Les textos qui ne s’arrêtent jamais
Le téléphone de la grand-mère d’Egger est devenu une machine à sous inversée. Au lieu de cracher de l’argent, il en aspire. Constamment. Sans relâche. Les messages arrivent à toute heure. Matin, midi, soir. Parfois plusieurs par heure. Ils viennent de partout. De campagnes républicaines. De PACs que personne ne connaît. De groupes aux noms patriotiques qui sonnent officiel. « Save America. » « Defend Freedom. » « Patriot Fund. » Des noms qui résonnent. Qui appellent au devoir. Qui font vibrer la fibre nationale. Et derrière ces noms? Des opérations de collecte de fonds qui utilisent les tactiques les plus agressives, les plus manipulatrices, les plus prédatrices du marketing moderne. Des tactiques qui seraient illégales dans n’importe quel autre secteur. Mais en politique? Tout est permis.
Le schéma est toujours le même. Un message urgent. Une crise fabriquée. Une demande d’argent présentée comme la solution. « Les démocrates sont en train de voler l’élection! » « Nous avons besoin de vous MAINTENANT! » « Dernière chance de sauver l’Amérique! » Et puis le piège. La case pré-cochée. Cette petite case sournoise qui transforme un don unique de 10$ en un prélèvement automatique hebdomadaire ou mensuel. La grand-mère d’Egger pensait donner 10$ une fois. Elle s’est retrouvée avec un abonnement mensuel qu’elle n’a jamais voulu. Et ce n’était que le début. Parce qu’une fois que vous donnez, une fois que votre numéro entre dans le système, vous devenez une cible. Votre nom circule. Se vend. S’échange. Entre des centaines de campagnes et de groupes politiques. Et les messages se multiplient. Exponentiellement.
Le PAC de Jake Ellzey et les faux chèques
Dans le cas de la grand-mère d’Egger, l’argent est allé à un PAC de leadership lié à Jake Ellzey, représentant républicain du Texas. Pas directement à Trump, comme elle le croyait. Mais à un de ces innombrables groupes qui gravitent autour de l’univers MAGA. Un groupe qui a utilisé l’appât du « chèque de remboursement tarifaire de 2000$ » pour piéger une femme de 80 ans. Un chèque qui n’existe pas. Qui n’a jamais existé. Qui n’existera jamais. C’est du pur mensonge. De la fraude déguisée en collecte de fonds politique. Et c’est légal. Ou du moins, personne ne fait rien pour l’arrêter. Parce que les régulateurs disent qu’ils n’ont pas juridiction. Parce que les législateurs qui pourraient changer les lois sont les mêmes qui bénéficient de ce système pourri.
Egger a essayé d’aider sa grand-mère à se désabonner. Encore et encore. Mais c’est comme essayer de vider l’océan avec une cuillère. Pour chaque message auquel elle se désabonne, trois nouveaux apparaissent. Son numéro est là-bas, quelque part dans le cloud, circulant entre des centaines de listes de collecte de fonds. Vendu et revendu. Partagé et échangé. Elle est devenue une marchandise. Un numéro dans une base de données. Une source de revenus récurrents. Et il n’y a aucun moyen d’échapper. « Peu importe combien de fois elle essaie de se désabonner, » écrit Egger, « il y a toujours un autre texto, un autre ‘chèque’, un autre message déçu de ‘Trump’. » C’est un cauchemar sans fin. Une prison numérique dont les barreaux sont faits de culpabilité et de manipulation.
Vous voulez savoir ce qui me rend malade? Ce n’est pas juste l’arnaque elle-même. C’est le cynisme. L’exploitation calculée de la loyauté. Ces gens croient en quelque chose. Ils croient en leur pays. En leurs valeurs. En leurs leaders. Et on transforme cette croyance en profit. On monétise leur patriotisme. On fait du fric sur leur dos pendant qu’ils pensent défendre la démocratie. C’est obscène. C’est répugnant. Et ça continue, jour après jour, parce que personne n’a le courage de l’arrêter.
L'ampleur du désastre : des millions volés à des milliers de personnes âgées
Les chiffres qui donnent le vertige
L’histoire de la grand-mère d’Egger n’est pas unique. Elle n’est même pas rare. C’est la norme. Une enquête massive de CNN publiée en octobre 2024 a révélé l’ampleur catastrophique de ce phénomène. Plus de mille rapports examinés. Des centaines de plaintes déposées auprès d’agences gouvernementales. Des dizaines d’entretiens avec des donateurs et leurs familles. Et ce qui en ressort? Un tableau accablant d’exploitation systématique des personnes âgées américaines. Les journalistes de CNN ont identifié plus de cinquante donateurs âgés involontaires. Des gens qui ont donné bien plus qu’ils ne l’avaient jamais voulu. Bien plus qu’ils ne pouvaient se permettre. Ces cinquante personnes seules ont donné plus de six millions de dollars sur cinq ans. Six millions. De l’argent qui venait de leurs pensions. De leurs économies de retraite. De la sécurité sociale. De l’argent qu’ils avaient mis de côté pour leurs vieux jours.
Et où est allé cet argent? Principalement vers Trump et les candidats républicains. La campagne de Trump et ses comités affiliés ont reçu plus de quatre cent mille dollars de ces donateurs âgés vulnérables entre juillet 2019 et juin 2024. Les comités nationaux républicains pour le Sénat et la Chambre ont engrangé des centaines de milliers de dollars supplémentaires. Au total, les causes et candidats républicains ont récolté près de quatre millions de dollars de ce petit échantillon de donateurs. Du côté démocrate, l’argent est allé principalement à des PACs progressistes, pas aux candidats mainstream. Le Progressive Turnout Project a reçu environ cent cinquante mille dollars. La campagne de Biden? Seulement dix pour cent de ce que Trump a collecté auprès de ces personnes âgées. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. C’est un problème qui touche les deux camps, mais l’échelle et l’agressivité sont incomparables.
WinRed contre ActBlue : le match de la honte
Deux plateformes dominent la collecte de fonds politiques en ligne aux États-Unis. WinRed pour les républicains. ActBlue pour les démocrates. Ces géants du numérique prennent une commission d’environ quatre pour cent sur chaque transaction. WinRed est une entreprise à but lucratif fondée en 2019 par un ancien membre de l’équipe Trump. ActBlue est une organisation à but non lucratif qui existe depuis deux décennies. Les deux disent que ce sont les campagnes qui choisissent la fréquence et le ton des sollicitations. Les deux se lavent les mains de toute responsabilité. Mais les chiffres racontent une autre histoire. Entre janvier 2022 et juin 2024, la Federal Trade Commission a reçu huit cent trois plaintes concernant WinRed. Contre cent vingt pour ActBlue. Presque sept fois plus. Sept fois plus de gens qui se plaignent d’avoir été trompés, manipulés, escroqués.
Les tactiques utilisées par les campagnes sur WinRed sont particulièrement agressives. Les cases pré-cochées pour les dons récurrents sont omniprésentes. Le texte qui explique que vous vous inscrivez à des dons hebdomadaires ou mensuels est minuscule. Presque invisible. Surtout sur un téléphone. Surtout pour quelqu’un dont la vue baisse. Les pages de don sont conçues pour tromper. Pour confondre. Pour piéger. Il y a des « upsells » – ces cases qui ajoutent automatiquement des dons supplémentaires si vous cliquez dessus. Il y a des sondages de onze questions qui vous énervent avant de vous demander de l’argent. Il y a de fausses invitations à rejoindre des conseils consultatifs ou des groupes de discussion. Tout est calculé pour maximiser les dons. Pour extraire le maximum d’argent du maximum de gens. Et les personnes âgées, surtout celles avec des problèmes cognitifs, sont les victimes parfaites.
Laissez-moi vous dire ce que je ressens quand je lis ces chiffres. De la rage. Une rage froide qui monte du ventre. Parce que ce n’est pas un accident. Ce n’est pas un effet secondaire malheureux. C’est voulu. C’est planifié. C’est optimisé par des algorithmes et des tests A/B. On a pris les techniques les plus manipulatrices du marketing digital et on les a appliquées à des gens de quatre-vingts ans. Des gens qui ont grandi avant Internet. Qui ne comprennent pas les cases pré-cochées. Qui font confiance quand on leur dit que Trump a besoin d’eux. Et on les saigne. Méthodiquement. Efficacement. Sans remords.
Les victimes : des vies détruites, des économies évaporées
Richard Benjamin et l’illusion de l’accès
Richard Benjamin avait quatre-vingt-un ans quand il a commencé à croire qu’il communiquait personnellement avec Donald Trump. Cet homme de l’Arizona, veuf depuis 2018, recevait tellement de messages qu’il pensait faire partie d’un réseau d’opérateurs politiques en contact direct avec les leaders républicains. Il attendait ces messages avec impatience. Ils le faisaient se sentir important. Utile. Patriote. Un jour, il a dit à ses enfants que Trump l’avait invité à une réception luxueuse à Mar-a-Lago. Il s’inquiétait de ne pas être à sa place dans un endroit aussi chic, lui qui avait grandi dans une ferme. Puis il a reçu ce qu’il croyait être une invitation VIP à un rassemblement en Arizona. Il était excité. Il allait enfin rencontrer le président en personne. Il a commencé à faire des plans de voyage. À demander à sa belle-sœur si elle voulait l’accompagner. Plus tard, il s’est plaint à son fils que Donald Trump Jr. ne le rappelait pas, même si le fils du président lui envoyait tellement de messages gentils.
Benjamin était vieux, seul et isolé. La pandémie avait aggravé cet isolement. « Sauvez l’Amérique, aidez à sauver l’Amérique, » c’était le message constant. Et il se faisait remercier d’être un vrai Américain, un patriote, chaque fois qu’il donnait de l’argent. Cette validation émotionnelle était comme une drogue. Un shot de dopamine à chaque don. À chaque message de remerciement. Il a fini par donner environ quatre-vingt mille dollars. De l’argent qu’il n’avait pas. Il s’est endetté de dizaines de milliers de dollars. Ses enfants étaient furieux contre les campagnes qui avaient, selon eux, manipulé leur père et profité de son état mental compromis. « Il croyait vraiment, au fond de son cœur, que Donald Trump et Donald Trump Jr. et d’autres politiciens le contactaient personnellement, » a dit son fils Jason. Aujourd’hui, Richard Benjamin vit dans une unité de soins de la mémoire dans une résidence assistée. Il continue à recevoir des textos et des appels de politiciens. Mais il ne peut souvent pas identifier les politiciens qu’il a soutenus financièrement.
L’ingénieur qui a tout perdu
Il y avait cet ingénieur en communications de quatre-vingts ans au Texas. Un homme qui avait économisé pendant des décennies. Qui conduisait une vieille voiture. Qui achetait ses vêtements dans des friperies. Tout ça pour avoir assez d’argent pour profiter de sa retraite. Puis la démence lui a volé sa capacité de raisonnement. Et il a commencé à faire des dons politiques en ligne. Encore et encore. Il a fini par croire qu’il faisait partie d’un réseau d’opérateurs politiques communiquant avec les leaders républicains clés. En moins de deux ans, il est devenu l’un des plus grands donateurs de base du Parti républicain. Il a donné près d’un demi-million de dollars à Trump et à d’autres candidats. Quatre cent cinquante mille dollars. Le compte d’épargne qu’il avait passé toute sa vie à construire est maintenant pratiquement vide. Son fils a découvert la catastrophe en examinant les relevés bancaires. Il a emmené son père chez un neurologue qui a diagnostiqué la démence. Il a passé des semaines à annuler des cartes de crédit et à contester des frais. À essayer d’arrêter les dons récurrents un par un. Il a finalement obtenu des remboursements de WinRed pour les dons les plus récents de son père. Mais son père reste endetté d’environ trois cent mille dollars.
Quand le fils a montré les relevés à son père, l’homme était choqué. Il n’avait aucune idée. « Ce n’est pas un homme qui donnerait à quiconque ce qu’il considérait comme ses économies de toute une vie, » a dit le fils. Mais c’est exactement ce qui s’est passé. Parce que les sollicitations étaient conçues pour contourner le jugement rationnel. Pour exploiter les émotions. Pour créer un sentiment d’urgence et d’obligation. Et pour quelqu’un dont les capacités cognitives sont diminuées, c’est irrésistible. C’est comme mettre un alcoolique dans un bar et lui dire de ne pas boire. Le système est conçu pour échouer. Pour ces personnes vulnérables. Et personne ne fait rien pour les protéger. Parce que leur argent finance les campagnes. Parce que leur exploitation est rentable. Parce que les politiciens qui pourraient changer les règles sont ceux qui en profitent.
Je vais être honnête avec vous. En écrivant sur Richard Benjamin et cet ingénieur du Texas, j’ai dû m’arrêter plusieurs fois. Respirer. Parce que c’est trop. C’est trop de souffrance. Trop d’injustice. Ces hommes ont travaillé toute leur vie. Ils ont économisé. Ils ont fait les bons choix. Et à la fin, quand ils sont les plus vulnérables, on les dépouille. On vole leur dignité. Leur sécurité. Leur avenir. Et on le fait au nom de la politique. Au nom de la démocratie. C’est une trahison. Une trahison profonde et personnelle de tout ce que nous sommes censés représenter.
Les femmes oubliées : quand la mort arrive avant les remboursements
L’immigrante taïwanaise et ses lettres d’excuses
Elle avait quatre-vingts ans quand elle est morte d’un cancer du poumon cette année. Une immigrante taïwanaise en Californie qui n’avait jamais été impliquée dans la politique américaine jusqu’à ce que la pandémie la rende seule et isolée. Alors elle a commencé à donner. À Trump. À une litanie d’autres candidats républicains. Plus de cent quatre-vingt mille dollars au total. Elle écrivait des lettres aux candidats. Des lettres où elle s’excusait de ne pas leur envoyer les dons à temps parce qu’elle devait subir une chirurgie cardiaque. Imaginez ça. Une femme de quatre-vingts ans avec un cancer du poumon et des problèmes cardiaques qui s’excuse auprès de politiciens millionnaires de ne pas leur donner assez d’argent assez vite. Quand elle est morte, elle avait deux cent cinquante dollars sur son compte bancaire. Sa famille a dû se démener pour payer les funérailles. Pendant ce temps, les campagnes républicaines avaient cent quatre-vingt mille dollars de son argent. De l’argent qui aurait dû payer ses soins médicaux. Ses derniers jours confortables. Des funérailles dignes.
Cette femme n’est pas seule. Il y avait cette femme de quatre-vingt-deux ans à Baltimore qui portait des pyjamas troués parce qu’elle ne voulait pas dépenser d’argent pour en acheter des neufs. Elle vivait dans un condo de mille pieds carrés. Elle ne savait pas qu’elle avait donné plus de trois cent cinquante mille dollars aux républicains depuis 2020. Trois cent cinquante mille dollars. Pendant qu’elle portait des vêtements troués. Pendant qu’elle comptait chaque centime. Parce que quelque part dans son esprit, elle croyait qu’elle aidait. Qu’elle faisait sa part. Qu’elle sauvait l’Amérique. Et personne ne lui a dit d’arrêter. Personne n’a vérifié si elle comprenait vraiment ce qu’elle faisait. Personne ne s’est demandé si une femme qui porte des pyjamas troués devrait vraiment donner des centaines de milliers de dollars à des politiciens.
La veuve qui limitait ses douches
Du côté démocrate, il y avait cette veuve de soixante-dix-huit ans. Elle limitait ses douches pour économiser sur sa facture d’eau. Elle avait annulé son assurance soins de longue durée. Elle ne comprenait pas pourquoi les économies de retraite que son mari lui avait laissées diminuaient si rapidement. Puis la famille a été contactée par CNN. Et ils ont découvert qu’elle avait donné plus de deux cent mille dollars à des groupes politiques démocrates et à des candidats. Deux cent mille dollars. Pendant qu’elle rationnait l’eau. Pendant qu’elle renonçait à une assurance qui aurait pu la protéger dans ses dernières années. C’est ça, la réalité de cette exploitation. Ce n’est pas partisan. Les deux camps le font. Mais l’échelle et l’agressivité du côté républicain sont sans précédent. Et les victimes sont toujours les mêmes. Les vieux. Les vulnérables. Ceux qui font confiance. Ceux qui croient encore que les politiciens se soucient d’eux.
Il y a même eu des cas où les dons ont continué après la mort. Un homme est mort, et les prélèvements automatiques ont continué. Mois après mois. Personne n’a vérifié. Personne ne s’en souciait. Tant que l’argent continuait à arriver, tout allait bien. C’est le niveau de déshumanisation auquel nous sommes arrivés. Les donateurs ne sont plus des personnes. Ce sont des sources de revenus. Des numéros dans une base de données. Des cartes de crédit à facturer automatiquement. Et quand ils meurent? On continue à les facturer jusqu’à ce que quelqu’un remarque et arrête les paiements. C’est obscène. C’est inhumain. Et c’est légal. Parce que personne n’a le courage de changer les lois. Parce que l’argent est trop bon. Parce que les campagnes en ont besoin. Parce que gagner des élections est plus important que protéger les personnes âgées.
Ces femmes me hantent. L’immigrante qui s’excusait pendant qu’elle mourait. La femme aux pyjamas troués. La veuve qui rationnait l’eau. Elles me hantent parce qu’elles auraient pu être sauvées. Si quelqu’un avait regardé. Si quelqu’un s’était soucié. Si quelqu’un avait dit « attendez, quelque chose ne va pas ici ». Mais personne ne l’a fait. Parce que dans ce système, personne n’est incité à protéger les donateurs. Tout le monde est incité à extraire plus d’argent. Plus vite. Plus efficacement. Et tant pis pour les victimes.
Le système qui permet tout ça : l'échec des régulateurs
La FEC qui ne fait rien
La Federal Election Commission est censée superviser les dons de campagne. C’est son travail. Sa raison d’être. Mais quand un homme de quatre-vingt-neuf ans a découvert des milliers de dollars de frais politiques sur sa carte de crédit qu’il disait n’avoir jamais autorisés, la FEC n’a rien fait. « Je suis un veuf de quatre-vingt-neuf ans, un architecte retraité qui vit seul, » a-t-il écrit dans une plainte de 2022. Il disait avoir été harcelé par des appels automatisés et du courrier frauduleux et qu’ActBlue semblait « infesté de fraude ». Au moment où la FEC a terminé son enquête, l’homme était mort. Effondré « en route vers le bureau de poste pour envoyer des cartes postales aux électeurs du Texas, » selon sa nécrologie. Mais l’agence n’avait de toute façon pas prévu de faire quoi que ce soit au sujet de sa plainte. Elle a écrit dans une réponse que l’affaire était « classée comme priorité basse » pour une action d’application basée sur des critères incluant la gravité de l’allégation et le montant en dollars impliqué.
L’agence a fermé une autre plainte déposée au sujet de WinRed par les filles d’une femme âgée qui disaient que leur mère avait perdu plus de six mille sept cents dollars à cause d' »abus envers les personnes âgées » avec la même réponse standard, notant le « faible montant en dollars impliqué ». Six mille sept cents dollars. Un faible montant. Pour qui? Certainement pas pour une femme âgée vivant avec une pension fixe. Mais pour la FEC, ce n’est pas assez important. Ce n’est pas assez grave. Ce n’est pas une priorité. L’agence a dit dans un rapport de 2023 qu’elle entendait régulièrement des donateurs qui s’étaient inscrits à des dons récurrents sans leur connaissance ou leur consentement. Le rapport notait que les consommateurs avaient souvent tenté d’annuler les dons sans succès avant de contacter le personnel de l’agence pour obtenir de l’aide. Les responsables de l’agence ont dit que les cris des donateurs « suggèrent fortement que de nombreux contributeurs ne sont pas conscients des ‘cases pré-cochées’ et sont surpris par les transactions déjà complétées apparaissant sur les relevés de compte ».
La FTC qui se lave les mains
La Federal Trade Commission a critiqué les cases pré-cochées dans un rapport du personnel de 2022 comme un exemple de « truc » et de « tactique psychologique » utilisés par les détaillants et les spécialistes du marketing direct « pour amener les consommateurs à se séparer de leur argent ». Mais l’agence a dit à CNN qu’elle n’avait pas juridiction sur les publicités utilisées par les campagnes politiques, ni sur les opérations de WinRed et ActBlue, malgré le dépôt de centaines de plaintes de consommateurs. Pas de juridiction. C’est la réponse standard. Le bouclier parfait. L’excuse ultime. Pendant ce temps, des centaines de personnes âgées se font dépouiller. Mais ce n’est pas notre problème. Ce n’est pas notre juridiction. Quelqu’un d’autre devrait s’en occuper. Sauf que personne d’autre ne s’en occupe. Parce que tout le monde a une excuse. Tout le monde se lave les mains. Et les victimes continuent de s’accumuler.
Actuellement, les cases pré-cochées pour les dons récurrents sont autorisées dans presque tous les États malgré la condamnation généralisée de cette pratique par les défenseurs des consommateurs. La législation fédérale introduite ces dernières années qui aurait empêché leur utilisation est morte en commission sans gagner de traction. Et tandis que quatre procureurs généraux démocrates ont enquêté sur les tactiques de collecte de fonds de WinRed et ActBlue, aucune action n’a été prise à ce jour. Les plaintes individuelles déposées auprès des procureurs généraux des États à travers le pays n’ont entraîné aucune action apparente contre les plateformes de collecte de fonds ou les campagnes, selon les dossiers obtenus par CNN. Et dans ce que certains donateurs et experts ont souligné comme un conflit d’intérêts potentiel, les mêmes procureurs généraux recevant des plaintes au sujet de ces plateformes ont également utilisé WinRed et ActBlue pour leurs propres efforts de collecte de fonds.
Vous voyez le problème? C’est un cercle vicieux parfait. Les régulateurs disent qu’ils n’ont pas le pouvoir d’agir. Les législateurs qui pourraient leur donner ce pouvoir sont ceux qui bénéficient du système actuel. Les procureurs généraux qui pourraient poursuivre utilisent les mêmes plateformes pour leurs propres campagnes. Tout le monde a une excuse. Tout le monde a un conflit d’intérêts. Et pendant ce temps, les personnes âgées continuent de se faire voler. C’est un système conçu pour échouer. Pour les victimes. Mais pour réussir brillamment pour ceux qui en profitent.
Les tactiques de manipulation : la science de l'exploitation
Les fausses invitations et les promesses vides
Les messages que reçoivent les personnes âgées sont conçus avec une précision chirurgicale. Chaque mot est testé. Chaque image est optimisée. Chaque appel à l’action est calibré pour maximiser les conversions. Il y a les fausses invitations à Mar-a-Lago. Les promesses de rencontrer Trump en personne. Les invitations à rejoindre des conseils consultatifs qui n’existent pas. Les sondages de onze questions conçus pour vous énerver avant de vous demander de l’argent. Les messages qui prétendent venir directement de Trump ou de ses enfants. « Donald Trump Jr. veut être votre ami sur les réseaux sociaux. » « Le président Trump a personnellement demandé votre avis. » C’est du mensonge pur et simple. Mais c’est efficace. Parce que ça joue sur le désir humain fondamental de se sentir important. Spécial. Connecté à quelque chose de plus grand.
Pour les personnes âgées, surtout celles qui sont isolées, ces messages remplissent un vide émotionnel profond. Kathryn Locatell, gériatre médico-légale, explique que ce que Richard Benjamin ressentait chaque fois qu’il recevait un message de « remerciement » ou faisait un don est le même « shot de dopamine » que beaucoup de personnes âgées américaines recherchent. Et les sollicitations sont conçues d’une manière qui aspire intentionnellement les donateurs âgés dans leur toile, fournissant « un sentiment d’appartenance à un club passionnant et spécial ». « Vous et moi pourrions appeler ces demandes d’argent risibles, mais pour une personne qui a perdu sa capacité à juger la réalité, et qui a absorbé toute la désinformation toxique là-bas, sur Internet et à la télé, c’est une réalité parfaitement cohérente et ils sont heureux de se joindre et d’en faire partie, » dit-elle. « C’est comme ça que tout leur argent sera drainé jusqu’à ce qu’il soit parti. »
Les cases pré-cochées et le texte invisible
La fonctionnalité controversée qui trompe de nombreux donateurs est une case pré-cochée que les campagnes utilisent pour autoriser automatiquement les dons récurrents. Les donateurs ne réalisent souvent pas qu’ils doivent décocher cette case, donc en essayant de faire un petit don unique, ils s’inscrivent sans le savoir à des dons récurrents hebdomadaires ou mensuels. Parfois, il faut des mois ou des années avant qu’ils ne réalisent qu’une campagne a régulièrement facturé leur carte de crédit ou prélevé de l’argent de leur compte bancaire. Parce que le texte qui informe les donateurs qu’ils s’inscrivent à des dons récurrents est souvent si minuscule, particulièrement sur les pages de don WinRed, il serait très facile pour quelqu’un qui ne traite pas vraiment ce qu’il lit de le manquer, selon Locatell et d’autres experts interrogés par CNN. Les donateurs âgés qui ont des problèmes de mémoire à court terme pourraient faire des dons uniques encore et encore, ne se souvenant pas qu’ils ont fait un don même une heure plus tôt.
Les pages de don sont des chefs-d’œuvre de conception trompeuse. Il y a des « upsells » – ces cases qui ressemblent à des messages de Trump et qui, si vous cliquez dessus, ajoutent deux dons supplémentaires. Il y a du texte qui semble être un lien hypertexte, ce qui donne l’impression que vous devriez cliquer là pour vous inscrire aux dons récurrents. Mais vous êtes déjà inscrit par la case pré-cochée au-dessus. C’est de la confusion intentionnelle. De la tromperie calculée. Et ça marche. Les dossiers montrent que certains donateurs ont fini par être facturés plus de cent fois en une seule journée. Cent fois. En vingt-quatre heures. Parce qu’une fois que WinRed ou ActBlue a les informations financières d’un donateur, les dons peuvent être déclenchés par des actions incluant une réponse à un sondage en ligne, une commande de marchandise de campagne ou une réponse d’un mot à un message texte. Le système est conçu pour extraire le maximum d’argent avec le minimum de friction.
Vous savez ce qui me tue? C’est que tout ça est légal. Toutes ces tactiques que nous condamnerions dans n’importe quel autre contexte – les cases pré-cochées, les textes minuscules, les fausses promesses, les upsells cachés – tout ça serait illégal si une entreprise le faisait. La FTC les poursuivrait. Les États les poursuivraient. Les consommateurs gagneraient des recours collectifs. Mais en politique? C’est juste une autre journée au bureau. C’est juste comment on fait les choses. Et les victimes? Elles n’ont aucun recours. Aucune protection. Aucun moyen de récupérer leur argent ou leur dignité.
L'impossible bataille pour arrêter les dons
Le cauchemar des remboursements
Essayer d’arrêter les dons récurrents et d’obtenir des remboursements est comme essayer de naviguer dans un labyrinthe conçu par Kafka. WinRed et ActBlue disent tous deux qu’ils notifient les donateurs de chaque contribution récurrente et ont des guides sur leurs sites Web expliquant comment les donateurs ou leurs familles peuvent demander des remboursements et annuler les dons récurrents. Mais la réalité est bien différente. Beaucoup de ceux interrogés par CNN ont dit qu’il était difficile de déterminer quelles campagnes contacter, surtout parce que les dons étaient souvent répartis entre des centaines de groupes. Ils contactaient généralement WinRed ou ActBlue à la place et trouvaient le processus confus, difficile et fréquemment infructueux. Dans le cas de WinRed spécifiquement, beaucoup ont dit qu’ils ne pouvaient même pas comprendre comment joindre un représentant au téléphone.
Un fils frustré qui a déposé une plainte auprès du bureau du procureur général du Massachusetts a dit à CNN qu’il avait eu recours à traquer un stagiaire de l’entreprise qu’il avait trouvé sur LinkedIn dans l’espoir d’enfin arrêter les dons récurrents de sa mère. Il a dit qu’elle avait perdu plus de vingt mille dollars et qu’après avoir contacté WinRed et même annulé sa carte de débit, elle continuait à être facturée. Dans l’État de Washington, WinRed a rapidement rejeté l’appel d’une femme de quatre-vingts ans à l’État pour enquêter sur la plateforme pour « abus envers les personnes âgées » – disant que la femme avait accepté les conditions d’utilisation de l’entreprise, qui précisent qu’elle fournit des remboursements uniquement comme requis par la loi. Au moment où elle avait déposé sa plainte, son argent était parti depuis longtemps. C’était à elle de contacter les campagnes pour tout remboursement. « Avec tout le respect dû, » a écrit l’avocat de WinRed, « il n’y a rien ici à enquêter. »
Les familles qui découvrent trop tard
Les appels de journalistes de CNN demandant des informations sur les dons ont incité certains membres de la famille à se précipiter chez leurs proches pour les aider à examiner les relevés ou à commencer le long processus de prise en charge de leurs finances. D’autres familles avec qui CNN a parlé ont dit que c’était le nombre inhabituellement élevé de dons politiques – qui prenaient le pas sur des dépenses aussi importantes que les factures d’électricité et les impôts – qui les avait alertés que quelque chose n’allait pas. Dans le cas de l’ingénieur en communications retraité de quatre-vingts ans qui a donné près d’un demi-million de dollars, un des fils de l’homme a découvert que son compte d’épargne était presque vidé de tous ses dons. Le fils a dit qu’il l’avait emmené chez un neurologue où il a été diagnostiqué avec la démence et a passé des semaines à annuler des cartes de crédit et à contester des frais, tentant d’arrêter les dons récurrents un par un.
La fille d’une femme de quatre-vingt-un ans atteinte de la maladie d’Alzheimer a dit à CNN que lorsqu’elle a rendu visite à sa mère chez elle le mois dernier, sa mère a reçu un appel de la campagne de Ted Cruz et un texto avec un lien ActBlue en quelques minutes l’un de l’autre. Elle a dit que sa mère allait donner à chacun avant qu’elle ne l’arrête. Le déclin cognitif de sa mère est devenu si grave, a-t-elle dit, qu’elle croyait que quand quelqu’un lui demandait de l’argent, elle devait le donner. La fille, qui vit dans une autre ville, a dit qu’elle essayait de coordonner les soins médicaux de sa mère tout en triant également la dette de carte de crédit qu’elle avait accumulée après avoir donné plus de cent mille dollars. C’est le fardeau qui tombe sur les familles. Essayer de démêler des mois ou des années de dons. Essayer de récupérer au moins une partie de l’argent. Essayer de protéger leurs proches d’une exploitation continue. Tout en gérant également leur déclin de santé et leurs besoins de soins.
Imaginez découvrir que votre mère, votre père, votre grand-mère a donné des centaines de milliers de dollars. Que leurs économies de toute une vie ont disparu. Que vous devez maintenant payer pour leurs soins parce qu’ils n’ont plus d’argent. Et puis imaginez essayer de récupérer cet argent. Appeler des centaines de campagnes. Remplir des formulaires. Prouver que votre parent a la démence. Supplier pour des remboursements. Et se faire dire encore et encore que c’est trop tard. Que l’argent est parti. Qu’il n’y a rien à faire. C’est la réalité pour des milliers de familles américaines. Et ça continue. Chaque jour. Pendant que nous regardons ailleurs.
La réaction d'Andrew Egger : "Vous ne pouvez pas échapper"
Un chroniqueur face à la réalité
Andrew Egger n’est pas naïf. Il a passé des années à écrire sur les dommages causés par Donald Trump, sa politique et son étrange mouvement culturel non seulement au pays en général mais aux gens qui le soutiennent en particulier. « Il m’est plus clair que jamais que ces dommages sont étendus et omniprésents et lui survivront de plusieurs années, » écrit-il. Mais voir sa propre grand-mère piégée dans ce système l’a frappé différemment. C’était personnel. C’était sa famille. Et ça lui a montré quelque chose qu’il n’avait pas pleinement compris avant. « C’est une caractéristique sous-estimée de notre époque politique, » écrit-il. « Ce n’est pas seulement que les choses sont mauvaises, c’est qu’elles le sont sans relâche. Vous ne pouvez pas l’éteindre. Vous ne pouvez pas y échapper. Vous ne pouvez pas distinguer entre le réel et le faux, le bon et le mauvais, le normal et l’anormal. Les choses continuent de s’accumuler. »
Cette visite de Noël lui a montré à quel point tous les problèmes actuels changent activement la vie de sa famille pour le pire. Ce n’était pas seulement sa grand-mère et les textos frauduleux. C’était aussi son oncle, préoccupé par un jeune parent qui était devenu fan du podcasteur néo-nazi Nick Fuentes. Qui se considérait maintenant comme un nationaliste blanc. Qui était plein de discours alarmants sur la façon dont les Blancs doivent apprendre à se voir comme des victimes du système. Son oncle était choqué et troublé par tout cela et semblait demander à Egger comment atteindre une personne qui était tombée si loin dans ce terrier de lapin particulier. Quand Egger a mentionné la conversation sur Fuentes à une de ses sœurs, qui fréquente actuellement un collège chrétien conservateur, elle a dit qu’elle avait vu une augmentation inquiétante de l’antisémitisme décontracté parmi ses propres pairs.
Le refus du schadenfreude
Egger fait quelque chose de remarquable dans son article. Quelque chose de rare dans notre époque polarisée. Il refuse de blâmer les victimes. « Peut-être que rien de tout cela n’aurait dû me surprendre, » écrit-il. « J’ai passé beaucoup de temps au fil des ans à écrire sur les dommages causés par Donald Trump, sa politique et son étrange mouvement culturel non seulement au pays en général mais aux gens qui le soutiennent en particulier. Il m’est plus clair que jamais que ces dommages sont étendus et omniprésents et lui survivront de plusieurs années. Mais je ne peux pas accepter le point de vue chargé de schadenfreude selon lequel quiconque a jamais tiré un levier pour Trump mérite tout ce qui lui arrive en conséquence. Le fait est que ce moment politique rend misérables de bonnes personnes. Je ne les blâme pas pour ça. Je le blâme, lui. »
C’est une position courageuse. Parce qu’il serait facile de dire que les électeurs de Trump méritent ce qui leur arrive. Qu’ils ont fait leur lit et doivent maintenant s’y coucher. Qu’ils ont été avertis. Mais Egger voit plus profondément. Il voit que sa grand-mère n’est pas une idiote. Elle n’est pas une fanatique. Elle est une bonne personne qui a été manipulée par un système conçu pour exploiter sa loyauté et sa confiance. Et il refuse de la blâmer pour ça. Il blâme Trump. Il blâme le système. Il blâme ceux qui profitent de cette exploitation. C’est la bonne cible. Parce que les victimes ne sont pas le problème. Les prédateurs le sont. Et jusqu’à ce que nous arrêtions de blâmer les victimes et commencions à tenir les prédateurs responsables, rien ne changera. Les personnes âgées continueront de se faire voler. Les familles continueront de découvrir trop tard. Et le cycle continuera.
Egger a raison. Et ça me brise le cœur qu’il ait raison. Parce que ce serait tellement plus facile de blâmer les victimes. De dire qu’elles l’ont cherché. Qu’elles auraient dû savoir mieux. Mais la vérité est plus compliquée et plus triste. Ces gens ont été trahis. Par les leaders en qui ils croyaient. Par le système qu’ils pensaient les protéger. Par un pays qui a décidé que leur argent valait plus que leur dignité. Et nous devons arrêter de prétendre que c’est leur faute. Ce n’est pas leur faute. C’est notre faute. Collectivement. Pour avoir permis que ce système existe. Pour avoir regardé ailleurs pendant qu’il dévore nos aînés.
Les autres victimes : la montée de l'extrémisme et de la haine
Nick Fuentes et la radicalisation des jeunes
L’exploitation financière des personnes âgées n’est qu’une partie du tableau plus large que Egger a vu pendant sa visite de Noël. Il y avait aussi la radicalisation. Son oncle lui a demandé ce qu’il savait sur Nick Fuentes. Il avait appris qu’un jeune parent était devenu fan du podcasteur néo-nazi. Que ce parent se considérait maintenant comme un nationaliste blanc. Qu’il était plein de discours sur la façon dont les Blancs doivent apprendre à se voir comme des victimes du système. L’oncle d’Egger était choqué et troublé. Il cherchait des réponses. Comment atteindre quelqu’un qui est tombé si loin? Comment ramener quelqu’un du bord? Egger a dit qu’ils ont parlé pendant un moment, mais qu’il savait à peine quoi dire. Parce que comment combattez-vous ça? Comment combattez-vous un écosystème médiatique entier conçu pour radicaliser les jeunes hommes? Comment combattez-vous des algorithmes qui poussent les gens vers des contenus de plus en plus extrêmes?
Fuentes n’est pas un cas isolé. Il fait partie d’un réseau plus large d’influenceurs d’extrême droite qui utilisent les médias sociaux pour répandre la haine et recruter de nouveaux adeptes. Et ça marche. Surtout parmi les jeunes hommes qui se sentent perdus, en colère, laissés pour compte. Fuentes leur offre une explication simple pour leurs problèmes. Une cible pour leur colère. Un sentiment d’appartenance et de but. C’est toxique. C’est dangereux. Et c’est en croissance. Quand Egger a mentionné la conversation à une de ses sœurs, qui fréquente un collège chrétien conservateur, elle a dit qu’elle avait vu une augmentation inquiétante de l’antisémitisme décontracté parmi ses propres pairs. Ce n’est pas juste en ligne. Ce n’est pas juste dans les coins sombres d’Internet. C’est dans les collèges. Dans les églises. Dans les familles. Et ça se normalise. Lentement mais sûrement.
L’antisémitisme qui se banalise
La sœur d’Egger fréquente un collège chrétien conservateur. Un endroit où vous vous attendriez à trouver des valeurs traditionnelles. Du respect. De la décence. Mais elle a remarqué quelque chose de troublant. Une augmentation de l’antisémitisme décontracté parmi ses pairs. Pas l’antisémitisme flagrant et violent du passé. Mais quelque chose de plus insidieux. Des blagues. Des stéréotypes. Des théories du complot présentées comme des faits. C’est normalisé. Banalisé. Traité comme juste une autre opinion. Et personne ne dit rien. Parce que dans notre culture actuelle, tout est relatif. Toutes les opinions sont valables. Toute la vérité est subjective. Alors pourquoi ne pas laisser les gens croire ce qu’ils veulent? Sauf que certaines croyances mènent à la violence. Certaines opinions tuent. Et l’antisémitisme a une longue et sanglante histoire de faire exactement ça.
C’est une autre facette des dommages causés par le mouvement MAGA. Ce n’est pas seulement l’exploitation financière. C’est la normalisation de la haine. La légitimation de l’extrémisme. La création d’un espace où les idées les plus viles peuvent prospérer. Et ça se passe dans des endroits que nous pensions sûrs. Dans des collèges chrétiens. Dans des familles conservatrices. Dans des communautés qui se considèrent comme morales et décentes. Parce que le poison s’est infiltré partout. Il a infecté notre discours. Notre politique. Notre culture. Et maintenant il infecte nos jeunes. Les radicalise. Les transforme en quelque chose que leurs familles ne reconnaissent plus. Et nous ne savons pas comment l’arrêter. Parce que comment combattez-vous quelque chose qui est partout? Comment protégez-vous vos enfants d’un écosystème médiatique entier conçu pour les radicaliser?
Voilà ce qui me terrifie le plus. Pas juste l’argent volé. Pas juste les personnes âgées exploitées. Mais la prochaine génération. Les jeunes qui grandissent dans cet environnement toxique. Qui pensent que l’antisémitisme est juste une blague. Que le nationalisme blanc est juste une opinion. Que la haine est juste de la politique. Parce que ces jeunes vont hériter du monde. Ils vont diriger le pays. Et si nous ne faisons rien maintenant, si nous continuons à regarder ailleurs, nous allons nous réveiller un jour dans un pays que nous ne reconnaissons plus. Un pays où la haine est normale. Où l’exploitation est acceptée. Où la cruauté est une vertu.
Les solutions qui n'arrivent pas : pourquoi rien ne change
Les conflits d’intérêts partout
Le problème avec la réforme de ce système est simple. Ceux qui ont le pouvoir de le changer sont ceux qui en bénéficient. Les législateurs qui pourraient interdire les cases pré-cochées utilisent ces mêmes tactiques pour leurs propres campagnes. Les procureurs généraux qui pourraient poursuivre WinRed et ActBlue utilisent ces plateformes pour collecter des fonds. Les régulateurs qui pourraient imposer des règles disent qu’ils n’ont pas juridiction. C’est un cercle vicieux parfait où tout le monde a une excuse et personne n’agit. La FEC a recommandé au Congrès d’introduire une législation pour interdire les cases pré-cochées. Elle a fait cette recommandation pour la première fois en 2021 après que le New York Times a rapporté le problème. Nous sommes maintenant fin 2025. Rien n’a changé. La législation introduite est morte en commission. Sans traction. Sans soutien. Sans espoir.
Quatre procureurs généraux démocrates ont enquêté sur les tactiques de collecte de fonds de WinRed et ActBlue. Aucune action n’a été prise à ce jour. Les plaintes individuelles déposées auprès des procureurs généraux des États à travers le pays n’ont entraîné aucune action apparente contre les plateformes de collecte de fonds ou les campagnes. Et voici le coup de pied. Les mêmes procureurs généraux recevant des plaintes au sujet de ces plateformes ont également utilisé WinRed et ActBlue pour leurs propres efforts de collecte de fonds. C’est un conflit d’intérêts flagrant. Mais personne ne semble s’en soucier. Parce que l’argent est trop bon. Parce que gagner des élections nécessite de l’argent. Et si vous devez exploiter quelques milliers de personnes âgées pour obtenir cet argent? Eh bien, c’est juste le coût de faire des affaires en politique moderne.
L’argent qui parle plus fort que la morale
WinRed et ActBlue ont collecté plus de cent millions de dollars en frais des campagnes fédérales et des comités politiques au cours des deux dernières années seulement. Cent millions. C’est beaucoup d’argent. C’est beaucoup d’incitation à maintenir le statu quo. Les deux plateformes disent que ce sont les campagnes qui choisissent la fréquence et le ton des sollicitations. Elles se lavent les mains de toute responsabilité. Mais elles fournissent les outils. Elles facilitent l’exploitation. Elles profitent de chaque transaction. Elles sont complices. Et elles le savent. Mais tant que l’argent continue à affluer, pourquoi changeraient-elles? WinRed n’a même pas répondu aux multiples demandes de commentaires de CNN. Silence radio. Parce qu’ils n’ont pas à répondre. Parce qu’il n’y a aucune conséquence. Aucune responsabilité. Aucun prix à payer pour l’exploitation de milliers de personnes âgées.
ActBlue, au moins, a dit quelque chose. Un porte-parole a dit que la plateforme est conçue pour donner aux « donateurs un contrôle total » sur leurs contributions. Que les donateurs ou leurs familles peuvent contacter leur équipe de support interne avec toutes préoccupations. Ils ont dit qu’ils ont formé leur personnel de service client à être à l’affût des donateurs qui utilisent des mots-clés indiquant confusion ou problèmes cognitifs et à les escalader à un niveau de service plus élevé. Ils ont dit que cette situation est rare et que les employés font ce qu’ils peuvent pour accommoder les remboursements au-delà de la fenêtre de remboursement standard de quatre-vingt-dix jours. C’est bien. C’est mieux que rien. Mais ce n’est pas suffisant. Parce que le problème n’est pas juste le service client. Le problème est le système lui-même. Un système conçu pour extraire le maximum d’argent avec le minimum de friction. Un système où les personnes âgées vulnérables sont les cibles parfaites.
Vous savez ce qui me rend vraiment furieux? Ce n’est pas que le système est cassé. C’est qu’il fonctionne exactement comme prévu. Il est conçu pour faire ça. Pour exploiter. Pour manipuler. Pour extraire. Et tout le monde le sait. Les plateformes le savent. Les campagnes le savent. Les régulateurs le savent. Les législateurs le savent. Tout le monde sait. Mais personne ne fait rien. Parce que l’argent est trop bon. Parce que gagner est trop important. Parce que les victimes ne comptent pas autant que les victoires électorales. Et ça me tue. Ça me tue de savoir que nous vivons dans un pays où c’est acceptable. Où c’est normal. Où c’est juste la façon dont les choses sont.
Conclusion : Le prix de notre silence
Ce que nous perdons en regardant ailleurs
L’histoire de la grand-mère d’Andrew Egger n’est pas juste une histoire sur l’argent. C’est une histoire sur ce que nous sommes devenus. Sur ce que nous acceptons. Sur ce que nous tolérons au nom de la politique. Cette femme de quatre-vingts ans qui a travaillé toute sa vie, qui a économisé, qui a cru en quelque chose de plus grand qu’elle-même, se fait maintenant dépouiller par ceux-là mêmes qu’elle soutient. Et nous le savons. Nous le voyons. Nous en lisons les articles. Et puis nous passons à autre chose. Parce qu’il y a toujours une autre crise. Toujours un autre scandale. Toujours quelque chose de nouveau pour capter notre attention. Mais pendant que nous regardons ailleurs, des milliers de personnes âgées continuent de se faire exploiter. Leurs économies de toute une vie continuent de disparaître. Leurs familles continuent de découvrir trop tard. Et le système continue de tourner.
Egger écrit que c’est « une caractéristique sous-estimée de notre époque politique : ce n’est pas juste que les choses sont mauvaises, c’est qu’elles le sont sans relâche. Vous ne pouvez pas l’éteindre. Vous ne pouvez pas y échapper. Vous ne pouvez pas distinguer entre le réel et le faux, le bon et le mauvais, le normal et l’anormal. Les choses continuent de s’accumuler. » Il a raison. Nous sommes noyés dans la crise. Submergés par le chaos. Paralysés par l’ampleur des problèmes. Et pendant que nous sommes paralysés, les prédateurs continuent de chasser. Les exploiteurs continuent d’exploiter. Les victimes continuent de s’accumuler. Et nous continuons de regarder ailleurs. Parce que c’est plus facile. Parce que c’est moins douloureux. Parce que nous ne savons pas quoi faire d’autre. Mais notre silence a un prix. Et ce prix est payé par les plus vulnérables d’entre nous.
L’appel à l’action que personne n’entend
Alors que faisons-nous? Comment arrêtons-nous ça? La réponse est simple en théorie, impossible en pratique. Nous avons besoin de lois. De vraies lois avec de vraies dents. Interdire les cases pré-cochées. Exiger un consentement explicite pour les dons récurrents. Imposer des limites sur la fréquence des sollicitations. Créer des protections spéciales pour les personnes âgées. Donner aux régulateurs le pouvoir et les ressources pour faire respecter ces règles. Tenir les plateformes et les campagnes responsables quand elles exploitent des donateurs vulnérables. Ce n’est pas compliqué. D’autres pays l’ont fait. D’autres industries ont ces protections. Mais en politique américaine? C’est apparemment impossible. Parce que ceux qui doivent voter pour ces lois sont ceux qui bénéficient du système actuel. Et ils ne vont pas voter contre leurs propres intérêts. Même si ça signifie sacrifier des milliers de personnes âgées sur l’autel de l’ambition politique.
Mais peut-être que le changement ne viendra pas d’en haut. Peut-être qu’il doit venir d’en bas. Des familles qui découvrent ce qui arrive à leurs proches et refusent de rester silencieuses. Des journalistes qui continuent d’exposer ces pratiques. Des défenseurs des consommateurs qui continuent de se battre. Des procureurs généraux courageux qui sont prêts à poursuivre même si ça signifie aller contre leur propre parti. Du public qui refuse d’accepter que c’est juste la façon dont les choses sont. Parce que ce n’est pas la façon dont les choses doivent être. Nous pouvons faire mieux. Nous devons faire mieux. Pour la grand-mère d’Egger. Pour Richard Benjamin. Pour l’ingénieur du Texas. Pour l’immigrante taïwanaise. Pour la femme aux pyjamas troués. Pour la veuve qui rationnait l’eau. Pour tous ceux qui ont été trahis par un système qui était censé les servir. Nous leur devons mieux. Nous nous devons mieux. Et jusqu’à ce que nous agissions, leur sang est sur nos mains.
Je termine cet article avec le cœur lourd. Parce que je sais que rien ne va changer. Pas demain. Probablement pas l’année prochaine. Peut-être jamais. Parce que le système est trop puissant. Les intérêts sont trop enracinés. L’argent parle trop fort. Mais je devais écrire ça quand même. Parce que quelqu’un doit témoigner. Quelqu’un doit dire que ce n’est pas acceptable. Que ce n’est pas normal. Que ce n’est pas la façon dont nous devrions traiter nos aînés. Que ce n’est pas le pays que nous prétendons être. Et peut-être, juste peut-être, si assez de gens lisent ça et se mettent en colère, si assez de familles découvrent ce qui arrive et refusent de l’accepter, si assez de voix s’élèvent et exigent le changement… peut-être que quelque chose bougera. Peut-être. C’est un mince espoir. Mais c’est tout ce que j’ai. Et je m’y accroche. Parce que l’alternative est trop sombre pour être contemplée.
Sources
Sources primaires
Raw Story, « Analyst melts down as MAGA grandma scammed by Trump allies », par Robert Davis, publié le 29 décembre 2025. The Bulwark, « When MAGA Comes to Christmas Dinner: A glimpse of what Trump’s movement does to its supporters », par Andrew Egger, Cathy Young et Jim Swift, publié le 29 décembre 2025.
Sources secondaires
CNN Investigates, « How elderly dementia patients are unwittingly fueling political campaigns: A CNN investigation reveals how deceptive political fundraising has misled elderly Americans into giving away millions of dollars », par Blake Ellis, Melanie Hicken, Yahya Abou-Ghazala, Audrey Ash, Kyung Lah, Anna-Maja Rappard, Casey Tolan, Lou Robinson et Byron Manley, publié le 22 octobre 2024. Federal Trade Commission, rapports de plaintes concernant WinRed et ActBlue, janvier 2022 à juin 2024. Federal Election Commission, données sur les contributions individuelles via WinRed et ActBlue, juillet 2019 à juin 2024.
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