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Trois décennies de données citoyennes révèlent un phénomène caché

credit : lanature.ca (image IA)

Chaque automne et chaque printemps, des bénévoles agréés à travers l’Angleterre et le Pays de Galles ouvrent les nichoirs des muscardins pour peser les spécimens qu’ils y trouvent. Ces précieuses informations alimentent une base de données nationale dans le cadre du Programme national de surveillance des muscardins, un effort de science participative qui se développe depuis la fin des années 1980. Au fil du temps, des dizaines de milliers de relevés de poids ont été accumulés, soigneusement notés aux côtés de l’âge et du sexe des animaux, sans que personne n’ait eu l’idée de les trier par saison.

C’est précisément ce qu’a entrepris une équipe de chercheurs de l’Université d’Exeter dans une nouvelle étude publiée dans la revue Scientific Reports. Initialement, aucun de ces relevés n’avait pour vocation de servir une recherche sur le climat. Cependant, cette patience s’est avérée extrêmement payante pour la communauté scientifique, révélant des dynamiques totalement inattendues.

Orly Razgour, chercheuse en biosciences à l’Université d’Exeter et auteure principale de l’étude, a analysé avec ses collègues plus de 23 000 relevés de poids s’étalant sur 31 ans. En triant ces données par mois, ils ont découvert une tendance scindée que le calcul d’une simple moyenne annuelle avait complètement masquée : les muscardins pèsent de moins en moins lourd au sortir de l’hiver, mais de plus en plus lourd avant d’y entrer, et ce, dans les mêmes sous-bois.

Un réveil printanier de plus en plus difficile

credit : lanature.ca (image IA)

Le déclin du poids printanier est l’aspect qui inquiète le plus les défenseurs de l’environnement. À la fin du printemps, juste après la fin de la période d’hibernation, les muscardins affichent un poids en baisse constante au fil des décennies. Sortir de ce long sommeil en mauvaise condition physique annonce une saison complexe, car la période de reproduction débute presque immédiatement après le réveil. Les scientifiques soulignent que des mères plus légères donnent généralement naissance à des petits moins nombreux ou plus vulnérables.

Sur cette période de trois décennies, le poids corporel printanier a chuté d’environ un gramme en moyenne. Cette perte est particulièrement significative pour un animal dont le poids total avoisine généralement les 19 grammes. Parallèlement, la Grande-Bretagne a connu un réchauffement d’environ 0,6 degré Celsius sur la même période. Ce phénomène s’inscrit dans un schéma plus large documenté par les biologistes chez de nombreuses espèces à sang chaud, dont les corps ont tendance à rétrécir à mesure que les températures grimpent, comme le confirme une revue scientifique largement citée.

La cause exacte de cet amaigrissement reste cependant obstinément floue. Les chercheurs ont examiné les températures hivernales, les précipitations de l’hiver ou encore le nombre de jours de couverture neigeuse, mais aucun de ces facteurs n’explique cette perte de poids printanière. Les hypothèses penchent vers des hivers plus chauds et plus humides qui réveilleraient les muscardins plus souvent, épuisant leurs réserves de graisse, ou qui inonderaient leurs nids au sol, volant ainsi leur chaleur corporelle. Par ailleurs, une floraison printanière plus précoce à travers le pays, documentée dans une étude distincte, pourrait signifier que ces rongeurs affamés se réveillent face à un garde-manger déjà vide.

Un embonpoint automnal influencé par la météo estivale

credit : lanature.ca (image IA)

En automne, le tableau s’inverse totalement, et c’est sur ce point précis que l’étude fait figure de pionnière. Avant ces travaux, personne n’avait suivi l’évolution à long terme du poids des muscardins avant leur hibernation. Les données démontrent que les animaux en phase de pré-hibernation accumulent désormais plus de réserves que ne le faisaient leurs prédécesseurs il y a 30 ans.

Le principal moteur de cette prise de poids semble être la pluie. Lorsque l’équipe a croisé les poids automnaux avec la météo de l’été, les précipitations estivales se sont imposées comme le signal le plus fort. Des étés plus humides se traduisent par des muscardins plus lourds. La raison réside très probablement dans l’alimentation : les noisetiers nécessitent une humidité estivale constante pour produire des noisettes pleines et de haute qualité, dont les muscardins se gorgent pour faire du gras avant l’hiver.

Curieusement, les étés plus chauds ont eu l’effet inverse. Des conditions plus caniculaires ont été associées à des animaux plus légers en automne, et cet impact a frappé les mâles plus durement que les femelles. Les mâles parcourent de plus grandes distances et entrent en compétition avec davantage de voisins pour se nourrir, ce qui les laisse potentiellement plus exposés lorsque la chaleur réduit les ressources locales. Cette différence liée au sexe est d’ailleurs une première observation pour cette espèce.

L’indice crucial de la taille des haies

L’étude apporte également un détail d’une grande précision concernant l’habitat idéal de ces petits mammifères. Les chercheurs ont découvert que les muscardins étaient plus lourds dans les paysages riches en haies mesurant entre 1,5 et 6 mètres de haut. À l’inverse, là où les haies avaient dépassé cette hauteur, les animaux affichaient un poids inférieur à la moyenne.

La mécanique derrière ce constat est simple : une haie que l’on laisse s’étendre sans contrôle perd sa couche intermédiaire dense et arbustive. C’est exactement cet enchevêtrement de végétation et de nourriture dont le muscardin dépend pour s’abriter et se déplacer en toute sécurité entre ses zones d’alimentation. Les haies envahissantes deviennent clairsemées, lourdes au sommet, et dominées par des arbres matures aux troncs dénudés à la base. D’un autre côté, si elles sont taillées trop sévèrement, elles perdent leurs fleurs et leurs baies. Il existe donc une hauteur idéale, et la gestion des haies semble devoir s’y conformer strictement.

Une surprise est venue nuancer cette compréhension des environnements boisés. À une échelle plus fine, une plus grande couverture de forêts de feuillus a été associée à des muscardins plus légers, et non plus lourds. À mesure que les bois vieillissent et que leur canopée se referme, les arbustes et les plantes à fleurs qui poussent en dessous peuvent se raréfier, réduisant potentiellement la nourriture vitale pour l’espèce. L’étude conclut que la variété à travers le paysage environnant importe bien plus que la simple densité de la couverture forestière.

De nouvelles perspectives pour la conservation

credit : lanature.ca (image IA)

La conclusion majeure de ces travaux est que le climat frappe cette espèce hibernante selon une fracture saisonnière qu’une moyenne annuelle viendrait purement et simplement effacer. Les poids du printemps et de l’automne évoluent dans des directions opposées, sous l’impulsion de forces distinctes. Pour un animal dont les effectifs en Grande-Bretagne ont chuté de 70 % depuis l’année 2000, cette distinction est bien plus qu’une simple donnée académique.

Cette découverte offre aux défenseurs de l’environnement des leviers d’action concrets. S’il est difficile de gérer le climat bois par bois, la hauteur des haies est, elle, totalement contrôlable. Les travaux suggèrent que le maintien des haies dans cette fourchette intermédiaire de hauteur, avec une taille effectuée sur une rotation plus longue plutôt qu’une coupe drastique chaque année, pourrait soutenir directement les muscardins qui y vivent et gravitent autour.

L’attention des scientifiques doit désormais se porter sur d’autres éléments. Un corps printanier qui s’amaigrit pourrait éroder discrètement le succès reproductif, expliquant ainsi en partie la disparition des muscardins britanniques, une piste qui mérite d’être explorée lors de prochaines recherches. En définitive, cette avancée démontre ce qu’une armée de bénévoles, armés de cahiers et surveillant des nichoirs, peut révéler sur 30 ans : un signal essentiel qu’aucune étude à court terme n’aurait jamais pu capter.

Selon la source : earth.com

Des scientifiques découvrent un indice chez un petit muscardin révélant comment le climat transforme la faune

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