« On les affame, littéralement » — citation exacte, source Newsmax, 22 avril 2026
Il faut lire cette phrase dans son contexte pour en mesurer le poids. Marshall ne décrit pas une conséquence regrettable du blocus américain sur l’Iran. Il s’en vante. « Nous avons aussi cet embargo qui fonctionne, le blocus, et on les affame littéralement, financièrement et physiquement — ils ne peuvent pas se nourrir très longtemps. » Ce n’est pas un aveu arraché. C’est une déclaration volontaire, sur un plateau de télévision, avec le sourire caractéristique de l’homme qui annonce une bonne nouvelle.
L’utilisation délibérée de la famine comme arme de guerre est prohibée par l’article 54 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève. Ce n’est pas une zone grise juridique. Ce n’est pas un débat d’experts. C’est un crime de guerre défini, codifié, condamné par le droit international humanitaire depuis 1977. Et le sénateur Marshall vient de le revendiquer publiquement, en direct, avec la sérénité d’un homme qui n’a jamais eu à regarder un enfant affamé dans les yeux.
L’ONU a averti en mars 2026 que 45 millions de personnes supplémentaires risquaient de basculer dans la faim aiguë si le conflit et la fermeture du détroit d’Ormuz se poursuivaient jusqu’en juin. 45 millions. Marshall appelle ça « travailler ». Moi j’appelle ça autrement.
319 millions de personnes, et le détroit qui ne s’ouvre plus
Le Programme alimentaire mondial documentait déjà 319 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë dans le monde avant le conflit Iran-États-Unis. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% du pétrole mondial et une part significative des céréales vers le Moyen-Orient, est fermé depuis des semaines. L’Iran avait accepté de le rouvrir dans le cadre du cessez-le-feu temporaire. Mais les frappes israéliennes au Liban et le blocus américain des ports iraniens — que Téhéran considère comme des violations du cessez-le-feu — ont verrouillé à nouveau le passage.
Pendant ce temps, au Kansas, le sénateur Marshall compte les points. Le blocus « fonctionne ». Les gens « ne peuvent pas se nourrir très longtemps ». C’est la victoire qu’il annonce. Des ventres vides comme indicateurs de performance stratégique. Des enfants qui maigrissent comme preuve que la pression monte. Il n’y a pas de mot pour décrire ce niveau de dissociation morale — sauf peut-être : normalisation.
La trajectoire : ce n'est pas un accident, c'est une escalade documentée
Mai 2025 : Randy Fine veut « nuker Gaza » — et obtient un poste clé
Ce n’est pas la première fois. En mai 2025, le représentant républicain Randy Fine, de Floride, déclarait publiquement : « Nous avons nucléarisé les Japonais deux fois pour obtenir une reddition inconditionnelle. Il doit en être de même ici. » Fine parlait de Gaza. De 2,3 millions de personnes enfermées dans une bande de terre de 360 kilomètres carrés. Le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) a condamné ces déclarations. L’administration républicaine a répondu en accordant à Fine un siège à la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants.
Voilà la réponse institutionnelle à un appel au génocide nucléaire : une promotion. Pas une audition disciplinaire. Pas un communiqué de désaveu. Pas même un silence gêné. Une promotion. Fine parle de nukes, Fine obtient les affaires étrangères. Marshall parle de Truman, Marshall reste sénateur avec son crédit intact. La mécanique est limpide : dans le Parti républicain de 2025-2026, l’escalade rhétorique vers la bombe atomique n’est pas une ligne rouge. C’est une rampe de lancement.
En mars 2024, le représentant Tim Walberg (Michigan) avait dit que Gaza devrait être attaquée « comme Nagasaki et Hiroshima ». Trois élus. Trois références aux bombes atomiques. Trois fois : aucune conséquence. À quel moment une série de trois devient-elle une politique ?
Mars 2024 : Walberg, Nagasaki, et le silence des leaders républicains
Tim Walberg, représentant républicain du Michigan, déclarait en mars 2024 devant des électeurs que Gaza devrait être traitée « comme Nagasaki et Hiroshima ». La citation a été rapportée par le New York Times. La direction républicaine n’a pas condamné. Kevin McCarthy n’a rien dit. Mike Johnson n’a rien dit. Donald Trump n’a rien dit. Walberg est toujours représentant. Il siège toujours. Il vote toujours.
Trois élus. Trois références explicites à l’usage de l’arme atomique contre des populations civiles — japonaises en 1945, palestiniennes, iraniennes en 2026. Zéro mesure disciplinaire. Zéro exclusion. Zéro rupture. Ce n’est plus du dérapage. C’est une culture. Et une culture, ça se défend ou ça se laisse s’étendre. Il n’y a pas de troisième option.
Ce que Trump a dit mardi — et ce que disent les juristes
« Faire exploser le reste de leur pays » : les mots du président, 21 avril 2026
La veille de l’interview de Marshall, Donald Trump menaçait publiquement de « faire exploser le reste de leur pays » si les négociations sur le cessez-le-feu échouaient. Il avait aussi menacé de viser les centrales électriques iraniennes. Des experts juridiques de l’organisation Amnesty International ont déclaré le lendemain que ces menaces constituaient des menaces de crimes de guerre au sens du droit international humanitaire — les infrastructures civiles comme les réseaux électriques bénéficient d’une protection spéciale sous la Convention de Genève.
Ce n’est pas un tweet effacé. Ce n’est pas une déclaration sortie de son contexte. C’est le président des États-Unis qui annonce publiquement envisager de détruire des infrastructures civiles d’un État souverain si les négociations n’aboutissent pas à sa satisfaction. Deux jours plus tard, son sénateur allié évoque Truman et la bombe. L’écosystème rhétorique est complet : le président donne la direction, les élus ajoutent les munitions.
Je ne suis pas juriste. Mais je sais lire. Et ce que je lis depuis quarante-huit heures ressemble moins à de la politique étrangère qu’à un processus de désensibilisation collective à l’idée d’un massacre de masse.
52 sénateurs contre un frein — le vote du 15 avril 2026
Le 15 avril 2026, le Sénat américain a voté sur une résolution visant à limiter les pouvoirs de guerre de Trump concernant l’Iran. 52 sénateurs républicains ont voté contre. Cinquante-deux élus ont choisi de laisser les mains libres à un président qui menaçait de « faire exploser un pays ». Parmi eux : Roger Marshall, sénateur du Kansas, qui parlait quelques jours plus tard de Truman et de la bombe sur Newsmax.
Ces 52 votes sont des noms. Ces noms ont des adresses. Ces adresses reçoivent des bulletins de vote tous les six ans. Ce n’est pas une abstraction démocratique — c’est une chaîne causale directe entre un isoloir au Kansas et une décision qui pourrait tuer des millions de personnes à Téhéran. Et pourtant, le vote a eu lieu dans un relatif silence médiatique. Et pourtant, la plupart de ces sénateurs n’ont subi aucune pression populaire significative. Et pourtant, ça continue.
L'Iran en 2026 : ce que le blocus fait aux gens ordinaires
Morteza, 43 ans, pharmacien à Ispahan — ce qu’il ne peut plus commander
Depuis le renforcement du blocus américain en janvier 2026, les médicaments importés ont quasiment disparu des pharmacies iraniennes de province. Morteza Ahmadi, 43 ans, pharmacien dans le quartier Jolfa d’Ispahan, a déclaré à l’agence Reuters le 3 mars 2026 qu’il ne peut plus commander d’insuline analogique pour ses patients diabétiques. La production locale ne couvre que 40% des besoins. Le reste vient de Suisse, d’Allemagne, de France — des pays dont les entreprises ne veulent plus risquer les sanctions américaines secondaires.
Ce n’est pas une statistique. C’est un diabétique de type 1 à Ispahan qui doit rationner son insuline parce qu’un sénateur du Kansas trouve que le blocus « fonctionne ». C’est une femme âgée sous chimiothérapie qui apprend que son prochain cycle sera compromis. C’est l’odeur âcre des salles d’attente bondées où les médecins expliquent, pour la troisième fois de la semaine, qu’ils ne peuvent plus prescrire ce qui était standard il y a six mois. La faim que célèbre Marshall a un visage. Elle en a des millions.
Marshall a dit « on les affame ». Morteza Ahmadi, lui, doit expliquer à ses patients pourquoi l’insuline manque. Ces deux réalités coexistent au même moment, sur la même planète. L’une est prononcée dans un studio climatisé de Washington. L’autre se vit dans une pharmacie d’Ispahan. Je préfère nommer les deux.
45 millions de personnes supplémentaires : le chiffre que Marshall n’a pas prononcé
L’ONU l’a documenté en mars 2026 : si le conflit et la fermeture du détroit d’Ormuz persistent jusqu’en juin, 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la faim aiguë à cause de la hausse des prix des denrées alimentaires. Ce nombre s’ajoute aux 319 millions déjà en situation d’insécurité alimentaire aiguë dans le monde. Ces personnes ne vivent pas en Iran. Elles vivent en Égypte, au Yémen, en Somalie, au Bangladesh, dans des dizaines de pays qui dépendent du commerce qui transitait par Ormuz.
Le blocus américain ne punit pas seulement l’Iran. Il punit la planète. La décision de Roger Marshall d’appeler ça une stratégie « qui fonctionne » révèle soit une ignorance abyssale de la géographie économique mondiale, soit — et c’est pire — une parfaite indifférence aux conséquences. Quarante-cinq millions d’humains supplémentaires sous-alimentés n’est pas un dommage collatéral acceptable. C’est un crime annoncé, documenté, quantifié. Et célébré sur Newsmax.
Le précédent Truman : ce que Marshall a omis de dire
Hiroshima, 6 août 1945 : les faits que la métaphore efface
Quand Roger Marshall invoque « la décision de Truman », il convoque une image. Il ne convoque pas les faits. Les faits : le 6 août 1945 à 8h15, la bombe Little Boy a explosé à 580 mètres au-dessus d’Hiroshima. En quelques secondes, 70 000 personnes sont mortes. Parmi elles : des enfants qui allaient à l’école. Des femmes qui ouvraient leurs volets. Des vieillards qui faisaient bouillir de l’eau. D’ici la fin de l’année, les effets des radiations porteraient le bilan à 140 000 morts. Nagasaki, trois jours plus tard : 80 000 morts supplémentaires.
Les historiens débattent encore de la nécessité militaire réelle de ces bombardements. Ce n’est pas l’objet ici. L’objet, c’est que Marshall a utilisé cette décision comme illustration d’une option politique normale, applicable à l’Iran de 2026. L’Iran compte 90 millions d’habitants. Téhéran seule en compte 9 millions. Une bombe nucléaire tactique de 50 kilotonnes larguée sur le complexe nucléaire de Natanz — à 250 kilomètres de Téhéran — contaminerait les nappes phréatiques d’une région de 5 millions d’habitants pendant des décennies. Marshall dit « tout prendre en considération ». Il ne précise pas quoi.
La métaphore de Truman n’est pas innocente. Elle est choisie. Elle normalise. Elle dit : d’autres présidents ont dû faire des choix difficiles, ce n’est pas de la folie, c’est de la responsabilité. Mais Truman a tué 200 000 civils. Si c’est le modèle, il faut le dire clairement. Marshall ne le dit pas clairement. C’est précisément le problème.
Les armes nucléaires modernes ne ressemblent pas à 1945
En 1945, Little Boy faisait 15 kilotonnes. L’arsenal américain actuel comprend des armes allant de 0,3 kilotonne (B61-3) à 1,2 mégatonne (B83). La plus petite bombe nucléaire « tactique » de l’arsenal américain contemporain a une puissance vingt fois supérieure à Little Boy. La bombe B61-12, déployée en Europe depuis 2023, peut être réglée entre 0,3 et 50 kilotonnes. Même au réglage minimal, larguée sur un site nucléaire iranien souterrain comme Fordow — construit dans une montagne à 90 mètres de profondeur, à 30 kilomètres de Qom, ville de 1,5 million d’habitants — les retombées radioactives atteindraient Téhéran en 72 heures selon les modélisations du Physicians for Social Responsibility.
Ce sont des données publiques. Marshall les connaît ou devrait les connaître — il siège à la Commission des forces armées du Sénat. Il a prononcé ses propos en pleine conscience de ce qu’il évoquait, ou en pleine ignorance de ce à quoi il siège. Dans les deux cas, il n’est pas qualifié pour cette conversation. Dans les deux cas, personne dans son parti n’a exigé qu’il clarifie.
Pourquoi personne dans le camp républicain ne dit « non »
La mécanique de la surenchère : qui monte, qui se tait
Il existe une dynamique politique précise qui explique pourquoi les déclarations de Marshall, Fine et Walberg ne déclenchent pas de révolte interne au Parti républicain. Les primaires républicaines récompensent la radicalité. Un élu qui condamne un collègue pour avoir évoqué la bombe nucléaire risque d’être perçu comme « trop mou sur la sécurité nationale ». Un élu qui se tait — ou qui approuve — consolide sa base. La mécanique est documentée depuis au moins 2015 : dans un système de primaires ouvertes avec une base électorale polarisée, l’escalade est rationnelle individuellement, catastrophique collectivement.
Et pourtant, ce n’est pas une fatalité. Des républicains ont dit « non » par le passé. John McCain a refusé de laisser une femme âgée appeler Obama « un Arabe » lors d’un meeting en 2008. Mitt Romney a voté pour la condamnation de Trump lors du premier procès en destitution. Ces moments existent. Ils sont rares parce que le coût politique est réel. Mais ils prouvent que le choix existe. Marshall a choisi. Fine a choisi. Walberg a choisi. Ce ne sont pas des victimes du système — ce sont des acteurs qui l’alimentent.
On me dira : ce sont des rhétoriques. Des postures. Personne ne va vraiment appuyer sur le bouton. Peut-être. Mais les génocides ne commencent pas avec le bouton. Ils commencent avec la normalisation du langage qui rend le bouton pensable.
Le silence des alliés européens : une complicité par omission
Depuis les déclarations de Trump sur les centrales électriques iraniennes, depuis les 52 votes sénatoraux contre un frein aux pouvoirs de guerre, depuis l’interview de Marshall — les gouvernements français, allemand et britannique n’ont émis aucune condamnation publique formelle. Pas de rappel d’ambassadeur. Pas de communiqué conjoint E3. Pas de convocation de l’ambassadeur américain. Un silence diplomatique qui ressemble, de l’extérieur, à de l’acquiescement.
L’Europe a des intérêts directs dans ce dossier. Les contrats commerciaux avec l’Iran valent des milliards. Les 45 millions de personnes menacées par la faim incluent des populations dans des pays où l’Europe finance des programmes humanitaires. Et surtout : si les États-Unis franchissent le seuil nucléaire — même rhétoriquement — sans que leurs alliés aient dit un mot, l’Europe aura perdu quelque chose d’irremplaçable dans son rapport à sa propre crédibilité morale. On ne récupère pas facilement ça.
Ce que nous faisons, nous, en lisant sans réagir
Le scroll et la complicité ordinaire du temps de paix
Vous lisez ceci sur un écran. Peut-être dans le métro. Peut-être en mangeant. Quand vous aurez fini, vous fermerez l’onglet et passerez à autre chose. C’est normal — c’est ce que fait la plupart d’entre nous, la plupart du temps. Moi y compris, souvent. Le problème n’est pas psychologique. Le problème est structurel : nous vivons dans des démocraties où les décisions de guerre sont prises par des élus qui dépendent de nos votes, de notre attention, de notre indignation organisée — et nous avons collectivement décidé que l’indignation en ligne suffisait.
Elle ne suffit pas. Les 52 sénateurs qui ont refusé de brider Trump ont des permanences. Ont des numéros de téléphone. Ont des comptes de campagne qui dépendent de donateurs. Ont des adversaires potentiels dans leurs États qui attendent des financements. Le monde dans lequel un sénateur peut appeler à envisager la bombe nucléaire sur un pays de 90 millions d’habitants et rentrer chez lui manger son dîner sans conséquence est un monde que nous avons construit par notre passivité. Pas par malveillance. Par fatigue. Par distance. Par le confort de croire que quelqu’un d’autre s’en occupe.
Je ne vous accuse pas. Je me suis assis devant cette transcription en pensant : quelqu’un va réagir fort. Quelqu’un dans le Sénat américain va se lever et dire non. J’ai attendu. Vingt-quatre heures. Quarante-huit heures. Rien de significatif. Alors j’écris ça. Parce que le silence a un coût.
La différence entre condamner et agir
Des organisations de droits humains ont condamné. Le CAIR a publié un communiqué. Amnesty International a cité des juristes. Des comptes sur les réseaux sociaux ont relayé. Et pourtant Marshall est toujours sénateur. Et pourtant Fine est toujours à la Commission des affaires étrangères. Et pourtant les 52 votes contre un frein aux pouvoirs de guerre sont toujours au dossier, sans conséquence électorale visible. La condamnation sans traction politique est un rituel de conscience propre. Elle ne change rien.
Agir, dans ce contexte précis, ce n’est pas forcément manifester devant le Capitole — bien que ce ne soit pas sans effet. Agir, c’est refuser de laisser cette séquence — Marshall, Fine, Walberg, les 52 votes — disparaître dans le flux de l’actualité. C’est l’ancrer. C’est le rappeler en septembre 2026, en novembre 2026, le jour des élections de mi-mandat. C’est faire en sorte que « il a évoqué Truman et la bombe » soit une phrase qui colle à un nom pour les quatre prochaines années.
Ce que l'histoire retient des silences de ce type
Les mots qui précèdent les catastrophes : une constante documentée
Les historiens du génocide — Gregory Stanton, Raul Hilberg, Samantha Power — ont tous documenté la même séquence : avant les actes, il y a les mots. Pas toujours les mots explicites. Souvent les mots euphémisés, métaphorisés, normalisés. « Solution finale » ne s’est pas imposée du jour au lendemain — elle a été précédée d’années de déshumanisation progressive, de rhétorique d’infestation, de « solutions » moins finales discutées publiquement et tolérées. La tolérance des mots précède toujours la tolérance des actes.
Je ne dis pas que les États-Unis vont nucléariser l’Iran demain. Je dis que trois élus républicains ont cité Hiroshima et Nagasaki en référence positive dans les dix-huit derniers mois. Je dis que chaque fois, il ne s’est rien passé. Je dis que dans les archives que nos descendants liront, ces moments seront soit des signaux ignorés, soit les preuves que quelqu’un a dit stop. Nous choisissons encore dans quelle colonne nous figurerons.
Power a écrit : « Le problème n’est pas le manque d’information. C’est le manque de volonté politique de traiter l’information disponible. » Elle parlait des génocides passés. La phrase fonctionne pour aujourd’hui aussi.
Ce que Truman a réellement ressenti — ce que Marshall n’a pas cité
Harry Truman, dans ses journaux personnels, a écrit le 25 juillet 1945, dix jours avant Hiroshima : « Nous allons l’utiliser contre le Japon avant le 10 août… La cible sera purement militaire. » Hiroshima n’était pas purement militaire. 140 000 civils sont morts. Dans ses mémoires publiées en 1955, Truman a maintenu que la décision avait sauvé plus de vies qu’elle n’en avait coûté. Des historiens comme Gar Alperovitz ont contesté cette justification depuis cinquante ans.
Ce que Marshall n’a pas cité : Truman a interdit tout usage supplémentaire de l’arme atomique sans son autorisation expresse personnelle, dès août 1945. Il a refusé d’autoriser son usage en Corée en 1950. Il a limogé MacArthur en partie à cause de ses demandes répétées d’autorisation nucléaire. L’homme que Marshall invoque comme modèle était, lui-même, convaincu qu’on ne pouvait pas utiliser cette arme deux fois. L’ironie est complète. Et cruelle.
Conclusion : la bombe n'est pas une métaphore
Ce qui se passe si personne ne dit « non » à voix haute
Il existe un scénario dans lequel les déclarations de Marshall restent ce qu’elles semblent être : de la rhétorique électorale pour une base qui veut entendre de la dureté. Dans ce scénario, rien ne se passe. Les négociations aboutissent. Le cessez-le-feu tient. Marshall est réélu en 2028 sans que personne ne lui pose la question. Ce scénario est possible. Mais il n’est pas garanti.
Il existe un autre scénario. Dans celui-là, les négociations échouent en juin 2026 comme elles ont failli échouer trois fois depuis janvier. Trump, dont l’impulsivité est documentée par ses propres collaborateurs dans six livres de mémoires distincts, cherche une option militaire capable de « finir le travail » avant les élections de mi-mandat. Ses conseillers lui présentent les options. Les sénateurs de son camp ont déjà normalisé la référence à Truman. Il n’a plus à franchir un tabou — le tabou a été effacé par Marshall, par Fine, par Walberg, par cinquante-deux votes de déférence. Dans ce scénario, les mots ont préparé le terrain.
Je ne sais pas lequel de ces deux scénarios se produira. Personne ne le sait. Ce que je sais, c’est que nous avons encore le choix de décider lequel est possible. Et que cette fenêtre se referme.
Dar, 7 ans, Téhéran-Sud — ce pour quoi on écrit
Dar Hosseini a 7 ans. Elle vit dans le quartier Shahre Rey, au sud de Téhéran. Sa mère, Nasrin, 34 ans, travaille comme couturière à domicile. Depuis le blocus, le fil synthétique qu’elle commandait d’Allemagne est indisponible. Elle utilise du fil local, moins résistant, à moitié prix. Elle gagne environ 40% de moins qu’avant janvier 2026. Dar mange encore. Dar va encore à l’école. Dar dessine des chevaux, selon ce que sa mère a confié à une correspondante de l’agence Reuters le 7 avril 2026.
Roger Marshall ne connaît pas Dar. Il ne connaît pas Nasrin. Il n’a probablement jamais mis les pieds dans le quartier Shahre Rey. Il a dit « on les affame » sans jamais avoir regardé un visage en face. C’est précisément ce qui rend le langage de la bombe possible : l’abstraction. Les 90 millions d’habitants de l’Iran ne sont pas, dans ce discours, des Dar qui dessinent des chevaux et des Nasrin qui cousent avec du fil moins résistant. Ce sont « eux ». « L’Iran ». Une entité. Une menace. Une cible.
Sources
Sources principales citées dans cet article
Déclaration de Roger Marshall sur Newsmax : Interview diffusée le 22 avril 2026, YouTube/Newsmax officiel
Article source Truthout : « GOP Senator Suggests Trump Should ‘Finish’ Iran With Nuclear Bomb », Truthout, 22 avril 2026
Vote sénatorial sur les pouvoirs de guerre : « 52 Senators Vote Against Reining In Trump’s War on Iran », Truthout, avril 2026
Menaces de Trump sur les centrales iraniennes : Amnesty International, mars 2026 — menaces de crimes de guerre
Avertissement ONU sur la faim : Al Jazeera / ONU, mars 2026 — 45 millions supplémentaires à risque
Déclarations Randy Fine sur Gaza : CAIR, condamnation des déclarations de Fine, mai 2025
Déclarations Tim Walberg sur Nagasaki/Hiroshima : New York Times, 31 mars 2024
Rhétorique génocidaire de Trump sur l’Iran : Truthout, analyse des menaces de Trump, 2026
Déclaration du ministre iranien des Affaires étrangères sur le cessez-le-feu : Abbas Araghchi, compte officiel X, avril 2026
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.