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De la Tchétchénie à Marioupol, une trajectoire continue

Il faut le dire clairement. Moscou ne teste pas l’OTAN depuis 2022. Moscou teste l’OTAN depuis la fin des années 1990. La seconde guerre de Tchétchénie en 1999 a inauguré la méthode : violence maximale, mépris du droit humanitaire, mensonges officiels, et aucune sanction occidentale digne de ce nom. Vladimir Poutine en a tiré une leçon claire. Les capitales européennes parleraient, condamneraient, puis reprendraient les affaires. Cette leçon, il l’a appliquée méthodiquement. Géorgie 2008. Crimée 2014. Donbass 2014. Syrie 2015. Ukraine 2022. Chaque étape a été un test. Chaque test a confirmé que le coût politique resterait gérable. Chaque silence a nourri l’audace suivante.

Les analystes sérieux le répètent depuis des années, et leurs avertissements dorment dans des rapports que personne ne lit en conseil des ministres. La doctrine Gerasimov, formalisée en 2013, expliquait déjà comment combiner guerre hybride, cyber-attaques, désinformation, pression migratoire et opérations militaires limitées. Les coupures de câbles sous-marins en mer Baltique, les ingérences électorales en France, en Allemagne, aux États-Unis, les empoisonnements sur sol britannique, les drones qui traversent désormais les frontières lettonnes et roumaines : tout cela compose un même tableau. Ce n’est pas une succession d’incidents. C’est une stratégie. Une stratégie patiente, cohérente, et redoutablement efficace tant que l’autre camp refuse de la reconnaître pour ce qu’elle est.

L’Ukraine comme champ d’expérimentation, pas comme aboutissement

Ceux qui imaginent que la guerre en Ukraine est l’objectif final de Moscou se trompent de cadre. L’Ukraine est un laboratoire. Un laboratoire grandeur nature où l’armée russe teste ses drones Shahed, ses missiles hypersoniques, ses tactiques d’infanterie, ses brouilleurs électroniques, ses opérations de saturation. Elle apprend. Elle s’adapte. Elle se reconstitue plus vite que ce que les services occidentaux avaient anticipé. L’industrie de défense russe tourne désormais en trois-huit, financée par un budget militaire qui dépasse 7 % du PIB selon les estimations du SIPRI. Ce n’est pas l’économie d’un pays qui prépare la paix. C’est l’économie d’un pays qui prépare une suite.

L’ancien président estonien Kersti Kaljulaid, citée dans la même séquence diplomatique, a employé une formule que j’aimerais voir affichée dans chaque ministère européen. L’Ukraine, a-t-elle dit, est devenue une puissance militaire dotée d’immenses capacités de production qu’il ne faut surtout pas laisser tomber entre les mains russes. Voilà l’enjeu réel. Si Kyiv s’effondre, ce n’est pas seulement un pays qui tombe. Ce sont des chaînes de production de drones, des savoir-faire en guerre électronique, des unités aguerries au combat de haute intensité qui changent de camp. La carte stratégique du continent bascule alors d’un seul coup. Et l’OTAN, qui hésite aujourd’hui sur quelques milliards, devra demain trouver des centaines de milliards pour réparer ce qu’elle aura laissé filer.

Je pense souvent à cette image. Un voisin qui frappe à la porte depuis vingt-cinq ans, qui essaie chaque fenêtre, qui pousse chaque verrou, et nous qui continuons à débattre du prix de l’alarme. Il y a quelque chose de presque insupportable dans cette obstination collective à ne pas voir.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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