Trump lâche la bombe chez Dan Bongino
Lundi dernier, Donald Trump participe au podcast de Dan Bongino, ancien directeur adjoint du FBI devenu commentateur conservateur. Et là, sans prévenir, sans préparation apparente, le président des États-Unis balance une déclaration qui fait trembler les fondations mêmes du système électoral américain. Les Républicains devraient « prendre le contrôle » des élections, dit-il. Ils devraient « nationaliser » le vote dans au moins quinze États. Comme ça, tranquillement, entre deux considérations sur les comtés qu’il a remportés en 2024.
La théorie du complot des immigrants votants
Trump justifie cette proposition radicale par une théorie qui a été démontée, démolie, pulvérisée par toutes les études sérieuses sur le sujet. Les immigrants illégaux voteraient massivement, nous dit-il. Ils auraient été « amenés » aux États-Unis spécifiquement pour voter. Si les Républicains ne les expulsent pas, affirme-t-il avec une assurance déconcertante, le parti ne gagnera plus jamais une élection. C’est faux. Complètement faux. Le Cato Institute, think tank libertarien pas vraiment connu pour son gauchisme débridé, a publié des études montrant que le vote des non-citoyens est statistiquement insignifiant, indétectable dans les résultats électoraux.
Mais voilà le truc qui me rend dingue dans cette affaire. On n’est plus dans le débat rationnel. On n’est plus dans l’échange d’arguments basés sur des faits vérifiables. Trump construit une réalité alternative où des millions d’immigrants votent illégalement, où des États entiers truquent leurs élections, où seule une intervention fédérale massive peut sauver la démocratie. Et peu importe que cette réalité n’existe que dans sa tête et celle de ses partisans les plus fervents. Elle devient vraie par la répétition, par l’insistance, par le martèlement constant.
Section 3 : L'Article I de la Constitution qu'on oublie commodément
Ce que dit vraiment la loi fondamentale
Retour aux bases, aux fondamentaux de la démocratie américaine. L’Article I de la Constitution des États-Unis est d’une clarté cristalline sur ce point précis. Ce sont les États qui organisent et supervisent les élections. Point final. Pas le gouvernement fédéral. Pas le président. Les États. Cette disposition n’est pas un détail technique obscur perdu dans les méandres du texte constitutionnel. C’est un pilier du fédéralisme américain, une protection délibérée contre la concentration du pouvoir, un garde-fou contre les tentations autoritaires.
Le fédéralisme comme rempart
Les Pères fondateurs n’étaient pas naïfs. Ils avaient vécu sous la tyrannie britannique, ils connaissaient les dangers d’un pouvoir central trop puissant. Alors ils ont dispersé le pouvoir, ils l’ont fragmenté, ils ont créé des contre-pouvoirs à tous les niveaux. Les élections gérées par les États, c’était leur assurance-vie contre un président qui voudrait truquer le système à son avantage. Et maintenant, deux cent trente-sept ans plus tard, on a un président qui propose exactement ce contre quoi ils nous avaient mis en garde.
Je pense aux cours d’éducation civique de mon adolescence. À ces professeurs qui nous expliquaient avec passion comment la Constitution américaine était un chef-d’œuvre d’ingénierie politique, comment chaque article, chaque amendement, chaque clause avait été pensé pour protéger la liberté. Et je me demande ce qu’ils penseraient aujourd’hui, en voyant un président proposer tranquillement de démanteler ces protections. Est-ce qu’ils seraient choqués? Résignés? Ou est-ce qu’ils nous diraient qu’ils l’avaient toujours su, que la démocratie n’est jamais acquise, qu’elle doit être défendue à chaque génération?
Section 4 : Le SAVE Act, cheval de Troie législatif
Voter ID et preuve de citoyenneté obligatoires
Karoline Leavitt nous explique que Trump parlait en fait du SAVE Act, cette proposition de loi républicaine qui exigerait une pièce d’identité avec photo pour voter et une preuve de citoyenneté pour s’inscrire sur les listes électorales. Sur le papier, ça semble raisonnable. Qui pourrait s’opposer à vérifier que les votants sont bien des citoyens américains? Le problème, c’est que vingt-et-un millions d’Américains n’ont pas de documents prouvant leur citoyenneté facilement accessibles. Deux virgule six millions n’ont même pas de pièce d’identité gouvernementale.
Les populations ciblées
Et devinez qui sont ces Américains sans papiers facilement accessibles? Les pauvres. Les minorités. Les personnes âgées. Les étudiants. Exactement les populations qui votent traditionnellement démocrate. Le Brennan Center for Justice et le Center for Democracy and Civic Engagement de l’Université du Maryland ont documenté ce phénomène avec une précision chirurgicale. Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas un effet secondaire malheureux. C’est le but.
On nous vend ça comme une mesure de bon sens, comme une évidence démocratique. Bien sûr qu’il faut vérifier l’identité des votants, nous dit-on. Mais creusez un peu, grattez la surface, et vous découvrez que cette « évidence » va empêcher des millions d’Américains légitimes de voter. Des citoyens qui paient leurs impôts, qui respectent les lois, qui ont le droit constitutionnel de participer aux élections. Mais qui n’ont pas les bons papiers, pas le bon profil, pas la bonne couleur de peau peut-être.
Section 5 : La Géorgie et le raid du FBI
Six cent quatre-vingt-dix-sept boîtes de bulletins saisis
Une semaine avant les déclarations de Trump sur le podcast, le FBI débarque dans le comté de Fulton, en Géorgie, avec un mandat de perquisition. Ils saisissent six cent quatre-vingt-dix-sept boîtes de bulletins et de matériel électoral. Tulsi Gabbard, la directrice du renseignement national, est présente. Trump appelle personnellement les agents pour les féliciter. Le comté de Fulton, c’est Atlanta. C’est un bastion démocrate. C’est un comté que Trump a toujours accusé de fraude électorale sans jamais pouvoir le prouver.
L’intimidation comme stratégie
Le sénateur Mark Warner, démocrate de Virginie, a immédiatement compris le message. Cette opération n’est pas une enquête légitime sur une fraude hypothétique. C’est un avertissement. C’est une démonstration de force. C’est Trump qui dit aux responsables électoraux démocrates : « Je peux débarquer chez vous quand je veux, avec le FBI, avec la directrice du renseignement national, et fouiller dans vos archives. » La menace est claire. Les élections de mi-mandat de 2026 approchent, et Trump veut que tout le monde sache qu’il ne reculera devant rien.
Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette scène. Le président des États-Unis qui félicite personnellement des agents du FBI pour avoir saisi des bulletins de vote dans un comté démocrate. La directrice du renseignement national qui se déplace pour superviser l’opération. Tout ça basé sur des accusations de fraude qui n’ont jamais été prouvées, qui ont été rejetées par tous les tribunaux, y compris ceux présidés par des juges nommés par Trump lui-même. On n’est plus dans la politique normale. On est dans quelque chose de beaucoup plus sombre.
Section 6 : Le "cependant" qui dit tout
La rhétorique de la contradiction assumée
Revenons à cette conférence de presse de Karoline Leavitt. Un journaliste lui demande si Trump croit que les États devraient superviser les élections, comme le prévoit la Constitution. Sa réponse est un chef-d’œuvre de double langage orwellien. « Le président croit en la Constitution des États-Unis », commence-t-elle. Parfait. Rassurant. Puis vient le « cependant ». « Cependant, il croit qu’il y a eu beaucoup de fraude et d’irrégularités dans les élections américaines. » Et voilà comment on vide la Constitution de son sens en une seule phrase.
La normalisation de l’anormal
Ce qui est terrifiant, ce n’est pas tant la contradiction elle-même. C’est la manière dont elle est présentée comme parfaitement normale, comme une position politique légitime. Leavitt ne rougit pas, ne bégaie pas, ne montre aucun signe de malaise. Elle débite son texte avec l’assurance d’une porte-parole qui sait exactement ce qu’elle fait. Elle normalise l’idée qu’on peut croire en la Constitution tout en proposant de la violer. Elle rend acceptable l’inacceptable.
Je me souviens d’un temps, pas si lointain, où une telle contradiction aurait provoqué un scandale majeur. Où les journalistes auraient creusé, insisté, refusé de laisser passer une réponse aussi manifestement absurde. Mais aujourd’hui, on note, on rapporte, on passe à la question suivante. Parce qu’on est fatigués. Parce qu’il y a tellement de scandales, tellement de contradictions, tellement de mensonges qu’on ne peut plus tous les traiter avec l’attention qu’ils méritent. C’est peut-être ça, la vraie victoire de Trump. Nous avoir épuisés au point qu’on accepte l’inacceptable par simple lassitude.
Section 7 : Les quinze États dans le viseur
Californie et New York en première ligne
Trump mentionne spécifiquement certains États où il veut que les Républicains « prennent le contrôle ». La Californie. New York. Des bastions démocrates, évidemment. Leavitt justifie cette cible en affirmant que ces États permettent aux non-citoyens de voter. C’est techniquement vrai pour certaines élections locales très spécifiques, comme les conseils scolaires dans quelques municipalités. Mais elle présente ça comme si des millions d’immigrants illégaux votaient aux élections présidentielles, ce qui est complètement faux et illégal.
Le fantasme de la fraude massive
Trump parle d’États « tellement corrompus » qu’ils comptent les votes de manière frauduleuse. Il affirme avoir gagné des États qui montrent qu’il a perdu. C’est du délire pur et simple. Toutes les enquêtes, tous les audits, tous les recours judiciaires ont confirmé les résultats de 2020 et 2024. Mais Trump continue de construire cette mythologie de l’élection volée, et maintenant il l’utilise pour justifier une prise de contrôle fédérale des élections. Le serpent se mord la queue.
Ce qui me fascine et me terrifie à la fois, c’est la cohérence de la stratégie. Trump ne fait pas ça au hasard. Il construit méthodiquement un récit où les élections sont truquées, où seule une intervention fédérale peut les sauver, où lui seul peut protéger la démocratie en… détruisant ses fondements constitutionnels. C’est du génie maléfique. C’est de l’autoritarisme 101. Et ça marche. Ses partisans le croient. Ils réclament cette nationalisation des élections. Ils pensent sincèrement qu’ils défendent la démocratie en appelant à sa destruction.
Section 8 : Le Congrès face au dilemme
La Chambre vote, le Sénat bloque
La Chambre des représentants, contrôlée par les Républicains, s’apprête à voter le SAVE Act la semaine prochaine. Le résultat est prévisible : ça passera. Mais au Sénat, c’est une autre histoire. Le leader de la minorité démocrate, Chuck Schumer, a déjà annoncé que le projet de loi serait « mort à l’arrivée ». Il l’a comparé à « Jim Crow 2.0 », référence aux lois ségrégationnistes du Sud qui empêchaient les Noirs de voter après la Guerre de Sécession. C’est une comparaison forte, mais pas injustifiée.
L’appel à abolir le filibuster
Face à cette impasse prévisible, certains Républicains de la ligne dure appellent à abolir le filibuster, cette règle procédurale du Sénat qui exige soixante voix pour faire avancer la plupart des projets de loi. Anna Paulina Luna, représentante de Floride, et Ted Cruz, sénateur du Texas, mènent la charge. Ils veulent revenir au « filibuster debout », celui qu’on voit dans les films, où un sénateur doit physiquement tenir le plancher pour bloquer un vote. Mais le leader de la majorité républicaine au Sénat, John Thune, reste sceptique. Il sait que toucher au filibuster, c’est ouvrir la boîte de Pandore.
Le filibuster est une de ces règles bizarres de la démocratie américaine qui protège les minorités contre la tyrannie de la majorité. C’est frustrant quand votre camp est au pouvoir et veut faire passer des lois. Mais c’est rassurant quand vous êtes dans l’opposition et que vous voulez empêcher des lois dangereuses. Les Républicains qui veulent l’abolir aujourd’hui pour faire passer le SAVE Act vont le regretter amèrement quand les Démocrates reviendront au pouvoir. Mais peut-être que c’est ça, le calcul. Peut-être qu’ils pensent qu’avec le SAVE Act et la nationalisation des élections, les Démocrates ne reviendront jamais au pouvoir.
Section 9 : Le soutien populaire et ses dangers
Les sondages qui rassurent les Républicains
Un sondage Pew de août 2025 montre que quatre-vingt-quinze pour cent des Républicains et soixante-et-onze pour cent des Démocrates soutiennent l’idée d’une pièce d’identité pour voter. Un sondage Gallup de 2024 révèle que quatre-vingt-quatre pour cent des Américains approuvent le voter ID et quatre-vingt-trois pour cent la preuve de citoyenneté pour s’inscrire. Ces chiffres sont l’arme rhétorique favorite des partisans du SAVE Act. « Le peuple américain est clair », clame le représentant Chip Roy. « Ils soutiennent le voter ID. »
Le diable dans les détails
Mais comme le souligne Nicole Hansen du Campaign Legal Center, le diable est dans les détails. Demander aux gens s’ils soutiennent « le voter ID » en général, c’est une chose. Leur expliquer que ça va empêcher vingt-et-un millions d’Américains de voter parce qu’ils n’ont pas les bons documents, c’en est une autre. Les sondages ne capturent pas cette nuance. Ils ne montrent pas que les gens soutiennent une idée abstraite, pas nécessairement sa mise en œuvre concrète avec toutes ses conséquences.
C’est là que réside toute la perversité de cette stratégie. Prendre une idée qui semble raisonnable en surface – vérifier l’identité des votants – et l’utiliser pour justifier des mesures qui vont effectivement priver des millions de citoyens de leur droit de vote. Et quand on proteste, on nous accuse d’être contre le « bon sens », contre la « sécurité électorale ». C’est brillant. C’est cynique. C’est profondément anti-démocratique. Mais ça marche.
Conclusion : Le moment de vérité approche
Les élections de mi-mandat comme test décisif
Les élections de mi-mandat de novembre 2026 se profilent à l’horizon. Trump est impopulaire, les Républicains s’attendent à une défaite. Et c’est précisément dans ce contexte qu’il lance son offensive contre l’intégrité du système électoral. Ce n’est pas un hasard. C’est une stratégie délibérée pour préparer le terrain, pour pouvoir contester les résultats s’ils ne lui conviennent pas, pour avoir des arguments tout prêts sur la « fraude massive » et les « élections truquées ».
La démocratie américaine à la croisée des chemins
On est à un moment charnière de l’histoire américaine. Soit les institutions tiennent, les tribunaux résistent, les responsables électoraux font leur travail malgré les pressions et les menaces. Soit Trump réussit son coup, nationalise effectivement les élections dans les États clés, et transforme fondamentalement la nature de la démocratie américaine. Il n’y a pas de juste milieu. Il n’y a pas de compromis possible entre respecter la Constitution et la violer.
Je ne sais pas comment cette histoire va se terminer. Je voudrais être optimiste, croire que les garde-fous vont tenir, que la Constitution va survivre à cet assaut. Mais je regarde Karoline Leavitt débiter ses contradictions avec un sourire serein, je vois Trump appeler ouvertement à nationaliser les élections, j’observe ses partisans applaudir cette proposition, et je me demande si on n’a pas déjà franchi un point de non-retour. Peut-être que dans dix ans, on regardera en arrière et on se dira que c’était le moment. Février 2026. Quand un président a proposé de détruire le fédéralisme électoral américain et que sa porte-parole nous a assuré qu’il croyait en la Constitution. Cependant.
Signé Jacques Provost
Sources
Yahoo News – « Leavitt Clarifies Trump’s Call to ‘Nationalize’ Elections: He ‘Believes’ in the ‘Constitution, However…' » – 3 février 2026
The Guardian – « Trump suggests Republicans should ‘take over’ elections to protect the party » – 3 février 2026
CNBC – « SAVE Act voter ID bill is on the minds of Trump and Congress: What to know » – 6 février 2026
Brennan Center for Justice – « New SAVE Act Bills Would Still Block Millions of Americans From Voting » – 2026
Campaign Legal Center – « What You Need to Know About the SAVE Act » – 2026
Pew Research Center – « Majority of Americans continue to back expanded early voting, voting by mail, voter ID » – Août 2025
Gallup – « Americans Endorse Early Voting, Voter Verification » – 2024
Cato Institute – « Noncitizens Don’t Illegally Vote in Detectable Numbers » – 2026
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