Quand la réalité rattrape les promesses
Au lancement de TrumpRx, seulement 43 médicaments étaient disponibles sur la plateforme. Quarante-trois. Pendant ce temps, GoodRx, un site similaire qui existe déjà depuis des années, propose des milliers de médicaments à des prix souvent identiques, voire inférieurs. Les opposants au projet ont rapidement fait la comparaison : aucun des 43 médicaments listés sur TrumpRx n’affichait de prix plus bas que ceux proposés par GoodRx. Alors pourquoi ce nouveau site ? Pour apposer le nom de Trump sur une initiative qui existe déjà, tout simplement. Le président a conclu des accords avec une dizaine de laboratoires pharmaceutiques, ces mêmes géants qui maintiennent des prix exorbitants depuis des décennies. L’ironie est cruelle : Trump prétend combattre un système qu’il renforce en réalité. Les Américains dépensent en moyenne plus du double pour leurs frais de santé comparé aux habitants des autres pays riches, selon les données de l’OCDE. Et TrumpRx ne changera rien à cette réalité brutale.
Quarante-trois médicaments. J’ai relu ce chiffre plusieurs fois, incrédule. C’est tout ? C’est ça, la révolution promise ? On nous vend du vent emballé dans du papier doré, et on devrait applaudir. Pendant ce temps, des millions d’Américains continuent de choisir entre leurs médicaments et leur loyer, entre leur insuline et leur épicerie. Mais Trump a son nom sur un site web, alors tout va bien.
Section 3 : Le piège de l'assurance
Pourquoi 85% des Américains n’en profiteront pas
Voici le problème fondamental que personne ne veut voir : TrumpRx ne bénéficie pas aux personnes assurées, qui représentent environ 85% de la population américaine. Pour ces millions de gens, utiliser TrumpRx signifie payer cash, et ces paiements ne comptent pas pour leurs franchises annuelles ni leurs plafonds de dépenses. Prenons l’exemple d’une famille avec une assurance santé classique. En utilisant leur assurance, ils paient peut-être 35 dollars de copaiement par médicament. Avec TrumpRx, ils paieraient le prix cash « réduit » — souvent bien plus élevé — et perdraient tous les avantages de leur couverture. Une fois qu’une famille atteint son plafond de dépenses annuel via son assurance, celle-ci prend en charge 100% des coûts pour le reste de l’année. Avec TrumpRx, cette famille paierait plein pot toute l’année, sans aucun plafond. C’est mathématiquement désavantageux pour la vaste majorité des Américains. Mais qui va expliquer ces subtilités aux gens éblouis par les promesses de réductions spectaculaires ?
Les chiffres ne mentent pas, mais les politiciens si. Et là, on atteint des sommets. Vendre une solution qui aggrave le problème pour 85% de la population, il faut oser. Mais Trump ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Ce qui me révolte, c’est l’indifférence calculée face aux conséquences réelles sur des vies réelles.
Section 4 : Les seniors pris au piège
Quand la « réduction » devient une taxe déguisée
Parlons des personnes âgées, celles qui ont le plus besoin de médicaments. L’Américain moyen de plus de 65 ans remplit ou renouvelle en moyenne 32 prescriptions par an, et 20% d’entre eux prennent plus de 10 médicaments différents chaque année. Ces seniors vivent avec un revenu médian d’environ 56 680 dollars par an, souvent fixe, provenant de la Sécurité sociale et de modestes économies. La plupart ont souscrit à Medicare Part D, le programme gouvernemental d’assurance médicaments. Imaginons un patient diabétique avec du cholestérol qui a besoin de Januvia et Repatha. Avec son assurance, il paie 35 dollars de copaiement par médicament par mois, soit 840 dollars par an. Sur TrumpRx, ces mêmes médicaments coûteraient 100 dollars et 239 dollars par mois respectivement, soit 4 068 dollars par an. La différence ? 3 228 dollars supplémentaires, représentant près de 6% de leur revenu total annuel. Pour des seniors qui choisissent déjà entre médicaments et nourriture, ce n’est pas une réduction, c’est une taxe sur les plus vulnérables.
Six pour cent de leur revenu. Laissez ce chiffre vous pénétrer. Pour des gens qui survivent déjà à peine, qui comptent chaque dollar, qui renoncent à des repas pour payer leurs pilules. Et on leur vend ça comme une faveur, comme un cadeau du président. C’est obscène. Voilà le mot. Obscène.
Section 5 : Les vrais gagnants de l'opération
Big Pharma applaudit en silence
Alors qui profite vraiment de TrumpRx ? Les laboratoires pharmaceutiques, évidemment. Ces entreprises proposent depuis longtemps des programmes d’assistance directe aux patients, leur permettant de contourner les restrictions imposées par les assureurs et les gestionnaires de prestations pharmaceutiques. En dirigeant les patients vers un marché cash, les fabricants préservent leur capacité à maintenir des prix élevés tout en paraissant magnanimes grâce à des réductions sélectives. C’est une stratégie qui protège leurs marges bénéficiaires tout en fragmentant davantage le pouvoir de négociation collective que les pools d’assurance sont censés fournir. Les géants pharmaceutiques comme Novo Nordisk, qui fabrique l’Ozempic, peuvent ainsi afficher leur bonne volonté sans vraiment toucher à leur modèle économique. Trump leur offre une plateforme gouvernementale gratuite pour faire leur marketing, tout en se présentant comme le sauveur du peuple américain. Un deal gagnant-gagnant, sauf pour les patients qui continuent de payer le prix fort.
Ils gagnent toujours. Les laboratoires, les assureurs, les intermédiaires. Tout le monde se gave pendant que les malades crèvent à petit feu, écrasés sous le poids de factures qu’ils ne peuvent pas payer. Et maintenant, on leur donne une plateforme gouvernementale pour continuer leur business. C’est ça, l’Amérique de Trump.
Section 6 : Le danger invisible
Quand la fragmentation tue
Au-delà des implications financières se cache une dimension encore plus inquiétante : la sécurité des patients. Lorsque les Américains, en particulier les seniors, remplissent leurs ordonnances dans des pharmacies traditionnelles, les pharmaciens servent de garde-fou critique. Ils examinent les profils médicamenteux pour détecter les interactions dangereuses, signalent les thérapies en double et conseillent les patients sur l’utilisation appropriée. Cette surveillance a prévenu d’innombrables erreurs médicales et événements indésirables, dont certains auraient pu entraîner des dommages graves, voire la mort. Mais lorsque les patients achètent des médicaments directement auprès des fabricants via TrumpRx, ils fragmentent leurs dossiers médicamenteux et de santé entre plusieurs sources. Aucun pharmacien ne voit l’image complète de ce qu’un patient prend sous TrumpRx. Une personne achetant un médicament pour la tension artérielle via TrumpRx, un médicament contre le cholestérol dans une pharmacie de détail et un médicament contre le diabète via un autre programme direct au consommateur crée un vide d’information dangereux. Le risque d’interactions médicamenteuses nocives, de thérapies en double ou d’erreurs de dosage dangereuses se multiplie exponentiellement.
On joue avec des vies. Littéralement. Pas métaphoriquement, pas symboliquement. Des vies réelles, des corps réels, des gens qui vont mourir parce que personne n’aura vu l’ensemble de leurs médicaments. Mais peu importe, tant que le nom de Trump brille sur un site web gouvernemental.
Section 7 : La personnalisation du pouvoir
Quand un domaine gouvernemental devient une marque privée
Plus personne ne s’offusque qu’un site enregistré sur un domaine gouvernemental (.gov) porte le nom d’une personne privée, le président en l’occurrence. Cette personnification du pouvoir atteint des niveaux jamais connus aux États-Unis. TrumpRx n’est pas un cas isolé — c’est le symbole d’une dérive plus profonde où les institutions publiques deviennent des extensions de la marque Trump. Le président a déjà fait apposer son nom sur la salle de spectacles la plus célèbre de Washington. Il a lancé des cryptomonnaies à son effigie. Il transforme chaque initiative gouvernementale en opportunité de branding personnel. Et maintenant, la santé publique. Ce qui devrait être un service neutre, universel, devient un produit estampillé Trump. L’administration elle-même ne semble plus voir de problème à cette confusion entre intérêt public et promotion personnelle. C’est devenu normal. Banal. Accepté. Et c’est peut-être ça, le plus terrifiant — notre capacité d’adaptation à l’inacceptable.
J’essaie d’imaginer un monde où ça aurait choqué. Où les gens se seraient levés, indignés, pour dire non, ça suffit, on ne transforme pas la santé publique en outil de marketing personnel. Mais ce monde n’existe plus. Nous avons franchi tellement de lignes rouges qu’on ne sait même plus où elles étaient tracées.
Section 8 : Le contexte politique
Les élections de mi-mandat dans le viseur
L’annonce de TrumpRx intervient à un moment stratégique : le Parti républicain prend la mesure du mécontentement de la population sur le coût de la vie et s’inquiète des possibles conséquences politiques lors des élections de mi-mandat de novembre 2026. Les sondages montrent une frustration croissante face à l’inflation, aux prix de l’essence, et surtout aux coûts de santé qui explosent. Trump a besoin d’une victoire visible, d’un coup d’éclat qui lui permette de dire : « Regardez, je fais quelque chose. » Peu importe que ce quelque chose soit inefficace pour la majorité, peu importe que ça aggrave potentiellement les problèmes. Ce qui compte, c’est l’image, le titre dans les journaux, le clip de 30 secondes où Trump annonce fièrement qu’il sauve l’Amérique. La politique spectacle à son paroxysme, où l’apparence de l’action remplace l’action elle-même. Et ça marche, parce que les gens veulent croire qu’on s’occupe d’eux, même quand la réalité prouve le contraire.
Nous sommes devenus des spectateurs de notre propre déchéance. On applaudit les tours de magie pendant qu’on nous vide les poches. Et le magicien sourit, confiant, sachant qu’on redemandera encore et encore, même quand on aura tout perdu.
Section 9 : Les alternatives ignorées
Ce qu’on refuse de faire vraiment
Les Américains n’ont pas besoin d’un autre site web gouvernemental. Ils ont besoin d’un gouvernement prêt à réparer le système lui-même. Cela passerait par des négociations de prix équitables et transparentes qui reconnaissent la valeur d’un médicament pour la société, une réforme significative des brevets, et une couverture d’assurance conçue plus efficacement pour garantir que chaque Américain puisse se permettre les médicaments dont il a besoin. D’autres pays riches ont résolu ce problème depuis longtemps. Le Canada, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne — tous ont des systèmes qui permettent à leurs citoyens d’accéder aux médicaments sans se ruiner. Mais aux États-Unis, la santé est un business comme les autres, et les lobbies pharmaceutiques sont trop puissants pour qu’on touche vraiment au système. Alors on crée des rustines, des solutions cosmétiques qui donnent l’illusion du changement sans rien changer fondamentalement. TrumpRx est exactement ça : une rustine tape-à-l’œil sur une plaie béante qui continue de saigner.
On sait comment faire. On a les exemples sous les yeux. Des dizaines de pays ont trouvé la solution. Mais on refuse de regarder, on refuse d’apprendre, on refuse de changer. Parce que changer signifierait affronter les géants pharmaceutiques, et ça, personne n’a le courage de le faire. Alors on continue de mourir à petit feu, en se racontant qu’au moins on a la liberté de choisir notre poison.
Conclusion : L'illusion vendue au prix fort
Quand le remède est pire que le mal
TrumpRx n’est pas une solution sérieuse aux problèmes systémiques qui affligent l’accès aux médicaments à un prix équitable pour tous les Américains. C’est une opération de communication déguisée en politique de santé publique. Pour les 15% d’Américains non assurés ou sous-assurés, toute réduction de prix par rapport au tarif plein sera significative. Mais pour les 85% restants, TrumpRx représente au mieux une distraction, au pire un piège financier et médical. Le site fragmente les soins, met en danger la sécurité des patients, et permet aux laboratoires pharmaceutiques de maintenir leurs prix élevés tout en se donnant une image de bienfaiteurs. Pendant ce temps, le vrai problème — un système de santé fondamentalement dysfonctionnel qui enrichit les intermédiaires pendant que les malades s’appauvrissent — reste intact. Trump a réussi son coup : apposer son nom sur une initiative gouvernementale, générer des titres positifs, et donner l’impression d’agir. Mais pour les millions d’Américains qui continueront de choisir entre leurs médicaments et leur loyer, rien n’aura changé. L’illusion est vendue, mais c’est toujours eux qui paient la facture.
Je termine cette chronique avec un goût amer dans la bouche. Pas de surprise, pas de révélation soudaine. Juste la confirmation de ce qu’on savait déjà : dans ce pays, les malades sont une marchandise, la santé est un privilège, et les politiciens vendent du rêve pendant que les gens crèvent. TrumpRx restera comme un symbole parfait de notre époque — un mensonge brillant, emballé dans du marketing présidentiel, vendu à des gens désespérés qui n’ont plus le choix que d’y croire. Parce que l’alternative, c’est d’admettre que personne ne viendra les sauver. Et ça, c’est trop dur à accepter.
Signé Jacques Provost
Sources
Le Monde, « Donald Trump lance un site Internet à son nom pour acheter des médicaments à prix réduits », 6 février 2026
Le Parisien, « Les Américains paient trop cher : c’est quoi TrumpRx, ce site Internet qui propose des médicaments à prix réduits », 6 février 2026
STAT News, « TrumpRx has a fundamental flaw », 5 février 2026
Euronews, « États-Unis : Donald Trump lance un site pour acheter des médicaments moins chers », 6 février 2026
Boursorama, « Trump dévoile le site web TrumpRx sur les médicaments à prix réduits », février 2026
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), données sur les dépenses de santé, 2024-2026
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