L’Histoire aime mettre de l’ordre dans les choses a posteriori. Elle transforme des rencontres chaotiques en débuts bien ordonnés, comme si des mondes entiers s’étaient rencontrés, s’étaient compris, puis avaient évolué en ligne droite. Le véritable premier contact est rarement aussi lisse. Parfois, il commence par des échanges commerciaux, de la nourriture, une cérémonie ou quelques gestes prudents qui, d’une manière ou d’une autre, s’ancrent. D’autres fois, il s’effondre presque dès son arrivée, soit parce que la violence éclate immédiatement, soit parce que la rencontre ouvre la porte à quelque chose de bien pire. Les 10 premiers exemples montrent à quel point un premier contact peut être pacifique, du moins pendant un instant. Les 10 suivants montrent à quelle vitesse il peut tourner au désastre.
1. Lewis et Clark et les Nez-Percés
Lorsque l’expédition de Lewis et Clark atteignit le territoire des Nez-Percés en 1805, ses membres étaient en piteux état. Ils avaient faim, étaient épuisés et n’étaient pas en mesure d’imposer quoi que ce soit. Les Nez-Percés les aidèrent à survivre en leur offrant de la nourriture, des conseils et un soutien concret à un moment où les choses auraient pu prendre une tout autre tournure.
2. Tupaia, Cook et les Maoris
L’arrivée de James Cook en Nouvelle-Zélande ne s’est pas déroulée sans heurts partout, mais Tupaia a influencé le cours de certaines de ces premières rencontres. En tant que navigateur tahitien capable de communiquer dans les différentes langues polynésiennes apparentées, il a contribué à éviter une confusion totale et a ouvert la voie à de véritables échanges. C’est l’un de ces rares cas où la présence d’une seule personne a permis de rendre une rencontre moins dangereuse.
3. Les Pèlerins et les Wampanoag
On se souvient souvent de ces premiers contacts entre les colons de Plymouth et les Wampanoag comme d’une scène de théâtre scolaire, très lisse et idéalisée. En réalité, ces relations étaient stratégiques, prudentes et fondées davantage sur des besoins mutuels que sur la cordialité. Il n’en reste pas moins que ces premières rencontres ont donné lieu à de la diplomatie, à des négociations et à une paix viable, du moins pendant un certain temps.
4. Les premiers contacts des Français avec les Wendats
Les premiers contacts entre les Français et les Wendats se sont souvent établis par le biais du commerce et d’alliances plutôt que par des conflits directs. Cela ne rendait pas les choses simples, mais leur conférait une certaine structure. De nombreux premiers contacts se déroulent dans le calme lorsque les deux parties comprennent rapidement qu’elles ont tout à gagner à maintenir l’ordre.
5. Cartier et les Mi’kmaq
Lorsque Jacques Cartier a atteint certaines régions du Canada atlantique dans les années 1530, ses premières rencontres avec les Mi’kmaq ont été davantage marquées par le commerce que par la violence. On montrait des marchandises, on échangeait des gestes, et les deux parties s’efforçaient de deviner les intentions de l’autre malgré le peu de langage commun. Le critère de la « paix » peut sembler peu exigeant en histoire, mais cela le satisfait tout de même.
6. Les Pays-Bas et le Japon
Lorsque les Néerlandais ont établi des relations avec le Japon au XVIIe siècle, celles-ci ont été dès le départ prudentes et strictement commerciales. Il n’y avait pas vraiment de climat de confiance. Les deux parties s’attachaient avant tout à maintenir un commerce stable et maîtrisé.
7. Le rôle de Sacagawea dans les rencontres avec les Occidentaux
Sacagawea n’était pas seulement une guide accompagnant l’expédition de Lewis et Clark. Sa présence a également influencé la façon dont certains groupes percevaient l’expédition à son arrivée. Un groupe voyageant avec une femme et un enfant ne ressemblait pas vraiment à une troupe de pillards, et cela modifiait l’atmosphère d’une rencontre avant même que quiconque n’ait prononcé un mot.
8. La première rencontre entre Cortés et Moctezuma
Compte tenu de la tournure tragique que prend cette histoire, il peut sembler étrange de qualifier cette première rencontre de paisible. Pourtant, lorsque Hernán Cortés et Moctezuma II se sont rencontrés pour la première fois en 1519, l’atmosphère était solennelle, cérémonielle et, en apparence, calme. Il y eut des cadeaux, des gestes publics et ce genre de politesse mesurée que l’on adopte lorsque l’on sait que les enjeux sont colossaux.
9. George Vancouver et les chefs hawaïens
Les premiers contacts avec les Européens à Hawaï allaient causer de graves dommages, mais certaines rencontres entre les explorateurs britanniques et les dirigeants hawaïens se sont d’abord déroulées dans un esprit diplomatique et mesuré. Il y eut des cérémonies, des échanges et un réel effort pour établir des relations mutuellement bénéfiques. Les premiers contacts peuvent être sereins, même si l’histoire qui s’ensuit prend une tournure plus sombre.
10. Les Vikings en Amérique du Nord
Les sagas nordiques suggèrent que certaines des toutes premières rencontres entre les visiteurs nordiques et les peuples autochtones d’Amérique du Nord ont d’abord donné lieu à des échanges commerciaux avant que la violence ne s’ensuive. Ce schéma semble se répéter à travers les siècles. La curiosité marque la première rencontre, tandis que la méfiance caractérise souvent la suivante.
Certains premiers contacts ont tenu un certain temps. Les dix suivants se sont soit rapidement effondrés, soit ont entraîné un désastre dès le départ.
1. Christophe Colomb et les Taïnos
Les premières rencontres de Christophe Colomb dans les Caraïbes sont souvent édulcorées par le vocabulaire que l’on utilise encore aujourd’hui pour parler de « découverte ». Mais la catastrophe était là dès le début. Cette rencontre a débouché sur l’esclavage, le travail forcé, l’exploitation et un effondrement démographique qui a dévasté les communautés taïno.
2. Cook’s Landing à Gisborne
L’arrivée de Cook à Tūranganui-a-Kiwa en 1769 a mal tourné presque dès le début. Des Maoris ont été tués lors des premières rencontres, et toute chance d’une prise de contact plus prudente s’est évanouie sur-le-champ, sur le rivage. Par la suite, les relations se sont améliorées à certains endroits, mais les premiers contacts ont été violents et destructeurs.
3. Pizarro et Atahualpa
La rencontre entre Francisco Pizarro et le souverain inca Atahualpa à Cajamarca en 1532 est l’un des exemples les plus frappants de l’histoire où un premier contact s’est transformé en piège. Il y eut une invitation, une rencontre présentée comme une négociation, puis une embuscade. Des milliers de personnes périrent, et la capture d’Atahualpa changea d’un seul coup le cours de l’empire.
4. Les Espagnols et l'empire aztèque
La première rencontre entre Cortés et Moctezuma a peut-être semblé se dérouler dans le calme, mais le premier contact entre les Espagnols et le monde aztèque dans son ensemble s’est avéré catastrophique. Violences de masse, siège, effondrement politique et épidémies se sont succédé à un rythme effréné. Cela nous rappelle avec force qu’une scène d’ouverture sereine peut tout de même déboucher directement sur un désastre.
5. La Première Flotte et les Aborigènes d'Australie
Lorsque la Première Flotte arriva en 1788, les Britanniques agissaient comme si ce territoire leur appartenait et qu’ils avaient le droit de le revendiquer et de le définir à leur guise. Si certaines des premières rencontres se sont déroulées dans la prudence plutôt que dans un bain de sang immédiat, l’histoire globale de ces contacts a entraîné la dépossession, la violence, la propagation de maladies et des traumatismes durables. La catastrophe ne s’annonce pas toujours d’un seul coup. Parfois, elle s’installe comme un système.
6. Jamestown et la Confédération Powhatan
La colonie anglaise de Jamestown a rapidement suscité des tensions avec le monde powhatan qui l’entourait. Il y eut certes des moments d’échange, mais la méfiance, les pénuries alimentaires, les raids et le recours à la force militaire ont transformé cette relation en une crise récurrente. Personne dans cette histoire ne semble avoir eu la patience de tenir très longtemps.
7. Les colons britanniques et les Aborigènes de Tasmanie
Les premiers contacts entre les Britanniques et les Aborigènes de Tasmanie ont pris une tournure catastrophique à une vitesse effrayante. Les spoliations de terres, la violence, les enlèvements et les maladies ont dévasté les communautés et réduit leurs chances de survie. Certaines histoires de premiers contacts sont complexes. Celle-ci est avant tout brutale.
8. Magellan aux Philippines
L’arrivée de Ferdinand Magellan aux Philippines en 1521 a rapidement fait place à des conflits, après une phase initiale de contacts et de conclusion d’alliances. Il s’est retrouvé plongé dans un monde politique qu’il ne comprenait pas pleinement et s’est retrouvé pris au piège des rivalités locales. Cette mauvaise interprétation des lieux a pris fin à Mactan, où il a trouvé la mort.
9. Les Beothuks et les colons européens
Les contacts entre les Beothuks de Terre-Neuve et les pêcheurs et colons européens ont été limités, tendus et, en fin de compte, désastreux. La concurrence pour les ressources, la violence, les déplacements forcés et les maladies ont conduit les Beothuks à leur déclin. Ce qui rend cette histoire particulièrement sombre, c’est le fait qu’une véritable compréhension mutuelle n’ait pratiquement jamais eu la chance de s’instaurer.
10. Les Sentinelais et les étrangers
Les Sentinelais sont aujourd’hui connus pour leur refus de tout contact avec l’extérieur, et l’histoire leur donne toutes les raisons de continuer ainsi. Les tentatives d’approche de l’île Sentinel Nord se sont à maintes reprises soldées par des réactions hostiles, des blessures ou des morts. Vu de l’extérieur, cela peut sembler extrême. De leur point de vue, cela relève plutôt de la survie.