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Sept États, un même scénario coordonné

Le schéma des faux électeurs ne relève pas de l’improvisation amateur, mais d’une stratégie délibérée orchestrée au plus haut niveau de la campagne Trump et de l’administration sortante. Dans sept États clés remportés par Joe Biden — Arizona, Géorgie, Michigan, Nevada, Nouveau-Mexique, Pennsylvanie et Wisconsin —, des groupes de républicains se sont réunis le 14 décembre 2020, jour où les véritables grands électeurs devaient se rassembler pour formaliser leur vote. Ces groupes ont produit de faux certificats électoraux, des documents officiels portant parfois le sceau de l’État, attestant qu’ils étaient les «véritables et légitimes» électeurs et qu’ils votaient pour Donald Trump. En Arizona, les faux électeurs se sont réunis au siège du Parti républicain de l’État. En Géorgie, ils ont signé leurs documents en se présentant comme les «citoyens souverains du grand État de Géorgie». Au Michigan, ils se sont retrouvés dans le sous-sol du siège du Parti républicain, après que la présidente du parti local eut empêché un plan encore plus audacieux consistant à se cacher toute la nuit dans le Capitole de l’État pour donner une apparence de légitimité à leur geste. Ces faux certificats devaient ensuite être transmis au Congrès, où des alliés de Trump auraient pu les invoquer pour contester la certification de la victoire de Biden le 6 janvier 2021. Le plan reposait sur l’idée que le vice-président Mike Pence, en sa qualité de président du Sénat, aurait le pouvoir de rejeter les votes des véritables électeurs et d’accepter ceux des faux. Pence a refusé, et le reste appartient à l’histoire sanglante du 6 janvier.

Sidney Powell et les théories du chaos

Sidney Powell, avocate devenue célèbre pour ses déclarations incendiaires sur une prétendue manipulation massive des machines de vote, figure parmi les 77 personnes graciées par Trump. Powell avait multiplié les procédures judiciaires pour contester les résultats dans plusieurs États, toutes rejetées par les tribunaux faute de preuves. Elle avait notamment avancé la théorie selon laquelle des serveurs informatiques situés en Allemagne auraient été utilisés pour falsifier les votes, affirmant sans fondement qu’une société de logiciels de vote, Dominion, avait été créée au Venezuela pour manipuler les élections. Ces accusations délirantes lui avaient valu d’être poursuivie en diffamation par Dominion, qui réclamait 1,3 milliard de dollars de dommages et intérêts. En Géorgie, Powell avait plaidé coupable en 2023 dans le cadre de l’enquête menée par la procureure Fani Willis sur les tentatives d’ingérence électorale, acceptant de coopérer avec la justice en échange d’une peine réduite. Cette grâce présidentielle intervient donc alors que Powell avait déjà reconnu sa culpabilité au niveau de l’État. Mais pour Trump, peu importe. Powell a servi la cause, elle a porté le chaos médiatique nécessaire pour alimenter la contestation, elle a incarné la figure de l’avocate combattante prête à tout pour défendre le président. Et pour cela, elle est récompensée.

John Eastman et le mémo constitutionnel

John Eastman, juriste conservateur et ancien professeur de droit, avait rédigé un mémorandum juridique devenu tristement célèbre, dans lequel il théorisait que le vice-président Mike Pence pourrait rejeter unilatéralement les votes des grands électeurs de certains États lors de la session de certification du 6 janvier 2021. Ce document, parfois appelé le «Eastman memo», constituait la base intellectuelle du plan visant à maintenir Trump au pouvoir malgré sa défaite. Eastman avait même pris la parole lors du rassemblement du 6 janvier devant la Maison-Blanche, exhortant la foule à faire pression sur Pence. Lorsque l’assaut du Capitole a commencé, Eastman était en contact avec des membres de l’équipe Trump, continuant à plaider pour que Pence refuse de certifier les résultats. Par la suite, Eastman a fait l’objet de poursuites disciplinaires et a été radié du barreau en Californie pour sa conduite lors de ces événements. Il a également été inculpé en Géorgie et en Arizona pour son rôle dans le complot des faux électeurs. Mais là encore, Trump intervient, effaçant symboliquement toute responsabilité fédérale d’Eastman, réhabilitant un homme qui avait pourtant tenté de dynamiter les fondations du système électoral américain.

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