L’exil est censé marquer la fin de l’histoire. Un souverain quitte le palais, la capitale poursuit son chemin, et les portraits sont décrochés ou tournés vers le mur. Mais l’histoire a la fâcheuse habitude de laisser la porte ouverte. Parfois, le retour est gracieux, parfois il est opportun, et parfois, on a l’impression de voir un pays se réconcilier après une longue dispute. Voici 10 souverains qui sont revenus d’exil et 10 qui auraient sans doute mieux fait de ne pas revenir.
1. Charles II d'Angleterre
Charles II a passé plusieurs années à l’étranger après l’exécution de son père et l’effondrement de la monarchie. À son retour en 1660, l’Angleterre était lasse des expériences, des sermons et du régime militaire. Sa restauration n’a pas tout réglé, mais elle a apporté un sentiment de soulagement au pays, et Charles avait suffisamment de charme pour redonner à la couronne une dimension humaine.
2. Henri VII d'Angleterre
Henry Tudor revint d’exil avec un titre de succession peu solide, un instinct politique aigu et juste assez de soutien pour tout miser à Bosworth. Il vainquit Richard III et transforma une victoire fragile en une dynastie. Son règne n’avait rien de fastueux, mais il fut stable, et après la Guerre des Deux-Roses, la stabilité comptait pour beaucoup.
3. Haile Selassie d'Éthiopie
Haile Selassie a fui l’Éthiopie après l’invasion italienne, mais il n’a pas disparu de la scène internationale. Son retour en 1941 revêtait une véritable portée symbolique, non seulement pour l’Éthiopie, mais aussi pour la résistance anticoloniale en général. Quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir sur la suite de son règne, ce retour avait la force d’un pays refusant d’être effacé.
4. Mohammed V du Maroc
Les Français ont contraint le sultan Mohammed V à l’exil, mais cette décision n’a fait que renforcer son importance aux yeux des nationalistes marocains. Lorsqu’il est revenu en 1955, il n’était plus seulement un monarque. Il était devenu un symbole de l’indépendance, et sa présence a contribué à donner à la transition marocaine un pôle national clairement défini.
5. Louis XVIII de France
Après la chute de Napoléon, Louis XVIII revint avec la lourde tâche de faire fonctionner la monarchie dans un pays qui avait déjà exécuté un roi et couronné un empereur. Il n’était pas un personnage charismatique, ce qui faisait peut-être partie du plan. La France avait besoin de quelqu’un d’assez prudent pour comprendre que l’ancien monde ne pouvait pas être simplement rétabli tel qu’il était.
6. Norodom Sihanouk du Cambodge
Il était pratiquement impossible de résumer clairement la carrière politique de Norodom Sihanouk, ce qui en dit long sur le XXe siècle au Cambodge. Il a perdu le pouvoir, a vécu à l’étranger, est revenu au pays et a fini par redevenir roi dans les années 1990. Son parcours est complexe, mais son retour a permis à de nombreux Cambodgiens de retrouver une figure familière après des années de traumatismes et de bouleversements.
7. Constantin II de Grèce
Constantin II ne reprit jamais le pouvoir, mais ses retours ultérieurs en Grèce eurent une importance plus discrète. Après des années passées à l’étranger suite à l’effondrement de la monarchie, sa présence ne visait plus tant à rétablir l’ancien régime qu’à accepter que l’histoire avait tourné la page. Tous les retours ne mènent pas forcément au trône ; parfois, ils ne font que panser une longue blessure collective.
8. Siméon II de Bulgarie
Siméon II a quitté la Bulgarie alors qu’il n’était encore qu’un enfant roi et y est revenu des décennies plus tard, devenu un homme mûr engagé dans la vie politique démocratique. Son retour fut singulier, rare et d’une modernité inhabituelle : un ancien monarque accédant au poste de Premier ministre à l’issue d’élections. Cela n’a pas rétabli l’ancienne couronne, mais cela a montré que l’exil ne cantonne pas toujours une personne au rôle qu’elle occupait autrefois.
9. Juan Carlos Ier d'Espagne
Juan Carlos a passé une grande partie de sa jeunesse hors d’Espagne, alors que Franco contrôlait l’avenir du pays. Lorsqu’il est finalement devenu roi, il a surpris beaucoup de monde en contribuant à mener l’Espagne vers la démocratie, au lieu de prolonger la dictature par des moyens plus modérés. Sa réputation s’est ensuite complexifiée, mais son retour au cœur de la vie nationale a joué un rôle important.
10. Alphonse V de Portugal
Le retour d’Afonso V après une période de retrait politique et d’éloignement volontaire n’a pas été le retour le plus glorieux de l’histoire royale. Il a néanmoins montré comment fonctionnait souvent le pouvoir au Moyen Âge : l’absence pouvait affaiblir un souverain, mais elle ne signifiait pas toujours sa fin. Dans son cas, la couronne avait encore suffisamment de poids pour le ramener dans la vie qu’il avait tenté de quitter.
Mais tous les retours ne méritent pas d’être salués. Voici 10 personnages qui auraient mieux fait de rester dans l’ombre.
1. Napoléon Bonaparte
Le retour de Napoléon d’Elbe fut marqué par le drame, la précipitation et une sorte de terrible éclat. Il a également conduit tout droit aux Cent-Jours, à Waterloo et à une nouvelle vague de morts pour des gens qui avaient déjà suffisamment souffert de la guerre. En tant que retour, ce fut inoubliable, mais inoubliable ne signifie pas pour autant judicieux.
2. Ferdinand VII d'Espagne
Ferdinand VII revint en Espagne, accueilli avec soulagement par le peuple et bénéficiant d’une réelle volonté de compromis de la part du pays. Au lieu de cela, il réduisit à néant les acquis constitutionnels obtenus en son absence, rétablit le régime absolutiste et s’en prit aux libéraux qui espéraient qu’il serait un roi plutôt qu’un bourreau. Son retour ne ressemblait pas tant à une restauration qu’à une vengeance déguisée en cérémonie royale.
3. L'ayatollah Khomeini d'Iran
Khomeini est revenu d’exil en 1979, accueilli par une foule immense et suscitant d’énormes attentes. De nombreux Iraniens aspiraient à se libérer du Shah, mais ce qui s’ensuivit fut un nouveau régime avec ses propres restrictions sévères, ses purges et ses contrôles. Son retour a bouleversé la région, mais pour beaucoup, il n’a fait que remplacer une forme de peur par une autre.
4. Vladimir Lénine
Lénine revint en Russie en 1917, au moment même où le pays était épuisé, en colère et largement réceptif aux promesses radicales. Il apporta une vision claire, de la discipline et une certitude sans concession qui ne laissait guère de place au compromis ou à une reconstruction progressive. L’ancien régime était déjà en train de s’effondrer, mais son retour contribua à pousser la Russie vers une révolution qui devint rapidement bien plus impitoyable que ne l’avaient imaginé bon nombre de ses premiers partisans.
5. Juan Perón
Le retour de Juan Perón en Argentine a été perçu par ses partisans comme la pièce manquante d’un puzzle national. Mais à ce moment-là, le mouvement qui l’entourait s’était déjà divisé en factions prêtes à s’affronter. Son retour n’a pas apaisé le pays ; il a mis en évidence toute la colère qui couvait sous la surface.
6. Lucius Cornelius Sulla
Le retour de Sylla à Rome n’était pas tant un retour aux sources qu’un avertissement armé. Il revint, s’empara du pouvoir et recourut aux proscriptions pour éliminer ses ennemis avec une efficacité redoutable. Rome avait déjà connu la violence, mais Sylla contribua à faire de la vengeance politique un véritable instrument du pouvoir.
7. Manuel II du Portugal
Manuel II a passé son exil en espérant, du moins par moments, que la monarchie puisse revenir au Portugal. Le problème n’était pas qu’il fût particulièrement mauvais ; c’était que l’ancien système avait déjà perdu toute légitimité. Certaines causes perdent de leur noblesse à mesure qu’elles refusent d’admettre qu’elles sont révolues.
8. Jacques II d'Angleterre
Jacques II s’est enfui après la Révolution glorieuse, puis a tenté de reconquérir son trône avec l’aide de puissances étrangères et le soutien des Irlandais. Sa tentative de retour semblait logique de son point de vue, mais elle a exacerbé le conflit au lieu de l’apaiser. Un souverain qui a déjà perdu la confiance du peuple parvient rarement à la regagner en débarquant avec une armée.
9. Zog I d'Albanie
Le roi Zog a passé des années à tenter d’organiser son retour après avoir quitté l’Albanie lors de l’invasion italienne. Il n’était pas difficile de comprendre pourquoi il souhaitait revenir : l’exil a parfois le don de faire paraître la reconquête d’un trône perdu plus réalisable qu’elle ne l’est en réalité. Mais l’Albanie avait traversé l’occupation, la guerre et un nouvel ordre politique, et le pays qu’il espérait reconquérir ne l’attendait plus.
10. Farouk d'Égypte
Farouk n’est jamais revenu au pouvoir après son exil, et c’était sans doute mieux ainsi. Au moment où il quitta l’Égypte, son règne était devenu synonyme d’excès, de corruption et d’une sorte de détachement royal qui semblait insultant dans un pays soumis à de réelles tensions.