Bien avant l’apparition des villes, des temples ou des religions codifiées, les hommes enterraient déjà leurs défunts dans des grottes, des fosses, des habitations et des cimetières qui revêtaient manifestement une grande importance à leurs yeux. Les défunts étaient déposés avec de l’ocre, des bois de cerf, des perles ou d’autres objets dont la mise en place demandait du temps et des efforts. Les archéologues se disputent encore sur la signification de certains de ces objets ; pourtant, ces 20 sites funéraires rendent difficile de nier une chose : les premiers humains continuaient à agir comme si la mort exigeait de l’attention, du souvenir et quelque chose de plus qu’une simple mise au rebut.
1. La grotte de Shanidar, en Irak
Dans les montagnes du Zagros, au Kurdistan irakien, Shanidar nous a livré certains des restes néandertaliens les plus célèbres jamais découverts. L’hypothèse d’une sépulture fleurie fait toujours l’objet de débats, car la présence de pollen pourrait s’expliquer par l’activité de rongeurs ; néanmoins, l’argument général en faveur d’un traitement respectueux des défunts à Shanidar reste valable.
2. Sima de los Huesos, Espagne
À Atapuerca, dans le nord de l’Espagne, ce puits profond recelait une concentration exceptionnelle de restes humains anciens datant d’il y a environ 430 000 ans. Personne ne peut prouver exactement ce qui s’est passé à cet endroit, mais l’emplacement du site et la célèbre hache à main découverte avec les ossements placent ce lieu au cœur des débats sur les tout premiers comportements funéraires.
3. La grotte Rising Star, Afrique du Sud
C’est à Rising Star que l’Homo naledi a été découvert, au cœur d’un réseau de grottes situé au nord-ouest de Johannesburg, et ce site fait toujours l’objet d’un des débats les plus animés en paléoanthropologie. Certains chercheurs y voient un éventuel comportement funéraire, tandis que d’autres estiment que cette hypothèse va au-delà des preuves disponibles ; il est donc plus prudent de dire qu’il s’agit d’un site candidat sérieux, mais contesté, et non d’un site funéraire rituel incontesté.
4. Teshik-Tash, Ouzbékistan
Ce site situé dans les montagnes de Baisun-Tau est connu pour les restes d’un enfant néandertalien, âgé probablement de huit ou neuf ans, retrouvés à proximité de cornes de bouquetin. Les chercheurs se disputent depuis des décennies sur la manière dont ces cornes étaient disposées, mais cette sépulture reste importante car elle soulève sans cesse la même question fondamentale : les enfants faisaient-ils l’objet d’une attention particulière dans la mort ?
5. La Chapelle-aux-Saints, France
Cette sépulture découverte dans le sud-ouest de la France a contribué à étayer la thèse selon laquelle les Néandertaliens enterraient leurs morts. Il s’agissait d’un homme âgé présentant des traces d’usure physique importantes, ce qui rend ce site d’autant plus émouvant, car on y devine les contours d’une communauté qui n’a pas cessé de se soucier des siens lorsque la vie est devenue difficile.
6. Le Moustier, France
C’est à Le Moustier, en Dordogne, qu’a été découvert l’un des squelettes néandertaliens les plus connus d’Europe. Ce n’est pas une sépulture spectaculaire, et c’est en partie pour cela qu’elle revêt une importance particulière, car elle vient étayer la thèse selon laquelle ces corps étaient placés là plutôt qu’abandonnés.
7. La grotte de Qafzeh, en Israël
Près de Nazareth, Qafzeh abrite certaines des plus anciennes sépultures d’Homo sapiens connues, datant d’il y a environ 100 000 ans. La présence d’ocre rouge et de bois de cerf retrouvés auprès de certains restes en fait l’un des exemples les plus évidents de sépultures symboliques chez les premiers humains modernes.
8. La grotte de Shul, en Israël
Sur le mont Carmel, Skhul abrite un autre ensemble majeur de sépultures d’Homo sapiens primitifs datant de la même période que Qafzeh. Pris ensemble, ces deux sites permettent de mieux considérer l’inhumation comme une pratique humaine naissante et non comme une coutume locale isolée.
9. La grotte de Paviland, au Pays de Galles
La « Dame rouge de Paviland », découverte sur la péninsule de Gower, s’est avérée être un jeune homme inhumé il y a environ 33 000 ans. De l’ocre rouge, des tiges d’ivoire et des ornements en coquillage avaient été placés à ses côtés, et l’ensemble de la sépulture donne encore aujourd’hui l’impression d’avoir été soigneusement aménagé, comme si le défunt avait été mis en valeur, et non simplement mis au repos.
10. Sungir, Russie
À Sungir, aux abords de Vladimir et à l’est de Moscou, une sépulture d’adulte contenait des milliers de perles d’ivoire et d’autres ornements dont la fabrication a dû demander un travail colossal. Un tel effort en dit long en soi, car on ne consacre pas autant d’efforts aux défunts à moins que l’enterrement ne soit destiné à transmettre un message durable.
11. Les enfants de Sungir, Russie
Les deux enfants enterrés à Sungir sont ceux dont on se souvient, et ce n’est pas sans raison. Ils ont été inhumés avec de somptueux objets funéraires, notamment des perles et des lances, ce qui laisse supposer qu’un statut, une identité ou une signification sacrée pouvaient être associés à une personne bien avant qu’elle n’atteigne l’âge adulte.
12. Dolní Věstonice, République tchèque
Ce site du Paléolithique supérieur situé en Moravie est célèbre pour son art, ses vestiges d’habitat et une triple sépulture aménagée avec un grand soin. Les trois corps n’ont pas été simplement jetés pêle-mêle, et cette composition soignée amène encore aujourd’hui les archéologues à s’interroger sur les liens de parenté, le deuil et les rituels à la fin de la période glaciaire.
13. Grottes de Grimaldi, Italie
Près de la frontière française, sur la côte ligure, les grottes de Grimaldi ont livré plusieurs sépultures du Paléolithique supérieur accompagnées d’ornements et d’ocre. Même en revoyant à la baisse certaines interprétations antérieures, le tableau d’ensemble reste suffisamment clair : l’inhumation était devenue une pratique sociale courante, et non plus une exception ponctuelle.
14. Sépultures natoufiennes, au Levant
Il y a environ 15 000 à 11 500 ans, les communautés natoufiennes du Levant enterraient leurs morts selon des rites qui semblent plus sédentaires et collectifs que de nombreux exemples antérieurs. Cela est important car l’enterrement commence alors à être perçu non seulement comme lié au deuil, mais aussi au lieu, à l’ascendance et à l’idée d’une communauté enracinée dans un paysage donné.
15. Les crânes de Jéricho, au Levant
À Jéricho, certains crânes ont ensuite été retirés, recouverts de plâtre et dotés d’yeux en coquillage, ce qui constitue l’un des aspects les plus effrayants et les plus émouvants de l’archéologie funéraire primitive. Ici, les morts n’avaient pas disparu au sens strict du terme, car les gens continuaient à travailler sur leurs restes et à leur redonner vie.
16. Çatalhöyük, Turquie
À Çatalhöyük, en Anatolie centrale, de nombreuses sépultures ont été aménagées sous les planchers et les estrades des maisons, en plein cœur même de l’habitation. Cela donne une image assez intime de ces gens qui dormaient, mangeaient et élevaient leurs enfants au-dessus des défunts de leur propre communauté.
17. Taforalt, Maroc
Taforalt, également appelé « Grotte des Pigeons », se trouve dans le nord-est du Maroc et est souvent considéré comme le plus ancien cimetière connu d’Afrique du Nord. Ses sépultures datant de la fin de l’âge de pierre ont considérablement élargi notre vision de l’histoire, car les rites funéraires formels n’étaient pas l’apanage de l’Europe ou du Levant.
18. Krapina, Croatie
Krapina, au nord de Zagreb, est l’un des plus grands sites de fossiles néandertaliens jamais découverts. Certaines des modifications osseuses observées sur place ont alimenté de longs débats sur la manière dont les corps étaient traités après la mort, et malgré ces incertitudes, le site ne cesse de rappeler que les pratiques funéraires pouvaient comporter des étapes que nous ne pouvons aujourd’hui que partiellement reconstituer.
19. La grotte de Kebara, en Israël
Kebara, également situé sur le mont Carmel, a livré l’un des squelettes néandertaliens les plus connus du Levant. Il est généralement plus prudent de l’intégrer dans le contexte plus large des découvertes, ce qui suggère un traitement minutieux du corps, plutôt que de lui attribuer une signification symbolique précise ; cette approche est certes moins spectaculaire, mais aussi beaucoup plus responsable.
20. Regourdou, France
Regourdou, en Dordogne, est depuis longtemps considéré comme un site funéraire néandertalien, et les restes d’ours qui y ont été découverts ont contribué à faire naître la théorie du culte de l’ours. Cette interprétation est aujourd’hui controversée, même si le site montre encore à quel point les vestiges funéraires, les restes d’animaux et les spéculations d’ordre spirituel finissent souvent par s’entremêler dans l’archéologie du Paléolithique moyen.