Une découverte inattendue après six décennies de silence

C’est une histoire que l’on croyait figée à jamais dans le froid polaire. Après avoir passé 66 ans perdu dans les glaces, le corps de Dennis « Tink » Bell, un météorologue britannique de 25 ans, a finalement été retrouvé l’année dernière. Ce jeune homme avait disparu en tombant dans un glacier au large de la péninsule antarctique, et ses restes étaient restés prisonniers des éléments pendant plus d’un demi-siècle.
Le destin est finalement intervenu pour offrir une conclusion aux proches du défunt. Une équipe de la station antarctique polonaise Henryk Arctowski a découvert les restes, permettant ainsi de récupérer non seulement le corps, mais aussi plus de 200 objets personnels ayant appartenu au scientifique. L’identification formelle a été rendue possible grâce à une analyse ADN, comparée aux échantillons fournis par ses deux frères et sœurs encore en vie.
Ce récit, fruit d’une collaboration avec Biography.com, met fin à une longue attente pour la famille Bell. L’histoire de Dennis, figée dans le temps depuis 1959, connaît aujourd’hui un épilogue inespéré grâce aux efforts conjoints des équipes scientifiques internationales présentes sur le continent blanc.
De la banlieue de Londres aux confins du monde

Dennis « Tink » Bell était l’aîné d’une fratrie de trois enfants, élevé à Harrow, une ville du nord-ouest de Londres. Son frère David se souvient de lui comme d’un homme à la curiosité naturelle, doté de multiples talents. Selon un communiqué du British Antarctic Survey (BAS), David a déclaré que Dennis « semblait capable de tout faire de ses mains, de l’entretien des moteurs à essence à la photographie, y compris le développement de ses propres films ».
Une fois sa scolarité terminée, le jeune homme a passé quelque temps au sein de la Royal Air Force pour effectuer son service national. Cependant, en 1958, il a choisi de poursuivre une voie plus aventureuse en rejoignant le Falkland Islands Dependencies Survey (FIDS), l’ancêtre de l’actuel British Antarctic Survey. Il cherchait l’exploration et le dépaysement loin de la métropole britannique.
Sa mission devait durer seulement deux ans. Il fut affecté comme l’un des six hommes stationnés à Admiralty Bay, sur l’île du Roi-George, située près de l’Antarctique. C’était une assignation prestigieuse et exigeante, au cœur d’un environnement hostile mais fascinant. Il s’agissait pourtant d’une aventure dont il ne reviendrait jamais.
Le drame du 26 juillet 1959

Le 26 juillet 1959, Dennis Bell, alors âgé de 25 ans, partit avec trois autres hommes et des chiens pour escalader un glacier voisin à des fins de relevés topographiques. Au cours de l’expédition, Bell et le géomètre Jeff Stokes prirent de l’avance sur les deux autres membres du groupe. Ils atteignirent une zone crevassée recouverte de neige molle, que les chiens, fatigués, hésitaient à traverser.
Le rapport du BAS résume l’incident tragique qui suivit : « Pour les encourager, Bell passa devant pour les presser… tragiquement sans ses skis. Soudain, il disparut, laissant un trou béant dans le pont de crevasse à travers lequel il était tombé. » Cette décision de retirer ses skis pour motiver l’attelage s’avéra fatale, la répartition de son poids n’étant plus assurée sur la surface fragile.
Les efforts de sauvetage qui furent tentés immédiatement après la chute ont été chroniqués avec précision dans le livre Of Ice and Men (Des glaces et des hommes). Ce récit détaille les minutes critiques qui ont suivi la disparition du jeune météorologue dans les profondeurs du glacier.
Une tentative de sauvetage désespérée

Le livre Of Ice and Men rapporte le déroulement précis des opérations de secours tentées par son compagnon de cordée. Jeff Stokes, penché au-dessus du vide, tenta d’établir le contact avec la victime.
L’ouvrage relate : « Regardant dans les profondeurs, Stokes appela à plusieurs reprises et fut grandement soulagé d’obtenir une réponse. Descendant une corde de près de cent pieds [environ 30 mètres], il dit à Bell de s’attacher. Comme il ne pouvait pas remonter le poids seul, il attacha son extrémité de la corde à l’équipe. Les chiens prirent la tension et commencèrent à tirer. C’était maintenant facile et tout se passait bien. Mais Bell avait attaché la corde à sa ceinture plutôt qu’autour de son corps, peut-être à cause de l’angle auquel il gisait dans la crevasse. Lorsqu’il atteignit le sommet, son corps se bloqua contre la lèvre, la ceinture rompit, et il redescendit. Cette fois, il n’y eut aucune réponse aux appels de Stokes. Ce fut une fatalité particulièrement tragique qui, sentait-on vraiment, n’aurait jamais dû se produire, et donc doublement douloureuse. »
Pendant plus de 50 ans, ce récit marquait la fin de l’histoire de Dennis Bell. Le silence du glacier avait englouti le jeune homme, laissant ses compagnons et sa famille face à un deuil sans corps.
L’expédition de récupération de 2025
Un nouveau chapitre s’est ouvert le 19 janvier 2025, lorsque le personnel de la station antarctique polonaise Henryk Arctowski est tombé sur des restes humains sur le glacier Ecology, sur l’île du Roi-George. Après avoir ramené une partie des éléments à leur base, il fut déterminé qu’une exploration plus intensive était nécessaire pour traiter le site avec la rigueur scientifique requise.
Au début du mois de février 2025, une équipe élargie s’est rendue sur place. Ce groupe comprenait un archéologue, un géomorphologue, un anthropologue et un glaciologue. Ils ont pu récupérer d’autres restes humains ainsi que plus de 200 objets personnels ayant appartenu à Bell. Parmi les effets retrouvés figuraient « les restes d’un équipement radio, une lampe de poche, des bâtons de ski, une montre-bracelet Erguel gravée, un couteau suédois Mora et un tuyau de pipe en ébonite ».
Les dépouilles ont ensuite été transportées par le navire de recherche du BAS, le RRS Sir David Attenborough, pour être examinées par un coroner. Celui-ci les a ensuite envoyées à Denise Syndercombe Court, professeure de génétique forensique au King’s College de Londres, afin de procéder aux tests ADN indispensables à l’identification formelle.
Identification et mémoire : le retour de l’enfant prodigue
Les analyses génétiques ont comparé l’ADN des restes retrouvés avec des échantillons fournis par les frères et sœurs de Dennis. Les résultats ont conclu qu’il était « plus d’un milliard de fois » plus probable qu’ils soient apparentés que l’inverse, confirmant sans l’ombre d’un doute l’identité du météorologue.
David, le frère de Dennis, a partagé son émotion : « Lorsque ma sœur Valerie et moi avons été informés que notre frère Dennis avait été retrouvé après 66 ans, nous avons été choqués et stupéfaits. Le British Antarctic Survey et le British Antarctic Monument Trust ont été d’un soutien immense, et associés à la sensibilité de l’équipe polonaise pour le ramener à la maison, ils nous ont aidés à accepter la perte tragique de notre brillant frère. »
La directrice actuelle du BAS, la professeure Dame Jane Francis, a noté que « cette découverte apporte une conclusion à un mystère vieux de plusieurs décennies et nous rappelle les histoires humaines ancrées dans l’histoire de la science antarctique ». Bien qu’il appartienne à la famille de décider du sort des restes, le météorologue intrépide est déjà commémoré géographiquement : le communiqué de presse du BAS note que la Pointe Bell (Bell Point), située aux coordonnées 62° 06′ 41” S 58° 51′ 56” W sur l’île du Roi-George, porte son nom.
Selon la source : popularmechanics.com
Créé par des humains, assisté par IA.
À l’intérieur du glacier mortel de l’Antarctique qui a englouti un scientifique… avant de le recracher
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