Au-delà des apparences, un risque respiratoire étendu

Les chiens à face plate sont devenus les symboles des problèmes respiratoires canins. Pourtant, l’attention s’est longtemps concentrée sur une poignée de races très populaires. Une nouvelle étude vient bousculer nos certitudes : le problème est plus profond et touche des lignées parfois inattendues.
Deux races moins connues se révèlent ainsi être parmi les plus sévèrement affectées par l’obstruction chronique des voies respiratoires. Cette découverte élargit considérablement la liste des chiens à haut risque.
Elle remet également en question l’idée reçue selon laquelle seuls les chiens aux visages les plus écrasés et les plus célèbres luttent pour chaque bouffée d’air. La réalité semble bien plus complexe.
Deux races au cœur de l’inquiétude
Pour évaluer la situation, près de 900 chiens, accompagnés de leurs propriétaires volontaires, ont participé à des évaluations respiratoires et à de courts tests d’exercice. Les résultats ont montré à quel point le risque pouvait varier drastiquement d’une race à l’autre.
Le Dr Francesca Tomlinson, de l’Université de Cambridge, a documenté les performances de ces animaux. Ses observations sont frappantes : seuls 10,9 % des Pékinois et 17,4 % des Chins japonais ont terminé les tests sans présenter le moindre signe de compromission des voies respiratoires. Ces proportions les placent au même niveau de gravité que les Bouledogues, une race pourtant bien plus souvent pointée du doigt pour ses difficultés à respirer.
Fait notable, d’autres races à face plate ont affiché des taux de respiration normale bien plus élevés. Cela démontre que le risque est davantage concentré au sein de lignées spécifiques plutôt que d’être une fatalité pour tous les chiens au museau court.
Qu’est-ce que le syndrome obstructif des voies respiratoires ?
Les vétérinaires nomment ce trouble le Syndrome Obstructif des Voies Respiratoires des Races Brachycéphales (ou SAOB en français, BOAS en anglais). Il s’agit d’un blocage à long terme des voies aériennes qui force les chiens à fournir un effort bien plus important pour simplement respirer.
Comment cela se produit-il ? À l’intérieur d’un crâne raccourci, les tissus mous, comme le palais ou la langue, continuent de croître jusqu’à une taille normale. Ils se retrouvent alors à l’étroit, encombrant les voies respiratoires et réduisant le passage de l’air.
Cette résistance devient particulièrement dangereuse lorsqu’un chien tente de se refroidir en haletant. L’effort supplémentaire peut faire grimper sa température corporelle plus rapidement lors d’un exercice, d’un moment d’excitation ou de stress. Dans les cas les plus sévères, le SAOB peut écourter les promenades, perturber le sommeil et parfois contraindre les propriétaires à opter pour une intervention chirurgicale visant à élargir les passages d’air rétrécis.
Écouter pour mieux évaluer la détresse

Pour mesurer l’ampleur réelle des difficultés d’un chien, les chercheurs ont choisi de se concentrer sur la fonction respiratoire plutôt que sur l’apparence physique. À chaque rendez-vous, le personnel a attentivement écouté les bruits respiratoires de l’animal, d’abord au repos, puis après un trot de trois minutes.
Un système de notation a été mis en place. Un score de zéro signifiait une respiration silencieuse, même après l’effort. À l’opposé, un score de trois était attribué aux chiens qui luttaient visiblement pour respirer dès qu’ils commençaient à bouger.
Entre ces deux extrêmes, les cas légers produisaient un bruit détectable uniquement au stéthoscope, tandis que les cas modérés étaient audibles à l’oreille nue. En évaluant le flux d’air réel lors d’un effort léger, ce test a permis d’identifier une véritable détresse respiratoire, y compris chez des chiens qui semblaient en parfaite santé de l’extérieur.
Ces traits physiques qui augmentent le risque

Au fil des évaluations, trois caractéristiques sont revenues de manière récurrente chez les chiens obtenant les plus mauvais scores : le surpoids, des narines rétrécies et un museau très court. Des narines trop étroites peuvent en effet se replier vers l’intérieur lors de l’inspiration, laissant encore moins d’espace pour que l’air puisse entrer.
Les chercheurs ont utilisé une mesure précise, le ratio cranio-facial (longueur du museau divisée par la longueur du crâne), pour quantifier le degré d’aplatissement du visage. Mais même avec ces indices, de nombreux résultats ont déjoué les pronostics. L’apparence seule ne suffit pas à juger du risque.
L’équipe a d’ailleurs été surprise de constater que certaines des races à l’aspect le plus plat n’obtenaient pas systématiquement les pires scores. Chez le Cavalier King Charles Spaniel, par exemple, 40 % des chiens ont terminé le test sans aucun signe de SAOB, malgré leur museau très court. Un modèle statistique combinant le poids, la forme des narines et le ratio cranio-facial n’a pu expliquer que 20 % de la variation des résultats. Ce décalage suggère un rôle important de l’anatomie interne et de la génétique, rendant un test respiratoire fonctionnel indispensable.
Des faiblesses propres à chaque lignée

L’étude a révélé d’autres indices, cette fois liés à des détails corporels en dehors du visage, qui semblent spécifiques à certaines races. Ces découvertes suggèrent des points de faiblesse particuliers à chaque lignée.
Chez le Staffordshire Bull Terrier et le Shih Tzu, une queue plus courte était ainsi associée à un risque plus élevé. À l’inverse, une queue plus longue réduisait leurs chances de développer le syndrome d’environ 30 %. Les Staffordshire Bull Terriers affectés avaient en moyenne une queue plus courte de 0,6 pouce (environ 1,5 cm).
Dans le cas du Boston Terrier, c’est un cou plus épais qui s’est avéré être un indicateur de problèmes respiratoires. Ces schémas variant d’une race à l’autre, l’étude plaide pour l’élaboration de listes de contrôle distinctes plutôt que pour l’application d’une règle universelle.
Propriétaires et éleveurs : comment inverser la tendance ?
Pour les propriétaires, des choix simples peuvent faire une réelle différence. Avant d’acquérir un chiot à face plate, l’observer respirer au repos puis lors d’une courte promenade peut révéler des signes avant-coureurs. Lors d’une visite vétérinaire, le praticien peut évaluer la respiration, recommander une perte de poids, une chirurgie ou des ajustements de mode de vie pour améliorer le confort de l’animal.
Par temps chaud, limiter les exercices intenses est crucial, car le SAOB entrave la capacité du chien à se refroidir. Mais au-delà de ces gestes, le message central de l’étude est simple : un chien ne devrait jamais avoir à lutter pour respirer.
À long terme, le changement dépendra des critères de sélection en élevage. Dans les concours canins, les juges favorisent souvent des caractéristiques faciales extrêmes qui augmentent le risque, influençant ainsi les futures portées. Une autre voie est possible : les chiens obtenant de bons résultats aux tests respiratoires pourraient devenir des modèles plus sains pour les standards de la race. Sélectionner les animaux pour leurs narines ouvertes et leur bonne fonction respiratoire, plutôt que pour des traits exagérés, pourrait réduire le risque de SAOB sans attendre une solution génétique miracle.
Les choix d’aujourd’hui dessinent la santé de demain

Les chercheurs soulignent que leur étude comporte des limites. Le recrutement de volontaires a probablement biaisé l’échantillon, les propriétaires déjà inquiets de la respiration de leur chien étant sans doute plus enclins à participer. De plus, les données de comparaison datent de 2016, ce qui pourrait ne pas refléter parfaitement la situation actuelle si des décisions d’élevage récentes ont amélioré la fonction respiratoire de certaines lignées.
Le message général reste cependant limpide. Le SAOB étant héréditaire, les progrès à long terme dépendent de choix d’élevage rigoureux. L’amélioration du bien-être de ces races reposera probablement sur une combinaison d’évaluations respiratoires de routine, de standards de concours plus intelligents et d’une prise de conscience des propriétaires, qui doivent cesser de considérer les ronflements chroniques ou la respiration laborieuse comme « un simple bruit normal pour la race ».
L’étude a été publiée dans la revue scientifique PLOS One.
Selon la source : earth.com
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