L’ampleur réelle des échanges commerciaux
Les échanges de marchandises entre le Canada et la Chine ont atteint 124,8 milliards de dollars en 2025. C’est cinq pour cent de plus que l’année précédente. C’est colossal. C’est aussi profondément déséquilibré.
Le Canada a exporté pour 34,1 milliards vers la Chine. Il en a importé pour 90,1 milliards. Le déficit commercial n’est pas un détail technique : c’est un gouffre de 56 milliards de dollars qui signifie que pour chaque dollar que le Canada envoie en Chine, il en reçoit presque trois en retour sous forme de produits manufacturés. Ce n’est pas du commerce. C’est une dépendance déguisée en partenariat.
L’objectif de Carney : audacieux ou irréaliste ?
Le premier ministre a fixé un objectif : augmenter les exportations canadiennes vers la Chine de 50 % d’ici 2030. Traduit en chiffres bruts, cela signifie passer de 34 milliards à environ 51 milliards de dollars. En quatre ans. Vers un pays dont le système économique est contrôlé par un parti unique, dont les règles changent au gré des décisions politiques internes, et dont les barrières non tarifaires sont légendaires dans les milieux d’affaires internationaux.
David Perez-Des Rosiers, directeur du bureau pékinois du Conseil commercial Canada-Chine, voit dans le dernier plan quinquennal chinois une feuille de route pour le Canada. Pékin veut stimuler sa consommation intérieure — un marché de 1,4 milliard de personnes. Pour un pays exportateur de matières premières comme le Canada, l’opportunité est réelle. Mais l’opportunité et la réalité ne vivent pas toujours sous le même toit.
La guerre commerciale de Trump — l'architecte involontaire du rapprochement sino-canadien
Comment Washington a poussé Ottawa dans les bras de Pékin
Il y a une ironie que les historiens savoureront un jour. Donald Trump, obsédé par la confrontation avec la Chine, a réussi l’exploit de pousser ses propres alliés vers Pékin. Chaque tarif imposé au Canada, chaque menace proférée depuis le Bureau ovale, chaque tweet rageur sur le déficit commercial américano-canadien a eu le même effet : renforcer la conviction à Ottawa qu’il fallait diversifier, et vite.
Le Canada n’est pas seul dans cette migration stratégique. Champagne lui-même le note : « Tous mes homologues du G7 ont trouvé une manière stratégique de s’engager avec la Chine ». L’isolement américain n’est pas un accident. C’est le résultat direct d’une politique commerciale qui traite les alliés comme des adversaires et les adversaires comme des partenaires de négociation.
Le paradoxe que Washington refuse de voir
Plus Trump frappe le Canada avec des tarifs, plus le Canada se tourne vers la Chine. Plus le Canada se tourne vers la Chine, plus Trump a de raisons de frapper le Canada. C’est un cercle vicieux géopolitique dont personne ne sort gagnant — sauf peut-être Pékin, qui n’a qu’à ouvrir la porte et attendre que ses concurrents stratégiques lui livrent leurs alliés sur un plateau d’argent.
Et pourtant, ce serait une erreur de croire que la Chine fait ça par altruisme. Chaque concession a un prix. Chaque porte ouverte mène quelque part. Et l’endroit où elle mène n’est pas toujours celui qu’on espérait.
L'accord sur les véhicules électriques — un modèle ou un piège ?
49 000 voitures chinoises à tarif réduit
En janvier, Carney a arraché un accord : 49 000 véhicules électriques chinois entreraient au Canada à un tarif réduit de 6,1 % — contre les 100 % imposés quelques mois plus tôt. En échange, la Chine réduirait ou supprimerait les tarifs sur des produits agricoles canadiens, notamment le tourteau de canola, jusqu’à fin 2026.
Sur le papier, c’est un compromis élégant. Le Canada obtient des véhicules électriques abordables pour ses consommateurs. La Chine obtient un accès — certes limité — au marché automobile nord-américain. Les agriculteurs canadiens récupèrent un débouché vital. Tout le monde gagne.
Ce que l’accord ne dit pas
Sauf que l’accord expire fin 2026. Sauf que les tarifs de rétorsion de 25 % sur le porc canadien sont toujours en place. Sauf que 49 000 véhicules, sur un marché automobile canadien de près de deux millions de ventes annuelles, c’est une goutte d’eau. Et sauf que chaque véhicule électrique chinois qui entre au Canada est un véhicule que les constructeurs automobiles nord-américains ne vendent pas.
L’industrie automobile canadienne, déjà fragilisée par les tarifs américains, regarde cet accord avec un mélange de résignation et d’inquiétude. On ne diversifie pas une économie en remplaçant une dépendance par une autre. On la diversifie en créant de la valeur que personne d’autre ne peut offrir. Et sur ce terrain-là, le Canada a encore beaucoup de travail à faire.
Le porc, le canola et les leviers que Pékin garde en réserve
Des tarifs comme instruments de pression politique
En diplomatie chinoise, le commerce n’est jamais seulement du commerce. Les tarifs de 25 % sur le porc canadien ne sont pas une mesure économique rationnelle. Ce sont un message. Un rappel que Pékin peut ouvrir et fermer les robinets à volonté, que chaque produit agricole canadien qui entre en Chine y entre parce que Pékin le permet, pas parce que le marché le demande.
Perez-Des Rosiers espère que Champagne abordera la question des tarifs sur le porc pendant sa visite. C’est un espoir raisonnable. Mais c’est aussi un espoir qui révèle la nature profondément asymétrique de la relation : le Canada demande, la Chine accorde. Ou pas.
Le canola comme arme diplomatique — un précédent que personne n’a oublié
Les Canadiens qui suivent la relation avec la Chine se souviennent de 2019, quand Pékin a bloqué les importations de canola canadien en représailles à l’arrestation de Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei. Ce n’était pas un différend commercial. C’était de la diplomatie coercitive, pure et simple. Et le message était limpide : si vous touchez à nos intérêts stratégiques, nous toucherons à votre portefeuille.
Ce précédent hante chaque négociation. Chaque accord signé avec Pékin contient une clause invisible : tout ceci peut disparaître demain si la relation politique se détériore. Et dans un monde où les tensions entre grandes puissances ne font que croître, cette clause invisible est peut-être la plus importante de toutes.
Le dégel du pouvoir doux — touristes, visas et l'art de la normalisation
Des gestes symboliques qui pèsent lourd
En novembre, la Chine a remis le Canada sur sa liste des destinations approuvées, autorisant à nouveau les voyages de groupe. En retour, Pékin a étendu l’exemption de visa jusqu’à 30 jours pour les touristes et voyageurs d’affaires canadiens. Ce sont des gestes qui peuvent sembler anodins. Ils ne le sont pas.
Dans le lexique diplomatique chinois, le tourisme est un baromètre politique. Quand Pékin autorise ses citoyens à visiter un pays, c’est un signal d’approbation. Quand il les en empêche, c’est une punition. Le retour du Canada sur la liste est donc un message clair : Pékin considère que la relation est sur la bonne voie.
L’économiste de Renmin et ce qu’il ne dit qu’à demi-mot
Xiang Songzuo, économiste et professeur à l’Université Renmin de Pékin, résume l’enjeu avec une sobriété toute chinoise : « Une bonne relation entre deux pays n’est pas seulement importante en termes d’économie, de commerce, de pétrole, de gaz… mais aussi pour les peuples des deux pays. »
C’est une phrase qui semble banale. Elle ne l’est pas. Dans la bouche d’un universitaire chinois qui s’exprime devant une caméra étrangère, chaque mot est pesé, calibré, approuvé. Et ce que cette phrase dit réellement, c’est que Pékin est prêt à investir dans la relation — mais à ses conditions.
Le travail forcé — l'éléphant dans chaque salle de négociation
La controverse qui refuse de mourir
On peut diversifier son commerce. On ne peut pas diversifier ses valeurs. Et c’est là que le rapprochement sino-canadien heurte un mur que ni Champagne ni Carney ne peuvent contourner : la question du travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement chinoises.
La controverse a explosé avec une force particulière ces dernières semaines, après que Michael Ma, un député récemment rallié au gouvernement Carney, a semblé minimiser l’existence de cette pratique en Chine. Les réactions ont été immédiates et brutales. Carney a dû intervenir publiquement pour défendre la position du Canada, affirmant que le pays dispose « du cadre d’engagement le plus rigoureux » sur cette question.
Le dilemme moral du pragmatisme économique
Mais voici la vérité que les communiqués de presse ne peuvent pas maquiller : chaque dollar échangé avec la Chine traverse un système où les droits fondamentaux ne sont pas garantis de la même manière qu’au Canada. Et prétendre que des « cadres d’engagement rigoureux » suffisent à résoudre ce problème, c’est confondre la procédure avec la substance.
Zichen Wang, chercheur au Centre pour la Chine et la mondialisation à Pékin, pose le diagnostic avec une franchise rare : « Les deux pays sont en désaccord sur beaucoup de sujets. Ce sont des systèmes politiques très différents, avec des valeurs différentes. Les deux parties devront aussi gérer leurs divergences dans ces domaines. »
C’est la phrase la plus importante de tout ce dossier. Gérer les divergences. Pas les résoudre. Pas les surmonter. Les gérer. Dans le vocabulaire diplomatique, « gérer » signifie vivre avec. Et vivre avec des divergences sur les droits de la personne, c’est un choix qui a un coût — même si ce coût n’apparaît sur aucun bilan comptable.
Le piège de la dépendance inversée — quand diversifier crée une nouvelle vulnérabilité
Remplacer Washington par Pékin n’est pas de la diversification
Il y a un mot que le gouvernement Carney utilise comme un mantra : diversification. Mais la diversification véritable ne consiste pas à remplacer un partenaire dominant par un autre. Elle consiste à multiplier les partenaires de manière à ce qu’aucun d’entre eux ne puisse exercer une pression décisive.
Or, que fait le Canada en ce moment ? Il réduit sa dépendance envers les États-Unis — ce qui est sage — tout en augmentant sa dépendance envers la Chine — ce qui est risqué. L’objectif de 50 % d’augmentation des exportations vers la Chine d’ici 2030 est ambitieux. Mais si cet objectif est atteint sans augmentation proportionnelle vers l’Europe, le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et les pays de l’ASEAN, le Canada n’aura fait que changer de maître commercial.
Ce que l’Australie peut nous apprendre
L’Australie a vécu ce scénario. Pendant des années, Canberra a profité du boom des exportations de minerai de fer vers la Chine. Puis, en 2020, quand l’Australie a demandé une enquête indépendante sur les origines de la pandémie, Pékin a répondu par des tarifs punitifs sur le vin, l’orge, le charbon, le bœuf, le homard et le bois. Le message était le même qu’avec le canola canadien : votre prospérité dépend de notre bonne volonté.
Et pourtant, le Canada semble s’engager sur exactement la même voie, avec exactement la même confiance que les mécanismes de marché protégeront les intérêts nationaux. Ils ne le feront pas. Le marché n’a pas de conscience géopolitique.
Les « deux sessions » et le plan quinquennal — lire la feuille de route de Pékin
Ce que la Chine veut réellement
Pour comprendre ce que la Chine offre, il faut d’abord comprendre ce qu’elle cherche. Le dernier plan quinquennal, officialisé lors des récentes « deux sessions » du Congrès national du peuple, met l’accent sur la stimulation de la consommation intérieure. C’est un aveu : l’économie chinoise ralentit, la confiance des consommateurs est en berne, le marché immobilier reste fragile, et le chômage des jeunes atteint des niveaux qui inquiètent le Parti.
Dans ce contexte, les matières premières canadiennes — canola, potasse, bois, minerais — sont utiles. Mais elles sont utiles aux conditions de Pékin. La Chine n’importe pas du canola canadien parce qu’elle aime le Canada. Elle l’importe parce qu’elle en a besoin pour nourrir sa population et son industrie agroalimentaire. Le jour où elle trouvera un fournisseur moins cher — ou moins enclin à soulever des questions gênantes sur les droits de la personne — elle changera de fournisseur. Sans préavis.
Le calcul froid derrière l’hospitalité chinoise
Pékin déroule le tapis rouge pour Champagne exactement comme elle le fait pour tous les ministres des Finances occidentaux qui viennent frapper à sa porte depuis que Trump a déclenché sa guerre commerciale. Ce n’est pas de la générosité. C’est de la stratégie. Chaque pays occidental qui se rapproche de la Chine affaiblit le front uni que Washington essaie de construire contre Pékin.
Le Canada, en venant négocier bilatéralement, offre à la Chine exactement ce qu’elle veut : la preuve que l’alliance occidentale se fissure. Et cette preuve vaut bien quelques concessions sur le canola.
La Colombie-Britannique en éclaireur — quand les provinces prennent les devants
David Eby et la diplomatie provinciale
Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, a annoncé qu’il se rendrait en Chine plus tard cette année — la première visite d’un premier ministre de cette province depuis 2018. Ce n’est pas anodin. La Colombie-Britannique est la porte d’entrée du Canada vers le Pacifique, et ses ports — Vancouver en tête — sont les artères par lesquelles transite une part massive du commerce sino-canadien.
Quand les provinces commencent à mener leur propre diplomatie commerciale avec la Chine, cela signifie deux choses. Premièrement, que l’urgence économique est réelle — les provinces ne font pas ce genre de voyage pour le plaisir. Deuxièmement, que le gouvernement fédéral a ouvert une porte que tout le monde veut désormais franchir.
Le risque de la cacophonie diplomatique
Mais la diplomatie à plusieurs voix est un exercice périlleux. Si Ottawa, la Colombie-Britannique, l’Alberta et le Québec négocient chacun séparément avec Pékin, la Chine aura le luxe de jouer les provinces les unes contre les autres. C’est une tactique vieille comme la diplomatie elle-même, et Pékin la maîtrise mieux que quiconque.
Et pourtant, personne à Ottawa ne semble avoir mis en place un mécanisme de coordination qui empêcherait cette fragmentation. C’est le genre de détail qui ne fait pas les manchettes, mais qui détermine, au final, qui sort gagnant de la négociation.
Les véhicules électriques chinois — cheval de Troie ou planche de salut ?
La révolution que le Canada ne peut pas ignorer
La Chine est devenue le premier producteur mondial de véhicules électriques. Ses constructeurs — BYD, NIO, XPeng — produisent des véhicules compétitifs à des prix que les constructeurs occidentaux ne peuvent pas égaler. La raison est simple : des années de subventions massives, une chaîne d’approvisionnement en batteries entièrement intégrée, et un marché intérieur de centaines de millions de conducteurs qui sert de laboratoire à grande échelle.
L’accord de janvier, qui permet l’entrée de 49 000 véhicules électriques chinois à tarif réduit, est un premier pas. Mais la question de fond n’est pas le nombre de voitures. C’est la question de savoir si le Canada veut participer à la révolution électrique ou simplement la consommer.
Ce que « tarif réduit » signifie réellement pour l’industrie canadienne
Chaque véhicule électrique chinois vendu au Canada à 6,1 % de tarif est un véhicule qui n’a pas été assemblé dans une usine canadienne. C’est un emploi qui n’a pas été créé en Ontario. C’est une technologie de batterie qui n’a pas été développée au Québec. À court terme, le consommateur canadien y gagne. À long terme, l’économie canadienne pourrait y perdre de manière irréversible.
La transition énergétique est un train qui ne passe qu’une fois. Les pays qui la ratent ne rattrapent pas leur retard. Ils deviennent des consommateurs permanents de technologies développées ailleurs. Et le Canada, malgré ses réserves de lithium, de nickel et de cobalt — les ingrédients essentiels des batteries — est en train de laisser d’autres transformer ses matières premières en produits à haute valeur ajoutée.
Champagne le négociateur — portrait d'un homme qui marche sur un fil
Le profil du ministre et ce qu’il apporte à la table
François-Philippe Champagne n’est pas un novice. Ancien ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, ancien ministre des Affaires étrangères, il connaît le dossier chinois sous tous ses angles — commercial, diplomatique, technologique et sécuritaire. C’est précisément cette polyvalence qui fait de lui le bon émissaire pour Pékin. Et c’est aussi cette polyvalence qui rend sa position intenable.
Car Champagne doit simultanément rassurer les milieux d’affaires canadiens qui veulent plus d’accès au marché chinois, apaiser les défenseurs des droits de la personne qui exigent des comptes sur le travail forcé, satisfaire les agriculteurs qui veulent la levée des tarifs sur le porc, et éviter de dire quoi que ce soit qui puisse offenser Pékin au point de faire dérailler les négociations. C’est un exercice d’équilibriste où chaque mot pèse une tonne.
Ce que Champagne dit — et ce qu’il ne peut pas dire
Le ministre a résumé sa philosophie en une phrase : « La Chine est la deuxième économie mondiale et notre deuxième partenaire commercial, donc il faut s’engager. » C’est vrai. C’est aussi exactement ce que la Chine veut entendre. « Il faut s’engager » est la phrase qui ouvre toutes les portes à Pékin — et qui ferme certaines à Ottawa.
Car « s’engager » avec la Chine, dans le contexte actuel, signifie accepter un certain nombre de compromis implicites. Cela signifie ne pas trop insister publiquement sur le Xinjiang. Cela signifie ne pas provoquer Pékin sur Taïwan. Cela signifie sourire aux caméras pendant que des questions fondamentales restent sans réponse. C’est le prix du pragmatisme. Et c’est un prix que tous les Canadiens ne sont pas prêts à payer.
Le G7 et la course vers Pékin — le Canada n'est pas seul
Quand tous les alliés font la même chose en même temps
Champagne a raison de souligner que tous ses homologues du G7 cherchent à s’engager stratégiquement avec la Chine. L’Allemagne l’a fait. La France l’a fait. L’Italie l’a fait — au point de rejoindre puis quitter la Nouvelle route de la soie, dans un va-et-vient diplomatique qui illustre parfaitement l’ambivalence occidentale face à Pékin.
Mais cette ruée collective vers la Chine crée un problème que personne ne veut admettre : quand tout le monde veut la même chose, c’est le vendeur qui fixe le prix. Et le vendeur, ici, c’est Pékin. La Chine peut mettre en concurrence le Canada, l’Australie, le Brésil et l’Argentine pour ses importations de produits agricoles. Elle peut jouer la France contre l’Allemagne pour ses achats industriels. Elle peut promettre à chacun un « partenariat stratégique » tout en ne donnant à personne plus que ce qu’elle veut bien donner.
La leçon que le Canada devrait tirer de cette compétition
Si le Canada veut se démarquer dans cette course, il ne suffit pas d’envoyer des ministres à Pékin. Il faut offrir quelque chose que personne d’autre ne peut offrir. Et sur ce point, le Canada a des atouts réels : des ressources naturelles critiques pour la transition énergétique, une stabilité politique rare, un système éducatif de classe mondiale, et une diaspora chinoise de près de deux millions de personnes qui constitue un pont culturel irremplaçable.
La question est de savoir si Ottawa a la vision stratégique pour transformer ces atouts en levier de négociation. Ou s’il va simplement les brader au premier sourire diplomatique.
L'ombre des Deux Michael — le souvenir qui empoisonne tout
Michael Kovrig et Michael Spavor ne sont pas une note de bas de page
Toute analyse du rapprochement sino-canadien qui omet de mentionner Michael Kovrig et Michael Spavor est une analyse incomplète. Ces deux Canadiens ont passé plus de 1 000 jours dans des prisons chinoises, détenus de manière arbitraire en représailles directes à l’arrestation de Meng Wanzhou. C’était de la diplomatie des otages, et tout le monde le sait — même si Pékin ne l’admettra jamais.
Ce souvenir est encore brûlant pour beaucoup de Canadiens. Et il pose une question fondamentale : comment faire confiance à un partenaire commercial qui utilise vos citoyens comme monnaie d’échange ? La réponse officielle est qu’on peut séparer le commerce de la politique, les affaires des valeurs, le pragmatisme des principes. Mais cette séparation est-elle réellement possible ? Ou est-ce un conte que les gouvernements se racontent pour justifier des choix qu’ils savent moralement inconfortables ?
Le test de confiance que Champagne ne peut pas administrer
Et pourtant, le monde avance. Les affaires reprennent. Les ministres voyagent. Les accords se signent. La mémoire diplomatique est courte — c’est à la fois sa force et sa faiblesse. Sa force, parce qu’elle permet de reconstruire des ponts. Sa faiblesse, parce qu’elle permet de répéter les mêmes erreurs.
Que devrait réellement demander le Canada à Pékin ?
Au-delà du canola — une liste de demandes stratégiques
Si le voyage de Champagne doit produire des résultats concrets, voici ce que le Canada devrait mettre sur la table — et ce que Pékin n’a aucune envie d’entendre :
Un mécanisme de règlement des différends commercial qui empêche la Chine de weaponiser les tarifs à des fins politiques. Des garanties contraignantes sur l’accès au marché pour les produits agricoles canadiens, inscrits dans des accords multilatéraux et non dans des décrets révocables. Un cadre de coopération technologique qui protège la propriété intellectuelle canadienne — un sujet sur lequel la Chine a un bilan catastrophique. Et un engagement vérifiable sur la question du travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement.
La différence entre demander et obtenir
Rien de tout cela ne sera facile à obtenir. Pékin n’a aucun intérêt à accepter des mécanismes qui limitent sa flexibilité stratégique. Mais si le Canada ne demande pas, il n’obtiendra certainement pas. Et s’il se contente de communiqués de presse sur la « relation mutuellement bénéfique » sans résultats tangibles, ce voyage n’aura été qu’une opération de relations publiques — coûteuse pour le contribuable et profitable pour personne d’autre que les photographes de presse.
Le verdict — un pari nécessaire mais insuffisant
Ce qui est en jeu n’est pas un accord commercial
Champagne est à Pékin. La vraie question n’est pas ce qu’il y fait — c’est ce qui se passe après.
Le rapprochement sino-canadien est nécessaire. Dans un monde où les États-Unis traitent leurs alliés comme des vassaux, le Canada n’a pas d’autre choix que de diversifier ses partenariats. Mais la diversification sans stratégie de protection n’est pas de la diversification — c’est de la soumission avec des caractéristiques différentes.
Ce qui est en jeu n’est pas un accord sur le canola ou les véhicules électriques. Ce qui est en jeu, c’est la capacité du Canada à rester un acteur souverain dans un monde où les grandes puissances traitent les puissances moyennes comme des pions sur un échiquier qu’elles n’ont pas dessiné.
La phrase que Champagne devrait garder en tête
Il y a une phrase que Mark Carney a prononcée en janvier à Pékin, et qui résume tout : « C’est un partenariat qui reflète le monde tel qu’il est aujourd’hui, avec un engagement réaliste, respectueux et fondé sur les intérêts. »
C’est une bonne phrase. C’est une phrase de diplomate. Mais elle omet un mot essentiel : prudent. Le monde tel qu’il est aujourd’hui est un monde où les partenariats fondés uniquement sur les intérêts se brisent dès que les intérêts divergent. Et avec la Chine, les intérêts finissent toujours par diverger. La question n’est pas si. C’est quand.
Signé Jacques PJ Provost
Encadré de transparence
Méthodologie
Cet article est une analyse éditoriale rédigée à partir de sources publiques, notamment les reportages de CBC News sur la visite du ministre Champagne en Chine, les données commerciales de Statistique Canada, et les déclarations officielles du gouvernement canadien. L’auteur n’a aucun lien financier ou professionnel avec les gouvernements mentionnés.
Limites
Cet article reflète la situation au 1er avril 2026. Les négociations sino-canadiennes évoluent rapidement, et certains développements postérieurs à cette date pourraient modifier les perspectives présentées ici. L’accès limité aux détails des négociations bilatérales constitue une limitation inhérente à cette analyse.
Position éditoriale
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
CBC News — Canada’s finance minister aims to shore up support, investment in China — 1er avril 2026
CBC News — China’s ‘two sessions’ meetings and the latest five-year plan — 2026
Sources secondaires
CBC News — China-Canada business relations and retaliatory pork tariffs — 2026
CBC News — Eby to travel to China later this year in first visit by B.C. premier since 2018 — 2026
CBC News — China extends visa-free travel for Canadians — 2025
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.