouage dans une machine bien plus vaste. Les nouveaux documents mentionnent dix co-conspirateurs potentiels, dont la plupart des noms restent caviardés. Le procureur général adjoint Todd Blanche a déclaré sur Fox News qu’il n’était « pas un crime de faire la fête avec M. Epstein ». Une phrase qui a le mérite de la clarté juridique, mais qui insulte la mémoire des victimes. Car non, faire la fête avec un prédateur sexuel condamné n’est peut-être pas un crime. Mais c’est certainement une faute morale.
Je pense à ces filles. À leurs visages que je n’ai jamais vus, à leurs noms que je ne connaitrai jamais. Elles ont été broyées par un système qui protège les puissants et abandonne les vulnérables. Et maintenant, on leur demande de regarder leurs bourreaux se présenter en victimes. C’est insoutenable. Vraiment insoutenable.
Section 6 : Le réseau mondial de l'élite
Quand le pouvoir se protège lui-même
Les fichiers Epstein ne concernent pas seulement l’Amérique. Ils révèlent un réseau mondial de personnalités influentes qui gravitaient dans l’orbite du financier déchu. En Europe, les scandales éclatent les uns après les autres. Peter Mandelson, ancien ministre britannique et ambassadeur à Washington, fait face à une enquête criminelle pour avoir prétendument divulgué des informations sensibles du marché à Epstein pendant la crise financière de 2008. Le prince Andrew, dépouillé de ses titres royaux, vit en exil dans un domaine reculé après avoir réglé à l’amiable une affaire d’agression sexuelle. En Norvège, la princesse héritière Mette-Marit a présenté des excuses publiques pour son « manque de jugement » dans son amitié avec Epstein. Le réseau s’étendait de la Silicon Valley à Wall Street, des palais royaux aux bureaux gouvernementaux. Elon Musk, Bill Clinton, des ministres, des diplomates, des titans de l’industrie — tous ont, à un moment ou un autre, croisé le chemin d’Epstein.
Et voilà le vrai scandale. Pas qu’un homme riche ait pu commettre des crimes pendant des années. Ça, on le savait déjà. Le vrai scandale, c’est que tout le monde savait. Ou aurait dû savoir. Ces gens ne sont pas idiots. Ils sont parmi les plus intelligents, les plus informés de la planète. Alors comment ont-ils pu ne rien voir ? La réponse est simple et déchirante : ils ne voulaient pas voir.
Section 7 : La stratégie du chaos informationnel
Noyer la vérité sous les mensonges
Le Département de la Justice a publié les documents sans organisation claire, sans contexte, sans vérification. Résultat : un chaos informationnel total. Parmi les fichiers se trouvent des dénonciations anonymes non vérifiées, des lettres manifestement fausses — comme celle prétendument écrite par Epstein au pédophile Larry Nassar mentionnant l’amour de Trump pour les « jeunes filles nubiles » — et des vidéos truquées. Le DOJ a dû publier un démenti sur les réseaux sociaux pour clarifier que certains documents étaient des faux. Mais le mal était fait. Les théories du complot fleurissent des deux côtés de l’échiquier politique. Les partisans de Trump y voient la preuve d’un complot démocrate. Ses opposants brandissent chaque document caviardé comme la preuve d’une dissimulation. La vérité ? Elle se perd quelque part entre les deux, noyée dans un océan de désinformation.
C’est peut-être ça, la vraie conspiration. Pas un complot organisé par des élites dans l’ombre, mais quelque chose de bien plus pervers : un système qui génère tellement de bruit qu’on ne peut plus entendre le signal. Tellement de mensonges qu’on ne sait plus reconnaître la vérité. Et au final, épuisés, désorientés, nous abandonnons. Nous passons à autre chose.
Section 8 : Le prix politique du silence
Une administration qui vacille
L’affaire Epstein a un coût politique pour Trump. Sa première année de second mandat est marquée par des taux de popularité historiquement bas. Sa base électorale commence à se fissurer. La représentante républicaine Marjorie Taylor Greene, qui avait fait pression pour la publication des fichiers, a annoncé sa démission de la Chambre pour le 5 janvier 2026, après des attaques répétées de Trump. Le Congrès, pourtant contrôlé par les Républicains, menace de poursuivre le Département de la Justice pour non-respect de la loi sur la transparence. Mais ces menaces restent vaines — la loi ne prévoit aucune sanction, aucun mécanisme d’application. C’est un tigre de papier. Trump a compris qu’il pouvait ignorer le Congrès sans conséquence. Il a compris qu’il pouvait promettre la transparence et livrer l’opacité. Et que personne ne ferait rien.
Voilà où nous en sommes. Un président qui ignore le Congrès. Un Congrès qui vote des lois sans dents. Des citoyens qui regardent le spectacle avec un mélange de fascination et de dégoût. Nous sommes devenus spectateurs de notre propre déchéance démocratique. Et le pire, c’est que nous le savons. Nous le savons et nous ne faisons rien.
Section 9 : L'héritage toxique d'Epstein
Un poison qui continue de se répandre
Jeffrey Epstein s’est suicidé dans sa cellule de prison en août 2019. Mais son héritage toxique continue de contaminer la vie publique américaine. Chaque nouvelle révélation alimente le cynisme ambiant, renforce l’idée que le système est pourri jusqu’à la moelle. Et peut-être que c’est exactement ce que Trump veut. Plus les gens croient que tout le monde est corrompu, moins sa propre corruption semble exceptionnelle. Plus les gens perdent confiance dans les institutions, plus ils se tournent vers des hommes forts qui promettent de tout casser. Les fichiers Epstein ne révèlent pas seulement les crimes d’un homme. Ils exposent les failles béantes d’un système qui protège les puissants et abandonne les faibles. Un système où la richesse achète l’impunité, où les connexions valent plus que la justice, où la vérité est négociable.
Et moi, je reste là, impuissant, à regarder ce naufrage. Je voudrais crier, secouer les gens, leur dire de se réveiller. Mais je sais que ça ne servira à rien. Parce que nous sommes déjà réveillés. Nous voyons tout. Nous comprenons tout. Et c’est précisément ça qui nous paralyse. Nous savons que le système est brisé, mais nous ne savons pas comment le réparer. Alors nous continuons, jour après jour, à faire semblant que tout va bien.
Conclusion : Le moment de vérité qui ne viendra jamais
L’attente éternelle de la justice
Trump dit qu’il est temps de passer à autre chose. Que cette histoire appartient au passé. Que les vrais coupables sont les Démocrates. Il a peut-être raison sur un point : nous allons probablement passer à autre chose. Pas parce que la justice aura été rendue, pas parce que la vérité aura éclaté, mais simplement parce que nous sommes épuisés. Épuisés par les scandales à répétition, par les révélations sans conséquences, par les promesses non tenues. Le Département de la Justice continue de publier des documents au compte-gouttes, promettant que des millions de pages suivront. Mais combien de temps cela prendra-t-il ? Des mois ? Des années ? Et quand tout sera enfin publié, qui s’en souciera encore ? Les victimes d’Epstein attendent toujours la justice. Elles attendent que les noms des co-conspirateurs soient révélés, que les complices soient poursuivis, que la vérité éclate au grand jour. Mais cette justice ne viendra probablement jamais. Parce que dans le monde des puissants, la justice n’est pas aveugle. Elle est complice.
Je termine cette chronique avec un goût amer dans la bouche. Pas de conclusion satisfaisante, pas de révélation finale, pas de justice rendue. Juste cette certitude lancinante que nous vivons dans un monde où les monstres meurent dans leur lit et où leurs victimes vivent avec leurs cicatrices. Trump accuse Epstein d’avoir comploté contre lui. Et nous, nous regardons ailleurs. Parce que c’est plus facile. Parce que c’est moins douloureux. Parce que nous avons abandonné l’espoir que les choses puissent changer. Et peut-être que c’est ça, la vraie victoire d’Epstein. Pas d’avoir échappé à la justice en se suicidant. Mais d’avoir réussi à nous convaincre que la justice n’existe pas.
Signé Jacques Provost
Sources
The Gateway Pundit, « Trump: Epstein Conspired Against Me (VIDEO) », 5 février 2026
CNN Politics, « New files deepen a critical mystery about those who partied with Jeffrey Epstein », 4 février 2026
NPR, « With few Epstein files released, conspiracy theories flourish and questions remain », 2 janvier 2026
CBS News, « Massive trove of Epstein files released by DOJ », janvier 2026
The Guardian, « New Epstein files reveal he may have trafficked girls to others », 2 février 2026
Le Monde, « Epstein case’s poison spreads with release of new files », 2 février 2026
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