L’histoire aime se présenter comme le fruit de grandes forces : l’idéologie, l’économie, la marche inéluctable des civilisations. Cette version est plus simple, mais elle passe beaucoup de choses sous silence. Un nombre surprenant de guerres ont éclaté parce que quelqu’un s’est senti snobé, et des empires se sont fracturés à cause d’egos blessés. Voici 20 exemples où le cours de l’histoire a moins dépendu de principes que de la volonté de quelqu’un de ne pas lâcher prise.
1. César franchit le Rubicon
La jalousie de Pompée face à la renommée militaire de César avait transformé une alliance étroite en une inimitié ouverte, et le Sénat (agissant principalement dans l’intérêt de Pompée) ordonna à César de démobiliser son armée et de retourner à Rome en simple citoyen. La réponse de César à cette insulte marqua la fin de la République romaine.
2. Henri VIII invente une Église
Lorsque le pape Clément VII refusa d’annuler le mariage d’Henri avec Catherine d’Aragon, Henri rompit les liens de l’Église d’Angleterre avec Rome et se chargea lui-même de l’annulation. La Réforme s’inscrivait certes dans de véritables courants théologiques, mais son point de départ fut un roi qui ne savait pas accepter un refus.
3. Alexandre tue Cléitus
En 328 av. J.-C., Alexandre le Grand assassina son ami proche et officier Cléitus le Noir lors d’un banquet, après que celui-ci eut laissé entendre que ses victoires étaient davantage dues à son père Philippe qu’à lui-même. Alexandre le transperça d’un coup de lance sur-le-champ, et le tempérament explosif dont il fit ainsi preuve déstabilisa sa cour jusqu’à la fin de son règne.
4. La guerre de l'oreille de Jenkins
La Grande-Bretagne a déclaré la guerre à l’Espagne en 1739, en partie à cause d’un capitaine de marine nommé Robert Jenkins, qui avait présenté au Parlement son oreille coupée et affirmé qu’un officier espagnol la lui avait arrachée huit ans plus tôt. L’affaire de l’oreille n’était plus d’actualité, mais elle a fourni à la faction avide de guerre exactement le prétexte dont elle avait besoin.
5. Napoléon et Talleyrand
Lorsque Napoléon découvrit que son ministre des Affaires étrangères, Talleyrand, fournissait secrètement des renseignements à l’Autriche et à la Russie, il l’humilia publiquement, mais ne le renvoya pas pour autant. Le fait de garder un ennemi à ses côtés par orgueil a privé Napoléon des renseignements diplomatiques dont il avait besoin alors que son empire commençait à se fracturer.
6. Achille boude dans sa tente
Achille s’est retiré de la guerre de Troie non pas pour des raisons stratégiques, mais parce qu’Agamemnon s’était emparé de son butin de guerre, que la campagne était dans l’impasse et que des hommes mouraient. L’Iliade est, au fond, une très longue réflexion sur ce qui se passe lorsque la personne la plus puissante de la pièce décide de se montrer mesquin.
7. Khrouchtchev et la chaussure
En 1960, Khrouchtchev aurait tapé du poing sur son bureau à l’Assemblée générale des Nations unies après qu’un délégué eut accusé l’Union soviétique d’impérialisme. Ce geste a renforcé l’impression qu’avait l’Occident de l’imprévisibilité soviétique, à un moment où cette perception influençait directement la politique nucléaire.
8. Aaron Burr et Alexander Hamilton
En 1804, Burr a mis Hamilton en duel après que celui-ci eut tenu des propos désobligeants à son égard. Burr a abattu Hamilton, a été inculpé de meurtre dans deux États, et l’Amérique a perdu l’un de ses pères fondateurs les plus influents à la suite d’un différend d’honneur qui durait depuis des années.
9. Staline exile Trotski
La campagne menée par Staline contre Trotsky s’inscrivait dans un cadre idéologique, mais son exécution relevait d’une rancœur profondément personnelle ; il en voulait à Trotsky pour son intelligence et la condescendance qui l’accompagnait. Trotsky fut exclu du parti, exilé, puis finalement assassiné au Mexique en 1940, mettant ainsi fin à une querelle qui s’était étendue sur deux décennies et deux continents.
10. L'ultimatum qui a déclenché la Première Guerre mondiale
Après l’assassinat de François-Ferdinand, les responsables austro-hongrois ont vu dans cette crise l’occasion d’écraser le nationalisme serbe qu’ils méprisaient déjà. L’ultimatum adressé à la Serbie était rédigé de manière à être rejeté, et le mépris qui existait déjà rendait tout compromis impossible.
11. Wellington à la poursuite de Napoléon
En privé, Arthur Wellesley éprouvait pour Napoléon une haine qui dépassait le simple cadre de la rivalité militaire, et après Waterloo, cette animosité l’amena à militer avec acharnement pour l’exil définitif de Napoléon plutôt que pour un accord négocié. Napoléon fut exilé à Sainte-Hélène, une île isolée de l’Atlantique Sud qui n’avait aucune valeur stratégique si ce n’est d’être difficile à fuir, et y mourut six ans plus tard.
12. Edison contre Tesla
La « guerre des courants » d’Edison a été présentée comme un débat sur la sécurité, mais il s’agissait en réalité d’une affaire purement personnelle ; il avait publiquement rejeté le courant alternatif, misé sa réputation sur le courant continu, et lorsque Tesla, un ancien employé qu’il avait sous-estimé, lui a donné tort, Edison a réagi en électrocutant publiquement des animaux pour faire valoir son point de vue. Il a perdu malgré tout.
13. Caton et Carthage
Caton l’Ancien terminait chacun de ses discours au Sénat, quel qu’en soit le sujet, par la phrase « Carthage doit être détruite ». Rome avait déjà vaincu Carthage à deux reprises, mais l’obsession d’un sénateur finit par devenir une politique d’État, et en 146 av. J.-C., Rome rasa la ville et vendit les survivants comme esclaves.
14. Staline et Tito
Lorsque Tito refusa de se soumettre à l’autorité soviétique en 1948, Staline aurait déclaré qu’il lui suffirait de « remuer le petit doigt » pour que Tito tombe. Tito répliqua en avertissant que si Staline envoyait un seul assassin de plus, il n’en renverrait qu’un seul en retour ; la rupture qui s’ensuivit divisa le monde communiste et conféra à l’Occident un avantage considérable dans la Guerre froide.
15. LBJ et RFK
La haine réciproque entre Lyndon Johnson et Robert Kennedy était l’un des secrets les moins bien gardés de Washington. Johnson considérait Kennedy comme un politicien de souche qui se croyait tout permis ; Kennedy voyait en Johnson un homme grossier et impitoyable. Lorsque leurs camps se sont affrontés en 1968, cette animosité a fracturé le Parti démocrate à un moment particulièrement critique.
16. La défenestration de Prague
En 1618, des nobles protestants de Bohême ont précipité trois fonctionnaires catholiques par une fenêtre du château de Prague, d’une hauteur d’environ 21 mètres, pour protester contre la politique religieuse des Habsbourg. Les fonctionnaires ont survécu en atterrissant dans un tas de fumier ; les catholiques y ont vu une intervention divine, tandis que les protestants s’en sont moqués, et le conflit a dégénéré en guerre de Trente Ans.
17. Bismarck rédige un télégramme
Bismarck poussa la France à déclarer la guerre en 1870 en modifiant un télégramme diplomatique afin de faire passer le refus de la Prusse face aux exigences françaises pour plus insultant qu’il ne l’était en réalité. Il avait correctement estimé que la fierté de Napoléon III ferait le reste, et l’Empire allemand fut proclamé à Versailles alors que la ville était encore assiégée.
18. Henri II et Thomas Becket
Henri II et Thomas Becket étaient des amis proches avant leur brouille, et leur conflit constitutionnel finit par dégénérer en une querelle épuisante et personnelle. L’éclat d’Henri — « N’y a-t-il personne pour me débarrasser de ce prêtre turbulent ? » — poussa quatre chevaliers à assassiner Becket dans sa propre cathédrale, contraignant Henri à faire pénitence en public et affaiblissant de manière irréversible l’autorité royale sur l’Église.
19. Marlborough perd une amitié
Le duc de Marlborough n’a pas perdu son poste à la suite d’un échec militaire, mais parce que son épouse, Sarah, s’était brouillée avec la reine Anne au sujet de l’influence à la cour. Le vent politique ayant tourné, Marlborough fut démis de ses fonctions en 1711, et cette amitié qui avait tourné au vinaigre a bouleversé toute l’approche britannique d’une guerre en cours.
20. Khrouchtchev évalue Kennedy
L’échec de la baie des Cochons en 1961 a humilié Kennedy, mais sa conséquence la plus dangereuse fut le message qu’il en a tiré Khrouchtchev, qui a interprété cette mauvaise gestion comme un signe de faiblesse. Ce mépris, qui s’est renforcé lors de leur sommet de Vienne la même année, a directement contribué à sa décision d’installer des missiles à Cuba en 1962.