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Pas de valises, pas de hawala — juste des adresses hexadécimales

Le financement du terrorisme dans les années 1990 ressemblait à des films de série B : des courriers physiques, des comptes dans des paradis fiscaux, des transferts via le système hawala dans les bazars de Dubaï ou de Karachi. Aujourd’hui, ça ressemble à ça : 0x3f5CE5FBFe3E9af3971dD833D26bA9b5C936f0bE. Une adresse Ethereum. Trente-deux octets. Aucun nom dessus. Aucune nationalité. Aucune juridiction. L’argent y entre sous forme de stablecoins — des cryptomonnaies dont la valeur est indexée sur le dollar américain — et il en ressort transformé, fragmenté, réinjecté dans d’autres portefeuilles à travers ce qu’on appelle des « mixeurs » ou « tumblers » : des services qui mélangent les fonds de milliers d’utilisateurs pour rendre leur origine intraçable.

C’est ce que les enquêteurs américains ont tenté de démêler. L’OFAC — l’Office of Foreign Assets Control du Trésor américain — a développé depuis 2019 une capacité d’analyse blockchain qui lui permet de suivre ces fils numériques. En novembre 2023, l’OFAC avait déjà sanctionné un réseau de sociétés qui avait aidé l’Iran à convertir des cryptomonnaies en monnaies fiduciaires via des plateformes d’échange à Hong Kong et aux Émirats arabes unis. 344 millions de dollars gelés le 25 avril 2025 s’inscrivent dans cette continuité — mais à une échelle qui laisse sans voix.

Ce qui me frappe dans cette histoire, c’est l’ironie cruelle : la technologie blockchain a été inventée pour émanciper les individus des États, pour donner aux gens ordinaires — à Maryam l’ingénieure, à Ahmed le commerçant — un moyen d’échapper aux contrôles arbitraires. Elle est devenue un outil parfait pour que les États autoritaires, eux, échappent aux contrôles de la communauté internationale. La révolution a été capturée.

Le Hezbollah, les Houthis, le Hamas — même trésorerie numérique

Quand on parle de « fonds iraniens », il faut comprendre ce que cela signifie concrètement. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et son bras opérationnel la Force Qods dirigent ce qu’on appelle « l’Axe de la résistance » : le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, les Houthis au Yémen, diverses milices chiites en Irak et en Syrie. Ces organisations ne sont pas des entités séparées qui reçoivent occasionnellement de l’argent de Téhéran. Elles sont des structures intégrées, financées, armées et coordonnées par la Force Qods. Selon le département d’État américain, l’Iran dépense entre 100 et 200 millions de dollars par an pour le seul Hezbollah. Pour les Houthis, les estimations varient entre 50 et 100 millions par an depuis 2015.

Ces chiffres doivent être mis en regard des 344 millions gelés. Si cette somme représente même une fraction de ce que l’Iran a réussi à convertir en cryptomonnaies ces trois dernières années, les implications pour le financement des conflits au Moyen-Orient sont vertigineuses. Chaque roquette tirée sur Tel Aviv depuis Gaza. Chaque drone Houthi lancé sur un navire commercial dans la mer Rouge. Chaque attaque de la milice Kataïb Hezbollah contre une base américaine en Irak. Quelque part dans la chaîne causale, il y a peut-être une transaction blockchain. Et peut-être une adresse hexadécimale qui ressemble à celle que les enquêteurs de l’OFAC ont finalement trouvée.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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