L’histoire regorge de dirigeants qui ont accédé aux plus hautes fonctions que leur société pouvait offrir, pour finalement tout gâcher une fois en poste. Qu’ils aient été animés par l’arrogance, l’instabilité, l’ignorance volontaire ou un simple manque de jugement, ces dirigeants et chefs d’État ont réussi à causer d’énormes dégâts aux nations et aux empires qu’ils étaient censés protéger. De la Rome antique à l’Afrique contemporaine, les exemples édifiants ne manquent pas pour illustrer ce qui arrive lorsque la mauvaise personne se retrouve aux commandes.
1. L'empereur Caligula (37-41 apr. J.-C.)
Le troisième empereur de Rome a entamé son règne avec une popularité suffisante pour toute une vie, mais il l’a gaspillée à un rythme véritablement effrayant. À peine quelques années après son accession au pouvoir, il aurait déjà exécuté des gens sur un coup de tête, vidé le trésor impérial pour financer des projets personnels somptueux et humilié des membres du Sénat pour s’amuser. Son règne n’a duré que quatre ans avant que sa propre garde prétorienne, en ayant assez, ne l’assassine en 41 après J.-C.
2. L'empereur Néron (54-68 apr. J.-C.)
Néron hérita de l’un des empires les plus puissants du monde antique et se mit à le diriger avec une démesure à couper le souffle. Il fit assassiner sa propre mère, fit exécuter sa première épouse et s’intéressait bien davantage à ses activités artistiques qu’aux responsabilités quotidiennes liées à la gestion d’un empire. Lorsqu’une rébellion le contraignit finalement à fuir Rome en 68 après J.-C., même ses plus proches alliés l’avaient abandonné, et il se suicida à l’âge de 30 ans.
3. L'empereur Commode (177-192 apr. J.-C.)
Commodus succéda à son père, Marc Aurèle, l’un des empereurs-philosophes les plus respectés de Rome, et ne tarda pas à mener l’empire dans la direction opposée. Il développa une obsession pour les combats de gladiateurs, entrant lui-même fréquemment dans l’arène et forçant les sénateurs à le regarder se battre alors qu’il était déguisé en Hercule. Son comportement erratique et son manque d’intérêt pour la gouvernance finirent par provoquer une conspiration parmi les membres de sa propre maison, qui le firent étrangler dans son bain en 192 après J.-C.
4. Ethelred le Malavisé (978–1013, 1014–1016)
Le surnom « Unready » est en réalité une erreur de traduction du vieil anglais « unræd », qui signifie « mal conseillé » ou « mal avisé », mais quoi qu’il en soit, c’est une description qui convient plutôt bien au roi Ethelred d’Angleterre. Il passa une grande partie de son règne à verser d’énormes sommes d’argent, connues sous le nom de Danegeld, aux envahisseurs vikings en échange d’une paix temporaire, plutôt que de mettre en place une défense militaire efficace. Il fut finalement chassé de son trône par le roi danois Sweyn Forkbeard, s’enfuit en exil en Normandie et ne fut rétabli au pouvoir qu’après la mort soudaine de Sweyn en 1014.
5. Le roi Jean d'Angleterre (1199-1216)
Le roi Jean hérita de son frère Richard Ier un vaste empire angevin et parvint à en céder la majeure partie à la France en l’espace de quelques années, ce qui lui valut le surnom peu flatteur de « Softsword » (l’Épée molle). Sa politique fiscale oppressive et son mépris des droits féodaux poussèrent ses propres barons à se rebeller, le contraignant à signer la Magna Carta en 1215 ; un document qui limita considérablement le pouvoir royal et devint l’une des pierres angulaires du gouvernement constitutionnel. Il mourut en 1216 lors d’un nouveau soulèvement des barons, n’ayant jamais vraiment réussi à regagner la confiance ou la loyauté de la noblesse qu’il avait passé des années à s’aliéner.
6. Charles II d'Espagne (1665-1700)
Surnommé « El Hechizado », ou « l’Envoûté », Charles II était le fruit de plusieurs générations de consanguinité au sein de la maison de Habsbourg, ce qui lui valut de graves handicaps physiques et mentaux. Il ne put marcher avant l’âge de quatre à huit ans, avait du mal à mâcher sa nourriture en raison d’une mâchoire fortement proéminente, et était décrit par ses contemporains comme à peine capable de se gouverner lui-même, sans parler de diriger un empire. Lorsqu’il mourut sans héritier en 1700, le conflit qui s’ensuivit autour de la succession déclencha la guerre de Succession d’Espagne, un conflit qui redessina entièrement la carte de l’Europe.
7. Christian VII de Danemark (1766-1808)
Christian VII monta sur le trône du Danemark alors qu’il était encore adolescent et manifesta des signes de grave maladie mentale presque immédiatement après son accession au pouvoir. Il était sujet à des accès de colère imprévisibles, à des hallucinations apparentes et à un comportement public erratique qui scandalisèrent les cours européennes et suscitèrent de vives inquiétudes quant à son aptitude à régner. Le pouvoir réel finit par passer entre les mains de son médecin de cour, Johann Friedrich Struensee, qui mit en place des réformes radicales avant d’être arrêté et exécuté en 1772, laissant le gouvernement danois dans un état d’instabilité persistante.
8. Louis XVI de France (1774-1792)
Louis XVI était un homme assez intègre sur le plan personnel, mais l’intégrité personnelle ne se traduit pas automatiquement par une compétence politique, et son règne l’a clairement démontré. Il était réputé pour son indécision, changeant souvent de cap aux moments critiques, et sa gestion de la grave crise financière que traversait la France s’est avérée désastreusement insuffisante ; ses tentatives de réforme ont été bloquées à maintes reprises par une noblesse privilégiée qu’il n’était pas disposé à affronter directement. Lorsque la Révolution française éclata en 1789, ses hésitations persistantes entre conciliation et résistance ne firent qu’aggraver une situation déjà mauvaise, et il fut finalement exécuté à la guillotine en janvier 1793.
9. Le tsar Nicolas II (1894-1917)
Nicolas II fut le dernier tsar de Russie, et son règne illustre de manière frappante ce qui se passe lorsqu’un dirigeant autocratique refuse de s’adapter aux réalités politiques qui se profilent autour de lui. Il a écarté les premières occasions de réforme constitutionnelle, a laissé le désastreux Raspoutine gagner en influence à la cour par l’intermédiaire de son épouse Alexandra, et a entraîné la Russie dans une implication catastrophique dans la Première Guerre mondiale que les infrastructures du pays ne pouvaient tout simplement pas supporter. La révolution de février 1917 l’a contraint à abdiquer, et il a été exécuté avec toute sa famille par les bolcheviks en juillet 1918.
10. L'empereur Guillaume II (1888-1918)
Guillaume II d’Allemagne avait le don de tenir des propos incendiaires au pire moment, et ses décisions impulsives en matière de politique étrangère ont contribué à entraîner l’Europe dans la Première Guerre mondiale. Sa décision de limoger le chancelier Otto von Bismarck en 1890, l’un des diplomates les plus habiles de l’histoire européenne, a rendu la politique étrangère allemande nettement moins stable et plus encline à ce genre de provocations qui inquiétaient les nations voisines. À la fin de la guerre, en 1918, l’Allemagne était vaincue et humiliée, et Guillaume fut contraint d’abdiquer et de fuir aux Pays-Bas, où il passa le reste de ses jours dans un exil confortable.
11. Neville Chamberlain (1937-1940)
On se souvient aujourd’hui de Neville Chamberlain principalement pour une erreur de jugement catastrophique : sa politique d’apaisement envers Adolf Hitler à la fin des années 1930. Après avoir signé l’accord de Munich en 1938, qui cédait la région des Sudètes de la Tchécoslovaquie à l’Allemagne nazie, il rentra en Grande-Bretagne et déclara que cet accord avait garanti « la paix pour notre temps ». Moins d’un an plus tard, Hitler avait envahi la Pologne, la Seconde Guerre mondiale avait éclaté, et la politique de Chamberlain s’était révélée être un échec cuisant, tant sur le plan du jugement que de la prévoyance.
12. Le roi Farouk d'Égypte (1936-1952)
Le roi Farouk accéda au trône d’Égypte avec de réelles promesses et une popularité initiale considérable, mais son règne s’effondra progressivement sous le poids de ses propres excès et de son incompétence politique. Il se forgea une réputation de dépensier extravagant alors que son pays était en proie à une profonde pauvreté ; ses collections palatiales comprenaient, selon certaines sources, tout ce qui allait des timbres rares aux objets de valeur volés, et son poids personnel augmenta considérablement au fil des ans. La défaite humiliante de l’Égypte lors de la guerre israélo-arabe de 1948, largement imputée en partie à la mauvaise planification militaire sous son gouvernement, a finalement conduit à un coup d’État militaire en 1952 qui l’a contraint à un exil définitif.
13. Jean-Bédel Bokassa (1966-1979)
Bokassa a pris le pouvoir en République centrafricaine lors d’un coup d’État militaire en 1966 et a ensuite dirigé le pays avec une brutalité et un délire croissants. En 1977, il aurait dépensé un tiers du budget annuel total du pays pour une somptueuse cérémonie d’autocoronation au cours de laquelle il s’est proclamé empereur Bokassa Ier, un événement que le gouvernement français a en partie financé avant d’exprimer par la suite de vifs regrets quant à son implication. Son régime a pris fin après le massacre d’écoliers en 1979, auquel il a personnellement participé ; une atrocité qui a finalement poussé la France à intervenir et à le destituer.
14. Idi Amin (1971-1979)
Idi Amin a pris le pouvoir en Ouganda à la suite d’un coup d’État militaire en 1971 et a dirigé le pays en recourant à la fois à une violence extrême et à des décisions imprévisibles qui ont laissé la nation dévastée. Il a expulsé l’ensemble de la communauté asiatique d’Ouganda en 1972, ce qui a détruit du jour au lendemain une grande partie de l’infrastructure commerciale et professionnelle du pays, et son régime a tué des dizaines de personnes au cours de ses huit années au pouvoir. Sa décision catastrophique d’envahir la Tanzanie en 1978 s’est finalement retournée contre lui lorsque les forces tanzaniennes, soutenues par des exilés ougandais, ont envahi le pays et l’ont chassé du pouvoir en 1979.
15. Lon Nol (1970-1975)
Lon Nol est arrivé au pouvoir au Cambodge après qu’un coup d’État soutenu par les États-Unis eut renversé le prince Norodom Sihanouk en 1970 ; son mandat a été marqué par l’incompétence militaire et une administration gangrenée par la corruption. Son armée était généralement décrite comme mal entraînée, sous-financée et truffée de « soldats fantômes », des soldats qui n’existaient que sur le papier afin que leurs commandants puissent empocher leurs salaires. Les Khmers rouges, profitant du chaos et du ressentiment engendrés par son gouvernement, ont progressivement gagné du terrain et ont finalement pris Phnom Penh en avril 1975, mettant fin à son règne et marquant le début de l’un des pires génocides du XXe siècle.
16. Robert Mugabe (1980-2017)
Robert Mugabe a conduit le Zimbabwe à l’indépendance, le libérant du joug de la minorité blanche, et a autrefois été salué sur la scène internationale comme un héros de la libération, mais les dernières décennies de son règne ont révélé une réalité tout autre. Le programme de réforme agraire accélérée mis en place par son gouvernement au début des années 2000, qui a conduit à la confiscation forcée des fermes appartenant à des Blancs sans véritable planification ni indemnisation, a provoqué l’effondrement du secteur agricole zimbabwéen et déclenché une crise d’hyperinflation qui a atteint un taux estimé à 89,7 sextillions de pour cent à son apogée en 2008. Il s’est accroché au pouvoir pendant des années grâce à la manipulation électorale et à l’intimidation, et il a finalement fallu une intervention militaire en 2017 pour le destituer à l’âge de 93 ans.
17. Anastasio Somoza Debayle (1967-1979)
Anastasio Somoza Debayle fut le dernier représentant de la dynastie Somoza à diriger le Nicaragua, et il réussit à dilapider en un temps remarquablement court la quasi-totalité de la bonne volonté dont bénéficiait encore le régime de sa famille. Après le tremblement de terre dévastateur de Managua en 1972, l’aide internationale afflua dans le pays, et la décision de son gouvernement de détourner une grande partie de ces fonds à des fins personnelles et politiques plutôt que pour les efforts de secours retourna même ses partisans de longue date contre lui. La révolution sandiniste qui le renversa en 1979 bénéficia du soutien d’une large coalition de Nicaraguayens qui en avaient assez de sa corruption, et il s’enfuit avant d’être assassiné au Paraguay l’année suivante.
18. Justin II de Byzance (565-578)
Justin II hérita de son oncle Justinien Ier un Empire byzantin qui semblait en bonne santé, mais il parvint à le déstabiliser considérablement en l’espace de quelques années seulement. Sa décision de cesser de verser le tribut aux Avars et sa gestion désastreuse des relations avec la Perse déclenchèrent des guerres sur plusieurs fronts simultanément, poussant les ressources militaires de l’empire à leurs limites. En 574, le poids de ses échecs l’avait apparemment conduit à un effondrement total ; on rapporte qu’il devait être promené dans le palais sur une charrette, mordant ses serviteurs et poussant des cris d’animaux, ce qui a conduit son corégent Tibère à prendre effectivement les rênes du pouvoir.
19. Ferdinand Ier d'Autriche (1835-1848)
Ferdinand Ier d’Autriche était si peu fait pour gouverner que même ses propres conseillers le décrivaient comme incapable de diriger ; pourtant, il resta sur le trône pendant plus d’une décennie, en grande partie grâce aux efforts des habiles hommes d’État qui l’entouraient. Il souffrait de crises d’épilepsie et de graves troubles cognitifs, et l’une des citations les plus célèbres qui lui sont attribuées est « Je suis l’empereur, et je veux des boulettes », ce qui illustre bien la portée plutôt limitée de ses ambitions impériales. Les révolutions de 1848 finirent par anéantir ce qui restait de la capacité de son gouvernement à diriger l’empire, et il abdiqua en décembre de cette année-là en faveur de son neveu, François-Joseph Ier.
20. Francisco Solano López (1862-1870)
Francisco Solano López a entraîné le Paraguay dans la guerre de la Triple Alliance contre le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay, un conflit si catastrophiquement mal géré qu’il figure parmi les cas d’autodestruction nationale les plus dévastateurs de l’histoire. Il a refusé d’accepter toute paix négociée alors même que la situation de son pays devenait de plus en plus désespérée, faisant exécuter des milliers de ses propres officiers, de membres de sa famille et même de diplomates étrangers, soupçonnés de trahison, alors que la guerre tournait à son désavantage. Lorsqu’il fut tué au combat en 1870, la population du Paraguay avait diminué d’environ 60 à 90 %, les hommes en âge de combattre ayant été presque entièrement décimés.